L’Actu vue par Remaides : « VIH et TPE : refus et renoncements, le bilan de l’Observatoire du TRT-5 CHV »
- Actualité
- 08.05.2026
Un schéma réalisé par le TRT-5 CHV qui rend compte des obstacles dans l'accès au TPE (traitement post exposition) à partir des informations du premier bilan de l'Observatoire des refus et
des renoncements au TPE du TRT-5 CHV. Crédit image : TRT-5 CHV
Par Jean-François Laforgerie
VIH et TPE : refus et renoncements,
le bilan de l'Observatoire du TRT-5 CHV
De juillet 2025 à fin février 2026, 19 signalements exploitables de difficultés d’accès au traitement post-exposition (TPE) ont été recensés via l’Observatoire des refus et renoncements au TPE du TRT-5 CHV, accessible sur un site dédié. Disponible depuis plus de 25 ans, le TPE, disposition de prévention, est méconnu et caractérisé par de nombreux freins d’accès. Points clefs de ce premier bilan.
Un Observatoire et des objectifs
Lancé en juillet 2025, l’Observatoire des refus et renoncements au TPE du TRT-5 CHV a pour ambition « d’objectiver les difficultés rencontrées par les premiers-ères concernés-es [concernant l’accès au TPE] » afin « d’alerter les instances de santé publique sur les dysfonctionnements d’accès et la nécessité d’améliorer le cadre de prescription et de dispensation du TPE » et de « transmettre les signalements aux acteurs locaux (Coress : Coordinations régionales) pour impulser la diffusion de bonnes pratiques au sein des structures d’accueil. »
Le cadre du TPE
En France, le TPE doit être accessible dans les services spécialisés (service des maladies infectieuses, centre de dépistage hospitalier) ainsi que dans les services d’urgences. Le traitement est d’autant plus efficace qu’il est débuté rapidement : si possible dans les quatre heures suivant l’exposition au risque et au maximum dans les 48 heures. En cas de passage par les urgences, après une évaluation du risque et examens nécessaires réalisés, les premiers comprimés du traitement peuvent alors être prescrits (starter kits). La personne est ensuite orientée vers un-e spécialiste référent-e qui devra réévaluer les risques (type de pratiques sexuelles, type de matériel d’injection partagé, sérologie du-de la partenaire, appartenance du partenaire à un groupe pour lequel la prévalence du VIH est élevée) et assurer le suivi. La personne éligible au TPE reçoit alors un traitement prophylactique pour 28 jours. Des dépistages du VIH et autres examens sont réalisés à l’initiation, en milieu et fin de traitement, puis jusqu’au quatrième mois suivant l’exposition au risque..
Territoires et sites concernés
Revenons aux résultats du premier bilan de l’Observatoire. « Les signalements concernent douze départements différents, ce qui montre une diffusion géographique large des difficultés d’accès », avance le TRT-5 CHV. L’hôpital est de loin la structure de soin qui concentre le plus de situations (dix-huit), particulièrement les services des urgences, cités dans seize signalements, le reste concernant des Centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) hospitaliers, indique le premier bilan. Pour le collectif, « cela suggère que les structures spécialisées sont moins susceptibles d’être à l’origine d’expériences négatives et/ou sont peu utilisées pour accéder au TPE. »
Quels sont les obstacles les plus fréquents ?
Cette question était à choix multiple. Autrement dit, il était possible de cocher plusieurs réponses. Les résultats sont présentés sur le graphique du TRT-5 CHV en haut de l'article.
