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    L'Actu vue par Remaides : Politiques des drogues : Camille Spire appelle à faire primer la science sur l'idéologie

    • Actualité
    • 24.06.2026

     

    Crédit image : DR

    Par Jean-François Laforgerie et Fred Lebreton

    Politiques des drogues : Camille Spire appelle à faire primer la science sur l'idéologie



    Lors du colloque « Drogues et addictions : contre les obsessions réactionnaires, changeons de paradigme », organisé le 18 juin par le député Andy Kerbrat (LFI), Camille Spire, président de AIDES, a plaidé pour une approche des politiques des drogues fondée sur les données scientifiques plutôt que sur les considérations idéologiques. Une approche différente des drogues, c’est aussi ce que défend une partie de la société civile avec le mouvement « Support. Don’t Punish » («Soutenez. Ne Punissez Pas") une initiative communautaire globale visant à soutenir la réduction des risques et les politiques progressistes en matière de drogues, dont la prochaine manifestation se tient le 26 juin 2026.


    Une instrumentalisation politique à tous les échelons
    Camille Spire a articulé son intervention autour du cas du Caarud de la rue de Cléry, géré par AIDES, à Paris, dont l'accueil physique a été suspendu en avril 2025 en raison de fortes tensions locales. Cette suspension n'a toutefois pas entraîné l'arrêt des activités, celles-ci ayant été poursuivies « hors les murs » à travers des maraudes et des unités mobiles. Pour Camille Spire, cet épisode a surtout illustré les difficultés croissantes à mettre en œuvre des politiques de réduction des risques lorsque celles-ci deviennent des objets de confrontation politique. « On n'a pas fermé le service parce qu'il ne fonctionnait pas, mais parce que l'environnement politique et social est devenu hostile », a-t-elle rappelé.

    La présidente de AIDES a ensuite dénoncé les effets de la désinformation autour des dispositifs de réduction des risques. Elle a évoqué la diffusion de fausses informations lors de la campagne municipale parisienne (particulièrement dans l’entourage de Rachida Dati) notamment sur une prétendue réouverture du Caarud, ainsi que des discours affirmant que ces structures « entretiennent l'addiction » sans orienter les personnes vers le soin (Le Figarovox a publié plusieurs fois sur le sujet). À l'inverse, la militante a rappelé que les Caarud constituaient des portes d'entrée vers les soins, l'accès aux droits et l'accompagnement social, en complément des parcours de sevrage et de prise en charge médicale. Selon elle, ces représentations erronées participent à la déshumanisation des personnes usagères de drogues, alimentent les oppositions locales et fragilisent des dispositifs dont l'efficacité en termes de santé publique est pourtant démontrée. Camille Spire a également estimé que la question des drogues faisait l'objet d'une instrumentalisation politique à tous les échelons. Au niveau local, elle a pointé l'utilisation des thèmes de la peur et de l'insécurité. Au niveau municipal, elle a dénoncé des discours opposant réduction des risques et sécurité publique. Enfin, au niveau national, la militante a regretté que les Haltes soins addictions (HSA) restent cantonnées à un statut expérimental (depuis 2016…) malgré des évaluations favorables. Cette situation rend les politiques publiques instables et dépendantes des alternances politiques.

    S'appuyant sur les données scientifiques disponibles, Camille Spire a rappelé que la réduction des risques améliorait l'état de santé des personnes concernées, réduisait les infections par le VIH et les hépatites, favorisait l'accès aux soins, contribuait à la tranquillité publique en diminuant les consommations dans l'espace public et permettait de maîtriser les dépenses de santé. La militante a notamment souligné que les Haltes soins addictions avaient déjà permis plus de 550 000 consommations hors de l'espace public. « Le problème n'est pas scientifique. Le problème est idéologique et politique », a-t-elle affirmé. En conclusion, la présidente de AIDES a estimé que « la réduction des risques n'est pas qu'une politique de santé », mais « un marqueur démocratique » qui interroge la capacité des responsables politiques à « faire primer les faits sur les peurs » et à considérer la santé publique comme un enjeu politique légitime plutôt qu'un sujet de controverse idéologique.

