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    Réduction des risques liés à l'usage de drogues

    • Dossier

    Le début des années 90 marque l’arrivée du concept anglo-saxon de "Harm reduction" ou réduction des dommages ou des risques liés à la consommation de drogues ou encore RdR. Cette démarche pragmatique et de santé publique consiste à soutenir les personnes et trouver avec elles des solutions adaptées à leurs pratiques et dans le respect de celles-ci afin de réduire les risques de contamination et/ou de transmission du VIH et des hépatites.

    La RdR c'est quoi ?

    La consommation de produits est un vecteur de transmission du VIH, mais surtout du virus de l’hépatite C (VHC) en cas d'injection intraveineuse.

    La réduction des risques liée à la consommation de drogues repose sur quatre fondamentaux :

    • Donner aux usagers de drogues les moyens de réduire les risques auxquels ils sont exposés
    • Faire participer les usagers de drogues à leur prévention
    • Faire évoluer les représentations sociales sur les usagers de drogues
    • Sensibiliser les professionnels et améliorer les lois et dispositifs en place

    Aujourd’hui, des avancées ont été réalisées, en grande partie grâce à la mobilisation des usagers eux-mêmes, associations d’auto-support, et aussi des associations de lutte contre le VIH, afin d’éviter des contaminations dans un groupe très exposé aux risques de transmission et de contamination. Mais beaucoup reste à faire dans un contexte politique et juridique répressif où toute consommation reste illicite.  

    Accès aux seringues propres

    Les programmes d’échange de seringues (PES) ont été implantés à titre expérimental dès 1987 (AIDES ayant procédé depuis 1985 à des programmes d'échange expérimentaux) et sont reconnus officiellement depuis 1995 (Article L3121-4 du code de la santé publique). En France, les seringues peuvent être échangées ou récupérées dans les distributeurs automatiques ou dans les antennes mobiles ou fixes de prévention (CAARUD et CSAPA).

    A savoir

    Quelques gestes pour réduire les risques
    • Désinfecter la peau avec de l’alcool avant de piquer
    • Ne jamais prêter, emprunter ou utiliser une seringue, une pipe ou le petit matériel qui a déjà servi
    • Désinfecter sa cuillère avant chaque utilisation
    • Ne jamais prêter ou emprunter une cuillère
    • Ne jamais partager le filtre ou le coton

    Il existe aujourd’hui des produits de substitution (buprénorphine et Subutex, méthadone, etc.) si vous souhaitez maîtriser ou arrêter votre consommation de drogues opiacées (héroïne, etc.) ou de médicaments opiacés détournés (Néocodion, Skenan, etc.).  Si vous souhaitez entamer une démarche de sevrage ou de réduction de consommation, vous pouvez vous rendre dans un CAARUD du réseau AIDES qui vous accompagnera de manière bienveillante et anonyme.

    N'acceptez pas les piercings et les tatouages s'ils ne sont pas réalisés par un professionnel qui dispose de matériel stérile et agréé. Utilisez du matériel à usage unique si vous choisissez de faire un piercing ou un tatouage vous-même.

    Salle de consommation à moindre risque

    Après une longue bataille politique, l’expérimentation d’une salle de consommation à moindre risque (SCMR), à destination des usagers de drogues a enfin commencé le 17 octobre 2016 à Paris. Un dispositif dont le cadre légal a été créé par la dernière loi Santé. La structure, est située dans le 10e arrondissement de Paris, accolée à l’hôpital Lariboisière. En décembre de la même année, une autre a ouvert ses portes à Strasbourg. Les salles de consommation à moindre risque sont un nouveau dispositif visant à réduire les risques auxquels sont exposées les personnes usagères de drogues. Il s’agit d’espaces où des personnes consommatrices majeures, précarisées et en rupture avec le système de santé, sont accueillies pour venir consommer leurs substances psychoactives dans des conditions d’hygiène adaptées, avec du matériel stérile et sous supervision de professionnels de santé. Les objectifs de ce dispositif sont d’éviter les infections, les surdoses mortelles et les autres complications sanitaires.

    Sexes et produits (Chemsex)

    Le terme de Chemsex est né de la contraction de "Chemicals" (produits de synthèse utilisés comme drogue) et de "sex". Le chemsex est souvent traduit en français par sexe sous produits, c’est-à-dire l’usage de drogues dans un cadre sexuel, souvent dans des soirées privées, où les produits vont être utilisés pour décupler et allonger le plaisir, lors de rapports sexuels de groupe. Le slam, qui signifie "claquer" désigne plus précisément les pratiques d’injection de ces substances dans le corps, également dans un contexte sexuel. Le slam est une pratique à part entière, mais partie prenante du chemsex.

    L’émergence du slam dans la communauté gay a vu parallèlement croitre, de façon inquiétante, le nombre d’infection au VHC, au VIH et à d’autres infections sexuellement transmissibles. Sur un phénomène nouveau, dans sa pratique et ses enjeux, encore peu documenté, les réponses en matière de prévention et de réduction des risques sont cruciales, relevant même de l’urgence.

    Des expérimentations et actions de prévention sont nées malgré tout, souvent issues des consommateurs eux-mêmes. Des groupes de parole "sexe et chems" ont été mis en place par AIDES partout en France. L’association Médecins du monde propose de l’analyse  de produit, afin de permettre aux usagers de savoir vraiment ce qu’ils consomment.  Les associations essayent aussi de mobiliser et d’informer sur internet, sur les applis et les sites de rencontres. Un programme d’échange de seringues par voie postale, SAFE, a été mis en place afin de permettre aux consommateurs de se fournir rapidement et discrètement en matériel propre, sans avoir à se déplacer. Mais ces initiatives intéressantes restent insuffisantes face à un phénomène en constante évolution, et dans un contexte où la consommation de drogues reste interdite.

    À télécharger

    Remaides 96

    Programmes échanges de seringues en prison

    L’échange de seringues en prison est une réponse sanitaire pragmatique, nécessaire et efficace, comme on peut le voir dans de nombreux pays. AIDES a toujours défendu l’arrivée de ce dispositif pour les détenus consommateurs de produits psychoactifs, afin de réduire les risques liées à la consommation tout comme celui de la contamination au VIH et aux hépatites B et C. La situation en milieu carcéral est marquée par une forte prévalence du VIH et de l'hépatite C. La prévalence du VIH, en prison, est de 2% (10 fois celle de la population générale) et celle du VHC de 4,8% (6 fois celle de la population générale). Une personne sur quatre entrant en prison déclare une consommation d'au moins deux substances psychoactives qui les auraient exposés aux risques de contamination par le VIH et/ou le VHC. 

    La loi Santé entrée en vigueur en janvier 2016 prévoyait l’arrivée des seringues propres en prison, mais le décret d’application n’est toujours pas publié (décembre 2016). Le collectif TRT-5 (dont AIDES est membre) a écrit au Premier ministre, Bernard Cazeneuve, pour faire part de son inquiétude quant au retard de ce fameux décret.