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    La solidarité internationale, l’autre priorité des françaises et des français

    • Communiqué
    • 23.04.2019

    Lettre ouverte des ONG françaises au président de la république

    Monsieur le Président,

    Quelques mois après votre prise de fonction, vous avez annoncé mettre la politique de développement au cœur de la politique étrangère de la France et, à cette fin, relever ses moyens pour atteindre 0,55 % du revenu national brut en 2022. Vous avez ensuite souhaité que la prochaine loi d’orientation pour le développement soit assortie d’une programmation budgétaire incluant cette trajectoire. Nos organisations, associations actrices de la solidarité internationale, avec toutes celles et ceux qui sont engagés-es au quotidien pour cette cause, avaient salué ces annonces. Il était attendu que cette loi soit votée au printemps 2019 ce qui aurait été une façon concrète pour la France de prouver son engagement à l’occasion de l’accueil du G7 en août et de la présentation de sa feuille de route pour les Objectifs de développement durable (ODD) aux Nations unies en septembre.

    Report après report, le projet aboutirait au mieux à l’automne 2019 ! La France a certes engagé un redressement de son aide publique, mais la progression reste trop faible pour atteindre l’objectif visé. En l’absence de la visibilité que doit donner la loi, nous sommes amenés-es à nous interroger sur l’actualité de l’ambition posée initialement. Quel sens aurait une programmation budgétaire décidée pour les deux seules dernières années du quinquennat ?

    Comment comprendre et accepter la contradiction entre, d’un côté, des déclarations fortes et répétées sur les enjeux internationaux (accord de Paris, ODD) et, de l’autre, le retard et l’absence de calendrier pour la présentation de cette loi ? Traduction des ambitions françaises en matière d’aide publique au développement, cette loi ne peut plus attendre car elle est aussi l’incarnation de la contribution solidaire de la France à l’équilibre du monde.

    Chaque jour, l’actualité nous rappelle les effets dramatiques des dérèglements climatiques, de la pauvreté, de la faim, des inégalités sociales, des discriminations de genre et des violences faites aux femmes. Les zones de crise humanitaire s’étendent, notamment celles dues aux conflits. Nos organisations sont mobilisées parce que nos sociétés sont interdépendantes, parce que les enjeux auxquels nous faisons face sont universels et parce qu’il ne peut y avoir de réponse durable dans un seul pays. C’est ce que consacrent l’agenda 2030 du développement durable et l’accord de Paris sur le climat de 2015.

    Les citoyennes et citoyens en France en sont conscients-es. Conscients-es de l’urgence climatique et solidaire comme l’ont démontré notamment leurs contributions au Grand débat national et leurs mobilisations régulières depuis des mois. Leur lucidité quant à la communauté de destin qui lie tous les peuples du monde explique que notre société est profondément attachée à la solidarité internationale et à l’action des ONG pour la mettre en œuvre comme le montrent les derniers sondages[2].

    Une accélération est indispensable pour redonner force à cette politique. Nous la souhaitons ambitieuse dans ses objectifs et dédiée aux droits humains, à la lutte contre la pauvreté, les inégalités et le dérèglement climatique. Nous la souhaitons ambitieuse aussi dans ses moyens pour atteindre 0,55 % du RNB en 2022 et fixer l’objectif de 0,70 % en 2025. Nous souhaitons que l’aide publique au développement donne une place centrale aux pays partenaires dans les choix des priorités, avec la pleine participation de la société civile, ici comme dans les pays partenaires, pour plus de proximité, d’efficacité, de participation et d’appropriation démocratique. Nous la souhaitons centrale enfin dans l’agenda gouvernemental afin que toutes les politiques publiques soient mises en cohérence avec ses objectifs.

     

    Monsieur le Président, en matière de solidarité internationale, l’urgence est dramatiquement là, il s’agit d’y répondre avec davantage que des mots.

