L’Actu vue par Remaides : « « Militer. Agir. Transformer » ; En mode projet ! »
- Actualité
- 29.08.2025
Camille Spire, présidente de AIDES, photographiée par Nina Zaghian
Par Camille Spire, président de AIDES
"Militer. Agir, Transformer" :
en mode projet !
Nous l’avons rêvé. Nous n’avons pas ménagé nos efforts pour que cet objectif soit atteint. Maintenant, nous savons que l’épidémie de VIH ne sera pas finie en 2030. Les objectifs fixés par l’Onusida étaient déjà compromis du fait d’une insuffisance d’investissements financiers et d’un manque de volonté politique de la part des gouvernements. Désormais, il est certain que ces objectifs ne seront pas atteints car la politique actuelle menée par Donald Trump, depuis son retour en janvier dernier, entraîne un recul majeur des acquis dans le domaine de la lutte contre le sida.
Il nous faut donc fixer collectivement de nouveaux objectifs afin de contribuer à la baisse des infections et à la réduction des dépistages tardifs par la promotion du Tasp (Indétectable = Intransmissible), du dépistage régulier et plus globalement du Test and Treat (Dépister et traiter), de la Prep, de la vaccination (hépatite B…), tout en luttant contre les discriminations. Nous devons poursuivre notre travail d’adaptation à la réalité des épidémies de VIH et d’hépatites virales, afin de permettre à nos actions d’avoir encore plus d’impact. Grâce à cette capacité d’adaptation, 40 ans après le début de l’épidémie, notre lutte est toujours aussi « pertinente ». Nous sommes toujours en mouvement. Un mouvement qui existe depuis le début. Comme disait Daniel Defert, fondateur et premier président de AIDES : « Les volontaires, c’étaient tous ceux qui allaient de l’avant alors que tout le monde était en retrait ».
C’est pourquoi AIDES s’est doté d’un nouveau projet associatif, voté en juin dernier lors de l’Assemblée générale. Ce projet associatif est un projet collectif de AIDES ; du fait de sa construction et de son ambition. Un projet qui permet de répondre aux enjeux actuels et de se projeter sur les cinq prochaines années. Ce projet associatif permet tout d’abord de revenir sur l’identité de AIDES : ce que nous sommes, ce que nous faisons, comment nous le faisons. Cette partie socle est essentielle puisqu’elle retrace tous les fondamentaux de l’association ― notre ADN ― sur lesquels nous pouvons nous appuyer afin de construire la suite sur des bases solides.
C’est bien grâce aux actions socles que nous menons depuis 40 ans que nous savons qu’il n’est pas possible de lutter contre le VIH sans combattre les inégalités territoriales, sociales et économiques, et sans défendre l’État de droit. Que nous savons qu’il n’est pas possible de lutter contre le VIH sans défendre l’accès à la santé pour les personnes étrangères qui arrivent sur le territoire français, et notamment sans défendre l’AME. Que nous savons qu’il n’est pas possible de lutter contre le VIH sans combattre les discriminations et stigmatisations subies par les personnes LGBTQIA+, les détenus-es, les travailleurs-ses du sexe, les usagers-ères de drogues et les personnes vivant avec le VIH et les hépatites.
Les orientations fixées dans le nouveau projet associatif de AIDES (2025-2030) prennent en compte ces combats et traduisent notre volonté commune de voir évoluer certains de ces sujets, certaines pratiques, certains éléments de notre organisation, mais aussi des politiques publiques d’ici à cinq ans. Ces orientations sont un levier de transformation afin que nous ayons un réel impact sur l’épidémie lors des cinq prochaines années.
Nous savons, par ailleurs, que l’épidémie de VIH en France hexagonale est une épidémie concentrée. Elle affecte très peu la population générale et touche de manière disproportionnée deux groupes : les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) nés en France ou à l’étranger ; les personnes hétérosexuelles nées en Afrique subsaharienne. Quant à la dynamique de l’épidémie de VIH, elle est située chez les personnes nées à l’étranger et plus particulièrement chez les personnes nées en Afrique subsaharienne. C’est pourquoi nous avons collectivement décidé de deux orientations ciblant, d’une part, les actions envers les HSH éloignés des offres de santé (jeunes et nés à l’étranger) et d’autre part la mobilisation des personnes originaires d’Afrique subsaharienne ou des Caraïbes.
La troisième orientation concerne les personnes vivant avec le VIH (PVVIH), au nombre de 200 000 en France. Notre objectif est d’agir pour un parcours de soins coordonné complet, afin de mieux répondre aux spécificités et besoins en santé globale des personnes vivant avec le VIH. Nous pourrons notamment nous fonder sur les recommandations issues des États Généraux des personnes vivant avec le VIH 2024. Et nous devons bien sûr continuer de faire entendre leur voix, de leur donner la parole et de les écouter.
Nous savons que d’ici à 2030 des temps agités s’annoncent. Le contexte national et international apparaît de plus en plus menaçant pour les populations les plus exposées au VIH, avec l’instauration de politiques publiques et de lois répressives qui créent et renforcent les marges. Les projets politiques reposant sur l’individualisme (voire l’égoïsme), justifiant les inégalités par le mérite et éloignant du système de santé toutes les personnes les plus à la marge sont tristement majoritaires. Les financements de la lutte contre le VIH/sida aux niveaux national et international diminuent, alors que les besoins dans le monde sont estimés entre sept à dix milliards de dollars par an. C’est pourquoi la quatrième orientation de notre projet associatif se concentre sur la défense des libertés associatives, de nos principes et de nos valeurs face à l’extrême droite, au populisme, à la vision illibérale. Nous devons renforcer notre capacité à agir en milieu hostile et ne pas le faire seul.
Du fait de notre histoire qui dure depuis 40 ans, nous avons la responsabilité non seulement d’essayer, mais de réussir à avoir un impact sur l’épidémie. Il y a un impératif à s’organiser pour continuer à agir ; à mobiliser pour résister ; à innover pour mieux accompagner et maintenir l’accès à l’innovation thérapeutique et en prévention. Il y a un impératif à, comme l’énonce le tryptique qui nous définit : « Militer. Agir. Transformer ».