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    L’Actu vue par Remaides : « Vaccination : une semaine de mobilisation et les réflexions de AIDES »

    • Actualité
    • 22.05.2026

     

     

     

     

    Crédit image : DR/Seronet

    Par Jean-François Laforgerie

    Vaccination : une semaine de 
    mobilisation et les réflexions 
    de AIDES


    La dernière semaine européenne de la vaccination s’est déroulée du 27 avril au 3 mai. Organisé par le ministère de la Santé et par Santé publique France, piloté localement par les agences régionales de santé (ARS), cet événement vise à promouvoir la vaccination en rappelant son « rôle essentiel pour se prémunir contre de nombreuses maladies infectieuses, et diminuer le risque d’épidémie. » C’est un enjeu majeur de santé publique pour la protection sanitaire des populations, en particulier des personnes les plus vulnérables. Infos clefs. À cette occasion, L’Actu vue par Remaides publie un texte qui développe le positionnement de AIDES sur la vaccination, comme outil de santé publique.


    Cette semaine européenne de la vaccination est un moment privilégié pour s’informer et vérifier son statut vaccinal. Elle est aussi l’occasion de publier les dernières estimations de couvertures vaccinales, de présenter les nouvelles recommandations vaccinales et de rappeler les messages de prévention adaptés aux différents âges de la vie. 

    Les nouveautés du calendrier vaccinal 2026
    Comme le souligne Santé publique France (SpF), le calendrier vaccinal 2026 introduit plusieurs évolutions importantes. L’une concerne la vaccination contre les infections à HPV (papillomavirus humains). Cette vaccination est toujours prioritairement recommandée entre 11 et 14 ans, pour les filles et les garçons, période où son efficacité est maximale (avant le début de la vie sexuelle). Afin d‘offrir un rattrapage pour celles et ceux n’ayant pas été vaccinés-es plus jeunes, la vaccination contre les infections à HPV est élargie : elle concerne désormais l’ensemble des jeunes hommes et des jeunes femmes jusqu’à l’âge de 26 ans révolus, afin d’améliorer la prévention des cancers liés à ces infections. Elle est prise en charge à 65 % par l’Assurance maladie (les 35 % restants sont souvent pris en charge par une mutuelle, à condition d’en avoir une). Concernant les personnes vivant avec le VIH, le calendrier vaccinal officiel rnvoie en page 68, à propos de la vaccination contre le HPV, vers un document de référence sur la vaccination des PVIH de la HAS dont la recommandation est : « Comme en population générale, la vaccination contre les infections à HPV est recommandée chez tous les adultes VVIH n’ayant pas été vaccinés préalablement, jusqu’à l’âge de 26 ans révolus par le vaccin nonavalent – Gardasil 9® administré selon un schéma à 3 doses (M0, M2, M6) (Grade A). »
    Par ailleurs, la vaccination contre les infections invasives à méningocoques est renforcée pour mieux protéger les populations les plus exposées aux méningites et répondre à la recrudescence de ces infections. Une augmentation du nombre de cas d’infections invasives à méningocoques a en effet été constatée ces dernières années. De plus, la vaccination contre les infections à pneumocoque est renforcée avec un nouveau vaccin pour une protection élargie. Concernant les infections à pneumocoque, un nouveau vaccin, Capvaxive, est intégré à la stratégie vaccinale. Il peut être utilisé, au même titre que Prevenar 20, chez les personnes adultes à risque accru ainsi que chez toutes les personnes âgées de 65 ans et plus, selon un schéma simplifié à une seule dose.
    Chez les personnes âgées de 65 ans et plus, l’utilisation des vaccins à forte dose ou avec adjuvant est privilégiée pour la vaccination contre la grippe saisonnière, bien que l’utilisation des vaccins à dose standard reste possible.

    De meilleurs résultats pour certaines couvertures vaccinales, mais des progrès à faire
    On peut prendre l’exemple du HPV. La couverture vaccinale du vaccin contre les infections à HPV continue d’augmenter :
    - En 2025, 61,6 % des jeunes filles de 15 ans avaient reçu une première dose de vaccin. Elles étaient 58,4 % en 2024 ; En 2025, 46 % des jeunes garçons de 15 ans avaient reçu une première dose de vaccin. Ils étaient 36,9 % en 2024. Afin d’obtenir l’élimination des cancers liés aux infections à HPV, dont notamment le cancer du col de l'utérus, l’objectif d’une couverture vaccinale est fixé à 80 % à l’horizon 2030 par la Stratégie décennale de lutte contre les cancers.
    À l’issue de la campagne de vaccination contre la grippe (28 février 2026), la couverture vaccinale contre la grippe est estimée à :
    - 49,6 % chez l’ensemble des personnes à risque ciblées par la vaccination, soit + 3,1 points par rapport à la saison 2024-2025 ;
    - 56,7 % chez les 65 ans et plus, soit + 3 points ;
    - et 28,9 % chez les moins de 65 ans à risque de grippe sévère, soit + 3,6 points.
    « Une telle augmentation est observée pour la première fois depuis la pandémie de Covid-19 », relève Santé publique France, citée par Vidal.

