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    L’actu vue par Remaides : « "Poser les bases d’une politique de prévention primaire en santé", ce que propose AIDES »

    • Actualité
    • 14.07.2026

     

     

     Photo : DR

    Par Sarah Chauvin

    "Poser les bases d'une politique de prévention 
    primaire en santé", ce que défend AIDES


    Le gouvernement Lecornu a lancé une mission dont l’objectif est de « poser les bases d’une politique de prévention primaire en santé, structurée et coordonnée ». Cette mission, confiée à un parlementaire, procède à des auditions d’acteurs-rices de la santé. AIDES a demandé à être auditionnée. Et ce d’autant que le contexte actuel est marqué par une volonté de plus en plus importante des pouvoirs publics d’imposer, sans concertation, la rationalisation et l’efficience dans la santé publique, avec un risque d’un retour vers une approche très centrée sur l’hôpital, une forme de remise en cause du travail des associations associée à une pression sur les financements, désormais constante. Voici les éléments de cette contribution portée par Sarah Chauvin, directrice Qualité chez AIDES (voir encart en fin d’article). 

    Quelques mois pour poser les bases d’une nouvelle « politique de prévention primaire en santé »
    Confiée, par le Premier ministre Sébastien Lecornu, au député Cyrille Isaac-Sibille (Les Démocrates, Rhône), membre de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, une mission visant à « poser les bases d’une politique de prévention primaire en santé, structurée et coordonnée » a été lancée depuis quelques mois. Le gouvernement a adressé en janvier dernier une lettre de mission qui fixe les objectifs de cette remise à plat de la stratégie nationale de prévention en santé :
    - « Réaliser un état des lieux transversal des politiques publiques en matière de prévention en santé » ;
    - « Fixer des objectifs de politiques publiques et des priorités nationales de prévention en santé par grandes thématiques et différents lieux de vie (école, travail, domicile, structures pour personnes âgées) » ;
    - « Préciser les modalités de gouvernance et de coordination de l’ensemble des acteurs », dont l’État, les collectivités, les caisses de Sécurité sociale, les organismes d’assurance complémentaire ;
    - "Faire émerger de nouveaux métiers et formations pour l’ensemble des acteurs participant à la prévention » (recherche, innovation, évaluation, utilisation du numérique et de l’intelligence artificielle). 

    Le parlementaire qui est également médecin est épaulé dans cette mission par deux inspecteurs généraux et un comité d’experts-es en santé publique. Cyrille Isaac-Sibille a annoncé qu’il rendra ses conclusions dans quelques mois. Il proposera d’ici là un rapport d’étape, notamment pour rendre compte de la phase d’inventaire de l’ensemble des actions portées sur le terrain. C’est dans ce contexte que AIDES a sollicité une audition auprès du député Isaac-Sibille, afin d’apporter l’éclairage de son expérience d’association de santé publique, d’actrice de la démarche communautaire en santé (s’appuyant donc sur les personnes concernées) et dans le champ de la lutte contre le VIH et les hépatites virales. L’audition de AIDES a eu lieu le 25 juin 2025, dans le cadre d’une table ronde inter-associative réunissant des représentants-es de la Fédération des Acteurs de la solidarité (anciennement Fnars) et des Restos du Cœur. 

    AIDES, portrait express
    « AIDES est une association de lutte contre le VIH, créée en 1984. Nous sommes la plus grande association de lutte contre le VIH en France et en Europe, forte d’un budget d’environ 47 millions d’euros par an, rappelle Sarah Chauvin.
    À partir de 53 sites sur l’ensemble du territoire français hexagonal, ainsi qu’en Guyane et dans les Caraïbes, nous déployons des actions de prévention et d’accompagnement des personnes vivant avec le VIH.
    Ces actions sont menées par des équipes de volontaires et de salariés-es.
    Chaque année, nous déployons plus de 23 000 actions auprès des personnes les plus exposées au VIH et aux hépatites virales. Près de 28 000 personnes sont accompagnées individuellement par nos équipes. 
    Nous avons deux objectifs principaux :
    - « Améliorer la qualité et les conditions de vie des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) ou une hépatite virale ; leur permettre de rester le plus longtemps possible en bonne santé et défendre leurs droits » ;
    - « Réduire les risques d’acquisition des virus du VIH et des hépatites virales parmi les populations et groupes non infectés-es, en particulier celles et ceux les plus exposés-es et défendre les intérêts de ces groupes, en ayant un impact à la baisse sur les transmissions.

