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    L'Actu vue par Remaides : « Prep injectable : les idées reçues qui freinent l'accès à Apretude (1) »

    • Actualité
    • 30.06.2026


    Crédit image : Solenn Bazin, chargée de plaidoyer prévention et thérapeutique à AIDES

    Par Fred Lebreton

    Prep injectable : les idées reçues qui freinent l'accès à Apretude (1)

    Disponible en France depuis mars 2026, la Prep injectable à base de cabotégravir (nom commercial Apretude) constitue une avancée majeure dans la prévention du VIH. Pourtant, malgré son remboursement à 100 % par l'Assurance maladie, son déploiement reste freiné par des réticences persistantes. Témoignages de patients-es confrontés-es à des refus de prescription, dont certains semblent liés à une confusion entre prix public et coût réel pour la collectivité, et d’autres par la représentation chez certains-es médecins qu’il s’agirait d'une Prep « de seconde intention », etc. Lors d'un webinaire organisé par le Collectif des 10 choix politiques (voir encart en fin d’article), militants-es et experts-es ont déconstruit plusieurs idées reçues qui entravent aujourd’hui l'accès à ce nouvel outil de prévention. Première partie.

    « Je me suis senti un peu bête, comme si demander cette nouvelle Prep était un caprice »

    Depuis sa commercialisation en France en mars 2026, Apretude (laboratoire ViiV) suscite beaucoup d'attentes. Première Prep injectable administrée tous les deux mois, elle représente une alternative aux comprimés quotidiens. Pourtant, plusieurs témoignages recueillis par Remaides montrent que certaines personnes se heurtent aujourd’hui à des refus de prescription. Pour les personnes concernées, ces refus sont parfois vécus comme une remise en cause de leur capacité à choisir, elles-mêmes, l'outil de prévention le plus adapté à leur situation. Pierre (prénom modifié), 36 ans, Parisien, prend une Prep orale depuis trois ans. Gay multipartenaires et consommateur de produits psychoactifs dans le cadre du chemsex, il explique avoir demandé à sa médecin de passer à la Prep injectable lors d'une consultation de suivi. La réponse le déstabilise : « Elle m'a dit que cette Prep était réservée aux personnes qui ne peuvent pas prendre la Prep en comprimés à cause des effets indésirables. En gros, je n'étais pas dans la cible. Je n'ai pas su quoi répondre. Je me suis senti un peu bête, comme si demander cette nouvelle Prep était un caprice. » 

    Samir (prénom modifié), homme bisexuel de 40 ans qui vit à Marseille, rapporte une expérience similaire. Lorsqu'il évoque la possibilité de passer à la Prep injectable avec le médecin qui assure son suivi, la réponse est sans appel : « Il m'a dit que c'était trop cher et que je n'étais pas la cible. Je n'ai pas insisté. ». Les réticences ne concernent d'ailleurs pas uniquement les médecins prescripteurs. Julien (prénom modifié) raconte avoir rencontré plusieurs obstacles... en pharmacie. Une première officine, à Bègles, lui explique que le produit n'est pas disponible auprès du grossiste. Une seconde, à Bordeaux, refuse de délivrer le traitement au motif que l'ordonnance ne serait pas sécurisée. Dans les deux cas, un même commentaire revient spontanément : « Les deux ont évoqué, sans que je ne leur demande, le coût élevé du médicament. » 

    « Elle m'a répondu en lettres capitales : "JE NE PRESCRIS PAS LA PREP INJECTABLE" »

    Le témoignage de Davy, 36 ans, est sans doute le plus révélateur de ces tensions. Sous Prep orale depuis six ans, il reconnaît avoir connu des difficultés d'observance. « J'ai fait deux TPE [traitement post exposition, dit traitement d’urgence, ndlr] en trois ans parce que j'avais oublié ma Prep orale. Ma médecin le sait très bien puisque c'est elle qui me les a prescrits », explique-t-il. Informé de l'arrivée d'Apretude par un ami travaillant chez Actions Traitements, il contacte la médecin qui fait son suivi Prep par texto. La réponse tombe, lapidaire : « Elle m'a répondu en lettres capitales : "JE NE PRESCRIS PAS LA PREP INJECTABLE." Je lui ai demandé pourquoi et sa seule argumentation a été de me dire que c'était trop cher. J'étais en colère parce que je sais que cela a été un travail de longue haleine pour que ce traitement soit disponible en France . J'ai trouvé son refus injustifié. » Orienté par un ami vers Le 190, centre de santé sexuelle LGBT+ parisien, Davy obtient rapidement une consultation puis sa première injection de cabotégravir. Une issue heureuse qui rappelle que l'accès à cette innovation dépend encore largement du lieu de prise en charge et des représentations des professionnels-les rencontrés-es.

    Apretude : quelle différence entre le prix public et le prix réel ?

