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    L’Actu vue par Remaides : « Tabagisme en France : 68 000 décès évitables en 2023 »

    • Actualité
    • 24.03.2026

     


    Photo : Anthony Leprince pour Studio Capuche pour Remaides


    Par Jean-François Laforgerie

    Tabagisme en France : 
    68 000 décès évitables en 2023


    Tabagisme en France : 68 000 décès évitables en 2023. Ce chiffre, élevé, traduit pourtant « une baisse encourageante », explique Santé publique France (SpF) dans une récente publication. Mais pour SpF, ce « fardeau » demeure « toujours trop important ».

    Le tabac est la première cause de mortalité évitable
    Santé publique France a publié (16 février) les nouvelles estimations de la mortalité attribuable au tabagisme en France en 2023. Ce produit est responsable de plus de 68 000 décès prématurés, soit 11 % de la mortalité totale. Ces données confirment que le tabac demeure la première cause de mortalité évitable en France, malgré une légère diminution par rapport à 2015. Les données publiées aujourd’hui montrent que le cancer reste la première cause de mortalité liée au tabac. Le cancer représente 55 % des décès liés au tabac chez les femmes et 58 % chez les hommes.
    Par ailleurs, un décès sur trois lié à une maladie respiratoire chronique et un décès sur dix lié à une maladie cardiovasculaire ou neurovasculaire sont imputables au tabagisme. Au-delà des disparités de genre, il existe des disparités régionales importantes : les régions Hauts-de-France, Grand Est et la Corse affichent des taux de mortalité attribuable au tabac supérieurs de 40 % à celui de l’Île-de-France, région hexagonale la moins touchée. « Ces disparités soulignent la nécessité d’adapter les politiques de santé publique aux territoires les plus vulnérables. Les territoires ultramarins Guadeloupe, Martinique et Guyane affichent une mortalité attribuable plus faible, en lien avec une consommation de tabac historiquement moins élevée. En revanche, la mortalité attribuable à La Réunion est plus proche des taux observés dans l’hexagone », explique SpF.

    La campagne officielle « Devenir Ex-fumeur »
    La mortalité attribuable au tabac observée aujourd’hui est la conséquence d’habitudes tabagiques prises dans leur jeunesse par des générations d’hommes et de femmes qui atteignent l'âge où les maladies causées par le tabagisme ont une incidence élevée, analyse SpF dans sa publication. Bien que ce chiffre de mortalité soit en baisse par rapport à 2015 (75 000 décès), en lien avec la disparition progressive des générations ayant le plus fumé, cette diminution s’explique en partie aussi par l’amélioration des méthodes d’estimation. Ces dernières intègrent désormais des données plus récentes sur les risques liés au tabagisme, notamment chez les femmes, dont les habitudes de consommation se rapprochent désormais de celles des hommes. 
    Dans un contexte où 55 % des fumeurs-ses quotidiens-nes souhaitent arrêter de fumer, Santé publique France et le ministère de la Santé ont lancé du 16 février au 15 mars 2026, la campagne « Devenir Ex-fumeur ». Conçue comme un relai entre l’élan collectif du Mois sans tabac et l’accompagnement personnalisé et gratuit de Tabac info service tout au long de l’année, elle incite les personnes fumeuses à s’engager dans une tentative d’arrêt.

    Une nouvelle offre d’accompagnement à l’arrêt pour les personnes vivant avec le VIH
    En 2024, une enquête initiée par Actions Traitements et ses partenaires, dont AIDES, a été menée auprès des personnes vivant avec le VIH (fumeuses ou l’ayant été) et des professionnels-les de santé qui les prennent en charge. Son objectif : « Mettre en évidence les bons leviers, les bons messages pour accompagner celles et ceux qui le souhaitent dans une démarche d’arrêt du tabac ». Sur cette base, une offre renouvelée d’accompagnement vers l’arrêt du tabac des personnes vivant avec le VIH a été montée.

    « Aujourd’hui, les personnes vivant avec le VIH bénéficient de la même offre que celle qui est proposée en population générale. Elles peuvent être accompagnées par des addictologues, des tabacologues et d’autres professionnels de santé, dont le médecin généraliste ou l’infectiologue. Le souci, c’est que, si en Île-de-France, mais aussi dans les grandes villes, il est possible de trouver des tabacologues et des addictologues, c’est plus difficile dans les villes plus petites. De plus, lors des échanges avec le médecin généraliste ou l'infectiologue, l’arrêt du tabac n’est pas souvent le sujet principal de la consultation. Le sujet est peu évoqué, faute de temps ou parce que le médecin est peu à l’aise avec le sujet. Les résultats de notre enquête tabac et VIH nous l’indiquent », expliquait Ashveni Convence, référente Thérapeutique et Qualité de vie à Actions Traitements et en charge de la coordination du programme d’arrêt du tabac, dans une interview à Remaides (voir en fin d’article). « Ce que propose notre programme est un accompagnement au sevrage tabagique spécifique aux personnes vivant avec le VIH. Sachant que les personnes vivant avec le VIH consomment davantage de tabac que la population générale, précisait Ashveni Convence. Pour le moment, nous proposons des consultations avec une infirmière tabacologue en présentiel, puis des entretiens motivationnels répartis sur plusieurs mois. Des groupes de parole vont être mis en place petit à petit lorsque le nombre de participants et participantes sera plus élevé. »

