L'Actu vue par Remaides : Venton Jones, du militantisme VIH aux bancs du Capitole texan
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- 23.01.2026

Venton Jones en Une de Poz. Crédit image Poz magazine
Par Fred Lebreton
Venton Jones, du militantisme VIH aux bancs du Capitale texan
Élu démocrate à la Chambre des représentants du Texas, Venton Jones est le premier élu noir aux États-Unis à vivre ouvertement avec le VIH. De son engagement communautaire à Washington à ses combats parlementaires dans un État conservateur, son parcours politique s’est construit à la croisée de l’intime, du plaidoyer et de la représentation. Le magazine américain Poz lui consacre un beau portrait et sa Une du numéro de janvier 2026.
De la santé communautaire au combat contre le VIH
Lorsque Poz magazine consacrait en 2015 une page « Heroes » à Venton Jones, il n’était encore qu’un jeune militant de 31 ans, installé à Washington, engagé dans la défense des hommes gays et noirs face à l’épidémie de VIH. Onze ans plus tard, s’il est devenu une figure politique nationale, l’élu texan n’a rien renié de ses débuts. « Je veux que les gens sachent que je suis une personne, moi aussi », rappelle-t-il, soucieux de relier son statut actuel aux années de doute et de luttes qui ont précédé. Venton Jones est né et a grandi à Dallas (Texas). Il est issu d’une famille où le soin était une vocation (plusieurs infirmières de carrière). Le militant s’oriente naturellement vers la santé communautaire à la Texas A&M University. Très tôt, une évidence s’impose : le VIH reste un angle mort des politiques de santé publique. « Tout le monde travaillait sur l’hypertension ou le cancer. Personne ne parlait vraiment de l’épidémie de VIH. Cela me posait un problème », se souvient-il. Son propre diagnostic tombe en 2007, alors qu’il s’apprête à rejoindre l’armée : il est séropositif. Un choc, mais aussi un tournant dans sa vie. « J’ai dû apprendre à me pardonner. J’étais un jeune homme gay et noir qui ne faisait rien de différent de ce que faisaient d’autres hommes gays et noirs comme moi », confie-t-il. Loin de le freiner, cette annonce renforce sa détermination : mieux comprendre le système de santé, défendre les siens, rendre visible ce que beaucoup préfèrent ignorer.
Washington, laboratoire politique d’un futur élu
Diplômé d’un master en administration des services de santé en 2009, Venton Jones choisit de se confronter au cœur du pouvoir fédéral. À Washington, il découvre comment les politiques publiques façonnent (ou entravent) l’accès aux soins. À la National Black Gay Men’s Advocacy Coalition, il pilote communications et stratégies de plaidoyer, tout en lançant une initiative de leadership destinée aux jeunes gays noirs. « Il s’agissait de mobiliser ces voix pour qu’elles agissent dans les espaces politiques », explique-t-il. Son passage à la National Black Justice Coalition marque une nouvelle étape : le militant y crée l’une des premières initiatives santé de l’organisation, centrée sur le VIH au sein des familles noires, et participe aux discussions avec la Maison-Blanche, le ministère de la Santé et les CDC (centres de contrôle des maladies américains). « C’était formidable de renforcer la visibilité de la lutte contre le VIH à travers de multiples prismes », raconte-t-il. Mais l’ambition de Venton Jones va plus loin : il veut bâtir sa propre structure. En 2018 naît le Southern Black Policy and Advocacy Network (SBPAN), un réseau communautaire pensé pour améliorer les conditions sanitaires, sociales et économiques des communautés noires du Sud des États-Unis. Projet fragile que le militant porte à bout de bras et parfois après des nuits passées à conduire des taxis pour Uber. Le SBPAN parvient pourtant à se développer, avant d’être durement frappé par des coupes budgétaires fédérales. « Nous avons perdu des projets. Nous devons repartir dans une levée de fonds agressive », déplore le militant. Une épreuve supplémentaire, qui précède son retour au Texas et sa décision d’entrer pleinement en politique.
Être élu avec le VIH, et en faire un levier politique
De retour à Dallas, Venton Jones retrouve une ville transformée, marquée par des inégalités accrues. Il s’engage localement, devient responsable de circonscription, juge électoral, puis se lance en 2021 dans la course à la Chambre des représentants du Texas. Élu en novembre 2022, il entre dans l’histoire en tant que premier élu noir ouvertement séropositif aux États-Unis, et l’un des rares élus LGBT+ dans un État dominé par les conservateurs du parti républicain. « Le mouvement de lutte contre le VIH m’a appris l’importance de la visibilité et de la prise de parole », affirme-t-il. À la Chambre, Venton Jones se heurte à la réalité du rapport de forces (les démocrates sont ultra-minoritaires) mais s’acharne. Son projet de loi sur le dépistage systématique du VIH échoue, sans jamais être soumis au vote final. Pour autant, le militant ne renonce pas à l’envie d « être la voix des personnes vivant avec le VIH ». En 2025, il gagne une première victoire : 600 000 dollars sont obtenus pour intégrer les traitements injectables à longue durée d’action dans le programme texan des traitements VIH. La même année, l’élu participe au spectaculaire départ des élus démocrates pour bloquer un redécoupage électoral jugé raciste. Les conséquences de son engagement militant sont concrètes dans l’Amérique de Trump : menaces de mort, surveillance policière, peur. « C’est probablement la première fois que j’ai vraiment eu peur de voyager », confie-t-il. Mais le militant persiste, convaincu que la représentation sauve. « Je veux que la personne à qui on annonce un diagnostic VIH sache qu’il existe un "Venton Jones" qui a été élu », dit-il avec fierté. Non pas pour être « le premier », insiste-t-il, mais « pour servir ma communauté