L’Actu vue par Remaides : « Vaccination contre le HPV : la France est en retard »
- Actualité
- 16.02.2026

Le colloque « HPV et prévention des cancers : l’AP-HP innove », organisé le 3 février dernier à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP Paris). Crédit : Fred Lebreton
Par Fred Lebreton
Vaccination contre le HPV :
la France est en retard
Responsables de près de 730 000 nouveaux cancers chaque année dans le monde, les papillomavirus humains (HPV) restent un enjeu majeur de santé publique sous-estimé. À l’occasion du colloque « HPV et prévention des cancers : l’AP-HP innove », organisé le 3 février dernier à l’Hôpital européen Georges-Pompidou (AP-HP Paris), la Pre Odile Launay est revenue sur l’ampleur du fardeau lié aux HPV. Elle a rappelé l’efficacité des vaccins disponibles et souligné l’urgence d’accélérer la vaccination en France, en particulier chez les jeunes, pour faire reculer durablement ces cancers évitables.
Le HPV responsable de 730 000 nouveaux cancers chaque année dans le monde
Dans sa présentation, la Pre Odile Launay (Centre d’investigation clinique en vaccinologie Pasteur, hôpital Cochin – Port-Royal, AP-HP) rappelle que les papillomavirus humains (HPV) constituent aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique, largement sous-estimé. Elle souligne qu’environ 12 % des cancers dans le monde sont liés à des agents infectieux et que les HPV sont responsables de plus de 30 % des cancers d’origine virale, soit près de 730 000 nouveaux cas chaque année. La situation est particulièrement alarmante en Afrique subsaharienne, région la plus touchée par ces cancers. Au total, 5 % de l’ensemble des cancers sont dus aux HPV, avec une responsabilité quasi totale dans les cancers du col de l’utérus (entre 98 et 100 %). En France, ces infections entraînent chaque année environ 6 000 nouveaux cancers, dont les trois quarts touchent des femmes, et causent près de 1 000 décès liés au cancer du col de l’utérus. Chez les hommes, la Pre Launay rappelle que les HPV sont à l’origine d’environ 1 750 cancers par an, principalement des cancers des voies aérodigestives supérieures (bouche, gorge, larynx), mais aussi de cancers de l’anus et, plus rarement, du pénis. Chez les femmes, on recense environ 4 600 cancers HPV-induits par an, dominés par le cancer du col de l’utérus (3 000 cas), suivis des cancers de l’anus, de la vulve et du vagin, ainsi que des cancers ORL. La professeure insiste également sur le poids des lésions précancéreuses du col de l’utérus, avec près de 30 000 diagnostics annuels, qui constituent autant de situations à risque pouvant évoluer vers un cancer en l’absence de prise en charge. Face à ce fardeau évitable, la Pr Odile Launay rappelle que le premier vaccin contre les HPV est disponible en Europe depuis 2006 et que la vaccination reste aujourd’hui l’outil le plus efficace pour prévenir ces cancers, chez les filles comme chez les garçons, bien avant l’exposition au virus.
HPV : des vaccins sûrs, efficaces et capables de prévenir la majorité des cancers
La Pre Odile Launay explique que les vaccins contre le HPV reposent sur une technologie à la fois sophistiquée et rassurante. Il s’agit de vaccins dits « sous-unitaires », c’est-à-dire qu’ils ne contiennent pas le virus entier, mais seulement une protéine bien précise : la protéine L1, qui constitue l’enveloppe externe du papillomavirus. Produite par génie génétique, cette protéine a la capacité de s’assembler spontanément pour former des « pseudo-particules virales ». Pour faire plus simple, le vaccin ressemble au virus sans en être un : il ne peut ni infecter, ni provoquer de lésions, mais il est immédiatement reconnu par le système immunitaire, qui déclenche une réponse très puissante. Pour renforcer cette réaction, un adjuvant bien connu et utilisé depuis des décennies est ajouté : l’aluminium. Chaque génotype (souche) de HPV ciblé par le vaccin correspond à une protéine L1 spécifique, ce qui permet d’adapter précisément la protection. Administrés par injection, ces vaccins produisent des niveaux très élevés d’anticorps. Ceux-ci circulent ensuite jusqu’aux muqueuses (génitales ou respiratoires) et sont capables de neutraliser le virus dès son entrée dans l’organisme. Initialement, les vaccins protégeaient contre deux, puis quatre génotypes, notamment les HPV 16 et 18, responsables de la majorité des cancers liés au virus. Les vaccins actuels, dits nonavalents, élargissent cette couverture à neuf génotypes, permettant aujourd’hui de prévenir plus de 80 % des cancers associés au HPV. D’autres vaccins, couvrant encore davantage de génotypes, sont en cours de développement afin d’augmenter encore ce niveau de protection.

