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    L’Actu vue par Remaides : Xavier Héraud : « Le VIH et le chemsex sont, d’une certaine manière, des épidémies de la solitude »

    • Actualité
    • 02.10.2026


    Crédit image : Xavier Héraud

    Par Fred Lebreton

    Xavier Héraud : "Le VIH et le chemsex sont, d'une certaine manière, des épidémies de la solitude"

     

    Avec « Le Petit Guide de la santé sexuelle gay », paru en août 2026 aux éditions First, le journaliste Xavier Héraud propose une boîte à outils accessible destinée aux hommes gays et bisexuels. VIH, sérophobie, santé mentale, chemsex : fort de vingt-cinq ans de journalisme LGBT+, l’auteur défend une approche fondée sur l’information, le non-jugement et l’empowerment. Entretien.

     

    Remaides : À qui s’adresse ce guide sur la santé sexuelle ? 

    Xavier Héraud : Ce livre s’adresse en priorité aux hommes qui ont des relations sexuelles avec les hommes, ou en d’autres termes les hommes gays et bisexuels. Parmi ceux-là, le guide s’adresse à tout le monde, mais peut-être en priorité à ceux qui sont moins proches des circuits associatifs et donc qui ont moins accès aux informations qu’il contient. J’ai essayé de faire en sorte qu’il s’adresse autant aux séropositifs qu’aux séronégatifs, à ceux qui consomment des chems, comme à ceux qui n’en consomment pas. Dans nos communautés, beaucoup sont assez informés, grâce au travail des associations ou de la presse communautaire, mais je crois que chacun peut y trouver des infos ou des ressources qui peuvent lui être utiles. 

     

    Remaides : Qu’apporte votre guide par rapport aux ressources sur la santé sexuelle qui existent déjà ?

    La plupart des informations contenues dans ce guide sont déjà disponibles ailleurs : dans les brochures de AIDES, dans Remaides, dans le podcast ou le site de Sexosafe, auquel j’ai également collaboré et qui est très complet. Le premier intérêt de ce guide est donc de rassembler des informations diverses et, si nécessaire, de les retravailler pour les rendre plus accessibles. Je cite d’ailleurs mes sources dans le livre. Le second est de proposer un format supplémentaire. Comme je l’ai dit, il existe déjà des brochures, des sites et des podcasts ; avec ce guide, on peut maintenant retrouver ces informations en librairie. En matière de communication en santé, je crois que plus on multiplie les canaux, les formats et les occasions de transmettre les informations, plus celles-ci peuvent atteindre leur cible.

    Remaides : Comment avez-vous rendu accessibles au grand public des informations médicales parfois très techniques ?

    C’est un peu ce que je fais depuis toujours. Le travail de journaliste consiste notamment, surtout lorsqu’on travaille dans le domaine de la santé, à rendre accessibles des informations qui peuvent être très techniques. Il faut donc d’abord les comprendre, puis essayer de les restituer de manière qu’elles soient intelligibles pour les lecteurs. Ce travail de vulgarisation est vraiment au cœur de notre métier. N’étant moi-même ni médecin, ni expert, ni scientifique, je dois d’abord effectuer un travail de compréhension. J’ai parfois besoin d’aide, mais j’ai souvent la chance d’échanger avec des interlocuteurs très compétents et pédagogues, qui me transmettent des informations que je peux ensuite restituer. Il faut aussi savoir faire le tri. Par exemple, lorsque je décris un produit utilisé dans le cadre du chemsex, certaines caractéristiques très techniques, comme le nom précis de la molécule, ne sont pas forcément indispensables. Il s’agit donc de sélectionner les informations pour que le propos reste intelligible, accessible et utile. Une autre personne ferait peut-être des choix différents ou entrerait davantage dans les détails, mais c’est ainsi que j’ai procédé.

    Remaides : Quel est le principal message que vous souhaitez transmettre à travers ce guide ?

