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    L'Actu vue par Remaides : Préviensmoi.fr : AIDES lance un outil anonyme et gratuit pour prévenir ses partenaires en cas de diagnostic d’IST

    • Actualité
    • 20.04.2026


    Crédit photo : AIDES

    Par Fred Lebreton

    Previensmoi.fr : AIDES lance un outil anonyme et gratuit pour prévenir ses partenaires en cas de diagnostic d'IST

     

    Dans un entretien croisé accordé à Remaides, Franck Barbier, responsable Programmes et populations à AIDES, et Sébastien, chargé de mission dans ce même secteur, présentent previensmoi.fr, un nouvel outil d‘information anonyme et gratuit des partenaires sexuels en cas d’IST, pensé pour faciliter le dépistage et rompre les chaines de transmission.


    Remaides : Pourquoi AIDES a-t-elle souhaité créer l’outil previensmoi.fr et à quels besoins répond-il aujourd’hui en matière de santé sexuelle et de prévention des IST ?

    Franck Barbier : AIDES disposait déjà d’un outil de notification anonyme des partenaires, permettant d’informer ses partenaires sexuels-les d’une infection par une IST afin qu’ils-elles puissent se faire dépister. Deux actions phares de AIDES proposaient déjà ce type de service : le SPOT Longchamp de AIDES à Marseille et l’action E-PREV en région Centre-Val de Loire. Sur leurs sites internet respectifs, cet outil était accessible parmi d’autres ressources et informations liées à leurs activités locales. Nous avons souhaité créer un site national. Non pas que des personnes de Dunkerque ou de Strasbourg ne pouvaient pas utiliser ces outils en ligne, mais la présence d’informations très locales pouvait parfois freiner certains-es utilisateurs-rices. Un site national permet ainsi de lever ces hésitations et d’offrir un accès plus universel, sans donner l’impression de contraintes géographiques, même si, en réalité, il n’y en avait pas. Si l’on remonte un peu en amont, la raison d’être de ces outils tient à la « notification aux partenaires », c’est le terme médico-scientifique utilisé pour désigner le fait d’informer ses partenaires lorsqu’on a eu un dépistage positif à une IST. Il s’agit de l’un des moyens les plus efficaces pour cibler le dépistage auprès des personnes pour lesquelles il est le plus utile, comme l’ont montré de nombreuses études internationales. Cette notification peut prendre différentes formes. En France, la seule notification autorisée par la loi est celle effectuée par la personne elle-même (celle qui a eu le diagnostic). Cela dit, une fois cette démarche engagée, elle peut être accompagnée par des professionnels-les de santé. Ils-elles peuvent apporter des explications, par exemple pour rappeler qu’une IST n’est pas forcément grave surtout traitée rapidement, ou préciser les conséquences selon les infections. L’idée est de ne pas dramatiser, tout en apportant une information claire. Cet accompagnement peut se faire par téléphone ou en face à face. L’outil que nous proposons permet, lui, une notification anonyme et à distance. C’est un avantage important, car il évite d’avoir à révéler son identité à ses partenaires. Ce n’est pas nécessaire : l’essentiel est simplement de les informer pour qu’ils-elles puissent se faire dépister.

    Sébastien : Pour compléter sur l’existant, il faut savoir qu’un constat s’est imposé. Même si les sites du SPOT Longchamp et d’E-PREV fonctionnaient bien, et qu’ils étaient relativement simples et ergonomiques, ils restaient confrontés à certaines limites. Une part importante des utilisateurs-rices quittait le site avant la dernière étape. Il y avait donc une nécessité de simplifier encore le dispositif pour le rendre plus efficace et permettre aux utilisateurs-rices d’aller rapidement au bout de la démarche. Par ailleurs, un travail de comparaison a été mené sur d’autres outils de notification aux partenaires existants.

    Concrètement, comment fonctionne le site previensmoi.fr pour une personne qui vient d’apprendre qu’elle a une IST et qui souhaite prévenir ses partenaires ?