    Plus de huit personnes sur dix favorables à la vaccination
    Santé publique France a publié les données relatives à l’adhésion à la vaccination dans le cadre des résultats du Baromètre de Santé publique France 2024. Ces résultats confirment une bonne adhésion de la population à la vaccination en général : 80 % des adultes de 18 à 79 ans sont favorables à la vaccination. Parmi eux, 25 % déclarent être très favorables à la vaccination. L’adhésion à la vaccination, qui ne diffère pas selon le sexe, est en revanche plus élevée aux âges extrêmes, chez les 18-29 ans et chez les 70-79 ans. Autre constat : il persiste des disparités socio-économiques, avec une adhésion vaccinale plus importante parmi les personnes présentant un niveau d’éducation plus élevé et une meilleure situation financière, avance SpF. Néanmoins, parmi les 18-75 ans vivant en France hexagonale, l’adhésion vaccinale amorce une légère diminution en 2024, en comparaison avec l’édition précédente du Baromètre de Santé publique France (80 % versus 84 % en 2021). Pour SpF : « Ces résultats montrent qu’il est important de poursuivre les actions d’information et de promotion de la vaccination auprès de tous, dans une optique de protection collective. »

    Vaccination : une tribune contre « des idéologies qui manipulent les peurs »
    À l’occasion de la semaine de la vaccination, Le Parisien a publié, le 28 avril, un « texte offensif, initié par l’Institut Pasteur et rédigé par des centaines de médecins, scientifiques et personnalités ». Comme l’explique Nicolas Berrod, on y « retrouve des noms connus et attendus, comme ceux de l’immunologue Alain Fischer, ancien président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale pendant le Covid-19 », mais aussi la Pre Françoise Barré-Sinoussi, la Pre Yasmine Belkaid (Pasteur), des écrivains comme Erik Orsenna ou Marc Levy, des médecins médiatiques comme Marine Lorphelin ou Jimmy Mohamed, des cliniciens et chercheurs comme Yazdan Yazdanpanah (ANRS MIE). Dans cette tribune, les auteurs-rices disent s’inquiéter du recul des couvertures vaccinales en France et dans d’autres pays, particulièrement aux États-Unis. Certes, ils-elles notent que les personnes antivax sont très minoritaires, mais qu’il y a beaucoup de personnes hésitantes prêts à « basculer » et les couvertures vaccinales chez les adolescents-es et les personnes âgées (HPV, grippe, etc.) n’atteignent toujours pas les objectifs nationaux et internationaux de santé publique, malgré des progrès (voir plus haut).
    « Au cours des 50 dernières années, la vaccination a permis de réduire de 40 % la mortalité chez les nourrissons dans le monde, devenant ainsi l’un des facteurs de survie de l’enfant les plus puissants. D’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), au moins 1,4 million de vies ont été sauvées en Europe grâce à des vaccins sûrs et efficaces contre le Covid-19. Et demain, le vaccin contre le papillomavirus humain ouvre la perspective historique d’éliminer le cancer du col de l’utérus, une des principales causes de mortalité par cancer chez les femmes dans le monde. Cent cinquante-quatre millions de vies sauvées en cinquante ans. Ces résultats sont le fruit de décennies de travaux de recherche fondamentale et d’investigations cliniques, d’investissements publics considérables et d’une coopération internationale sans précédent. Ils représentent l’un des acquis les plus précieux de la médecine moderne et l’un des succès les plus marquants de la santé publique », expliquent les signataires.
    « Nous qui signons cette tribune sommes chercheurs, médecins, écrivains, journalistes, dirigeants d’institutions scientifiques, parlementaires et acteurs de la société civile. Nous venons de France, du Sénégal, de Corée et d’ailleurs. Nos parcours sont différents. Nos voix sont plurielles. Mais notre conviction est la même : la vaccination est un bien commun de l’humanité, et nous ne laisserons personne la remettre en cause. Car la vaccination est aussi un acte de responsabilité collective. En se protégeant, chaque individu contribue à protéger ceux qui ne peuvent pas l’être : nourrissons trop jeunes pour être vaccinés, personnes immunodéprimées, personnes âgées. Se vacciner, c’est prendre soin des autres autant que de soi-même. Cette responsabilité ne s’arrête pas aux frontières de l’espèce humaine (…)  Si nous signons cette tribune aujourd’hui, c’est pour tous les parents qui s’interrogent, les citoyens troublés par le bruit ambiant, tous ceux qui cherchent le signal de la vérité dans la cacophonie des opinions. Ce signal, le voici : la vaccination fonctionne. Elle est sûre. Elle sauve des vies. Une vie toutes les huit secondes. Nous appelons les professionnels de santé, médecins, pharmaciens, sage-femmes, infirmiers, vétérinaires à continuer de porter la parole de la science. Vous êtes, pour les patients, le visage de la confiance. Chaque vaccination administrée est un geste d’espoir. Chaque explication donnée est une victoire contre le doute. Chaque réfutation d’arguments fallacieux peut convaincre. »

