L’Actu vue par Remaides : « PLFSS 2027 : des recos et des chiffres »
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- 27.07.2026

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Par Jean-François Laforgerie
PLFSS 2027 :
des recos et des chiffres
Cet été auront lieu les arbitrages concernant le futur projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2027), ils se font notamment sur la base du traditionnel rapport de la Caisse nationale d’Assurance maladie, dit rapport Charges et Produits. Comme le souligne le document de présentation du rapport : les médicaments sont le premier poste d'économies devant l'amélioration de l'efficience et de la pertinence des soins.
La Caisse nationale de l'assurance maladie (Cnam) suggère de réaliser 3,9 milliards d'euros de baisse des dépenses en 2027, soit autant qu'en 2026, selon son projet de rapport annuel sur ses charges et produits dont les grands axes ont été présentés le jeudi 2 juillet 2026. Les recommandations faites dans ce document devaient être adoptées le 9 juillet par le conseil de la Cnam puis celui de l'Union nationale des caisses d'assurance maladie (Uncam). Le document est ensuite transmis au Parlement dans le cadre de la préparation du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. Cette année, le document fait quelque 266 pages, la Cnam y formule une quarantaine de propositions d'amélioration du système de santé à l'horizon 2030, « afin de contribuer à ralentir la hausse des dépenses tendancielles ». « Elle maintient le même niveau d'économies que celui proposé pour 2026, à hauteur de 3,9 milliards d’euros, en ligne avec l'objectif de stabiliser la part de l'objectif national des dépenses d'assurance maladie (Ondam) dans le produit intérieur brut (PIB), ce qui supposerait la réalisation de 22,5 milliards d'économies à l'horizon 2030 », souligne l’APM dans un article.
Pour le PLFSS 2027, la Cnam préconise un nouvel effort sur les médicaments. L’instance souhaite porter de 1,2 à 1,3 milliard d’euros la régulation des prix sur le champ des médicaments « au regard des dynamiques présentées, en particulier sur le champ de l'innovation ». « Les baisses importantes de tarifs permettant de retrouver une hiérarchie cohérente dans le niveau des prix en fonction de l'amélioration du service médical rendu, mais également la mise en œuvre de mesures fortes sur les biomédicaments dans la LFSS 2026 (tiers payant contre biosimilaire) afin de rendre la dépense de médicaments la plus pertinente possible devraient participer de façon conséquente à cet objectif », explique la caisse.
Autre poste important, la pertinence et la qualité des soins. Pour la Cnam, des « projections financières [démontrent] la nécessité d’un virage préventif ». Voilà comment se définit l’équation : « Le déficit projeté de l’Assurance maladie est estimé à 13,8 milliards d’euros en 2026, en baisse de plus de deux milliards par rapport à 2025, soit un retour au niveau de 2024. Cette amélioration tient notamment à des recettes plus élevées qu’attendues, mais les perspectives restent très préoccupantes, car la pression du vieillissement et des maladies chroniques notamment continue de peser lourdement sur le système de santé. » À l’horizon 2035, selon les estimations de l’Assurance maladie, près d’une personne sur deux serait concernée par une maladie chronique, soit un effectif total de 27,7 à 30,4 millions de personnes. Parallèlement, près d’une personne adulte sur cinq vit aujourd’hui avec plusieurs maladies chroniques simultanées. Ces situations de polypathologies entraînent des surcoûts importants (+ 8 863 euros en moyenne en 2024 par rapport à une personne sans polypathologie) et une mortalité plus élevée. En fonction des scenarii observés, les pathologies chroniques pourraient représenter jusqu’à 70 % de la dépense remboursée totale en 2035 (contre 65,1 % en 2024). « Si la tendance actuelle se poursuit, les dépenses de santé pourraient atteindre 270 milliards d’euros à l’horizon 2030 (+ 60 milliards d’euros par rapport à 2024). En agissant davantage sur la pertinence et l’efficacité des dépenses, via une régulation « volontariste », cette progression pourrait être contenue à 255 milliards d’euros.