Il y a dix ans, une première étude avait été conduite sur les « Freins et leviers de la prise en charge du traitement post-exposition au VIH ». Dans un article consacré à cette étude, les chercheurs-ses rappelaient le contexte : une évolution de prévention du VIH/sida vers le paradigme de prévention combinée, autrement dit de « penser l’offre de prévention en associant l’ensemble des stratégies structurelles, biomédicales et comportementales validées. » Parmi ces stratégies de prévention combinée, la prévention biomédicale se décline sous deux angles : l’une, très connue, la Prep (prophylaxie pré-exposition du VIH ; l’autre nettement moins connue le TPE (dit traitement d’urgence ou traitement post-exposition (TPE), une prophylaxie post-exposition). Le TPE a intégré la palette de la prévention contre le VIH en 1998 en France et « s’adresse aux personnes qui ont été exposées à un risque de contamination par le VIH dans le milieu professionnel, lors d’un rapport sexuel non protégé ou de l’utilisation d’une seringue souillée », expliquent les auteurs-rices. Ils et elles rappellent que « l’introduction de cette nouvelle stratégie de prévention a été obtenue sous l’influence du milieu associatif qui demandait l’égalité d’accès entre accident d’exposition professionnel et sexuelle, et ce face aux recommandations des épidémiologistes argumentant une pratique plus restrictive de ce traitement (…) La mise en place du TPE n’a pas été sans polémique, ses détracteurs avançant l’idée qu’il pouvait conduire à une moindre utilisation du préservatif et à la banalisation du recours au TPE. » La période (1998-2008) a été très marquée « par une tension entre les acteurs défendant le "tout préservatif" et ceux défendant une approche plus pragmatique, basée sur le principe de "réduction des risques sexuels". »
Les résultats de la première étude en France
Au total, 29 personnes ont été interrogées. La majorité des participants étaient des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. L’âge médian des usagers interviewés était de 35 ans. Sur l’ensemble de l’échantillon des personnes ayant sollicité un TPE de l’étude, trois personnes se déclaraient bisexuelles, deux consommaient des drogues notamment par injection, une personne exerçait le travail du sexe, et trois avaient un parcours migratoire. Concernant le groupe des prescripteurs, un médecin infectiologue, quatre médecins urgentistes (dont la moitié dans des grandes urgences), un interne en médecine aux urgences, deux médecins de Cegidd, et une infirmière de Cegidd ont été interrogés-es. Leur ancienneté dans la profession allait de sept mois à 25 ans.
L’analyse des données recueillies permet d’identifier plusieurs déterminants qui ont rendu difficile l’accès ou le suivi du traitement post-exposition. « Si plusieurs freins interviennent en amont (difficulté à évaluer le risque, se décider, savoir où aller, distance géographique du lieu de délivrance, horaires, etc.), la majorité des freins exprimés dans les discours sont relatifs aux conditions de la prise en charge. La plupart des personnes interviewées rapportent une prise en charge qu’ils jugent globalement satisfaisante mais toutes identifient un élément qui a compliqué l’accès ou le suivi de leur traitement, en particulier en services d’urgences : le délai de prise en charge. L’attente précédant la prise en charge limite l’accès au TPE. C’est un paramètre qui est souvent anticipé négativement par les usagers en raison des représentations liées aux services des urgences ou d’expériences antérieures. L’attente, pour les personnes ressentant un stress lié à la situation vécue (risque de contamination par le VIH), peut être un moment particulièrement anxiogène et décourageant (…) De plus, une durée d’attente prolongée aux urgences est vécue comme particulièrement injustifiée pour les personnes qui ont intériorisé les recommandations de venir rapidement après la prise de risque pour que le traitement soit le plus efficace possible. Certains en viennent à relativiser le caractère prioritaire de leur demande », expliquent les auteurs-rices. Plusieurs personnes ont témoigné de jugement de la part du personnel soignant lors de leur demande de traitement (sept personnes). Cela concerne des réflexions sur les prises de risque sexuelles ou l’orientation sexuelle. « Des "discours moralisateurs" sur la récurrence du recours au TPE sont aussi rapportés, et ce, même en services spécialisés de dépistage », explique l’enquête. Là encore, ce type d’attitudes est anticipé par les personnes, notamment par suite d’une expérience antérieure négative de TPE (deux personnes). Par ailleurs, des « freins dans le parcours interviennent également après l’initiation d’un traitement, que ce soit sur le plan biologique ou structurel. En premier lieu, près de la moitié des interviewés du groupe ayant eu recours au TPE évoquent la survenue d’effets indésirables importants, jugés gênants, au point que deux personnes ont pensé à arrêter le traitement. Un participant n’a pas recouru au TPE par crainte de revivre les mêmes effets indésirables qu’il avait endurés la fois précédente. »
Des pistes d’amélioration identifiées par les personnes lors de la première enquête
La piste soulevée par tous les participants des différents groupes interrogés dans cette enquête concerne l’amélioration de l’accessibilité du TPE en le « sortant des urgences », afin de simplifier et réduire les délais de prise en charge. Plusieurs lieux alternatifs, jugés plus accessibles en termes géographiques et plus rapides en termes de prise en charge, mais aussi en raison de leur discrétion et d’un moindre jugement, sont évoqués : les pharmacies, pour avoir accès au traitement « comme une pilule du lendemain », un dispositif communautaire dans les associations ou chez soi (starter kit à domicile comme une « trousse de secours ») ; au travers d’une prescription via les médecins (généralistes, de garde, ou délégation médicale à un personnel paramédical).
