L’Actu vue par Remaides : « Stéphan Vernhes : "On ne mettra pas fin à l'épidémie de VIH en France si on ne met pas fin à l'épidémie de VIH partout ailleurs" »
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- 10.02.2026

Stéphan Vernhes, coordinateur de la Plateforme Europe de Coalition PLUS
et activiste VIH, militant à AIDES, et co-président de AIDS Action Europe (AAE) depuis décembre 2025. Crédit : Laurence Bordas
Par Jean-François Laforgerie
Stéphan Vernhes : "On ne mettra pas fin à l'épidémie de VIH en France si on ne met pas fin à l'épidémie de VIH partout ailleurs"
Coordinateur de la Plateforme Europe de Coalition PLUS et activiste VIH, Stéphan Vernhes, militant à AIDES, s’exprime dans un entretien accordé à Remaides. Il revient sur les missions de AIDS Action Europe (AAE), vaste réseau européen d’associations communautaires engagées dans la lutte contre le VIH. Élu co-président de l’AAE en décembre 2025, il alerte sur les coupes budgétaires décidées par la Commission européenne. Le militant pointe aussi la montée des forces conservatrices et leurs conséquences très concrètes sur le dépistage, la prévention et les droits des populations clés. Un plaidoyer pour un sursaut politique et collectif à l’échelle du continent, en lien étroit avec Coalition PLUS.
Remaides : Pouvez-vous présenter la structure AIDS Action Europe (AAE) et quels en sont les objectifs ?
Stéphan Vernhes : Au niveau européen, deux principales structures non gouvernementales agissent dans le champ de la lutte contre le VIH/sida. Il y a d’une part, l’EATG (European AIDS Treatment Group) qui est une structure, créée en 1992, qui réunit des individus et d’autre part, AIDS Action Europe (AAE) qui, elle, réunit des associations communautaires de lutte contre le sida. Cette structure existe depuis 20 ans. Elle mobilise en Europe continentale ― au-delà de l'Union Européenne ―, et en Asie centrale. Au total, ce réseau compte 270 associations, dont la moitié se trouvent dans l'Union Européenne. L’AAE est un réseau de renforcement des capacités, d’échanges de pratiques. Il permet de travailler ensemble et de mettre en lien des personnes qui dirigent des associations qui traitent des mêmes sujets et sont confrontées aux mêmes problématiques, sans pour autant se connaître forcément. Pour simplifier, nous sommes comme la tête pensante d'un réseau et nous aidons les associés-es de ce réseau à se mettre en lien et à travailler ensemble. Un de nos principes est d’ailleurs que l’union fait la force. Autrement dit, lorsque nous portons une thématique, par exemple à Bruxelles, elle est, de fait, portée par 370 associations. Nous sommes donc beaucoup plus forts.
Remaides : L’AAE est-elle une structure de lobbying ou votre travail est-il de nature différente ?
Stéphan Vernhes : Plutôt que du lobbying, nous faisons du plaidoyer. C’est déjà un défi pour nous car historiquement AIDS Action Europe est prioritairement une structure de projets, d’actions, de services, plutôt que de plaidoyer. Par exemple, nous créons, en fonction des besoins, des formations. L’an dernier, nous avons mis au point une formation sur le chemsex ; pour que les structures européennes qui sont en difficulté avec ce sujet, qui ne savent pas comment accompagner les chemsexeurs, qui ne connaissent pas très bien les produits, puissent monter en compétence. Nous avons réalisé un guide à ce sujet. Je peux aussi citer le projet CORE [COmmunity REsponse to End Inequalities, Réponse communautaire pour mettre fin aux inégalités, ndlr] (voir encart en fin d’interview). C’est un projet de déploiement du dépistage en Europe qui vise à rassembler des données et à accompagner les personnes qui vont faire du dépistage dans des pays où le dépistage communautaire n'est pas encore fortement déployé. Ces deux exemples montrent que AIDS Action Europe est plus une structure de montée en expertise et de renforcement des capacités sur des compétences de terrain qu’une structure de plaidoyer stricto sensu. Cela étant, notre objectif est justement, petit à petit, de renforcer le plaidoyer pour mobiliser les personnalités politiques puisque la lutte contre le VIH/sida est de moins en moins au centre des préoccupations des politiques européennes. En développant le plaidoyer, nous visons à faire remonter la problématique du VIH au sommet des priorités de la Commission européenne.
