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    L’Actu vue par Remaides : « VIH : la science avance, les préjugés résistent »

    • Actualité
    • 23.06.2026

     


    Julia Charbonnier, directrice de l’association Actions Traitements, le professeur Jade Ghosn, chef du service du Cegidd de l’hôpital Bichat-Claude Bernard à Paris et Matthieu Wagner, directeur général de ViiV Healthcare France & Belgique lors de la conférence de presse de présentation de l’enquête 
    « Le regard des Français sur le VIH »,  le 10 juin 2026 à Paris. 
    Photo : Fred Lebreton

    Par Fred Lebreton 


    VIH : la science avance, les préjugés résistent


    Alors que les traitements ont profondément transformé la vie des personnes vivant avec le VIH et que les outils de prévention se sont diversifiés, une enquête nationale révèle l’ampleur des lacunes persistantes dans les connaissances des Français-es. Méconnaissance du principe « Indétectable = Intransmissible » (I=I), ignorance de la Prep et du TPE (traitement post exposition), croyances erronées sur les modes de transmission, etc. Un manque de connaissances qui continue d’alimenter la sérophobie, en particulier dans la sphère intime.

    De nombreuses croyances erronées persistent sur le VIH
    Quarante-cinq ans après l’identification des premiers cas de VIH et alors que les progrès thérapeutiques ont profondément transformé le quotidien des personnes vivant avec le VIH, les connaissances du grand public semblent toujours marquées par de nombreux angles morts. C’est ce que révèle l’observatoire « Le regard des Français sur le VIH », réalisé par l’institut AplusA pour le compte du laboratoire pharmaceutique ViiV Healthcare, auprès de 2 007 personnes représentatives de la population française. L’enquête met en évidence un contraste saisissant entre le niveau de confiance affiché par les répondants-es et la réalité de leurs connaissances. Ainsi, trois quarts des personnes interrogées (75 %) affirment être bien, voire très bien informées sur le VIH. Pourtant, derrière cette assurance se cache encore une certaine méconnaissance des modes de transmission du virus.

    Dans leur grande majorité, les Français-es identifient correctement les principaux modes de transmission du VIH, notamment par voie sexuelle ou sanguine. Mais lorsque l’on examine plus finement les réponses, les résultats révèlent la persistance de croyances que l’on pouvait penser révolues. Les plus jeunes sont particulièrement concernés. Parmi les 18-35 ans interrogés, près de trois sur dix (29 %) pensent encore qu’une piqûre de moustique peut transmettre le VIH (!). Ils-elles sont également 24 % à croire qu’un rapport sexuel protégé expose malgré tout à un risque de contracter le VIH, tandis que 19 % considèrent que la salive (à travers un baiser ou le partage d’une brosse à dents) peut transmettre le virus…

    Ces chiffres témoignent d’un décalage important entre les connaissances scientifiques établies et les représentations qui circulent encore dans la société. Plus qu’une simple erreur d’information, ces croyances contribuent à entretenir une perception exagérée du risque et nourrissent des peurs souvent déconnectées de la réalité. L’enquête souligne ainsi un paradoxe : alors que les répondants-se se sentent majoritairement informés-es, ils-elles continuent de surestimer les risques de transmission dans des situations de la vie quotidienne. Cette surestimation alimente la sérophobie et des attitudes de méfiance qui peuvent se traduire par des comportements discriminatoires à l’égard des personnes vivant avec le VIH. Ces résultats rappellent que la lutte contre le VIH ne se résume pas à la mise à disposition d’outils médicaux efficaces. Elle passe aussi par un travail constant de pédagogie et de diffusion des connaissances scientifiques. À l’heure où près de 200 000 personnes vivent avec le VIH en France et où plus de 5 000 découvertes de séropositivité sont encore recensées chaque année, les enjeux de sensibilisation demeurent entiers. Car si les traitements ont radicalement changé le pronostic de l’infection, les représentations collectives semblent, elles, évoluer beaucoup plus lentement.

    I = I, Prep, TPE : des outils encore largement méconnus
    L’un des enseignements les plus marquants de l’enquête concerne la faible connaissance des avancées majeures qui ont pourtant transformé la prévention du VIH au cours des dernières années. Le principe « Indétectable = Intransmissible » (I = I), aujourd’hui reconnu par l’ensemble de la communauté scientifique internationale, reste largement ignoré. Seuls-es 15 % des répondants-es savent qu’une personne vivant avec le VIH sous traitement efficace et dont la charge virale est indétectable ne peut pas transmettre le virus. À l’inverse, 62 % estiment qu’un risque de transmission demeure malgré le traitement... Désespérant.