Les données du bilan de L’Observatoire du TRT-5 CHV
À la suite de la première étude (voir au-dessus), puis, en 2021, d’un appel à témoignages lancé à l’initiative du TRT-5 CHV, les données de l’Observatoire confirment que les problèmes déjà identifiés n’ont pas été résolus. Sont encore constatés des délais de prise en charge pas adaptés, des attitudes jugeantes de la part de soignants-es ou encore des méconnaissances du TPE par le personnel des centres hospitaliers. « Les signalements soulignent l’immobilisme des politiques de mise à disposition du TPE. L’inscription d’une action visant à "renforcer l’accessibilité au TPE" dans la feuille de route de la Stratégie nationale de santé sexuelle 2021 n’a ni donné lieu à une diversification des sites de mise à disposition, ni fait disparaître les problèmes de refus et renoncement provenant des services d’urgence », dénonce le TRT-5 CHV. Le collectif estime même que ces « situations révèlent d’un non-respect de l’instruction ministérielle du 25 février 2019 relative aux recommandations de prise en charge des accidents d’exposition au sang et aux liquides biologiques (AES) survenant dans un environnement professionnel et des accidents d’exposition sexuelle. »
Cette recommandation s’applique aux CeGIDD, services de maladies infectieuses et tropicales ou les structures des urgences. Elle stipule que : « Tous les efforts doivent être consentis pour réduire les délais entre l’accident d’exposition, l’évaluation du risque et la délivrance du TPE le cas échéant » ; que « Tous les personnels assurant l’accueil, sont tenus de faire preuve d’une écoute neutre et bienveillante. Si besoin, une formation adaptée peut être proposée », que les « services d’urgence disposent d’une dotation définie de kits thérapeutiques de démarrage à prescrire en l’absence d’un-e médecin spécialisé-e » et qu’il « incombe aux structures de mettre en place des protocoles de prise en charge formalisés, actualisés selon les dernières recommandations d’experts et partagés au sein des structures. »
Refus et renoncements au TPE : des pertes de chance
Le TRT-5 CHV a réalisé un graphique sur la typologie des conséquences des refus et renoncements. Là encore, la question était à choix multiples.

Un schéma du TRT-5 CHV sur la typologie des conséquences des refus et renoncements liés au TPE
réalisé sur la base des informations du premier bilan de l'Observatoire des refus et renoncements
liés au TPE du TRT-5 CHV. Crédit image : TRT-5 CHV
« L’analyse de la typologie des conséquences des refus et renoncements aux TPE fait apparaître une perte de chance se traduisant par l’impossibilité d’accéder au TPE, l’initiation retardée du traitement ou la mise en échec de la prise complète du traitement », explique le bilan de l’Observatoire. « Les signalements font aussi apparaître la charge que les dysfonctionnements font peser sur les personnes elles-mêmes, contraintes d’insister, d’expliquer ou de recourir à des associations pour aller au bout de leur parcours de soin.
Des recommandations
L’urgence est d’autoriser la dispensation du TPE par les acteurs-trices de ville et les associations, explique le TRT-5 CHV. Le collectif note que le rapport du groupe d’experts-es sur le suivi de VIH, missionné à échéance régulière par le ministère de la Santé, préconise depuis 2017 un passage en ville et une dispensation associative du TPE. Il en va de même pour la feuille de route de la Stratégie nationale de santé sexuelle 2021-2024, qui se fixait comme objectif de renforcer l’accessibilité du TPE, en permettant sa dispensation par les médecins de premier recours et les pharmacies d’officine. « À l’heure où la feuille de route est en cours d’actualisation, il est indispensable de réinscrire cette résolution, de l’élargir aux associations, et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour la concrétiser », explique le collectif qui demande aussi que « l’expérimentation de la dispensation de starter-kits communautaire (dispensation de cinq jours de traitement par une association dans l’attente d’un rendez-vous hospitalier), telle que prévue dans l’étude « ANRS TPE HLM » qui n’a pas pu voir le jour par manque d’autorisation d’un Comité de protection des personnes, [puisse] être menée. » Il est aussi nécessaire de mettre en place à l’échelle nationale un programme d’amélioration des pratiques relatives à la gestion des accidents d’exposition sexuelle dans les services d’urgences.
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