    Cinq raisons d’arrêter de criminaliser les personnes usagères de drogues
    « Controverse idéologique », le piège est difficile à éviter. En témoigne le combat du mouvement « Support. Don’t punish » ("Soutenez. Ne Punissez Pas"), une « initiative communautaire globale visant à soutenir la réduction des risques et les politiques progressistes en matière de drogues ». Elle prend, chaque année, en juin, la forme d’une campagne de mobilisation internationale déclinée dans chaque pays. Depuis plus de dix ans, cette campagne vise à promouvoir une approche des drogues fondée sur la santé publique et les droits humains. Cette initiative souhaite inscrire la réduction des risques à l’agenda politique à travers le monde en renforçant la capacité de mobilisation des communautés touchées et de leurs alliés-es, en ouvrant le dialogue avec les décideurs-ses et en sensibilisant les médias et le public. Comme on le voit, l’ambition est vaste. Le mouvement s’appuie, pour s’efforcer de changer les mentalités, sur des idées clefs. Par exemple, il existe « cinq raisons d’arrêter de criminaliser les personnes usagères de drogues ». L’un est que les « politiques répressives contribuent à l’exécution (plus 97 % à travers le monde en 2025), à l’incarcération de masse, à des peines de prison exubérantes et au surendettement des usagers-ères de drogues, du fait des amendes. Cette approche s’avère totalement contre-productive. La consommation augmente partout dans le monde, y compris en milieu carcéral ». Autre raison avancée : « Le seul impact de la criminalisation sur le trafic depuis plus de 50 ans est de voir la disponibilité, la qualité et la diversification des produits augmenter, et leur prix baisser. » Les ONG engagées dans le mouvement « Support. Don’t punish », notent aussi que la criminalisation « renforce la clandestinité, l’exclusion et les risques liés aux consommations (IST, surdoses, etc.) ». De plus, elle entrave les parcours de soins, la réinsertion des populations et le travail des structures de RDR (réduction des risques). Enfin, elle « génère une délinquance artificielle propice aux dérives sécuritaires. »

    Cinq raisons de réorienter les politiques des drogues et les budgets vers une politique de santé publique fondée sur la RdR et les droits humains
    C’est la seconde partie de l’argumentaire du mouvement « Support. Don’t punish ». Il met en avant le fait qu’une politique des drogues juste permet aux « personnes usagères de drogues de quitter le statut de délinquant-e pour celui de citoyen-ne. Cette approche humaniste est la base pour exister en société et permettre à chacun de faire valoir ses droits. » Autre raison, la RDR a prouvé son efficacité en contribuant à diminuer drastiquement les contaminations aux IST, les décès par surdoses et, de manière générale, les risques pour la santé liés aux consommations. Le mouvement constate que les bénéfices, pourtant avérés de cette politique, sont limités par les « budgets dérisoires qui lui sont alloués, à la différence de ceux faramineux alloués aux politiques répressives. » Des politiques répressives qui « entravent le travail des équipes, l’accès aux populations, l’innovation des dispositifs de RDR, ainsi que la recherche scientifique et imposent une ingérence inappropriée de la répression dans le soin. Les policiers-ères ne sont pas des soignants-es. » De plus, les « politiques répressives contribuent à cibler et à stigmatiser les populations racisées et les plus vulnérables. »

    Ce constat sans appel démontre, depuis quelques années déjà, que le « système de contrôle des drogues et son approche répressive ne fonctionnent plus et doivent être réformés. « Support. Don’t punish » avance quelques points clefs à ce sujet :
    - Les personnes usagères de drogues ne doivent plus être criminalisées ;
    - Les personnes impliquées dans le commerce de drogues ne doivent pas faire face à des peines disproportionnées ;
    - La peine capitale ne doit jamais être imposée pour des infractions relatives aux drogues ;
    - Les politiques des drogues devraient privilégier la santé, le bien-être et la réduction des risques ;
    - Les budgets des politiques des drogues doivent être rééquilibrés afin de garantir le financement adéquat des approches fondées sur la santé et la réduction des risques. 

    En France, le mouvement « Support. Don’t punish » est soutenu par de nombreuses structures dont Émergences, la Fédération Addiction, Oppelia, Drogues et société, Groupe SOS Solidarités, Safe, Cannabis sans frontières, Gaïa, Aurore, Nova Dona, la Croix rouge française, Nouvelle Aube, le Csapa Pierre Nicole, l’Hôpital Marmottan, la Fédération des acteurs de la solidarité, Asud, AIDES, Agata, Vers Marseille sans sida et sans hépatites, le Collectif La Traverse, etc.

    Plus d’infos ici.

     

    Opioides : Purdue Pharma condamné au pénal aux Etats-Unis

    Une juge fédérale du New Jersey (États-Unis) a condamné mardi 28 avril le laboratoire américain Purdue Pharma, considéré comme étant à l’origine de la crise des opioïdes aux États-Unis. Le laboratoire pharmaceutique et la famille Sackler, qui en était propriétaire, étaient notamment accusés d’avoir fait la promotion d’un médicament anti-douleur, l’Oxycontin, en dissimulant son fort potentiel addictif et en versant des pots-de-vin à des médecins, des pratiques qui leur ont rapporté des dizaines de milliards de dollars de bénéfices. En vertu d’une procédure de plan de faillite, ils devront verser plus de huit milliards de dollars dans cette affaire. Purdue Pharma doit par ailleurs être dissoute au 1er mai 2026. Une nouvelle entreprise indépendante, baptisée Knoa Pharma, doit recueillir ses actifs et expertises avec pour mission de « s’occuper de la crise des opiacés ». Lors du procès, la magistrate a présenté ses excuses au nom du gouvernement américain, qui a « échoué » à protéger la population face à des pratiques « motivées par l’avidité » de Purdue Pharma, dont « la stratégie était comparable à une entreprise criminelle ». Selon les données des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), près de 727 000 personnes sont décédées aux États-Unis entre 1999 et 2022 des suites de surdoses liées aux opioïdes, prescrits ou consommés sans prescriptions.