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    Le 134ème numéro de Remaides est disponible en ligne !

    • Remaides
    • 20.01.2026

    RAVAGES

    Par Jean-François Laforgerie,
    Coordinateur de Remaides

    Remaides numéro 134 AIDESDans Ravage, roman de René Barjavel, une société performante — dont le modèle réussit au plus grand nombre — se trouve en proie au chaos lorsque l’électricité disparaît un jour, brutalement. Plus rien ne peut fonctionner et les catastrophes s’enchaînent dans un monde qui n’est pas préparé à la disparition de la lumière, la fin de l’accès à l’eau et des moyens de transports, pas plus qu’au danger ou à la violence. Publié en 1943, ce roman phare (qui connaît aujourd’hui plusieurs rééditions) peut être vu comme une parabole des conséquences de la Seconde Guerre mondiale et de l’occupation. Ravage est un roman postapocalyptique, foncièrement pessimiste. Il montre les effets du renoncement. Il pointe la fragilité des sociétés. Il souligne les conséquences de l’égoïsme face au cataclysme qui met à mal le monde et qui en bouscule les repères. D’une certaine façon, il nous met en garde. L’atmosphère de suffocation et de malaise qui s’en dégage n’est pas sans faire écho à la situation que nous connaissons aujourd’hui dans le champ de la lutte contre le sida sur le plan mondial.

    Pas une semaine désormais, sans qu’un article, une étude ou une interview n’alerte sur le manque de moyens dans la lutte contre le sida et ses conséquences immédiates ou à moyen terme dans tel pays ou telle zone du monde. Dans ce champ-là, les repères sont aussi sérieusement perturbés. Mi-décembre, c’est le secrétariat exécutif du Comité national de lutte contre le sida du Tchad qui est monté au front pour expliquer que faute de financements renouvelés, plusieurs programmes de prévention et d’accompagnement des personnes vivant avec le VIH se trouvaient compromis. Fin novembre, c’était l’Onusida qui, dans son rapport annuel en amont de la Journée du 1er décembre, auscultait la « crise du financement de 2025 » qui « a plongé la riposte au sida dans la tourmente, entraînant des perturbations massives de la prévention du VIH et des services dirigés par les communautés, en particulier pour les plus vulnérables. ». Endossant la tenue de Cassandre, l’institution onusienne soulignait d’ailleurs que « l’échec à atteindre les objectifs mondiaux de 2030 de la Stratégie mondiale contre le sida pourrait entraîner 3,3 millions de nouvelles infections supplémentaires par le VIH entre 2025 et 2030. » D’autres chiffres, tout aussi effrayants, circulent. On parle de millions de décès supplémentaires.

    Récemment, la 8ème conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a pu apparaître comme une bulle d’espoir. Cette conférence s’est tenue en novembre dernier à Johannesburg, en Afrique du Sud, sous l’égide du pays hôte et du Royaume-Uni, en marge du sommet du G20 (le sommet des pays les plus développés du monde, donc les plus riches). L’espoir était permis car l’objectif que s’était fixé le Fonds mondial était raisonnable — et même modeste au regard des besoins — dans le contexte actuel : une enveloppe de 18 milliards de dollars pour la période 2027-2029. Espoir car le Fonds mondial avait clairement posé les enjeux, sans caricature. Dès février 2025, le Fonds avait expliqué qu’en « atteignant les objectifs de financement [18 milliards de dollars, ndlr], [il] pourrait sauver 23 millions de vies durant la période 2027-2029, réduire la mortalité combinée des trois maladies de 64 % par rapport à 2023 et bâtir des systèmes de santé et communautaires plus solides et mieux préparés à combattre les flambées épidémiques et les pandémies. » Un montant raisonnable, un objectif atteignable, ce n’était pas la martingale assurée, mais cela semblait jouable.

    L’espoir a tenu quelques semaines, puis les premiers engagements des pays donateurs ont donné un mauvais signal — la plupart étaient en baisse, en nette baisse ; parfois les montants stagnaient. En novembre, le verdict est tombé : près de 11,34 milliards de dollars de promesses de dons ; loin de l’objectif fixé par le Fonds mondial. On peut d’ailleurs s’étonner du choix de communication de cette institution qui a fait semblant de voir dans ce bien faible montant un « renouveau de la solidarité ». On peut même s’agacer de certaines formules toutes faites. « Le résultat de la reconstitution (…) est une éclatante manifestation d’unité et de détermination dans une période de contraintes budgétaires, de conflits et d’incertitude mondiale » a même osé un communiqué officiel du Fonds mondial. Que de formules creuses pour tenter de masquer ce qui n’est, hélas, qu’un échec. Échec, car l’objectif n’est pas atteint. L’engagement financier qui devait permettre de « sauver 23 millions de vies » n’est pas au rendez-vous. Alors, qu’a fait la France à cette occasion ? Dans un message sur LinkedIn (19 novembre), Vincent Leclercq, directeur général de Coalition PLUS, écrivait : « Ne pas être au rendez-vous de cette reconstitution, c’est prendre le risque d’une reprise de l’épidémie. Si la France se retire, ce sont des millions de vies qui pourraient être remises en jeu. » Directeur du plaidoyer à AIDES, Fabrice Pilorgé expliquait sur le même réseau (20 novembre) qu’une absence de la France « enverrait un signal plus que préoccupant.» Les inquiétudes en amont de la conférence étaient fortes. On y est. Emmanuel Macron a coupé l’électricité. Le président français n’a pas participé à cette conférence alors qu’il était en Afrique du Sud. La France a refusé d’annoncer une contribution, contrairement aux autres pays. On peut voir dans le choix présidentiel de ne rien faire pour le Fonds mondial, la condamnation de millions de malades et le sabotage de l’héritage français en santé mondiale. La critique peut paraître sévère, mais elle est à la hauteur de la déception que suscite la position française, deuxième pays donateur au Fonds mondial, derrière les États-Unis.

    « Les conséquences sont dramatiques, ont expliqué Coalition PLUS et AIDES revenant sur le résultat final de la conférence de Johannesburg. « Cette reconstitution n’est pas simplement décevante. Elle laisse mourir plus de huit millions de personnes, rend possible plus de 147 millions de contaminations évitables, prive près de dix millions de personnes d’accès à un traitement antirétroviral, empêche neuf millions de personnes d’accéder à un dépistage pour la tuberculose et annule la livraison de plus de 733 millions de moustiquaires dans les zones à risque du paludisme. L’insuffisance des financements aggrave l’exclusion de services vitaux pour les populations les plus marginalisées. Elle fragilise les systèmes de santé des pays les moins développés. Elle expose le monde entier à des risques sanitaires majeurs. Elle risque de saper vingt années de lutte contre le VIH/sida. » On peut parler de ravages !

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