Vacciner tôt pour prévenir demain les cancers liés au HPV
La Pre Odile Launay rappelle que le bénéfice de la vaccination contre les HPV s’inscrit dans le temps long : d’abord une baisse des infections, puis des lésions dites « pré-cancéreuses », avant une diminution des cancers, observée en moyenne vingt ans après la vaccination. C’est précisément pour cette raison que l’efficacité du vaccin a d’abord été évaluée sur ces lésions à haut risque, appelées CIN2 ou CIN3, qui correspondent à des anomalies importantes des cellules du col de l’utérus pouvant évoluer vers un cancer. Les essais cliniques de phase 3, indispensables à l’autorisation de mise sur le marché, ont été nombreux et robustes : 26 études, incluant plus de 70 000 participants-es. Les résultats sont qualifiés « d’exceptionnels » : les lésions précancéreuses associées aux types de HPV ciblés par le vaccin sont passées de 164 cas pour 10 000 personnes non vaccinées à seulement deux pour 10 000 chez les personnes vaccinées. Ces données ont également permis de confirmer un point central pour la santé publique : le vaccin est sûr et ne présente pas de problème de sécurité identifié.
La Pr Odile Launay souligne ensuite l’importance des données dites « en vie réelle », issues non plus d’essais cliniques, mais de populations entières suivies dans la durée. Les premières preuves directes d’une réduction des cancers du col de l’utérus ont été publiées en Suède en 2020, grâce à des registres nationaux croisant cancers et couverture vaccinale. L’étude montre une réduction globale de 63 % du risque de cancer, qui atteint 88 % lorsque la vaccination est réalisée avant l’âge de 17 ans, confirmant l’intérêt majeur d’une vaccination précoce. Depuis, de nombreux pays ont confirmé ces résultats, y compris récemment dans des pays à revenu intermédiaire comme le Brésil. L’Australie, pionnière en la matière, prévoit même l’élimination du cancer du col de l’utérus, à condition de maintenir à la fois une couverture vaccinale élevée et le dépistage régulier. Pour la Pr Odile Launay, le message est clair : vacciner tôt, largement et en complément du dépistage est la clé pour faire reculer durablement les cancers liés au HPV.
Vaccination contre le HPV : la France progresse, mais reste loin du compte
La Pre Launay dresse un état des lieux sans détour de la vaccination contre le HPV en France : les couvertures vaccinales progressent, mais demeurent insuffisantes au regard des enjeux de santé publique. En s’appuyant sur les données les plus récentes de Santé publique France, elle rappelle qu’à ce jour, moins de 60 % des adolescentes ont reçu au moins une dose de vaccin, tandis que la couverture chez les garçons dépasse à peine les 40 %. Un retard en partie explicable par l’ouverture plus récente de la vaccination aux garçons, intervenue seulement en 2019. La dynamique s’est toutefois accélérée avec la première campagne de vaccination en milieu scolaire lancée sur l’année scolaire 2023-2024 : les vaccinations réalisées directement au collège, combinées à une communication renforcée à destination des élèves et de leurs parents, ont eu un impact mesurable. Pour autant, le chemin reste long : l’objectif fixé par la France est d’atteindre 80 % de couverture vaccinale d’ici 2030. Un seuil jugé indispensable pour espérer, à terme, éliminer les cancers liés au HPV, notamment celui du col de l’utérus. En comparaison internationale, la France fait pâle figure : plusieurs pays affichent déjà des taux de vaccination supérieurs à 90 % chez les filles comme chez les garçons, quand l’Hexagone demeure dans le groupe des pays en dessous de 60 %.