    Sébastien : La première étape, c’est déjà d’arriver sur le site et pour cela, il existe plusieurs canaux. Cela peut être en effectuant une recherche sur Internet autour des outils de notification, d’autant plus que nous allons être de mieux en mieux référencés par les moteurs de recherche. Cela peut aussi passer par la promotion de AIDES, dans le cadre de nos outils de prévention diversifiés, ou encore via une orientation par un-e professionnel-le ou un-e militant-e ayant réalisé un dépistage, notamment en cas de résultat positif. Il y a également l’affichage dans nos lieux de mobilisation, ou encore l’utilisation de QR codes. Par exemple, certains laboratoires de biologie commencent à intégrer un QR code dans les résultats d’analyse sur les IST, et cela pourrait aussi se développer avec les résultats de TROD [Test rapide d'orientation diagnostique, ndlr]. Bref, il existe de nombreuses portes d’entrée pour découvrir ce dispositif. Concrètement, dès la page d’accueil, la démarche est expliquée de manière très simple. On propose à la personne de cocher les IST pour lesquelles elle a été testée positive. À l’étape suivante, il faut renseigner des numéros de téléphone de ses partenaires récents-es : un message type s’affiche alors, c’est le SMS qui sera envoyé aux personnes dont les numéros auront été saisis. Il est possible d’entrer huit à dix numéros, voire davantage en rechargeant le formulaire : l’usage est illimité. Ensuite, il suffit de cliquer sur « envoyer ». À ce moment-là, un récapitulatif s’affiche, indiquant que les messages ont bien été envoyés aux numéros renseignés. Le SMS est le suivant : « Bonjour, Il est possible que vous ayez été en contact avec une IST et que vous ayez besoin d’un dépistage. Pour trouver un lieu de dépistage proche de chez vous, rendez-vous sur le site puis sur la rubrique "Se faire dépister". » La troisième étape correspond donc à l’accusé de réception, confirmant que le message a bien été envoyé à chaque numéro. 

    La question de l’anonymat est centrale dans ce type de démarche. Comment le dispositif garantit-il la confidentialité et la sécurité des données personnelles des personnes qui utilisent ce service ?

    Sébastien : Nous nous sommes assurés que la technologie utilisée soit conforme au RGPD [règlement général sur la protection des données] et à la loi Informatique et Libertés. Aucune donnée n’est sauvegardée concernant les IST cochées ni les numéros de téléphone renseignés. Le site transmet simplement une information à un prestataire chargé d’envoyer le SMS. Ce prestataire garantit qu’il ne conserve pas les numéros auxquels les messages sont envoyés. Du côté de AIDES, il n’y a également aucune sauvegarde des données personnelles. L’anonymat est d’autant plus préservé qu’aucune adresse IP de connexion n’est enregistrée. Concrètement, il est impossible de savoir qui est à l’origine de l’envoi du message. C’est un point essentiel : la personne qui remplit le formulaire n’a pas besoin de créer un compte ni de renseigner un nom ou une adresse e-mail. Tout est entièrement anonyme, et c’est précisément ce qui facilite l’utilisation de ce dispositif et en garantit l’efficacité.

    En quoi cet outil peut-il contribuer à rompre plus rapidement les chaînes de transmission des IST et à encourager le dépistage ?