    L’enquête révèle également une méconnaissance importante des outils de prévention disponibles. Pour une immense majorité des répondants-es, la prévention du VIH reste quasiment synonyme de préservatif. Près de huit personnes interrogées sur dix ne citent aucune autre stratégie préventive. Alors que 2026 marque les dix ans de l’arrivée de la Prep en France (lire notre interview du Pr Jean-Michel Molina à ce sujet), elle n’est mentionnée spontanément que par 2,7 % des répondants-es. Le traitement post-exposition (TPE), le dépistage régulier ou encore le traitement comme prévention (Tasp) demeurent, eux aussi, largement invisibles dans les réponses recueillies.

    « Il est impératif de sortir le VIH de l’hôpital »
    Pour le professeur Jade Ghosn, chef du service du Cegidd de l’hôpital Bichat-Claude Bernard à Paris, cette situation souligne l’importance d’adapter les parcours de soins aux évolutions thérapeutiques en cours. « L’arrivée des solutions injectables à longue durée d’action tant pour les traitements que pour la prévention (en Prep) marque une avancée majeure pour les usagers », explique-t-il. Selon lui, ces innovations invitent à repenser l’organisation du système de santé afin qu’elles puissent bénéficier au plus grand nombre. « Il est impératif de sortir le VIH de l’hôpital et de s’appuyer sur la complémentarité des professionnels de santé en soins primaires », souligne Jade Ghosn. Le professeur insiste notamment sur le rôle croissant des infirmiers-ères libéraux-les et des pharmaciens de ville dans l’accompagnement des personnes concernées. « C’est en formant tous les soignants de proximité que nous accompagnerons durablement cette révolution thérapeutique qui offre discrétion et sécurité pour les patients », ajoute-t-il.
     


    Une diapositive présentée lors de la conférence de presse de présentation de l’enquête 
    « Le regard des Français sur le VIH », le 10 juin 2026 à Paris. Photo : Fred Lebreton


    Quand l’ignorance nourrit la sérophobie et les discriminations
    L’observatoire met en lumière un autre phénomène bien connu des associations : la persistance d’une forte stigmatisation envers les personnes vivant avec le VIH, malgré les progrès thérapeutiques accomplis depuis plusieurs décennies. Les résultats dessinent une forme de tolérance conditionnelle. Dans les espaces sociaux et professionnels, la très grande majorité des répondants-es affirment être à l’aise avec une personne séropositive. Partager un repas, serrer une main ou faire la bise ne semble plus poser de problème à la plupart des Français-es interrogés-es. Ouf ! Mais cette acceptation apparente s’effondre dès que l’on aborde la sphère intime. L’enquête révèle que 83 % des répondants-es déclarent ne pas être à l’aise à l’idée d’avoir une relation sexuelle avec une personne vivant avec le VIH. Ils-elles sont également 68 % à ne pas se projeter dans une relation de couple avec une personne séropositive. Des chiffres particulièrement frappants lorsque l’on sait que seule une minorité des répondants-es connaît le principe I=I.

    Pour Julia Charbonnier, directrice de l’association Actions Traitements, ces résultats illustrent les conséquences très concrètes du manque d’information. « Si les progrès médicaux permettent aujourd'hui de vivre longtemps et en bonne santé, la réalité sociale des personnes vivant avec le VIH reste marquée par une stigmatisation et une sérophobie encore bien trop présentes », rappelle-t-elle. Cette situation a des répercussions directes sur la santé mentale et la qualité de vie des personnes concernées. « Nous voyons quotidiennement l'impact de ce rejet qui pousse de nombreuses personnes à s'isoler ou à s'auto-stigmatiser pour se protéger de la violence des discriminations », explique-t-elle. Selon Julia Charbonnier, les difficultés sont particulièrement fortes dans le domaine de la vie affective et sexuelle. « C'est dans la sphère de l'intimité, de la vie affective et sexuelle, que le poids du silence est le plus lourd », souligne-t-elle. Alors même que les données scientifiques démontrent qu'une personne ayant une charge virale indétectable ne transmet pas le VIH, « la peur et les idées reçues continuent de freiner les rencontres ». Pour la responsable associative, ces constats montrent que la lutte contre le VIH ne peut être dissociée de la lutte contre les discriminations. « Il est temps que la lutte contre les discriminations devienne une priorité collective pour que le VIH soit enfin traité comme une maladie chronique comme les autres, sans l'ombre de l'exclusion », conclut-elle.

    AplusA Research pour ViiV Healthcare, Rapport de l'enquête VIH : Observatoire des perceptions en France, étude quantitative du 15 au 28 avril 2026 réalisée sur un panel de 2007 répondants-es (dont 750 âgés de 18 à 35 ans) représentatif de la population française. 

     

    Pour aller plus loin : 

    Bruce Richman : « U = U est l'outil le plus puissant dont nous disposons pour lutter contre la sérophobie »

    Campagne Zéro risque d'Actions Traitements 

    CHRONOLOGIE : PLUS DE 15 ANS DE PREUVES SCIENTIFIQUES (Actions Traitements)