    La santé sexuelle, comme la santé en général, s’entretient. C’est un travail au long cours, le travail d’une vie. Il faut toujours continuer à s’informer. Parce que parfois, on oublie certaines informations si elles ne nous concernent pas directement au moment où on en a connaissance. C’est un peu l’exemple que j’évoque au début de mon livre. Lorsque j’ai eu le Covid, je me suis retrouvé bizarrement un peu démuni. Pendant quelques secondes, je me suis demandé : « Qu’est-ce que je fais ? » Pourtant, cela faisait un an et demi que nous étions bombardés d’informations et de recommandations. J’ai également écrit plusieurs chapitres sur le rapport à soi et le rapport aux autres. Au fil d’une relation, les choses peuvent changer. On peut penser être à l’aise avec certains sujets, puis une relation ou une rencontre vient nous déstabiliser et nous pousse à réfléchir sur nous-mêmes. Nous savons aussi que la santé mentale constitue une part importante de la santé sexuelle. Il est difficile de prendre soin de soi et de sa sexualité lorsque l’on ne va pas bien.

    Remaides : Votre livre aborde aussi largement le sujet du VIH et de la sérophobie. Quel angle avez-vous privilégié ?

    Sur la sérophobie, l’angle que j’ai privilégié c’est de dire aux personnes séronégatives de faire preuve de bienveillance envers les personnes séropositives. En France, l’écrasante majorité des personnes vivant avec le VIH qui connaissent leur statut sont traitées et ne peuvent pas transmettre le virus. Le message « Indétectable = Intransmissible » est essentiel : il contribue à lutter contre la sérophobie. Une épidémie, ça ne peut pas se combattre par l’exclusion et les préjugés. À vrai dire, c’est justement cela qui la nourrit. Plus globalement, sur le VIH comme sur tous les autres sujets, il faut continuer à s’informer. Les choses évoluent constamment : les traitements, la prévention etc. S’informer, c’est être acteur de sa santé. 

    Remaides : « Information = Pouvoir », un héritage de vos années chez Act Up-Paris ? 

    Act Up a traversé ma vie. J’y suis entré à l’âge de 21 ans et j’y suis resté quatre ou cinq ans, de 2001 à 2005. Ce fut une véritable école de la vie. Cette expérience rejoint presque le cœur de notre métier de journaliste : nous sommes là pour communiquer des informations, pas nécessairement pour dire aux gens ce qu’ils doivent en faire. Pour moi, c’est cela, l’empowerment. C’est aussi la démarche de ce guide : donner aux personnes un maximum d’informations afin qu’elles puissent s’en saisir. Ce guide est comme une boite à outils. Ce livre permet de savoir vers qui se tourner pour être pris en charge lorsque l’on a pris un risque ou que quelque chose ne va pas. 

    Remaides : Comment avez-vous abordé la question du chemsex dans ce guide, sans tomber dans le jugement ni dans les injonctions ?

    C’était l’une de mes grandes préoccupations. Je souhaitais accorder une place importante au chemsex dans le guide. Je n’ai pas eu besoin d’en convaincre mes éditrices : nous étions vraiment sur la même longueur d’onde. Pour écrire sur le chemsex, je me suis très honnêtement inspiré du travail des associations qui en parlent très bien, notamment AIDES, qui est particulièrement en pointe sur ce sujet. L’objectif était de communiquer des informations claires et utiles. Cela ne m’a pas posé de difficulté sur le plan du regard porté sur les pratiques, car je ne juge pas les personnes qui pratiquent le chemsex. La principale difficulté consistait plutôt à trouver le bon équilibre : fallait-il donner beaucoup d’informations sur les différents produits ou rester plus synthétique ? Cette question s’est posée pour l’ensemble du guide, mais tout particulièrement pour le chemsex. Il fallait trouver le ton juste. Je ne suis ni militant ou acteur de terrain, ni médecin, ni scientifique. Je voulais éviter le discours de comptoir qui consiste à dire aux personnes : « Vous devriez faire ceci ou cela. » On le sait très bien maintenant, et en grande partie grâce à AIDES : en matière de santé publique, les injonctions ça ne fonctionne pas. 