    Vaccination-info-service.fr : des contenus accessibles à tous-tes pour s’informer et agir
    Vaccination-info-service.fr est le site de référence de Santé publique France sur la vaccination. Deux versions existent : l’un pour les professionnels-les de santé, l’autre pour le grand public. Elles permettent à chacun-de d’accéder à des informations factuelles et pratiques sur la vaccination aux différents âges de la vie, sur une vaccination particulière ou sur une maladie. Ce site internet fiable et complet met à disposition de tous-tes, des informations scientifiquement validées et récentes. « Il contribue ainsi à la lutte contre la désinformation en santé et plus particulièrement à la lutte contre la désinformation vaccinale, enjeu de santé publique majeur », souligne SpF. Régulièrement actualisés et enrichis en contenus textuels et vidéos, notamment avec les nouveautés du calendrier vaccinal, les deux espaces répondent au plus grand nombre de questions à travers différentes rubriques : les bénéfices de la vaccination, où et quand se faire vacciner, les principales contre-indications, etc.
    Depuis 2022, le carnet de vaccination électronique est inclus dans l’espace numérique en santé « Mon espace santé ». Il permet aux professionnels-les de santé comme aux usagers-ères de renseigner les vaccinations réalisées et de connaitre les prochaines vaccinations prévues selon l’âge.
    Pour en savoir plus, c’est ici.


     

    Vaccination : 
    le positionnement de AIDES

    En septembre 2023, l’association AIDES a publié un document interne expliquant son positionnement sur la vaccination. Ce document travaillé par des administrateurs-rices de AIDES (Emmanuel Bodoignet, Dominique Costagliola, Bruno Spire et Lucas Vallet), des membres de la direction Plaidoyer de AIDES (Ines Alaoui et Fabrice Pilorgé) et des membres de la direction Innovations et Projets (Franck Barbier et David Michels) comporte des éléments de contexte et d’analyse, et des indications opérationnelles. Voici les principaux extraits du texte. Des ajouts explicatifs de la rédaction de Remaides figurent entre crochets dans le texte.

    « La vaccination a été au cœur de certaines réflexions de AIDES, notamment à l’occasion de la crise sanitaire liée au Sars-CoV-2 [Covid-19. Déclarée le 11 mars 2020 par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), cette pandémie mondiale a affecté tous les continents. Elle fait l’objet d’une surveillance importante et de campagnes annuelles de vaccination. La Covid-19 touche encore de très nombreuses personnes, dont celles atteintes de Covid long, ndlr]. Néanmoins, aucune position globale de l’association sur le sujet n’a été encore formulée en dehors de contextes liés à l’actualité. AIDES gagnerait en lisibilité et en puissance d’action en ayant une ligne claire en faveur du principe général de la vaccination qui permette de réagir rapidement, et d’exprimer sa position dans l’espace public ainsi qu’au sein des structures inter associatives ou encore des instances de démocratie en santé où elle siège. Cette note a, ainsi, pour objectif de fixer la position de AIDES concernant le principe de vaccination, telle qu’elle s’est dessinée progressivement. »