    Une association de santé publique et une association de personnes concernées 
    Les deux champs sont intimement liés, et la participation des personnes concernées nous semble l’élément fondamental de toute stratégie de prévention. Cela implique des façons de travailler distinctes. 
    Nous sommes une association de prévention et de santé publique 
    Cela implique une méthode de travail, une façon de penser et construire nos actions. Cela signifie notamment que nous utilisons des données scientifiques, que nous collaborons avec le monde médical, que nous pensons des projets innovants, qui sont ensuite évalués et essaimés. Enfin, cela signifie que nous contribuons aux politiques publiques, sur la base de nos expériences.  
    Nous sommes une association de personnes concernées, dont les stratégies d’intervention s’appuient sur la démarche communautaire en santé 
    Notre principe d’action est la mobilisation des communautés concernées par le VIH et les hépatites virales : cela passe par le fait d’utiliser les savoirs individuels et collectifs (des groupes et populations concernés-es) pour penser, élaborer et déployer nos actions. 
    Faire avec les personnes, leur permettre de se mobiliser, favoriser leur pouvoir d’agir. Un enchaînement qui tient à la fois d’une pratique et d’un métier.

    Notre objectif : « lutter contre le VIH = viser la fin des nouvelles contaminations »
    Le principe fondamental qui guide nos stratégies est l’axe : « I = I », pour Indétectable = Intransmissible. Derrière ce sigle, une idée validée par la science : une personne vivant avec le VIH sous traitement efficace (ce qui permet une charge virale indétectable) ne transmet pas le VIH. C’est ce mécanisme qui peut stopper l’épidémie de VIH. 
    Ce que cela veut dire concrètement pour nos actions ? 
    - Qu’il faut faire de la prévention, distribuer du matériel de RDR (réduction des risques pour les infections sexuellement transmissibles et l’usage de produits), promouvoir l’accès à la Prep pour aider les personnes séronégatives au VIH à le rester ;
    - Qu’il faut mener des actions de dépistage permettant de rencontrer les personnes qui ignorent leur séropositivité, et qui peuvent contribuer, sans le savoir, à de nouvelles infections. Les personnes qui ignorent aujourd’hui qu’elles vivent avec le VIH sont estimées à environ 10 000 en France selon les données épidémiologiques disponibles.
    - Soutenir les personnes vivant avec le VIH afin de leur permettre de se maintenir dans le soin ou d’y revenir le cas échéant et cela pour leur intérêt individuel (leur santé) et un intérêt collectif (santé de leurs entourages, des groupes, communautés ou populations dont elles font partie). On estime à quelque 10 000 personnes, celles qui ne prendraient plus leurs traitements (personnes perdues de vue, etc.).

    Pour AIDES, les personnes prioritaires sont en grande partie éloignées du système de santé. Elles appartiennent à des communautés marginalisées ou stigmatisées, avec des problèmes d’accès aux droits. Cela implique des stratégies pour les atteindre ; là où elles vivent, notamment dans une démarche d’aller vers. 

    Quelques exemples d’actions que l’on a construits et que l’on déploie, qui illustrent nos savoir-faire : 

    Le dépistage communautaire 
    Nous déployons une offre de dépistage par Trod (test rapide d’orientation diagnostique) par des non-soignants-es, en aller vers, sur les lieux de vie ou de socialisation des personnes.
    Pour construire et déployer cette offre, qui venait questionner le cadre légal et « challenger » les pratiques des soignants-es, nous avons initié et co-porté une étude menée par l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS⃓ MIE). Cette recherche, dont nous avons été co-investigateur, a donné de bons résultats. Nous avons ensuite plaidé pour l’entrée de cette avancée (du dépistage réalisé par des personnes formées et habilitées, mais non-soignantes) dans le droit commun, ce qui permet aujourd’hui à d’autres organisations de s’approprier l’outil, et de le déployer à une échelle où il peut montrer son efficacité.
    Aujourd’hui, le Trod est déployé en routine sur la majorité de nos actions. Nous réalisons chaque année plus de 40 000 Trod communautaires.

    Promouvoir la Prep pour les personnes les plus exposées et les plus éloignées du système de santé
    La Prep (prophylaxie pré-exposition) est un traitement préventif contre le VIH. 
    Nous avons d’abord plaidé pour la mise à disposition de la Prep orale et de la Prep à longue durée d’action, puis organiser des campagnes d’information à destination des personnes éloignées du système de soin et de prévention, qui ne se protègeront pas si l’on ne les informe pas, si l’on ne va pas vers elles, si on ne les accompagne pas vers une plus grande autonomie en santé.