    Franck Barbier : C’est sans doute l’un des meilleurs moyens de toucher des personnes qui ne se seraient pas fait dépister, tout simplement parce qu’elles n’ont pas de symptômes. Or, lorsqu’elles ont été en contact avec une personne ayant une IST avérée, il existe une réelle probabilité qu’elles soient infectées à leur tour. Elles peuvent alors se faire dépister et se traiter. Il y a donc un intérêt direct pour les personnes notifiées. On parle souvent d’une démarche altruiste (au profit de l’autre), dans le fait de prévenir ses partenaires, mais ce n’est pas seulement cela. Il y a aussi un intérêt personnel. Si vous vous êtes soigné-e d’une IST mais que votre partenaire régulier-ère ne l’a pas fait, il-elle peut vous la transmettre de nouveau. C’est ce qu’on appelle « l’effet boomerang ». Cela existe, notamment dans des couples : si l’un-e se traite avant l’autre, on peut entrer dans une forme de « ping-pong infectieux » qui n’est profitable pour personne. L’idéal est donc de se traiter en même temps. Il y a un intérêt pour soi, pour l’autre, mais aussi pour une communauté. Dans certains contextes, les infections peuvent circuler rapidement au sein d’un même réseau d’amis-es et d’amants-es. Prévenir permet alors de limiter la diffusion dans ces cercles. Et au-delà, cela bénéficie aussi à la communauté au sens large, qu’elle soit gay, fétichiste, échangiste ou autre. À un niveau plus global, cet outil contribue à freiner les épidémies, au niveau de toute la société : on identifie les cas, on traite, et on évite ainsi de nouvelles transmissions. Ce mécanisme agit donc à plusieurs niveaux. Plus on agit près de soi et de son cercle proche, plus c’est efficace, mais les bénéfices s’étendent bien au-delà. 

    Sébastien : C’est aussi un outil grand public. Il ne faut pas le penser uniquement pour des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) sous Prep, qui ont déjà l’habitude d’informer leurs partenaires et de se faire dépister régulièrement. L’idée est que tout le monde puisse l’utiliser, y compris des personnes qui n’utilisent pas les applications de rencontre, qui ne prennent pas la Prep, ou qui ont des relations plus discrètes, moins ouvertes voire plus anonymes. Cela permet, par exemple, de prévenir un-e partenaire occasionnel-le..

    Franck Barbier : L’anonymat est d’ailleurs particulièrement important dans le cas du VIH pour ne pas freiner des incitations au dépistage. Les réactions peuvent être imprévisibles voire violentes, et il peut exister des tensions liées à la question de « qui a transmis à qui ». Or, avec les IST la chronologie de la découverte ne correspond pas forcément à celle de la transmission. Ce n’est pas parce qu’une personne apprend son statut en premier qu’elle est à l’origine de l’infection. C’est un point que es médecins sont amenés à rappeler, et qui explique pourquoi la notification passe parfois par eux-elles. 

    Quel rôle jouent les militants-es de AIDES dans l’accompagnement ou la promotion de cet outil, et quels publics souhaitez-vous particulièrement toucher avec previensmoi.fr ?

    Franck Barbier : Les militants et militantes de AIDES jouent un rôle de promotion de l’outil, mais aussi d’incitation au dépistage, au traitement et, plus largement, à la fin de l’épidémie. Ce sont là les objectifs généraux de notre association. Cet outil vient s’ajouter à une palette déjà existante : ce n’est pas un outil miracle et d’ailleurs, il n’en existe pas. Nous avons plutôt une série d’outils complémentaires, qui permettent aux personnes de mieux se protéger et de jongler avec ces dispositifs en fonction de leurs besoins. Certaines populations sont plus exposées à certaines IST, et certaines infections circulent davantage selon les contextes ou les pratiques. Dans ce cadre, l’outil peut être particulièrement utile. Par exemple, lorsqu’une personne est notifiée pour une syphilis, il est pertinent de réaliser un dépistage complet des IST y compris le VIH, et pas uniquement de la syphilis. 

    Sébastien : J’ajouterais que, pour les militantes et militants, c’est aussi un véritable outil de partenariats locaux. L’idée est que cet outil puisse être approprié par d’autres acteurs-rices. C’est déjà un peu le cas, même si l’objectif est de le développer à plus grande échelle. Les laboratoires, les associations locales, les Cegidd [Centres gratuits d'information de dépistage et de diagnostic, ndlr], les médecins… tous-tes peuvent s’en saisir. Comme c’est un outil grand public, volontairement neutre dans sa communication et ses visuels, mais simple et efficace, il est facilement appropriable. L’objectif est qu’il devienne un support partagé par l’ensemble des acteurs de la prévention et du dépistage. C’est aussi un levier pour créer du lien entre les lieux de mobilisation de AIDES et les autres acteurs de terrain.