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    L'Actu vue par Remaides : ANRS SimpPrEP : une étude pour simplifier la Prep à la demande avec le Descovy

    • Actualité
    • 19.02.2026

    ANRS

    Crédit image: ANRS/INSERM

    Par Fred Lebreton

    ANRS SimpPrEP : une étude pour simplifier la Prep à la demande avec le Descovy

     

    Médecin infectiologue à l’AP-HP et chercheur à l’Université Paris Cité, le Dr Geoffroy Liegeon coordonne l’étude ANRS SimpPrEP, qui explore une nouvelle stratégie de Prep à la demande. Cette Prep à base de Descovy pourrait s’avérer plus simple et mieux tolérée que le schéma actuel à base de Truvada. Dans cet entretien accordé à Remaides, le chercheur détaille les fondements scientifiques de cette approche, ses bénéfices attendus et les enjeux cliniques et économiques qu’elle soulève.

     

    Remaides : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est l’étude ANRS SimpPrEP et en quoi elle propose une nouvelle approche de la Prep à la demande ?

    Dr Geoffroy Liegeon :  SimpPrEP est l’acronyme de simplification de la Prep. L’objectif de cette étude, dont le promoteur est l’ANRS | Maladies infectieuses émergentes, est d’évaluer l’efficacité d’une forme simplifiée de Prep orale à la demande. Celle-ci repose sur l’utilisation d’un comprimé comprenant deux antirétroviraux, le ténofovir alafénamide et l’emtricitabine [TAF + FTC, ndlr], avant et après un rapport sexuel sans préservatif. Cette combinaison d’antirétroviraux n’est pas nouvelle : elle est utilisée depuis plusieurs années dans le traitement de l’infection par le VIH et, depuis 2019 aux États-Unis, dans le cadre de la Prep en continu, sous le nom commercial de Descovy. Cette prophylaxie est très proche de la Prep orale actuellement utilisée en France, mais elle présente une caractéristique importante : elle se concentre beaucoup plus vite et de manière plus importante dans les cellules ciblées par le VIH. C’est un point particulièrement intéressant pour un schéma de Prep à la demande. Les données pharmacologiques et précliniques chez l’animal suggèrent, en effet, qu’une prise unique d’un comprimé de Descovy entre deux et vingt-quatre heures avant un rapport sexuel sans préservatif, suivie d’une seconde prise vingt-quatre heures après, pourrait être efficace pour prévenir l’infection par le VIH.

    Remaides : Concrètement, quels sont les avantages de cette Prep simplifiée par rapport au schéma actuellement utilisé en France ?

    Plusieurs avantages potentiels sont associés à cette Prep à la demande simplifiée. Le premier concerne le schéma de prise, qui est plus simple : on ne parle plus du schéma 2 + 1 + 1 de la Prep classique à la demande, mais d’un comprimé avant et d’un comprimé après, soit un schéma 1 +1. Comme le schéma actuel peut être difficile à maîtriser pour certaines personnes, cette simplification pourrait faciliter l’appropriation de la Prep à la demande par un plus grand nombre de personnes. Le deuxième bénéfice concerne la tolérance digestive. L’absence de dose de charge de deux comprimés réduit les effets indésirables digestifs, qui peuvent être problématiques avec la Prep à la demande classique. Avec ce schéma, un seul comprimé est pris avant le rapport, ce qui améliore nettement la tolérance. Un autre point important est le profil de tolérance de cette molécule sur le plan osseux et rénal. Elle a peu d’impact sur la santé des os et des reins et peut être utilisée chez des personnes présentant une insuffisance rénale chronique modérée. Or, ces personnes ne peuvent actuellement pas recourir à la Prep orale classique à base de ténofovir disoproxil fumarate + emtricitabine [TDF +FTC connue sous le nom commercial Truvada, ndlr], qui leur est contre-indiquée. Enfin, dans l’hypothèse où ce traitement serait proposé en version générique, son coût pourrait être inférieur à celui de la Prep classique, puisqu’il faudrait seulement deux comprimés au lieu de quatre pour protéger un rapport sexuel sans préservatif.

    Comment est organisée l’étude SimpPrEP et à quels profils de participants elle s’adresse ?

    Pour évaluer l’efficacité de cette Prep simplifiée, nous avons mis en place un essai clinique international de phase 3. Nous recrutons des participants dans deux sites en France et trois sites en Thaïlande, avec un objectif de recrutement d’environ 500 participants. En termes de répartition, environ 60 % des participants, soit près de 300 personnes, sont recrutés en Thaïlande, et les 40 % restants, soit environ 200 personnes, en France. En France, deux centres participent à l’étude : l’hôpital Saint-Louis [AP-HP] et l’hôpital Lariboisière [AP-HP]. Le recrutement est toujours en cours et les premiers résultats sont attendus en 2028. L’objectif final est de pouvoir proposer une Prep à la demande simple, efficace, bien tolérée et potentiellement moins coûteuse. Cette étude s’adresse uniquement aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes [HSH], cisgenres. Les femmes n’ont pas été incluses, faute de données suffisantes à ce stade sur l’efficacité de ce schéma de Prep simplifié chez elles. Les participants sont des HSH ayant des besoins accrus en matière de prévention du VIH, qu’ils soient déjà utilisateurs de la PrEP ou qui souhaitant en débuter une. Ces participants ne doivent pas avoir de contre indication médicale à la prise du Truvada en Prep. Nous recrutons de préférence pour cette étude des personnes qui utilisent ou prévoient d’utiliser une Prep à la demande avec une consommation maximale d’environ 15 à 20 comprimés par mois.