Vaccination HPV : consolider les acquis et accélérer l’accès pour prévenir les cancers
Près de vingt ans après la mise sur le marché des vaccins contre le HPV, ceux-ci ont largement fait la preuve de leur efficacité, en particulier dans la prévention du cancer du col de l’utérus, avec des données également solides sur d’autres cancers liés au HPV. Une actualité scientifique majeure vient renforcer cette dynamique : des résultats récents d’essais cliniques montrent qu’une seule dose de vaccin offre déjà une très bonne protection. Sans remettre en cause les schémas actuels à deux doses, cette donnée ouvre des perspectives importantes, notamment pour éviter de retarder une vaccination lorsque la seconde dose est incertaine explique La Pre Odile Launay. Plusieurs pays ont d’ailleurs déjà opté pour une stratégie à dose unique, conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une option que la chercheuse présente comme prometteuse pour l’avenir. En France, les défis restent cependant considérables : augmenter la couverture vaccinale dès l’âge de 11 ans constitue une priorité, ce qui justifie pleinement le déploiement de la vaccination en milieu scolaire. L’objectif fixé de 80 % de personnes vaccinées d’ici 2030 est, selon elle, atteignable à condition d’intensifier les efforts. La Pre Launay insiste également sur l’importance du rattrapage vaccinal : depuis la fin de l’année 2025, l’extension des recommandations (voir encart ci-dessous) et du remboursement permet désormais de vacciner de nombreuses jeunes femmes non protégées, même si l’efficacité est légèrement moindre, restant néanmoins supérieure à 50 %, ce qui en fait un bénéfice de santé publique indiscutable. Enfin, elle rappelle que l’accès à la vaccination dans les pays à faibles revenus demeure un enjeu majeur, tant pour l’équité que pour la lutte mondiale contre les cancers liés au HPV.
Vaccination contre les HPV : des recommandations élargies
Le colloque a permis de dresser un état des lieux clair et actualisé des recommandations françaises en matière de vaccination contre les papillomavirus humains (HPV). Le calendrier vaccinal, mis à jour fin 2025 confirme que la vaccination est prioritairement recommandée entre 11 et 14 ans, pour les filles comme pour les garçons, âge auquel elle est la plus efficace car réalisée avant toute exposition au virus. À ce stade, le schéma repose sur deux doses du vaccin nonavalent Gardasil 9, qui protège contre neuf types de HPV, administrées entre six et treize mois d’intervalle. Autre évolution majeure rappelée lors des échanges : l’élargissement du rattrapage vaccinal jusqu’à 26 ans, pour les jeunes femmes et les jeunes hommes non vaccinés-es auparavant, sur avis de la Haute autorité de santé (HAS). À partir de l’âge de 15 ans, la vaccination nécessite alors trois doses (une première début, puis à deux et six mois plus tard), à réaliser sur un cycle de moins d’un an. Depuis décembre 2025, cette vaccination est intégralement prise en charge par l’Assurance maladie pour l’ensemble des 11–26 ans, afin de lever les freins financiers à l’accès à la prévention. La stratégie repose aussi sur la vaccination en milieu scolaire, proposée gratuitement dans les collèges pour les élèves de 11 à 14 ans depuis la rentrée 2023-2024, avec autorisation parentale.
Source : Vaccination contre les papillomavirus : élargissement de la cohorte de rattrapage vaccinal chez les hommes et les femmes jusqu’à 26 ans révolus ; voir ici.
Vaccination HPV et VIH : des recommandations renforcées
En France, les personnes vivant avec le VIH font l’objet de recommandations spécifiques pour la vaccination contre les papillomavirus humains (HPV), en raison d’un risque plus élevé d’infections persistantes et de cancers associés. La vaccination est recommandée dès l’âge de 11 ans et jusqu’à 26 ans révolus, avec un schéma systématique à trois doses du vaccin nonavalent Gardasil 9 (au début, puis à deux et six mois), quel que soit l’âge au moment de l’initiation. Cette stratégie vise à optimiser la protection, même en cas de réponse immunitaire potentiellement diminuée, notamment chez les personnes ayant eu un taux de CD4 bas.
Source : HAS.
Pour aller plus loin
Vaccination des personnes vivant avec le VIH : les nouvelles recommandations de la HAS, ici.
Vaccin HPV : deux doses suffisent aussi chez les femmes vivant avec le VIH, ici.
Cancers et VIH : les nouvelles recommandations ici.