    Diversifier nos modalités d’intervention en déployant des Centres de santé et de médiation en santé sexuelle (CSMSS)
    Des dispositifs spécifiques qui associent offre médicalisée et accompagnement communautaire ont été déployés. Ils permettent aux personnes un accueil bienveillant et non jugeant, une offre médicale adaptée, de se faire dépister et d’être mis-e sous traitement ou sous Prep dans la journée, selon les besoins.
    À l’origine de ces centres, une expérimentation dans le cadre d’un article 51 – un mécanisme de financement d’un projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui visait l’innovation organisationnelle en santé. Nous avons monté ces dispositifs, évalué, consolidé, plaidé pour l’entrée de ce dispositif dans le droit commun ; ce qui est le cas aujourd’hui.

    La place particulière de AIDES : un maillon d’un écosystème de prévention qui permet de faire le dernier kilomètre vers la fin de l’épidémie et de réduire les inégalités de santé
    La lutte contre le VIH est le fait d’un ensemble d’acteurs-rices, d’outils de prévention, de traitements et de stratégies coordonnées. Ce qui fonctionne : c’est de combiner la prévention grand public à des approches ciblées, auprès des populations et communautés les plus exposées (notre champ d’engagement). La clef est de préserver cette logique d’écosystème ― avec un même objectif et deux chemins pour y parvenir ―, avec ses expertises et ses positionnements complémentaires.

    Nos actions sont ciblées et circonscrites. Ce travail en direction des populations les plus exposées (c’est là que se joue la dynamique de l’épidémie de VIH) doit être mené en parallèle d’actions plus "généralistes" tels que les campagnes nationales de Santé publique France, l’offre de dépistages gratuit en labo pour encourager le dépistage en population générale, des ateliers de prévention en santé sexuelle en milieu scolaire.

    Pour que nos actions fonctionnent le plus efficacement possible, il faut que notre stratégie d’action s’intègre dans un système piloté par l’État qui produise des recommandations, qui conduise des stratégies, qui accorde les moyens nécessaires à une agence indépendante active au niveau national telle que Santé publique France et qui assure un pilotage régional au plus près des besoins spécifiques via les agences régionales de santé ; ce qui permet d’assurer l’ancrage territorial des stratégies et des actions. 
    Dans cet écosystème, nous sommes à la croisée des décideurs-ses de la santé publique, des chercheurs-ses, notamment la recherche de pointe sur le VIH et les hépatites virales, et des personnes les plus concernées, notamment celles les plus éloignées du système de soin ; comme un catalyseur entre les différents-es acteurs-rices.

    Nous contribuons à réduire de manière effective les inégalités de santé, en assumant une stratégie ciblée à destination de certains publics dans une démarche d’aller vers, au plus près des lieux de vie, des besoins et des pratiques des personnes concernées.
    L’exemple du Mpox : faire vivre et prendre notre place dans cet écosystème pour une prévention ciblée et efficace
    Lorsque l’épidémie de Mpox s’est déclarée (en 2022), AIDES s’est rapidement mobilisée notamment sur deux axes :
    - Utiliser nos réseaux et mobiliser les communautés pour diffuser l’info et construire des outils adaptés ;
    - Travailler main dans la main avec les pouvoirs publics pour adapter la réponse, développer l’organisation de la vaccination. Cela a pris différentes formes comme la diffusion, dès les premiers cas, via nos médias puis sur différents supports d’information, d’un appel à la vigilance concernant des symptômes inhabituels, puis de conseils de prévention et de RDR. Nous avons aussi poussé pour une stratégie de prévention et de communication ciblée à destination des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (les plus touchés par le Mpox) et les personnes vivant avec le VIH (les plus exposées au risque de formes graves de la maladie en de cas de VIH mal ou non contrôlé).
    Nous avons travaillé main dans la main avec la Haute autorité de santé (HAS) et Santé publique France pour trouver les termes justes, précis et respectueux pour communiquer, excluant tout risque de stigmatisation, comme on a pu en voir avec la Covid-19, par exemple.
    Nous avons élaboré et diffusé un guide « 10 infos clés pour la RDR » avec nos militants-es pour relayer certaines informations complémentaires aux messages de prévention classiques.
    Nous avons encouragé l’organisation de réunions hebdomadaires avec la Direction générale de la santé et d’autres acteurs-rices majeurs-es de prévention pour faciliter la coordination et discuter de l’information des personnes, des traitements, de la stratégie vaccina le à conduire. Nous avons d’ailleurs soutenu les efforts de vaccination en organisant des sessions de vaccination, dans nos lieux de mobilisation, hors les murs (en dehors des structures de santé), ou en encourageant les gens à se faire vacciner et en facilitant la prise de rendez-vous.