    À peine disponible en France, la Prep injectable fait déjà l'objet d'une controverse récurrente : son coût. Affiché à 1 312 euros l'injection, Apretude est régulièrement présenté comme un médicament « trop cher » pour être largement prescrit. C'est précisément cet argument qui revient dans plusieurs témoignages recueillis par Remaides. Pour certains-es médecins, le prix du traitement pèserait trop lourdement sur les finances de l'Assurance maladie et justifierait de réserver cette stratégie à quelques situations particulières. Une représentation que conteste fermement Solenn Bazin, chargée de plaidoyer prévention et thérapeutique à AIDES. Lors d’un webinaire organisé le 8 juin par le Collectif des 10 choix politiques, elle a expliqué que cette perception repose sur une confusion entre le prix affiché du médicament (le prix facial, celui qui est sur la boite) et son coût réellement supporté par les finances publiques ». Pour elle, cette méconnaissance constitue aujourd'hui l'un des principaux freins au déploiement d'Apretude. Autrement dit des médecins refusent de le prescrire en pensant que son prix est bien plus élevé qu’il n’est facturé en réalité à l’Assurance Maladie.

    « Chez AIDES, nous avons également eu plusieurs remontées de terrain. Il était notamment question de professionnels-les de santé qui évoquaient cet enjeu du prix et qui voyaient le coût de la Prep comme un frein à sa prescription (…). Nous avons beaucoup travaillé sur cette question parce que la fixation du prix d’un médicament est un sujet très flou, complexe et très peu connu, y compris de certaines-es professionnels-les de santé. Comment se construit le prix d'un médicament ? Quel est le coût réellement supporté par la Sécurité sociale ? », souligne Solenn Bazin, avant d'expliquer les mécanismes de fixation du prix des médicaments innovants. La militante rappelle que les négociations entre le Comité économique des produits de santé (CEPS) et le laboratoire qui fabrique le médicament se déroulent dans la plus grande confidentialité (le fameux secret des affaires). « À l'issue de ces négociations, un prix dit public est fixé. C'est celui qui figure sur la boîte du médicament et qui est connu de tous-tes. En revanche, ce que l'on sait beaucoup moins, c'est qu'il existe aussi un prix dit réel, c'est-à-dire le coût effectivement supporté par la Sécurité sociale. Il s'agit donc de deux prix distincts : le prix public, également appelé prix facial, et le prix réel. Ce dernier correspond au prix public auquel sont soustraites les remises confidentielles négociées entre l'Assurance maladie et le laboratoire. » Autrement dit, le tarif public ou facial n'est pas celui que paie effectivement la collectivité. Solenn Bazin rappelle que le maintien d'un prix facial élevé répond aussi à une logique commerciale internationale. « Le laboratoire peut ensuite s'appuyer sur ce prix officiel pour négocier les tarifs dans d'autres pays. En réalité, l'industriel rembourse ensuite une partie des dépenses engagées par la Sécurité sociale grâce à des remises dont le montant est confidentiel. »

    « Cela ne remet évidemment pas en cause le fait qu'il faut continuer à lutter contre les prix élevés des nouveaux médicaments, qui ont un effet majeur sur leur accessibilité (comme on l’a vu avec le sofosbuvir (Sovaldi) dans le traitement du VHC). En revanche, il est important de garder à l'esprit que la Prep injectable à base de cabotégravir ne coûte pas 1 300 euros (le prix public) à la Sécurité sociale. Évidemment, nous ne connaissons pas le prix réel puisqu'il est confidentiel. En revanche, grâce à nos travaux de plaidoyer et aux échanges que nous avons eus avec le CEPS et avec le fabricant, nous savons que le coût réellement supporté par l'Assurance maladie n'est pas beaucoup plus élevé que celui du Truvada utilisé en Prep orale lorsqu'il était encore commercialisé sous sa forme princeps [Truvada non génériqué, ndlr]. ».

    Apretude : ViiV reconnaît des refus, mais évoque une « appropriation progressive »

    Interrogé sur les refus de la part de médecins opposés à certains-es usagers-ères souhaitant passer de la Prep orale à la Prep injectable, ViiV Healthcare reconnaît que ces situations existent, tout en les attribuant à une période de transition. « Ces situations évoquées, que nous constatons également, reflètent une phase d’appropriation progressive d’une innovation récente. Notre rôle est de mettre à disposition une information scientifique rigoureuse, complète, et d’accompagner les professionnels de santé et les usagers dans l’utilisation de cette nouvelle option de prévention (…) sans interférer avec l’indépendance de la décision médicale », explique le laboratoire. Le message est soigneusement calibré. ViiV rappelle à plusieurs reprises que la prescription relève exclusivement du médecin et insiste sur le respect « du cadre réglementaire, des recommandations de bonnes pratiques, des conditions de remboursement et de prise en charge définis en France ». Une prudence compréhensible pour un industriel, mais qui laisse en suspens la question centrale soulevée par les témoignages recueillis par Remaides : pourquoi des personnes pourtant éligibles se voient-elles encore répondre qu'elles ne sont « pas dans la cible » ou que le traitement « coûte trop cher » ? Sur cette dernière idée reçue, le laboratoire tente de rétablir quelques faits. « En France, la fixation du prix des médicaments est complexe et méconnue. (…) Les prix résultent d’une négociation avec les autorités, fondée sur la valeur clinique, l’intérêt de santé publique, le bénéfice clinique comparé aux traitements existants ainsi que la soutenabilité pour le système de santé. Seul le prix facial est rendu public. » Autrement dit, et comme expliqué précédemment par Solenn Bazin, le tarif affiché ne correspond pas au coût réellement supporté par l'Assurance maladie, un mécanisme encore largement ignoré, y compris par certains-es professionnels-es de santé. ViiV assure vouloir poursuivre ses efforts d'information : « Nous allons continuer d'informer (…) les professionnels de santé sur le système de fixation du prix des médicaments et la prise en charge de nos traitements à longue durée d'action injectables. » 