Remaides : Un de vos objectifs est de « renforcer la société civile afin d'apporter une réponse plus efficace aux épidémies de VIH/sida, de tuberculose, d'hépatites virales en Europe et en Asie centrale. » Quels sont aujourd'hui les principaux obstacles auxquels vous êtes confrontés ?
Stéphan Vernhes : Le manque de financements, de moyens. L’été dernier, en août 2025 précisément, la Commission Européenne a annoncé sans aucun préavis que deux lignes budgétaires allaient être supprimées. La première concernait les financements fonctionnels opérationnels. La seconde portait sur les financements en direct des projets liés au VIH. Cette suppression a de véritables conséquences pour les structures membres d’AAE. À cela s’ajoute l’enjeu de la lutte contre les discriminations. Dans plusieurs pays comme la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie ou encore l'Azerbaïdjan, il y a des problèmes de « chasse » aux personnes LGBT+, aux « drogués-es ». Une partie de notre rôle consiste à aider des structures, souvent très isolées, dans ces pays, à les accompagner, pour que la puissance de l'Union européenne leur vienne en aide contre les discriminations et les mesures de leurs propres gouvernements qui les créent et les entretiennent.
Remaides : Vous dîtes que les associations de lutte contre le sida n’ont pas été consultées sur ces coupes budgétaires. Comment la Commission européenne les a-t-elle justifiées ?
Stéphan Vernhes : Il n’y en a pas eu ; ce qui est fréquent avec la Commission européenne. Mais, nous avons notre explication. En juin 2024, il y a eu des élections européennes. Nous avons cru naïvement que les résultats permettaient que le Parlement européen conserve son équilibre entre gauche et droite, mais dans les faits s’est installé un vrai déséquilibre au profit de la droite conservatrice et de l'extrême droite. Cette dernière a non seulement pris de plus en plus de pouvoir, mais s'est beaucoup plus intéressée aux commissions ― ce qui est stratégique ―, c’était beaucoup moins le cas auparavant. Exemple édifiant, le commissaire européen à la Santé, Olivér Várhelyi, est un proche de Victor Orban, le Premier ministre hongrois [ouvertement homophobe, ndlr]. Nous avons réalisé trop tardivement ce qui se passait. Nous avons été trop naïfs. Nous n’avons pas bien compris la menace que représentait cette volonté de la Commission européenne de faire un audit sur l’utilisation des fonds européens par certaines organisations avec un prisme particulier. Cela a commencé avec les structures écologiques et investies dans la protection de l’environnement, puis celles qui avaient des œuvres caritatives. Le soupçon portait sur le fait que l’argent de l’UE serait utilisé par des partenaires privés de ces structures pour faire du lobbying en direct. La petite musique du discrédit envers les associations a commencé à prendre. À l’automne 2025, on a vu de plus en plus de parlementaires européens monter au créneau au sujet d’un prétendu mésusage des fonds de la part de certaines organisations non gouvernementales. Bien entendu, toutes les ONG ne sont pas forcément vertueuses. Il y a sans doute eu quelques dérives, mais cela n’aurait jamais dû remettre en cause l’ensemble du système de soutien aux ONG, y compris, désormais, dans le champ de la santé. Au lieu de mieux maitriser le montant de ces dépenses et de mieux en assurer le contrôle, la Commission, sous pression de la droite conservatrice et de l’extrême droite, a décidé de supprimer ces lignes budgétaires dédiées au VIH. Elle a choisi de réunir tous les financements pour la santé, l'environnement, et d’autres sujets, dans une enveloppe unique qui va s'appeler The Competitiveness Envelope [La Boussole de la compétitivité, ndlr], mais en baissant le montant global. Il y aura une enveloppe avec beaucoup d'argent, mais moins qu’avant, et toutes les structures vont venir répondre à des appels à projets dans une espèce de guichet unique où tous les sujets seront mis en concurrence. La compétition sera d’autant plus féroce entre les causes qu’il y aura moins d’argent. On ne sait pas ce que cela donnera comme résultat finalement. Tout cela est très opaque aujourd’hui. Ce changement majeur, on ne l’a pas vu venir.