Le pari de la prévention
Le rapport Charges et Produits pour 2026 avait déjà fait de la « prévention » un axe central de la soutenabilité du système de santé, avec une « stratégie ambitieuse visant à améliorer l’état de santé de la population et ralentir la progression des maladies chroniques ». Pour 2027, l’Assurance maladie a « souhaité nouer un partenariat inédit avec l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques], afin d’objectiver et d’évaluer à long terme le retour sur investissement des politiques de prévention. L’analyse montre qu’une stratégie cohérente, combinant des interventions complémentaires tout au long de la vie et ciblant différents facteurs de risque, génère des gains sanitaires et économiques significatifs. À titre d’exemple, selon les études menées avec l’OCDE, le Nutri-Score a un impact réel sur la santé (plus dix années de vie en bonne santé pour 100 000 habitants-es chaque année), tout en générant des économies substantielles pour le système de santé. De la même manière, la prévention des facteurs de risque cardiovasculaire améliore la santé de la population (plus six années de vie en bonne santé pour 100 000 habitants-es chaque année) et des dépenses moins élevées. »
Mieux prendre en charge les maladies chroniques, un enjeu majeur pour améliorer la qualité des parcours de soins
Pour les personnes atteintes de maladies chroniques, la proximité et la coordination des soins sont essentielles, avance l’Assurance maladie. Elle considère que la médecine de ville est le socle du parcours de soins des patients vivant avec une maladie chronique (ALD), permettant que chacun-e soit pris-e en charge au bon moment, au bon endroit, avec le-la bon-ne professionnel-le. « Les enjeux sont pluriels : éviter des recours non pertinents à des niveaux de prise en charge plus spécialisés, plus contraignants pour les patients-es et moins efficients pour le système de santé ». Pour la Cnam, il s’agit donc de « remettre le patient au cœur de sa prise en charge. » « L’amélioration des soins en ville passe aussi par une meilleure prise en compte de l’expérience des patients. Leur vécu constitue un levier important pour améliorer la qualité des soins et mieux répondre aux besoins réels. »
Les remboursements de soins du régime général en hausse
En mai 2026, les dépenses de soins de ville ont augmenté de 0,2 % par rapport au mois de mai 2025. L'évolution est de + 4,2 % sur les douze derniers mois. Parmi ces dépenses, les remboursements de soins médicaux et dentaires diminuent de 10,8 % par rapport au mois de mai 2025 et progressent de + 4 % en rythme annuel. Les remboursements des soins des médecins généralistes diminuent de 2,1 % en mai 2026 et diminuent de 0,7 % sur les cinq premiers mois de l’année. En rythme annuel, ils évoluent de + 3,9 %, cette dynamique s’explique par la revalorisation tarifaire des consultations à 30 € au mois de décembre 2024.
Les remboursements de soins des médecins spécialistes diminuent de 17,4 % en mai 2026 en lien avec le décalage de la publication des nouveaux tarifs hospitaliers de cliniques qui joue sur le rythme de facturation des honoraires des spécialistes libéraux pour leur activité en cliniques. Ces remboursements augmentent de 3,3 % sur le début d’année. Les remboursements des soins dentaires augmentent de 0,9 % en mai 2026 et de 3 % sur les cinq premiers mois. Sur les douze derniers mois, leur évolution est de + 4,5 %, en lien avec différentes revalorisations intervenues en début d’année 2025.
Payer le juste soin au juste prix
Cette formule devrait être un des mantras de la Cnam. « Pour rétablir une dynamique de dépenses soutenable pour la collectivité, des actions fortes doivent être prises dès à présent, avec une exigence : financer le juste soin au juste prix », explique le rapport Charges et Produits. Sur la base d’analyses médico-économiques, le rapport met en évidence la nécessité de « transformations structurelles », tant sur les « produits de santé » que sur les « actes de certaines professions de santé ».
Avec le vieillissement de la population, la hausse des maladies chroniques et l’arrivée de traitements innovants, les dépenses de médicaments remboursées par l’Assurance maladie continuent d’augmenter fortement : particulièrement en oncologie (traitement du cancer) qui représente un quart des dépenses de médicaments et en est le principal moteur de croissance. Ainsi, les dépenses nettes de médicaments anticancéreux ont atteint 7,1 milliards d’euros en 2024, soit une hausse de 10,2 % par an sur cinq ans.
Parallèlement, les analyses réalisées montrent que 80 % des nouvelles molécules en oncologie bénéficient d’un ASMR V, soit une amélioration du service médical rendu mineure ou inexistante. Et c’est un problème.
Afin d’optimiser la prescription de ces innovations thérapeutiques, l’Assurance maladie propose une approche plus ciblée :
- privilégier les traitements les plus efficients ;
- réduire l’intensité ou la durée de certains protocoles sans perte de chance pour le-la patient-e ;
- mieux adapter les prises en charge aux personnes âgées atteintes de cancer.
« La mise en place de cette logique de désescalade thérapeutique, expérimentée par l’Institut Gustave Roussy dans le cadre de plusieurs essais, permet d’améliorer la qualité de vie des patients tout en limitant les effets indésirables », explique la Cnam.
D’une façon plus générale, plus les patients-es avancent en âge, plus les traitements se cumulent, avec des effets parfois lourds sur leur qualité de vie. C’est pourquoi l’Assurance maladie recommande de favoriser la « déprescription », en ville comme à l’hôpital, en mettant à disposition des professionnels-les de santé des outils dédiés, ou encore par la mise en place d’une consultation dédiée pour faire le point sur les médicaments, au moment de l’entrée en Ehpad.
Enfin, le rapport de la Cnam recommande de « poursuivre les efforts en matière de prévention et de maîtrise des arrêts de travail » et de davantage « lutter contre les fraudes. »