    Quelques rappels utiles sur la vaccination

    La vaccination : principe et efficacité individuelle 
    Face à un agent pathogène [agent infectieux qui peut provoquer une maladie chez son hôte, ndlr], le système immunitaire développe une réponse basée sur la production d’anticorps et de cellules mémoires qui lui permet de neutraliser cet agent ou de combattre ses effets. C’est sur la base de ce mécanisme qu’est né le principe de la vaccination : provoquer artificiellement dans l’organisme une réponse immunitaire par l’inoculation d’un vaccin, constitué le plus souvent de l’agent pathogène rendu inoffensif ou d’une partie de celui-ci. Lorsque qu’une personne vaccinée sera en contact avec l’agent pathogène, son système immunitaire le reconnaîtra et pourra l’éliminer ou en limiter la nocivité, réduisant la sévérité des symptômes ou de la maladie. Les vaccins sont donc un moyen sûr de produire une réponse immunitaire, sans provoquer de maladie. Par ailleurs, pour certaines maladies, la personne vaccinée peut être protégée pendant des années, des décennies, voire la vie entière.

    La vaccination : outil de santé publique 
    Les vaccins permettent d’éviter de tomber malade mais aussi de réduire le risque de transmission de l’agent pathogène. C’est pourquoi le principe de la vaccination a constitué, dès son apparition dans la seconde moitié du 19e siècle, une véritable révolution dans la lutte contre les maladies infectieuses. En effet, au-delà du bénéfice individuel, la vaccination, en luttant contre la propagation des agents pathogènes, a un réel intérêt collectif pour lutter contre les épidémies. Cela fait de la vaccination l’une des interventions de santé publique parmi les plus efficaces et les plus économiques. C’est elle qui a permis d'éradiquer la variole humaine, de réduire de 99 % l'incidence mondiale de la poliomyélite, de faire baisser la morbidité, les incapacités et la mortalité dues à la diphtérie, au tétanos, à la coqueluche, à la tuberculose ou encore à la rougeole. C’est avec la vaccination que certains pays visent l’élimination de maladies telles que, par exemple, les cancers provoqués par le papillomavirus [HPV, ndlr]. 

    Remises en question et inégalités d’accès 
    Malgré ces résultats en santé publique indéniables, la mise en œuvre et le développement du principe de la vaccination se sont accompagnés depuis ses débuts d’oppositions et de discours remettant en cause son efficacité, sa pertinence et sa légitimité ou arguant d’effets indésirables non démontrés dans leur causalité ou leur ampleur relative (sclérose en plaque, autisme, etc.) Les arguments des personnes qui s’opposent à la vaccination, aussi appelées « antivaccins » [ou antivax, ndlr] s’inscrivent donc dans une histoire longue et se réactualisent régulièrement selon le contexte. La persistance dans le temps de cette pensée anti-vaccinale doit être intégrée aux réflexions sur le sujet. Peut-être faut-il toutefois moins s’attacher aux discours des antivaccins les plus militants, mais être attentifs au reste du spectre de ce que les spécialistes rassemblent sous le terme d’« hésitation vaccinale » et qui est constitué de discours ou de pensées de personnes et de groupes qui expriment des doutes et/ou des questions, plus ou moins légitimes, plus ou moins bien informées, variants d’ailleurs d’un vaccin à l’autre, d’une maladie à l’autre. C’est un enjeu majeur et, en 2019, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a inscrit, à la suite d’une recrudescence de la rougeole dans les pays du Nord et dans le monde, « l’hésitation vaccinale » dans la liste des menaces identifiées pour la santé mondiale. 

    Également aussi anciennes vraisemblablement que le développement du principe de la vaccination, les inégalités d’accès aux vaccins se retrouvent au niveau national, comme au niveau mondial. En effet, la majorité des personnes non vaccinées ne sont ni des antivaccins ni des hésitants vaccinaux. La majorité d’entre elles ne le sont pas car leur accès à la vaccination est entravé par des raisons structurelles ou de prix. Toute réflexion sur la vaccination doit donc prendre en compte les inégalités sociales de santé et les inégalités mondiales d’accès aux vaccins. Les plaidoyers pour l’accès aux vaccins à un prix juste constituent également un contre-argumentaire puissant face aux conspirationnismes imputant à l’industrie pharmaceutique des politiques de vaccination massives.

    AIDES défend le principe général de la vaccination
    C’est en s’appuyant sur la compréhension de son mécanisme et de son efficacité au cours de son développement et en étant attentif aux discours de résistances et aux inégalités d’accès que AIDES fonde son positionnement vis-à-vis du principe de vaccination dans le respect de ses principes d’action.