J’étais déjà au conseil d’administration de AIDS Action Europe en mars 2025. Nous devions avoir des subventions de fonctionnement [operating grants, ndlr] du même montant que celles reçues en 2024, puis en juin ou juillet, on nous annonce que nous ne les aurons pas. Donc panique à bord, il a fallu se réorganiser pour couper des fonds, faire des économies, transformer des formations qui étaient initialement prévues en présentiel en visio, etc.
Remaides : Cette évolution politique que vous soulignez a-t-elle eu d’autres conséquences que budgétaires ?
Stéphan Vernhes : Oui. Nous sommes dans un Parlement maintenant beaucoup plus à droite, du fait de l’alliance de la droite conservatrice et de l’extrême droite. Nous sommes en présence d’un Parlement qui va être hostile à nos sujets dits « wokistes » et plus largement aux personnes et groupes que nous représentons : les travailleurs et travailleuses du sexe, les personnes LGBT+, celles qui sont consommatrices de produits, les personnes migrantes. Nos associations représentent toutes les personnes qu’ils détestent. Nous allons devoir nous battre contre cela.
Remaides : Quel est votre rôle au sein de AIDS Actions Europe et qu’y portez-vous ?
Stéphan Vernhes : Je suis administrateur à AAE et j’en suis un des deux co-présidents avec mon collègue Robert Hejzák [association Czech AIDS Help Society, République tchèque, ndlr]. Nous sommes sept administrateurs et administratrices. Au sein de ce conseil d'administration, il y a une personne ukrainienne, une personne albanaise, une arménienne, une portugaise, une allemande, une tchèque et une française. Nous participons à la conduite de l’association, à sa ligne directrice politique, mais la décision politique finale est partagée avec la Deutsch Aidshilfe [l’équivalent de AIDES en Allemagne, ndlr] qui finance en grande partie AAE. J’ai été élu co-président en décembre 2025. Avec ce tandem, nous avons un représentant d’Europe de l’Ouest et un représentant de l’Europe de l’Est et centrale. Cela crée un équilibre. Notre rôle est d'insuffler la stratégie, d’élaborer un plan d'action de la structure, qui sera mis en musique par le coordinateur exécutif et par les trois chargés-es de mission qui travaillent pour la structure.
Pour ma part, j’encourage un plaidoyer plus visible, plus bruyant. Cette année, cela va être le plaidoyer sur les financements. Cela consiste à aller partout, à faire un bruit de fond sur la baisse des financements européens partout, dans tous nos réseaux, dans chaque réunion, dans chaque groupe de travail où nous sommes. Notre objectif est de faire du bruit pour faire comprendre que cette lutte a besoin de ces financements. Cette année aussi, nous mettrons en avant l’accès à la Prep orale, alors que s’annonce la mise en place de la Prep injectable à longue durée d’action. Pour nous, l’accès à la Prep orale est un véritable enjeu.
Remaides : En quoi ?