     

    Premières organisations signataires :

    Coordination SUD, Philippe JAHSHAN, président

    OXFAM France, Cécile DUFLOT, directrice générale

    Etudiants & Développement, Ruvie GAMBIA, président

    Action contre la faim, Thomas RIBEMONT, président

    GRDR Migration-Citoyenneté-Développement, Francis MONTHÉ, président

    Fédération Handicap International, Manuel PATROUILLARD, directeur général fédéral

    Secours Islamique France, Rachid LAHLOU, président

    Médecins du Monde, Philippe de BOTTON, président

    Première Urgence Internationale, Vincent BASQUIN, président

    Coordination Humanitaire et Développement (CHD), Xavier Boutin, Thierry Mauricet, co-présidents

    Secours Catholique - Caritas France, Bernard THIBAUD, secrétaire général

    CCFD - Terre solidaire, Sylvie BUKHARI de PONTUAL, présidente

    CRID, Emmanuel POILANE, président

    GRET, Olivier BRUYERON, directeur général

    SOS Villages d’Enfants France, Isabelle MORET, directrice générale

    Groupe Initiatives, Pierre JACQUEMOT, président

    CLONG-Volontariat, Guillaume NICOLAS, vice-président

    Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations (FORIM), Thierno CAMARA, président

    La Chaîne de l’Espoir, Jean-Roch SERRA, directeur général

    EDUCASOL, Carole COUPEZ, présidente

    AIDES, Aurélien BEAUCAMP, président

    Ligue des droits de l’Homme, Malik SALEMKOUR, président

    Le Planning Familial, Véronique SEHIER, coprésidente

    CARE France, Philippe LEVEQUE, directeur général

    Fondation Energies pour le Monde, Vincent JACQUES le SEIGNEUR, directeur général

    ECPAT France, Emilie VALLAT, directrice

    HAMAP-Humanitaire, Joël KAIGRE, président

    Réseau Foi & Justice Afrique Europe antenne France, Jean-Louis MAROLLEAU, secrétaire exécutif

    Association HUMATEM, Cathy BLANC-GONNET, directrice-coordinatrice

    Comité Français pour la Solidarité Internationale, Yves LE BARS, président

    SOLTHIS, Louis PIZARRO, directeur général

    MEDAIR France, Annick BALOCCO, directrice

    F3E, Pauline DE LA CRUZ, présidente

    Planète Enfants & Développement, Stéphanie SELLE, directrice

    Coalition Eau, Sandra METAYER, coordinatrice

    Solidarité Laïque, Anne-Marie HARSTER, présidente

    Agronomes et Vétérinaires sans Frontières, Frédéric APOLLIN, directeur

    Ingénieurs sans frontières, Guillaume NATAF, président

    Initiative Développement, Marie-Françoise PLUZANSKI, présidente

    GERES, Laurence TOMMASINO, déléguée générale

    Acting for Life, Bertrand Lebel, directeur exécutif

    Action Santé Mondiale, Bruno Rivalan, directeur exécutif adjoint

    CEMEA, Jean-Luc CAZAILLON, directeur général

    Réseau Associatif pour le Développement et la Solidarité Internationale

    Nouvelle-Aquitaine (RADSI Nouvelle-Aquitaine), Josyane Pérez, présidente

    Plan International France, Yvan SAVY, directeur

    Terre des Hommes France, Lysiane ANDRE, présidente

    Aide et Action, Gwenaëlle BOUILLE, présidente

    ONE, Friederike RÖDER, Directrice Union européenne et France

    Cnajep, François MANDIL, président

    Asso 4D, Benoît SIMON, président

    Futur Au Présent International, Matthieu GAUTIER, directeur Général

    ATD Quart Monde, Paul Maréchal, Délégué national

    APDRA – Pisciculture paysanne, Claire GSEGNER, présidente

    RéCiDev, Patrice BERNARD, président

     

    [1] Près de 8 Français-es sur 10 sont favorables au soutien des pays en développement et plus de deux tiers à une hausse du budget de la politique de développement, Baromètre AFD/CSA 2019 : Les Français et la politique d'aide au développement, Paris, AFD/CSA, Avr. 2019.

    [2] Cf. Baromètre AFD/CSA 2019, sondage réalisé du 11 au 20 février 2019, Paris, AFD/CSA, Avr. 2019