    La vaccination au cœur de l’objet social de AIDES 
    L’attention première de AIDES pour la vaccination n’est pas une adhésion lointaine en tant qu’association de santé. AIDES défend d’abord la vaccination parce qu’elle est une stratégie centrale dans la lutte contre les épidémies qui sont au cœur de son objet social : outil de prévention primaire ou secondaire (vaccination prophylactique) ou outil de soin (vaccination thérapeutique). 
    AIDES est une association de lutte contre le VIH et les hépatites virales. À ce titre, il faut rappeler que AIDES défend tous les moyens efficaces qui permettent de limiter ou stopper la propagation des différents virus contre lesquels elle annonce lutter. Elle défend les vaccins et l’accès à ceux-ci quand ils existent et que leur efficacité est démontrée. Ainsi, dans nos actions auprès des personnes que nous recevons, comme en interne auprès de nos militants-es, la promotion des vaccinations contre les hépatites B et A et le lien vers le soin des personnes éligibles doit être absolument prioritaire et soutenu par un discours sans aucune ambigüité. AIDES soutient par ailleurs le développement de vaccins efficaces quand ils n’existent pas encore, comme celui contre le VIH. C’est ce qui la conduit à se féliciter, par exemple, des avancées qui permettront un jour d’accéder à un vaccin efficace contre le VIH qui pourra être un des leviers de l’éradication de la maladie. 

    AIDES est aussi une association de personnes vivant avec le VIH et/une hépatite qui défend les intérêts des personnes atteintes. C’est à l’aune de l’intérêt des personnes atteintes qu’elle se positionne par rapport aux politiques de vaccination concernant d’autres agents pathogènes. Ainsi, elle se préoccupe particulièrement dans ses prises de position des risques encourus par les personnes atteintes ou immunodéprimées. 
    AIDES intègre par ailleurs à sa réflexion la lutte contre les IST en tant qu’elles sont une porte d’entrée pour le VIH ou que leurs conséquences sont plus graves chez les personnes porteuses du VIH ou atteintes d’une hépatite. C’est pourquoi son intérêt se porte également vers les vaccins concernant d’autres infections, tels que le papillomavirus ou le Mpox.
    Sur le territoire français, AIDES se doit de dénoncer et d’agir contre les freins structurels à l’accès à la vaccination : défaut d’information, de droits, d’accès, prix élevés, etc. À l’international, AIDES défend l’accès aux vaccins dans tous les pays à revenus faibles et intermédiaires. 

    Un soutien critique aux politiques vaccinales 
    Les vaccins ou politiques vaccinales qui touchent à son objet social retiennent prioritairement l’attention de AIDES. Toutefois, dans une perspective de santé globale, AIDES défend a priori le choix des pouvoirs publics de mettre en œuvre toute une série de vaccinations obligatoires. AIDES se doit, en particulier, de relayer les recommandations du calendrier national de vaccination à tous les âges de la vie mis régulièrement à jour par Santé publique France. Elle doit par ailleurs se placer en alliée des pouvoirs publics pour porter un contre-discours face à des anti-vaccins qui détournent et dévoient la méthode et la logique scientifique à leur profit. AIDES doit contribuer à lutter contre la désinformation scientifique en se fondant sur l’histoire et les combats de la lutte contre le VIH-sida pour l’accès à la santé, aux traitements, à plus d’éthique dans les essais, entre autres. 
    Ce soutien ne vaut pas pour autant blanc-seing. Lorsque l’intérêt des personnes atteintes par le VIH et/ou une hépatite ou vulnérables à ces virus est en cause, nous devons porter les revendications pour faire évoluer ou dénoncer les recommandations. C’est par exemple ce que nous avons fait lorsque la Haute Autorité de santé (HAS) a fait évoluer ses recommandations en supprimant l’obligation vaccinale contre la Covid-19 pour les soignants. 

    Ce soutien impose de dresser une analyse critique et rigoureuse de la gestion étatique encore trop souvent verticale et descendante des épidémies. Faute d’associer suffisamment les associations représentant les malades et les usagers-es du système de santé aux décisions, les stratégies des autorités de santé sont partiellement inefficaces et nourrissent les réticences individuelles et collectives à la vaccination. Les politiques publiques contre les épidémies doivent tenir compte des déterminants sociaux qui agissent sur l’adhésion à la vaccination et agir sur la structuration sociale des oppositions aux vaccins. Elles doivent être portées par une démocratie en santé renforcée et s’appuyer sur une démarche communautaire en santé et des dispositifs d’aller vers, qui offrent la possibilité de changements de comportements durables, à l’inverse des approches coercitives et répressives qui tendent à renforcer les oppositions de principe et les discours antiscience. Elles doivent permettre aux individus de faire le meilleur choix possible pour leur santé et pour la société. 

