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    REMAIDES hors-série Côte d'Ivoire : DISPONIBLE

    • Remaides

    remaides hors série côte d'ivoire magazine aides association vih sida ist hépatites covid-19 coronavius discriminations« Petit marteau casse gros cailloux », énonce un adage ivoirien. Une façon de rappeler que la société civile, même moins puissante que les États, ne doit pas abaisser ses ambitions pour le Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose (FM), ni ses exigences vis-à-vis de ses bailleurs.

    Tous les trois ans, le Fonds mondial organise la reconstitution de ses ressources pour le cycle triennal suivant ; le nerf de la guerre en somme. Les ressources proviennent des contributions volontaires des États et de donateurs-rices privés-es. Nous sommes actuellement dans cette période de négociations et d’annonces. Certains pays ont déjà indiqué les montants de leurs engagements respectifs. Les États-Unis ont annoncé une contribution de 6 milliards de dollars. D’autres ont fait des annonces ciblant la Covid-19. Le 25 février, la Grande-Bretagne a annoncé 60 millions de livres. En décembre, la Norvège annonçait un engagement de 49 millions de dollars et le Luxembourg de deux millions d’euros. Le point d’orgue de ces négociations est la conférence de reconstitution, dont la septième édition se tient, cette année, aux États-Unis ; le président Joe Biden l’avait annoncé en novembre 2021. Cette septième conférence se déroulera dans un « contexte adverse pour la santé mondiale », reconnaît le Fonds mondial.

    Ce contexte est celui des conséquences de l’actuelle guerre menée en Ukraine par la Russie qui vient s’ajouter aux effets de deux années de pandémie de Covid-19, notamment dans le champ de la lutte contre le VIH/sida. La septième conférence a pour objectif de recueillir des promesses de dons pour provisionner les subventions qui iront à la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme pour la période 2023-2025. Chaque conférence est une occasion de rendre plus visibles les enjeux et de faire mieux comprendre les risques d’un engagement qui serait en deçà des besoins réels.

    On peut s’en désoler et même être en colère : nous sommes encore loin du compte quant aux objectifs concernant le montant des fonds. Les engagements pris lors de sixième conférence de reconstitution des fonds à Lyon, en octobre 2019, n’ont pas tous été tenus ; c’est le cas de celui de la France (voir interview en page 30). Collectivement, nous sommes en retard ! Trop en retard !

    Pour le prochain cycle, le FM demande à « l’ensemble de la communauté internationale de mobiliser 18 milliards de dollars [Le « strict minimum », selon le FM, ndlr] pour sauver 20 millions de vies ». On ne le dit pas assez, mais le Fonds mondial, parfois présenté comme un puits sans fond, a produit depuis sa création en 2002, d’impressionnants résultats. En 20 ans, cette structure a permis de sauver 44 millions de vies et de réduire « de plus de moitié le taux de mortalité combiné pour les trois maladies [sida, paludisme et tuberculose, ndlr] dans les pays »où le FM investit. Bien sûr, le modèle est perfectible et certains-es s’y emploient, mais ne pas soutenir le FM ou faire des promesses non suivies d’effets est hautement risqué pour la santé mondiale. D’autant plus avec la survenue il y a deux ans, de la Covid-19. Ses répercussions sont catastrophiques sur la lutte contre ces trois pandémies. « Il n’y a pas d’équivoque, explique d’ailleurs le FM, soit nous augmentons le financement dans la lutte contre ces trois maladies, soit nous abandonnons tout espoir d’atteindre l’Objectif de développement durable visant à mettre fin à ces pandémies d’ici 2030 ». Autrement dit, soit nous réagissons maintenant, soit nous passons à côté de l’objectif d’une fin de l’épidémie de VIH/sida en  2030 ; pour ne citer que celle-ci. Nous avons déjà connu l’échec de 2020. Nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer de nouveau. Et pas seulement concernant le VIH.

    En mars dernier, le Fonds mondial rappelait à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, à quel point il y avait, là aussi, urgence. La crise de la Covid-19 a intensifié les problèmes (déjà existants) de dépistage, de prise en charge, d’accès aux soins, notamment contre les formes pharmacorésistantes de la maladie. Qui a en tête que la tuberculose est la maladie infectieuse la plus meurtrière aujourd’hui, après la Covid-19 ? Qui sait que le nombre de patients-es atteints-es de tuberculose séropositifs-ves au VIH sous traitement ARV a chuté de 16 % entre 2019 et le début de la pandémie de Covid-19 ? La cause ? Un manque de ressources, alors que de nouveaux besoins apparaissent. Ainsi, l’Ukraine, dévastée par l’invasion russe, est l’un des pays les plus concernés par la tuberculose. Le FM se dit d’ailleurs très inquiet pour la « santé des personnes sous traitement antirétroviral et antituberculeux » dans le pays : beaucoup n’ont plus accès aux soins ou sont contraintes de partir, parfois à l’étranger,  et se retrouvent dans de grandes difficultés pour être soignées, malgré les efforts de la solidarité internationale. Les résultats ne sont guère meilleurs pour le paludisme. Les acquis de ces dernières décennies sont malmenés et l’on peut craindre sur certains aspects un retour en arrière.

    Là encore, ce sont les chiffres qui illustrent le mieux ce qui se joue. Au 30 juin 2021, 28,2 millions de personnes avaient accès à un traitement ARV. Or, on estimait (données 2020) à 37,7 millions les personnes qui vivaient alors avec le VIH. On comprend bien qu’il y a un problème. À cela s’ajoute le fait qu’au niveau mondial, près de six millions de personnes ne savaient pas qu’elles vivaient avec le VIH en 2020. Ces éléments doivent nous permettre de mieux saisir l’importance qu’il y a à réussir cette septième conférence de reconstitution. C’est indispensable pour les personnes concernées et pour mettre fin aux pandémies. C’est primordial pour les pays éligibles aux subventions du FM. C’est le cas de la Côte d’Ivoire, pays très mobilisé dans la lutte contre le sida où l’apport du Fonds mondial est décisif. C’est ce que raconte ce Hors Série de Remaides, quasi intégralement réalisé sur place. Il explique en quoi l’approche communautaire est la réponse la plus efficace aux enjeux actuels et pourquoi ce modèle a besoin de l’appui des financements du FM (voir interviews en page 26 et 28). À l’approche de la nouvelle conférence, l’enjeu est d’obtenir davantage que le minimum de 18 millards de dollars envisagé par le FM lui-même. Car si l’objectif est certes d’en finir au plus vite et partout avec ces trois maladies infectieuses particulièrement meurtrières, il est aussi de bâtir « un monde plus sain et plus équitable », un monde préparé aux menaces futures pour la santé.

    On le voit, l’ambition est grande et le combat juste. Ce sont les nôtres ! J’ai ouvert cet édito par un adage ivoirien. Je le conclue par un proverbe boualé, particulièrement adapté à la situation : « Plus le donneur paraît avare, plus rudement il faut le secouer ».

     

    Camille Spire, présidente de AIDES

     

     

    *Champs obligatoires