    « Une Prep efficace est avant tout une Prep qui est prise correctement »

    Pour Thierry Tran, administrateur de AIDES et représentant de l’association au TRT-5 CHV, les obstacles qui freinent aujourd'hui le déploiement d'Apretude ne sont pas tant liés au médicament lui-même qu'aux représentations qui l'entourent encore. « Malgré la mise sur le marché d'Apretude, il existe encore des obstacles à son déploiement, alors même qu'il est remboursé par la Sécurité sociale, pointe-t-il. On a notamment évoqué les hésitations liées au coût que sa prescription ferait peser sur l'Assurance maladie. En réalité, on se rend compte que le prix public communiqué n'est pas forcément celui qui est réellement supporté par l'Assurance maladie. Cette distinction entre prix public et prix réel répond aussi à des objectifs de maximisation des profits du laboratoire dans le cadre des négociations menées avec d'autres pays (voir plus haut). C'est donc un sujet extrêmement politique qui entretient des représentations ne correspondant pas à la réalité. » Au-delà de la question économique, Thierry Tran estime que les données scientifiques présentées pendant le webinaire conduisent à repenser les profils des personnes susceptibles de bénéficier de la Prep injectable. « Ce qui ressort des données, c'est qu'il ne s'agit pas de profils présentant des contre-indications, mais plutôt de profils prioritaires pour lesquels Apretude peut être particulièrement pertinent. La conséquence de tout cela, c'est qu'il faut parvenir à proposer cette Prep beaucoup plus largement aux publics qui, aujourd'hui, n'en bénéficient pas. Cela suppose de lever les freins à la prescription liés aux représentations que peuvent avoir certains-es médecins. Ces obstacles peuvent être dépassés, et le guide de la SFLS apporte justement des éclaircissements pour répondre à ces idées reçues qui ne sont pas fondées. » Un enjeu d'autant plus important que l'arrivée d'Apretude ouvre la possibilité d'adapter la prévention aux besoins de populations jusqu'ici moins bien, voire pas couvertes par la Prep.

    Pour le militant, le véritable enjeu réside finalement dans le choix laissé à chaque personne concernée. « Une Prep efficace est avant tout une Prep qui est prise correctement. À mes yeux, il n'existe pas un public destiné à la Prep orale et un autre à la Prep injectable. Tout dépend des personnes, de leurs besoins et de ce qu'elles estiment être le plus adapté à leur situation. Tout cela repose sur la littératie en santé, c'est-à-dire sur la capacité de chacun-e à comprendre ce qui est favorable à sa santé, à connaître les conditions de mise en œuvre de cette prévention et à s'approprier ces informations. Si une personne comprend les différentes options, est capable d'en discuter avec les professionnels de santé et obtient une prescription adaptée à ses besoins, c'est dans cette situation que la Prep sera la plus efficace. C'est aussi ainsi que l'on optimisera son utilisation, que l'on limitera les nouvelles infections par le VIH, que l'on réduira le risque d'émergence de résistances. C’est ainsi qu’obtient un véritable impact sur l'épidémie et, plus largement, sur la santé publique. ». À bon entendeur.

    POUR LIRE LA SECONDE PARTIE DE CE DOSSIER

    Le collectif des 10 choix politiques

    À l’occasion des élections présidentielle et législatives de 2022, 54 associations nationales (dont AIDES) et territoriales, (dont six sociétés savantes et réseaux professionnels), 19 Corevih et 17 chercheurs et chercheuses, bientôt rejoints-es par d’autres, ont lancé un appel national indiquant les 10 choix politiques à faire pour en finir avec le sida en France. Cet appel a été conçu pour affirmer que « la fin du sida passe par des mesures politiques (dans le sens noble du terme) et sociétales fortes. » Il a pour objectif de proposer des actions qui semblent nécessaires aux signataires pour en finir avec le sida en 2030 – objectif de la Stratégie nationale de santé sexuelle. Aujourd’hui, le collectif poursuit toujours son objectif.

    ➡️​ Une version complète des revendications est disponible ici

    Pour aller plus loin