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    L’Actu vue par Remaides : « Le récit sans concession d’un homme noir, gay et séropositif »

    • Actualité
    • 26.08.2026

     


     

    La couverture de l'ouvrage de Brontez Purnell dans sa traduction française. Crédit image : Rotolux Press. DR

    Par  Fred Lebreton


    Le récit sans concession d'un homme 
    noir, gay et séropositif

     

    « Johnny, est-ce que tu m'aimerais si j'avais une plus grosse bite ? ». Derrière ce titre provocateur, une autofiction qui suit les pas d'un antihéros dans la baie de San Francisco et l'Amérique des années 2000. Son auteur ? Brontez Purnell assume tout : noir, gay, séropositif, punk, précaire, gros, névrosé et accro à l'alcool et à la drogue ! Mais aussi et peut-être surtout capable d’une auto-dérision et d’un humour féroce.


    Derrière la provoc, Brontez Purnell raconte les travers d’une société américaine raciste, homophobe et tiraillée entre ses deux obsessions : le sexe et la religion.
    À l’instar d’un Guillaume Dustan, l’auteur ne ménage pas ses lecteurs-rices dans le récit de ses aventures sexuelles. Le ton est cru, acide, parfois à la limite du scatologique. Mais avec son humour dévastateur, Brontez Purnell anéantit toute tentative de culpabilisation. Il décape les stigmas des vécus gays et ruine toute forme de normalisation. Le livre, sorti en 2015 aux États-Unis, est enfin traduit en français par Alexandre Gaulmin qui raconte avec tendresse dans la préface son amitié improbable avec Brontez Purnell.

    Extrait : « J'avais le pressentiment que j'avais attrapé le sida. Je faisais souvent ce cauchemar où j'allais dans un centre de dépistage, je disais mon nom et ça déclenchait directement une sirène et des gyrophares rouges. J'étais assis avec ma conseillère VIH, je lui racontais ma vie sexuelle de l'année écoulée et — la vie de Dieu, je jure qu'elle a fait ça — elle s’est redressée, a carrément levé les yeux au ciel avant de dire (avec une voix de bouffonne) : « Hum, je pense que vous êtes séropositif ». Et elle avait raison ! « Vous savez comment ça vous est arrivé ? », m'a-t-elle demandé. J'ai réfléchi longtemps et profondément. C'était certainement un des deux cents mecs que j'avais laissés me tringler sans capote, mais ce n'est pas ce que j'ai répondu, parce que, même si je ne connaissais pas cette meuf, je ne voulais pas qu'elle pense que je couchais à droite et à gauche.
    - « Je l'ai attrapé en m'asseyant sur la cuvette des cabinets ».
    Ça ne l'a pas fait rire. J'ai senti qu'elle était gouine et y a pas moyen de convaincre une lesbienne que le sperme, c'est cool. À moins qu'elle essaie d'avoir un enfant, mais c'est tout. Mais bon, oublions ! J'ai fait ce que j'ai l'habitude de faire quand je me sens coincé, j'ai menti comme un arracheur de dents. « C'est mon petit ami avec qui j'ai une relation monogame qui m'a trompé et qui me l'a refilé (snif, snif) ». Maintenant, elle était prête à me traiter comme un être humain. « Oh chéri ! Tiens, prends un mouchoir ! ». Le monde est injuste ! Quel monstre ! ». Je crois que je déteste cette conne, comment se fait-il qu'on n'ait aucune empathie pour les traînées ? Genre rien du tout ? Et si je lui avais dit la vérité ? « Oh, je voulais juste qu'il me kiffe. Elle m’aurait certainement catalogué comme une menace pour la société. »
    « Johnny, est-ce que tu m’aimerais si j’avais une plus grosse bite ? », de Brontez Purnell, traduit par Alexandre Gaulmin, éditions Rotulux, 20 euros.