    Une participation simple par étapes
    « La personne intéressée appelle AIDES ou Actions Traitements pour prendre rendez-vous. Le premier rendez-vous consiste en un entretien pour faire connaissance, faire une sorte d’historique de la consommation de tabac : Depuis quand la personne fume-t-elle ? Dans quel contexte a démarré cette consommation ? Cette consommation est-elle antérieure ou postérieure au diagnostic du VIH ? », rappelait Denis Payen, coordinateur du lieu de mobilisation de Paris 19 de AIDES, partie prenante du projet, dans Remaides. « C’est un entretien où l’on prend vraiment le temps d’échanger. Il est centré sur le tabac, mais parfois sont évoquées d’autres consommations telles que l’alcool voire d’autres produits. Des consommations qui peuvent n’avoir jamais été évoquées et pour lesquelles on pourra proposer une orientation. Ce qui fait partie de nos missions d’accompagnement », soulignait-t-il. « Après ce premier entretien d'accueil, on va caler un premier rendez-vous avec la tabacologue », expliquait Ashveni Convence. Il a lieu assez rapidement, quelques jours après l’entretien, dont l’infirmière tabacologue a pris connaissance du contenu. Cette consultation dure moins d’une demi-heure et donne lieu à une prescription de substituts nicotiniques. « Après ce premier rendez-vous avec la tabacologue, il y a toujours un appel au bout de deux à trois jours après que la personne a commencé à utiliser les substituts nicotiniques. C’est principalement pour vérifier qu'il n'y ait pas de surdosage ou de sous-dosage des substituts. Si c’est le cas, l’infirmière tabacologue leur envoie une nouvelle ordonnance permettant de rectifier le dosage afin qu’il soit adapté à la personne », précisait la coordinatrice du projet. « Une fois, ces deux premières étapes franchies, sont alors proposés de nouveaux rendez-vous téléphoniques avec la tabacologue, toutes les deux semaines au début, puis chaque mois. Ces rendez-vous sont plus courts : une quinzaine de minutes environ. Et cela pendant six mois. Mais sans doute, selon les besoins, l’accompagnement pourra être plus long. 

    L’accompagnement des personnes vivant avec le VIH fumeuses est un enjeu
    La prévalence du « tabagisme » chez les personnes vivant avec le VIH est « plus de deux fois plus élevée que celle de la population générale, toutes régions et tous niveaux de revenu confondus », affirme un document de synthèse de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur tabac et VIH (juillet 2024). Le Rapport d’experts de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH (actualisation septembre 2024), qui consacre un court chapitre aux addictions dans la section consacrée à la prise en charge des comorbidités chez l’adulte vivant avec le VIH, explique à propos du tabac : « L’étude conduite dans la cohorte ANRS C03 Aquivih NA entre 2018 et 2020 montrait que 35,5 % des personnes vivant avec le VIH étaient des fumeurs actuels de tabac, dont les deux tiers avaient une dépendance moyenne ou sévère. » Selon les études, la consommation de tabac chez les personnes vivant avec le VIH oscille entre 36 % et plus de 50 %. Elle est supérieure à celle observée en population générale qui était établie à 31,9 % en France, en 2021. Des recherches récentes menées dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, indiquent que parmi les femmes vivant avec le VIH : 1,3 % fument, 2,1 % consomment du tabac sans fumée (tabac à macher, à priser) et 3,6 % consomment une forme ou une autre de tabac.

    VIH et tabac : des risques aggravés de santé ?
    Plusieurs études montrent que le « tabagisme » chez les personnes vivant avec le VIH « augmente considérablement le risque de morbidité et de mortalité par rapport aux personnes qui n’en consomment pas ou qui n’en ont jamais consommé. » « Le taux de surmortalité chez les fumeurs vivant avec le VIH est en moyenne trois fois plus élevé que celui de la population générale », assène l’OMS. Par ailleurs, chez les personnes vivant avec le VIH, la consommation de tabac est responsable de 30,6 % des cancers non liés au VIH, 25,5 % des infections respiratoires, 25,3 % des maladies cardiovasculaires et 24 % de la mortalité toutes causes confondues. Le Rapport d’experts résume l’enjeu d’une phrase : « Le risque de décès lié à la consommation de tabac est deux fois plus important chez les PVVIH comparé à la population générale. »
    Comme on le voit les éléments ne manquent pas pour recommander un arrêt du tabac pour les personnes qui vivent avec le VIH.

    Comment participer au programme d’arrêt proposé par Actions Traitements et AIDES  ?
    Pour obtenir plus d’informations ou prendre rendez-vous, il faut contacter Actions Traitements au 01 43 67 94 97 ou envoyer un mail, ici. Les rendez-vous se déroulent dans les locaux de AIDES Paris au 99, rue de Meaux dans le 19ème arrondissement. Métro : ligne 5, station Laumière ou ligne 2, station Jaurès.


    Tabac info service en chiffres : un accompagnement personnalisé et gratuit
    Le 39 89, numéro d’aide à distance de Tabac info service (appel « non surtaxé » et joignable du lundi au samedi de 8h à 20h), permet la mise en relation avec un tabacologue et propose un accompagnement et un suivi personnalisés et gratuits sur plusieurs entretiens. Depuis 2023, le 39 89 est accessible aux personnes sourdes ou malentendantes via la plateforme Acceo.
    L’application d’e-coaching Tabac info service, conçue par l’Assurance Maladie en partenariat avec Santé publique France et avec le concours de la Société francophone de tabacologie, propose un programme d'e-coaching personnalisé pour optimiser les chances d’arrêt du tabac. Elle est téléchargeable gratuitement.

    Le site internet Tabac info service propose de nombreux contenus d’aide et outils d’accompagnement (mise en contact avec un tabacologue, témoignages, questions/réponses…) ;
    En 2025, Tabac info service c’est :
    - Plus de 4 millions de visites et 3,5 millions de visiteurs sur le site tabac-info-service.fr ;
    - Plus de 303 000 téléchargements de l’application Tabac info service ;
    - Plus de 45 500 appels reçus au 39 89.


    Pour aller plus loin :

    Tabac et VIH : clope de fin !, c'est ici.