Stéphan Vernhes : Récemment, l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies) a présenté les conclusions d’un rapport qui expliquent que sur 52 pays pris en compte, près de la moitié n’avaient pas de recommandations officielles, ni de financements concernant le déploiement de la Prep orale sur leur territoire. Dans des pays, la Prep orale stagne, voire recule et du fait de l’arrêt des financements on ne voit pas du tout comment cela va s'arranger. C’est un véritable enjeu pour nous. J’identifie un autre enjeu, plus interne. AIDS Action Europe a un coordinateur exécutif, deux chargés-es de mission et donc un conseil d’administration. Cette équipe n’arrive pas encore à consulter suffisamment le réseau que nous sommes et à travailler plus efficacement avec lui. C'est-à-dire que le réseau est consulté de temps en temps, mais il n'y a pas un véritable travail d'aller-retour entre les associations qui composent le réseau et la tête décisionnelle de ce réseau. Nous allons faire des focus groupes avec les membres pour leur demander quelles sont leurs priorités et ainsi alimenter notre stratégie. Nous allons, par ailleurs, lancer le troisième volet d’une étude réalisée auprès de nos membres. Cette fois, il s’agit de leur demander quelles sont, pour eux, les conséquences de l'arrêt des financements. Nous verrons ainsi concrètement ce qui se passe sur le terrain. Notre idée est aussi de coconstruire ensemble des messages de plaidoyer, qui soient ensuite fortement portés au niveau européen.
Remaides : Hormis les quelques 370 associations qui composent AAE, avec quels partenaires travaillez-vous ?
Stéphan Vernhes : Nous travaillons avec de nombreuses structures européennes. Il y a, par exemple, Correlation [European Harm Reduction Network] qui est le plus grand réseau de réduction des risques et des dommages en matière d’usage de produits. En 2019, il y avait le Civil Society Forum [CSF, un réseau d'organisations non gouvernementales œuvrant dans toute l'Europe élargie]. Cette structure était alors financée par l'Union Européenne. Elle a finalement suspendu son financement. Nous sommes alors retrouvés avec une instance qui fonctionnait jusqu’alors très bien, mais sans aucun financement, et, petit à petit, elle s'est délitée. Il nous a donc fallu travailler avec d'autres partenaires. Nous travaillons évidemment avec les grands réseaux sur le VIH, dont l’EACS (European AIDS Clinical Society) qui organise une grande conférence européenne, tous les deux ans, sur la recherche médicale sur le VIH. Nous avons aussi des liens avec l’International AIDS Society (IAS) ou encore l’ECDC [Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, ndlr] qui collecte notamment les données épidémiologiques européennes. Nous voyons aujourd’hui que des institutionnels se rendent compte que nous sommes embarqués dans la même galère et qu’il est impératif que nous nous serions les coudes pour faire front face aux politiques. Beaucoup d’institutionnels commencent également à tirer les leçons de ce qui se passe à la suite des décisions sur l’Usaid (Agence des États-Unis pour le développement international) et le programme Pepfar (President's Emergency Plan for AIDS Relief, le plan d’urgence américain de lutte contre le sida). Les institutions savent que si les structures communautaires disparaissent : plus personne ne parlera aux populations clés. Celles-ci se trouvent laissées à l'abandon, comme c'est le cas dans certains pays africains. Sans les associations communautaires, des structures comme l’ECDC, l’IAS seront, elles aussi, en difficulté. Les coupes budgétaires frappent l’ensemble des acteurs y compris les mieux établis comme l’OMS Europe qui est en train d’être démantelée. L’idée aujourd’hui est bel et bien de faire bloc parce que l'union fait la force.
Enfin et surtout, si je me projette sur 2026, je souhaite, en tant que coordinateur de la Plateforme Europe, œuvrer pour renforcer les liens entre AIDES, Coalition PLUS et AAE. Nous allons travailler à créer de nouvelles synergies entre nos structures : en étant unis-es nous serons plus forts-es.
Remaides : Quelles sont les premières conséquences depuis le choix de la Commission européenne de supprimer les lignes budgétaires dédiées au VIH ?