    Concrètement, qu’est-ce que cette étude implique pour les participants en termes de suivi et de contraintes au quotidien ?

    Les participants sont répartis par tirage au sort en deux groupes : soit ils reçoivent une Prep orale classique [Truvada, ndlr] à la demande selon le schéma 2 + 1 + 1, soit ils reçoivent une Prep simplifiée avec Descovy, à raison d’un comprimé avant et d’un comprimé après le rapport sexuel selon le schéma 1 + 1. Il s’agit d’une étude ouverte, cela signifie que les participants comme les médecins savent donc dans quel groupe de traitement ils se trouvent. Une fois inclus, les participants sont suivis pendant une durée allant d’un à trois ans, en fonction de leur date d’entrée dans l’étude. Le suivi est globalement identique à celui d’une Prep classique avec des visites de suivi tous les trois mois. La principale différence réside dans le fait que deux à trois tubes de sang supplémentaires sont prélevés lors de chaque prise de sang trimestrielle, et que les participants doivent remplir un questionnaire en ligne dans la semaine suivant chaque visite. Afin de simplifier au maximum le suivi des participants, l’ensemble des prises de sang est réalisé directement sur les sites de l’étude. Cela évite aux participants de se rendre dans un laboratoire de ville, comme c’était le cas dans un suivi classique de Prep. Par ailleurs, lors de chaque consultation, les participants reçoivent trois mois de traitement en une seule fois, ce qui leur évite également de devoir passer par une pharmacie de ville pour récupérer leur Prep.

    Le Descovy n’a pas été commercialisé en France, faute d’accord sur son prix. Est-ce que cette étude pourrait relancer sa mise sur le marché en France ?

    En effet, le Descovy est une Prep actuellement utilisée en continu dans un certain nombre de pays, mais cette liste reste relativement limitée. Il est principalement prescrit en Amérique du Nord et en Australie. Dans le cadre de l’étude ANRS SimpPrEP, le Truvada et le Descovy sont fournis par le laboratoire pharmaceutique Gilead Science dans le cadre d’un accord avec l’ANRS⃓ MIE. Il a été convenu qu’à la fin de l’essai clinique, l’ensemble des participants repasseront à la Prep classique à base de Truvada, car ce traitement n’est pas commercialisé en France. Néanmoins, à la fin de l’étude, il est possible que le Descovy puisse commencer à être produit en versions génériques, mais son arrivée en Europe reste incertaine. Si cette Prep à la demande simplifiée prouve son efficacité, sa sécurité et sa bonne tolérance, cela pourrait encourager des laboratoires à développer et commercialiser des génériques en France et en Europe de cette molécule.

    Pour en savoir plus.

    DR LIEGEON

    Dr Geoffroy Liegeon (Crédit : DR)

     

    Quelles sont les Prep actuellement disponibles en France?

     

    Il est parfois difficile de s’y retrouver entre les différentes formes et noms de la Prep. Remaides vous propose ce petit guide pratique des Prep actuellement disponibles en France et celles qui devraient arriver prochainement.

    Prep orale (en comprimés) :

    1) TDF/FTC (ténofovir disoproxil fumarate + emtricitabine)

    Molécules : TDF + FTC

    Nom commercial « historique » : Truvada

    Disponibilité : C’est la Prep orale la plus utilisée à l’échelle mondiale. Commercialisée en France depuis janvier 2016. Mise à disposition des génériques du TDF/FTC pour la Prep en Truvada en octobre 2019 en France. Cette PrEP peut être utilisée en continue ou à la demande.

    2) TAF/FTC (ténofovir alafénamide + emtricitabine)

    Molécules : TAF + FTC

    Nom commercial : Descovy

    Disponibilité : Descovy est commercialisé aux États-Unis pour la Prep continue depuis octobre 2019. Ce traitement n’est pas commercialisé en Europe. C’est ce traitement qui est testé en Prep à la demande dans l’essai clinique SimpPrEP.

     

    Prep à longue durée d’action

    1/Cabotégravir LA (injection toutes les huit semaines)

    Molécule : cabotégravir (forme à longue durée d’action)

    Nom commercial : Apretude

    Disponibilité : Apretude est disponible aux États-Unis depuis janvier 2022. L’Agence européenne des médicaments (EMA) a annoncé l’autorisation d’Apretude en septembre 2023. Son prix en cours de négociation en France.

    2) Lénacapavir (injection semestrielle, deux fois par an)

    Molécule : lénacapavir

    Nom commercial : Yeztugo (aux États-Unis) et Yeytuo (en Europe)

    Disponibilité : Le lénacapavir est commercialisé comme Prep aux États-Unis depuis juin 2025, sous le nom Yeztugo. Cette Prep a reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) de la Commission européenne fin août 2025 sous le nom Yeytuo. Cette autorisation couvre l’Union européenne (incluant la France). Sa commercialisation et son remboursement en France dépendra du calendrier des autorités françaises (HAS) + et des négociations de prix entre l’État et l’industriel (Comité économique des produits de santé).