    AIDES vaccine 
    L’adhésion de AIDES s’illustre aussi dans le fait que l’association vaccine. Dans nos SPOT et dans certains lieux de mobilisation, AIDES promeut et offre la possibilité de se vacciner, parfois même lorsque d’autres établissements ou services de soin ne s’engagent pas ou se désengagent, comme l’a bien montré l’infection à Mpox [Entre mai et décembre 2022, une épidémie de Mpox de clade 2 a atteint l'Europe ; des milliers de cas ont alors été recensés en France, ndlr]

    Quelques jalons pour les prises de position ad hoc de AIDES
    Voilà les éléments qui fondent notre adhésion au principe de vaccination. Ce positionnement global est le cadre de nos prises de positions spécifiques qui peuvent concerner les vaccins d’intérêt prioritaires pour nous ou d’autres vaccins, notamment dans un contexte de crise sanitaire tel que nous l’avons connu avec le Sars-CoV-2. Les stratégies de réponses aux épidémies reposent sur la prise en compte des modes de transmission des agents infectieux, des moyens de soins et de prévention disponibles et des données scientifiques disponibles. Nos prises de position se construisent donc au cas par cas.

    AIDES et l’obligation vaccinale 
    C’est ce cas par cas qui explique, par exemple, que AIDES n’a pas, même si elle est particulièrement attentive au respect de la volonté des personnes, d’opposition de principe sur l’obligation vaccinale. Celle-ci peut se justifier et il nous arrive de la défendre, notamment pour les professionnels de santé qui exercent au contact du public dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS) et plus globalement pour les personnes en situation d’intervention sanitaire auprès des publics vulnérables.
    L’obligation vaccinale peut susciter des inquiétudes et des oppositions chez certains-es salariés-es, volontaires, acteurs-trices [de l’association] qui pourraient se référer à la lutte contre le VIH-sida pour justifier leur positionnement. La lutte contre le VIH-sida s’est fondée et s’est articulée sur la mise en avant du respect du consentement des personnes et s’est, à titre d’exemple, toujours opposée au dépistage obligatoire. 
    En effet, la question de l’équilibre entre les intérêts collectifs et le respect des droits et des libertés individuelles traversent l’histoire de la santé publique et de la gestion des épidémies. On peut dire que la lutte contre le VIH-sida a représenté un « exceptionnalisme » dans la manière de lutter contre les épidémies infectieuses, en ne rendant pas le dépistage et le traitement obligatoires, mais l’infection à VIH a des modes de transmission qui ne permettent pas la diffusion virale dans la population générale dans la vie de tous les jours. 

    Pour autant, l’exercice de la liberté de chaque personne n’est pas inconditionnel et se borne à la nécessité d’assurer une protection collective contre un risque sanitaire immédiat. AIDES considère que dans un contexte de crise sanitaire mettant en jeu des vies humaines et où les politiques de santé publique ont été insuffisantes à lever l’hésitation vaccinale d’une partie de la population, la protection de la santé des uns peut l’emporter sur la liberté individuelle d’autres. La santé de la population générale ou d’une sous-population justifie parfois que la puissance publique se substitue aux individus dans l’arbitrage de leurs droits subjectifs. Nos prises de positions s’appuient aussi sur le fait que toutes les personnes ne répondent pas de manière similaire aux vaccins. Un fort taux de vaccination collective protège les personnes qui ne peuvent pas être vaccinées ou pour lesquelles la réponse vaccinale est faible.

    La balance bénéfice risque 
    Les positions que peut prendre AIDES ne minorent pas les risques que peuvent faire courir la vaccination au niveau individuel. Notre adhésion globale à la vaccination est une position équilibrée. La vaccination reste une décision qui doit être prise de façon éclairée et en fonction de sa situation individuelle et de la balance bénéfice/risque. L’information de la personne concernant les effets indésirables possibles est essentielle. Par ailleurs, il peut y avoir des contre- indications médicales à la vaccination d’un individu. Ainsi, défendre la vaccination n’est pas antithétique à la prise en compte des situations individuelles, à l’information des personnes, à la personnalisation des schémas, notamment pour les plus vulnérables et parmi elles-eux les personnes vivant avec le VIH, etc. À ce titre, AIDES soutient que la recherche d’information légitime et la transparence sur les effets indésirables des vaccins et la prise de décision partagée comme de tout autre produit de santé, doivent être continues. »