Stéphan Vernhes : Un exemple parlant est celui du projet CORE [COmmunity REsponse to End Inequalities, Réponse communautaire pour mettre fin aux inégalités, ndlr] que j’ai déjà mentionné. Ce projet est notamment déployé en Bulgarie via une structure adhérente d’AAE. Ce projet avait un financement européen. Comme les financements VIH européens ont été arrêtés en août, on ne sait pas si CORE va continuer ou pas. Ce financement-là permettait à cette structure bulgare de faire du dépistage. Si CORE s'arrête, cette structure ne fera plus de dépistages du VIH en Bulgarie. Début 2026, nous n'avons aucune idée des conséquences du choix de la Commission européenne sur les associations qui accompagnaient les populations clés et sur les populations clés elles-mêmes. Comme je l’expliquais, l’enquête que nous envisageons cette année sur l’impact de l'arrêt des financements depuis le mois d'août nous permettra de comprendre. Nous y aurons sans doute matière à des messages de plaidoyer pour aller « shamer » [faire honte à…] la Commission européenne ; en disant : « Mais regardez, vous êtes en train de faire repartir l'épidémie. On a une chance en 2030 d'arrêter l'épidémie en Europe, même si ce sera compliqué. » Il faut impérativement que nous montrions à la Commission européenne qu'il y a, là, un enjeu.
Remaides : Comment faire ?
Stéphan Vernhes : Il nous faut trouver nos HIV champions [des relais politiques dans la lutte contre le VIH, ndlr]. Récemment, j'étais à une réunion où un député européen polonais me disait qu’il était sollicité quotidiennement sur différentes thématiques : la santé, l’environnement, etc. Cela crée une forme de concurrence entre les priorités. Notre objectif est de sensibiliser, de mobiliser, de faire l’empowerement des députés-es européens-nes pour que la lutte contre le VIH/sida remonte dans la liste des priorités. On doit aussi jouer sur la corde sensible. Parmi les députés européens, hommes ou femmes, il y a beaucoup de gays et de lesbiennes dont on peut penser qu’ils-elles sont sensibles à cette question. Il faut les sensibiliser sur les enjeux de cette lutte pour qu’ils et elles deviennent ces « HIV champions », dont nous avons besoin.
Notre première cible est la Commission européenne et notamment le commissaire européen à la Santé, mais aussi la commissaire à l’égalité pour les enjeux de discriminations et parce qu’elle a dans son périmètre la santé sexuelle [Il s’agit de la Belge, Hadja Lahbib, ndlr]. La seconde mobilise nos associations pays par pays. On demande à nos partenaires d’identifier pour chaque pays des députés-es européens-nes, de leur expliquer le contexte et les enjeux, de leur demander d’adresser des questions par écrit à la Commission à propos de la lutte contre le sida ; bref de « challenger » la commission. Si on réussit à faire cela avec les quelque 135 associations de l’UE présentes chez nous, on arrive à une force de frappe énorme. En fait, on conduit un travail macro au niveau de la Commission et micro dans chaque pays pour aller parler aux députés-es européens-nes qui peuvent être potentiellement des alliés-es et des relais.
C’est d’autant plus nécessaire de travailler sur ce sujet que les chiffres européens concernant le VIH ne sont pas bons (voir encart en fin d’interview).
Remaides : Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir ?
Stéphan Vernhes : J'ai toujours été convaincu que l'Europe était un vrai levier qui pouvait nous aider dans la lutte contre le VIH/sida. Par ailleurs, c’est quelque chose qui est très inhérent à Coalition PLUS et à AIDES, c’est l’idée qu'on ne mettra pas fin à l'épidémie de VIH en France, si on ne met pas fin à l'épidémie de VIH partout ailleurs. Il faut vraiment, comme le dit l’adage : « Penser global et agir local » (Think global, Act local). On doit penser interaction. C’est là où la plateforme qu’est Coalition PLUS est assez formidable. Nous allons de Lisbonne à Kyiv (Kiev), en passant par la Moldavie, la Roumanie, etc. Cela nous permet d'avoir vraiment des profils très différents et de pouvoir travailler et construire en commun. Nous sommes en train de construire une forme de confiance, une façon de travailler ensemble, de mutualiser l’expérience des associations de la Plateforme Europe de Coalition PLUS à celle des membres de AIDS Action Europe. Nos réseaux sont différents, mais s’avèrent complémentaires, une façon de plus d’illustrer que l’union fait la force.