    Nous avons, par ailleurs, organisé des actions d’auto-support pour les personnes infectées portant, entre autres, sur la gestion des douleurs ou la souffrance liée à l’isolement strict des personnes infectées sur une longue période, etc.
    les douleurs, et soutenu la notification aux partenaires 

    Une stratégie qui s’appuie sur un métier particulier : l’accompagnement communautaire
    Votre mission qui entend « poser les bases d’une politique de prévention primaire en santé, structurée et coordonnée », comporte un angle sur les métiers de la prévention. À ce titre, nous voudrions parler de l’accompagnement communautaire, qui s’inscrit plus largement dans une logique de médiation en santé. La spécificité de AIDES est de s’appuyer sur des volontaires et des salariés-es, formés-es, compétents-es, souvent issus-es des communautés concernées et qui ne sont pas des professionnels-les de santé.

    L’accompagnement communautaire est une forme de médiation en santé. C’est un véritable levier pour réduire les inégalités de santé, surmonter les barrières d’accès aux services de santé, et ainsi de déployer une politique de prévention efficiente.

    À AIDES, les accompagnateurs-rices communautaires en santé sont des personnes qui ont suivi des formations en interne pour travailler la posture, appliquer les principes d’action de l’association, en défendre les valeurs, réaliser les gestes techniques, connaître et appliquer les techniques d’entretien, comprendre et transmettre les bases de la prévention, renforcer leur compréhension du système de santé. Parmi les éléments de la posture, on trouve une écoute active non-jugeante, un accueil inconditionnel, une capacité à faire le lien entre les personnes et le système de santé en respectant leur choix et en renforçant leur autonomie.

    Malgré l’existence d’un référentiel de la HAS, ce métier d’accompagnateur-rice communautaire en santé ou de médiateur-rice en santé n’a aujourd’hui pas de statut propre : il n’existe pas de cadre légal qui fixe les droits et obligations des médiateurs-rices en santé Cette absence de statut et de reconnaissance institutionnelle constitue un véritable frein. 

    Il est temps de passer à l’échelle un dispositif de médiation en santé. En fournissant un lien de confiance avec les personnes concernées et les groupes et populations les plus éloignés du système, la médiation en santé permet d’alléger la pression sur les professionnels-les de santé, les soins non programmés et les services d’urgences. Des évaluations sont en cours pour montrer le bénéficie médico-économique pour le système de soins d’un tel déploiement.

    En guise de conclusion
    Comme les autres associations du champ de la santé, nous sommes un maillon indispensable du système de prévention : le maillon qui permet de « faire le dernier kilomètre » pour atteindre les personnes les plus éloignées du soin et ainsi de réduire les inégalités de santé. Mais nous contribuons aussi à faire le dernier kilomètre vers une fin de l’épidémie de VIH en France, comme ailleurs.
    Complémentaire des professionnels-les de santé et des hôpitaux et autres structures de soins, nos actions permettent de toucher les personnes les plus éloignés du système de santé, et de s’assurer de la prise en compte de leurs besoins dans la conception des politiques publiques qui les concernent. Cet échelon est précieux et je vous remercie de nous avoir donné l’opportunité de le présenter aujourd’hui. »


    Qui est Sarah Chauvin ?
    Sarah Chauvin est directrice Qualité chez AIDES. « Mon service gère l’ensemble des données d’activité de l’association, la démarche qualité, l’apprentissage organisationnel – en évaluant et en capitalisant nos interventions, explique-t-elle. Nous avons la responsabilité d’identifier, formaliser et essaimer les bonnes pratiques des équipes de AIDES. Enfin, l’une des missions essentielles de ma direction est la valorisation de notre modèle d’intervention : la démarche communautaire en santé. »
    Sarah Chauvin a également été responsable de la région Île-de-France de AIDES pendant plusieurs années, en charge d’une douzaine d’équipes, réparties sur l’ensemble du territoire et qui mènent des actions de prévention et de dépistage en « aller vers », à destination des populations les plus exposées au VIH. « C’est à ce double titre que je suis présente aujourd’hui [audition du 25 juin 2026, ndlr] et que je vais tenter de raconter en quoi nous contribuons à une stratégie de prévention. »