     

    Remaides : Les usagers de chemsex sont parfois pointés du doigt y compris dans la communauté gay…

    Oui et au fond, en pointant les autres du doigt, c’est nous-mêmes que nous stigmatisons… Selon le rapport du Pr Benyamina, il y a entre 100 000 et 200 000 personnes qui pratiquent le chemsex au sein de la communauté gay. C’est considérable. Je voulais faire passer l’idée que le chemsex est un sujet qui nous concerne tous, qu’on soit consommateur ou non. Je trouve qu’il existe un point commun entre le VIH et le chemsex : ce sont, d’une certaine manière, des épidémies de la solitude, pour reprendre le titre d’un article célèbre. L’homophobie a toujours été et demeure une des causes majeures de la transmission du VIH. Dans les années 80, les pouvoirs publics ont tardé à mesurer l’ampleur de cette épidémie parce qu’elle touchait en premier lieu « des pédés, des Noirs, des toxicos », etc. Avec le chemsex, il se passe quelque chose de similaire : cela touche principalement des gays, alors on les laisse se débrouiller, et parfois mourir, dans une certaine indifférence. Je pense également que la prise de conscience communautaire n’est pas encore à la hauteur. Et celles des pouvoirs publics, n’en parlons pas… Comme pour le VIH et la prévention, la seule chose que nous puissions faire pour les usagers de chemsex est de mettre à leur disposition toutes les informations disponibles. Beaucoup les possèdent sans doute déjà, mais elles peuvent être utiles à celles et ceux qui ne les ont pas encore. Ensuite, il faut permettre aux personnes de s’en saisir. Peut-être que cela ouvrira une porte. Une brochure, un échange avec un professionnel de santé ou un témoignage peuvent faire écho à ce qu’une personne vit et l’amener à s’interroger sur ses pratiques. Ma démarche repose donc sur trois principes : le non-jugement, l’information et l’empowerment.

    Remaides :  Fort de vingt-cinq ans de journalisme LGBT et de quatre années d’entretiens pour le podcast Sexosafe, quel regard portez-vous sur la santé sexuelle des gays en France en 2026 ?

    Nous avons maintenant beaucoup d’outils pour avoir une bonne santé sexuelle et une meilleure compréhension du sujet. Mais l’ampleur du chemsex dans la communauté gay révèle que nous n’allons pas très bien. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe beaucoup de personnes incroyables, que j’ai interrogées ou que je continue d’interroger, qui y travaillent : des militants, des acteurs de terrain, des pairs-aidants, des professionnels, des psychologues… Des personnes bienveillantes et compétentes qui se saisissent du sujet, y réfléchissent et nous aident à aller mieux. Nous avons une responsabilité, en tant que membres de la communauté LGBT, de faire bouger les lignes mais celle-ci est aussi partagée avec l’ensemble de la société. La manière dont l’usage des drogues est appréhendé, notamment dans le cadre de la loi de 1970, ne nous aide pas toujours à traiter le sujet sereinement. Sans parler des coupes budgétaires constantes qui ne cessent de fragiliser tout ce qu’en tant que communauté nous avons construit. 

    Propos recueillis par Fred Lebreton

     

    Le Petit Guide de la santé sexuelle gay - Profiter et rester en bonne santé, Chemsex - VIH - PrEP

    Parution : 27 août 2026

    Prix : 5,50 €

    Format : 85*120 mm, 160 p.

    Editeur : First

     

    Qui est Xavier Héraud?

    Journaliste et photographe indépendant, Xavier Héraud travaille depuis plus de vingt-cinq ans sur les questions LGBTQIA+. Il débute en 2000 au magazine Têtu, où il tient notamment la rubrique destinée aux jeunes gays et lesbiennes. Cette expérience donne naissance au « Guide des jeunes homos », coécrit avec le journaliste Charles Roncier et publié en 2004. En 2008, il participe à la création de Yagg, média LGBTQIA+ francophone dont il devient rédacteur en chef adjoint, puis rédacteur en chef. Également photographe, il documente depuis 2012 les communautés LGBTQIA+ et a notamment suivi la scène voguing parisienne pendant plusieurs années. Animateur depuis quatre ans du podcast Sexosafe, consacré à la santé sexuelle des hommes gays et bisexuels, il est aujourd’hui journaliste pour Strobo Mag. Après « Le Petit Guide du coming out », paru en 2024, il publie en août 2026 « Le Petit Guide de la santé sexuelle gay » aux éditions First.

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    Crédit image : Xavier Héraud