Aller au contenu principal
Skip to main content Je fais un don

    Le 136ème numéro de Remaides est disponible en ligne !

    • Remaides
    • 10.07.2026

    PLUS DURE SERA LA LUTTE !

    Par Jean-François Laforgerie,
    Coordinateur de Remaides

    Entre quatre et dix millions de nouvelles infections ; entre 800 000 et trois millions de décès supplémentaires liés au VIH d’ici 2030. Telles seraient les conséquences de la baisse de moins 24 % de l’aide internationale dans la lutte contre le sida, combinée à l’arrêt du programme d’urgence présidentiel américain Pepfar de lutte contre cette même pandémie. Cette estimation est des plus sérieuses, fruit de données scientifiques récentes, publiées en mars 2025 dans The Lancet HIV. Et pourtant, les décideurs-es ne semblent pas y croire ou passent ces chiffres — qui concernent pourtant des millions de personnes — par pertes et profits, dans un mélange d’aveuglement et de cynisme.

    Aujourd’hui, des coupes massives dans l’aide internationale mettent en danger la lutte contre le VIH : les dépistages sont en recul, l’accès aux traitements préventifs est en chute (moins 38 % pour la Prep dans une soixantaine de pays), la mise à disposition des outils de prévention (y compris les préservatifs) marque le pas, des services d’accompagnement sont arrêtés, des pairs-es éducateurs-rices licenciés-es, et bien d’autres, etc.

    « C’est la première fois que la lutte contre le VIH est aussi perturbée, depuis que le monde se mobilise contre cette maladie » a récemment souligné Winnie Byanyima, la directrice générale de l’Onusida. Mais qui, parmi les chefs-fes d’État, reconnaît l’importance de ses appels, prend la mesure de ses alertes à faire mieux, plus vite, plus fort pour atteindre les objectifs 2030 ? Qui soutient vraiment cette lutte ? Dans les faits, Winnie Byanyima semble perçue comme l’éternelle pythie d’une institution moribonde, qui ne finira pas l’année — il est prévu que l’Onusida disparaisse d’ici quelques mois. Une pythie qu’on écoute poliment et dont on oublie le propos, une fois prononcé. Il en va de même pour les appels du Fonds mondial ou ceux de la société civile à se mobiliser. Comment expliquer autrement, que leurs alertes, quelle que soit la puissance des arguments, tombent dans le vide ? Comment expliquer différemment le désengagement à l’œuvre depuis le milieu des années 2020 ? Cette baisse des financements a été relancée et amplifiée avec le retour de Donald Trump pour un second mandat, encore plus dévastateur pour la santé mondiale — particulièrement la lutte contre les grandes pandémies.

    Ce désinvestissement a créé une brèche que d’autres pays (Grande-Bretagne, Allemagne… et France) ouvrent davantage encore en réduisant nettement leurs contributions. En France, la traduction de cette « stratégie » a été une réduction du financement français au Fonds mondial de lutte contre le sida de près de 60 % et une baisse de l’aide publique au développement (APD). Recevant récemment des représentants-es de la société civile en marge du G7 d’Evian (15 au 17 juin dernier), Emmanuel Macron attribuait la baisse de l’APD française à des finances publiques dégradées et aux nécessaires compromis budgétaires contraints par l’absence de majorité parlementaire (un des effets indésirables de la dissolution qu’il a décidée en 2024). Mais on observe que l’exécutif sait faire d’autres choix, lâchant du lest sur bien des sujets (le budget de la défense, par exemple) et cela, dans un contexte de « finances publiques dégradées ». Parfois, il est possible d’ouvrir les vannes ; Pour la lutte contre le sida, manifestement pas. Il est bien sûr plus facile d’appliquer des coupes drastiques sur des postes financiers méconnus d’une majorité de l’opinion publique. Le désengagement « méthode Macron » dans le financement du Fonds mondial n’a pas jeté les Français-es dans la rue, pas plus que les attaques sur l’aide publique au développement n’ont suscité de cris d’indignation. Ce retour en arrière est bien le signe que ce combat n’est plus prioritaire à l’international, pour la France et d’autres pays.

    Pourtant, la situation actuelle est inédite. Nous disposons de moyens efficaces pour mettre fin à l’épidémie. Il n’y en a jamais eu autant de disponibles. D’ailleurs, les progrès ont été importants au niveau mondial : accès aux soins, baisse de la transmission de la mère à l’enfant, diffusion de la Prep et nouvelles formes à longue durée d’action, etc. On pourrait aller plus loin (il reste tant à faire dans la perspective de 2030), mais les finances manquent. Le Fonds mondial n’a pas atteint son objectif pour la huitième reconstitution des ressources (2026 à 2028). Il escomptait 18 milliards de dollars. Il en a péniblement obtenu douze. Ce désengagement massif et inédit, complété du retrait américain, a d’ores et déjà des conséquences désastreuses comme l’expliquent nos articles consacrés à la dernière conférence Afravih et à l’enquête inédite réalisée par Coalition PLUS, dans ce numéro, dans la section Regards.

    Plus dure à réaliser au niveau mondial, la lutte contre le sida est désormais très difficile au niveau national. Là aussi, les « finances publiques dégradées », selon la formule présidentielle, ont des effets néfastes sur la vie et le dynamisme des associations, notamment de santé et tout particulièrement de lutte contre le sida. La situation financière devient très tendue dans un grand nombre de structures — petites comme grandes. Cela conduit à des licenciements, à la fermeture d’actions, à une diminution de l’offre de services. Et cela dans un contexte politique (exécutif compris) qui ne ménage pas les libertés associatives et bouscule volontiers l’État de droit. C’est de mauvais augure à quelques mois d’une élection présidentielle qui comporte son lot de menaces. C’est un risque de plus d’affaiblissement de la lutte contre le sida en France comme sur le plan mondial alors que l’on s’engage sur le dernier kilomètre vers l’objectif de 2030. Plus dure sera la chute ?


    Les 3 derniers numéros de Remaides


    Pour découvrir l'intégralité des Remaides, cliquez ici

    Abonnez-vous à Remaides

    *Champs obligatoires

    Activé *
    En envoyant le formulaire, vous autorisez Aides.org à conserver ces informations afin de traiter votre demande. Pour plus d’informations sur la collecte et l’utilisation de vos données, ainsi que sur vos droits, veuillez consulter notre page mentions légales.
    CAPTCHA
    Cet outil vise à vérifier que vous êtes un utilisateur humain, afin de prévenir l’envoi automatisé de messages indésirables (spam).