Stéphan Vernhes, coordinateur de la Plateforme Europe de Coalition PLUS
et activiste VIH, militant à AIDES, et co-président de AIDS Action Europe (AAE) depuis décembre 2025. Crédit : DR
AIDS Action Europe, c'est quoi ?
AIDS Action Europe (AAE) rassemble la société civile pour œuvrer à une réponse plus efficace à l'épidémie de VIH en Europe et en Asie centrale, explique le site officiel de AAE. L’AAE est un réseau régional regroupant plus de 370 ONG, réseaux nationaux et associations communautaires, principalement des organismes de lutte contre le sida, répartis dans 47 pays de la région européenne de l’OMS. L’adhésion est gratuite et ouverte à toutes les organisations de la société civile qui partagent la mission, les principes directeurs et le code de déontologie de la structure. « Notre vision est que, partout en Europe et en Asie centrale, les personnes vivant avec, affectées ou vulnérables aux infections chroniques et potentiellement mortelles que sont le VIH/sida, la tuberculose et l'hépatite virale, mènent une vie aussi épanouie et productive que possible, à l'abri de la stigmatisation, de la discrimination et de la persécution, et aient accès à la prévention, au traitement, aux soins et au soutien nécessaires », explique AAE.
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Europe et VIH : les chiffres et les enjeux
L’Europe ne parvient pas à dépister et à soigner le VIH suffisamment tôt, plus de la moitié (54 %) des diagnostics posés en 2024 l’ont été à un stade trop avancé pour permettre un traitement optimal, expliquait l’OMS Europe dans un récent rapport (novembre 2025). Selon le rapport annuel de surveillance du VIH/sida (ECDC et OMS Europe), 105 922 diagnostics de VIH ont été posés en 2024 dans la région européenne de l’OMS, qui englobe 53 pays d’Europe et d’Asie centrale. Bien que le nombre total de cas signalés montre une légère baisse par rapport à 2023, les données disponibles suggèrent que des lacunes subsistent en matière de dépistage et de diagnostic. Il a été signalé 24 164 diagnostics de VIH dans les 30 pays de l’Union européenne et de l’Espace économique européen (UE/EEE), ce qui correspond à un taux de 5,3 pour 100 000 personnes. Les principales conclusions des données de 2024 montrent que 48 % des diagnostics de VIH sont posés tardivement dans l’UE/EEE. Si les rapports sexuels entre hommes restent le mode de transmission le plus courant dans l’UE/EEE (48 %), les diagnostics attribués à la transmission hétérosexuelle sont en augmentation et représentent près de 46 % des diagnostics de VIH signalés. La proportion de diagnostics sont posés tardivement est la plus élevée chez les personnes infectées par voie hétérosexuelle (en particulier les hommes) et les consommateurs-rices de drogues par injection. Près d’une personne sur trois diagnostiquée avec le VIH en 2024 était née dans un pays autre que celui où elle a été diagnostiquée.
Le projet CORE
« L’Union européenne et ses États membres ont progressé vers la réalisation de l’objectif de développement durable des Nations Unies « Permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge », et plus particulièrement de son objectif spécifique d’éradication du VIH/sida, de la tuberculose et des autres maladies transmissibles. Toutefois, d’importantes disparités et inégalités persistent au sein de l’UE, notamment entre les pays et au sein même de ceux-ci, et freinent les progrès vers ces objectifs », rappelle le site de l’AAE dans sa présentation du projet CORE. Le projet CORE ― « Réponse communautaire pour mettre fin aux inégalités » ― vise à réduire ces inégalités en promouvant, renforçant et intégrant les initiatives communautaires qui se sont révélées essentielles pour rapprocher les services des personnes qui en auraient le plus besoin mais qui y ont un accès insuffisant, dans les pays où ces initiatives font encore défaut. CORE apporte un soutien aux organisations communautaires qui mettent en œuvre de nouveaux services ou développent ceux qui existent déjà. Ce projet s’est déroulé entre 2023 et 2025. Il a été piloté par AIDS Action Europe qui a réuni, pour l’occasion, un consortium de 24 organisations.