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    L'Actu vue par Remaides : Du Top 50 à la lutte contre le VIH : le parcours hors norme de Sherri Lewis

    • Actualité
    • 13.04.2026


    Sherri Lewis en Une du numéro de mars de Poz Magazine. Crédit : Poz Magazine

    Par Fred Lebreton

    Du Top 50 à la lutte contre le VIH : le parcours hors norme de Sherri Lewis


    Chanteuse pop prometteuse dans le New York effervescent des années 1980, Sherri Lewis apprend sa séropositivité en 1987 le jour de ses 33 ans, en pleine épidémie de sida. Près de quarante ans plus tard, la survivante de 71 ans est en Une du numéro de mars du magazine américain Poz. Dans un texte écrit à la première personne, la militante raconte un parcours marqué par la musique, la dépendance, l’activisme et les progrès des traitements qui lui ont permis de vivre bien au-delà des pronostics.


    De la scène pop new-yorkaise à la chute
    Au début des années 1980, Sherri Lewis évolue dans le New York artistique et bouillonnant de l’East Village. Chanteuse principale du groupe Get Wet sous le nom de scène Sherri Beachfront, elle connaît un succès dans le Top 50 américain avec le titre « Just So Lonely » en 1981 et apparaît dans plusieurs émissions populaires comme American Bandstand. « En 1987, j’avais déjà eu, comme dirait Warhol, mon quart d’heure de gloire. Je n’étais pas célèbre, mais j’étais toujours populaire et talentueuse », raconte-t-elle. La scène new-yorkaise lui ouvre les portes de rencontres prestigieuses : Lou Reed assiste au premier concert du groupe et les invite à assurer sa première partie à l’université Columbia. « Quelle période magique ! », se souvient-elle encore aujourd’hui.

    Le groupe attire l’attention de Neil Bogart, producteur ayant signé Donna Summer ou les Village People, et enregistre un album sous le label Boardwalk Records. Mais l’époque est aussi marquée par l’usage massif de drogues dans l’industrie musicale. « Je jure que nous avons fait cet album à base de cocaïne, que personne ne pensait addictive à l’époque », confie Sherri Lewis. La chute est brutale : le label fait faillite, le groupe se sépare et la chanteuse sombre dans la dépendance. En 1983, elle se retrouve sans domicile et décide d’entrer dans un programme de sevrage particulièrement strict dans le New Jersey. « J’étais désespérée de devenir sobre et de remonter sur scène », explique-t-elle. Cette période marque pour elle le début d’une reconstruction.

    1987 : l’annonce d’une « condamnation à mort »
    Après plusieurs années de sobriété, Sherri Lewis tente de reconstruire sa vie. Elle travaille dans des boutiques à New York et entame une relation avec George, un homme vivant dans le Massachusetts. Le couple se fiance et prépare son mariage lorsque la chanteuse décide de demander un test VIH lors d’une prise de sang nécessaire à l’obtention du certificat matrimonial. « Le médecin n’en voyait pas l’utilité. Il m’a dit : "Vous êtes une femme ! Personne n’est positif ici ! Nous sommes dans le Massachusetts !" », se souvient-elle. Trois semaines plus tard, alors que les invitations de mariage sont déjà envoyées, le téléphone sonne. « Je suis vraiment désolé. Vos résultats sont positifs », lui annonce le médecin. « Je suis tombée à genoux », raconte-t-elle. Lors de la consultation qui suit, elle tente d’obtenir des réponses. « Quand vais-je tomber malade ? À quel stade en est la maladie ? », demande-t-elle. La réponse est glaçante : « Je ne sais pas. » À l’époque, les traitements sont inexistants et l’annonce d’une séropositivité ressemble à une sentence. « Recevoir une condamnation à mort le jour de son anniversaire n’a aucun sens », dit-elle aujourd’hui.

    Très vite, Sherri Lewis décide de parler publiquement de sa séropositivité. Dans son groupe de soutien, elle partage son histoire et découvre que d’autres personnes vivent la même situation. « Certaines me chuchotaient à l’oreille qu’elles étaient positives elles aussi », se souvient-elle. Encouragée par un militant nommé Denis, elle suit une formation au Boston Living Center et commence à intervenir dans les écoles. « Ce fut ma première prise de parole », raconte-t-elle. Denis meurt quelques semaines plus tard, mais la jeune femme poursuit ce travail de prévention : « Depuis, j’en ai fait des centaines. À chaque intervention, je parle de Denis. »

    Survivre, témoigner et transmettre
    Au fil des années 1990, la santé de Sherri Lewis se dégrade progressivement, jusqu’à l’arrivée des premiers traitements antirétroviraux en 1996. « Mon cocktail se prenait trois fois par jour, quinze comprimés par jour avec les repas », se souvient-elle. Les effets indésirables sont lourds et transforment son corps. « Mon corps de danseuse s’est transformé : j’ai développé un ventre, des bras très maigres et une perte de graisse au niveau du visage », décrit-elle. Mais les progrès thérapeutiques s’accélèrent et les traitements deviennent plus simples et plus efficaces. « L’amélioration des traitements m’a finalement menée à un schéma d’un comprimé par jour », explique-t-elle.

    Installée à Los Angeles depuis 2000, elle poursuit son engagement dans la lutte contre le VIH. Elle anime notamment le podcast Straight Girl in a Queer World, consacré à l’épidémie, et participe à des programmes de sensibilisation. Elle rejoint aussi le conseil d’administration du monument commémoratif STORIES : The AIDS Monument à West Hollywood, dédié à la mémoire des personnes disparues des suites du sida.

    Aujourd’hui âgée de 71 ans, Sherri Lewis a traversé de nombreuses épreuves : le VIH, l’hépatite C, un cancer du côlon, la pandémie de Covid-19 et la perte de nombreux amis-es. Elle s’occupe désormais de sa mère de 95 ans, atteinte de démence. Malgré tout, elle regarde son parcours avec gratitude. « Presque quarante ans plus tard, je vois ce diagnostic comme un cadeau, parce qu’il m’a permis d’aider les autres », affirme-t-elle. Et l’ancienne chanteuse de conclure simplement : « La vie est magnifique. »