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    L’Actu vue par Remaides : « One Health, VIH : Macron chute au sommet »

    • Actualité
    • 22.04.2026

     

     


    Militants-es de AIDES, Coalition PLUS, SIDACTION et Cabiria manifestant à Lyon. 
    Photo : Bruno Amsellem.

    Par Jean-François Laforgerie

    One Health, VIH : 
    Macron chute au sommet


    Le 7 avril, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé, s’est tenu à Lyon le Sommet One Health. L’approche One Health (Une seule santé) part du principe que la santé des êtres humains, la santé des animaux et celle de l’environnement sont étroitement liées. Elles sont interdépendantes et indissociables. Pour la première fois des chefs d’État et de gouvernement, des organisations internationales, des scientifiques, des acteurs-rices publics-ques et privés-es, des collectivités locales, ainsi que des représentants-es de la société civile se sont réunis-es pour « accélérer la mise en œuvre de cette approche globale et transformatrice ». En marge de cet événement, des associations de la société civile, dont AIDES, ont critiqué l’action d’Emmanuel Macron.


    L’approche One Health, une « réponse globale pour la santé humaine, animale et environnementale »
    Sommet, festival, la France avait sorti le grand jeu à l’occasion de la Journée mondiale de la santé. Pour cette occasion, les autorités françaises avaient souhaité mettre en avant l’approche One Health. Dans un contexte marqué, et cela depuis des années, par l’urgence climatique, l’érosion de la biodiversité, la multiplication des pandémies comme celle de la Covid-19 (pour la plus récente) ou encore la menace liée aux résistances aux antimicrobiens, cette approche a le vent en poupe, un peu partout. Comme le soulignent les pouvoirs publics, cette approche « mobilise de multiples secteurs, disciplines et communautés. » Deux objectifs se détachent : « Améliorer le bien-être » et « lutter contre les menaces qui pèsent sur la santé et les écosystèmes ». Et cela en répondant aux besoins collectifs en eau, en énergie et en air propres, ainsi qu’en aliments sains et nutritifs. De plus, l’approche One Health soutient également la mise en œuvre de « mesures contre le changement climatique » et contribue au « développement durable. »
    Un chiffre notamment permet de comprendre les enjeux : « 20 % de la mortalité dans la région européenne est liée à des facteurs environnementaux, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ». Pour les experts-es, l’effondrement de la biodiversité comme le changement climatique impactent notre santé. Ce constat souligne l’interdépendance entre santé humaine, animale et environnementale.

    De grandes ambitions françaises
    La France a accueilli cet événement de Lyon dans le cadre de la présidence française du G7 pour 2026. Côté français, on explique que ce sommet « marque une étape décisive pour traduire les engagements politiques en actions concrètes et renforcer la capacité de nos systèmes de santé à faire face aux crises (). Durant ce Sommet One Health, les discussions ont porté sur quatre sujets : les réservoirs et vecteurs zoonotiques (les animaux et les insectes qui peuvent transmettre des maladies aux humains) ; les résistances aux antimicrobiens qui constituent un enjeu sanitaire critique ; les systèmes alimentaires durables pour notamment sécuriser et transformer les chaînes de production alimentaire et la lutte contre les pollutions pour prévenir les maladies liées aux expositions environnementales. Très ambitieux, le sommet souhaitait « engager des transformations profondes autour du dialogue international et interdisciplinaire et faire émerger une culture commune « One Health ». Il visait aussi à « approfondir les solutions [permettant] de renforcer les systèmes de santé et de surveillance pour prévenir les risques sanitaires, alimentaires et environnementaux. » Emmanuel Macron a participé au sommet dont il a assuré la clôture officielle, le 7 avril. Il a également participé à une réunion consacrée à « l'architecture de la santé mondiale. » 
     


    Photo : Bruno Amsellem


    Des annonces à n’en plus finir
    Dans son discours officiel de clôture du Sommet, Emmanuel Macron a expliqué qu’était lancé un « Pacte international pour préserver l'efficacité des antibiotiques, avec des engagements à réduire leur usage inapproprié et garantir un accès équitable et durable aux antibiotiques essentiels, [et] bannir l'usage des antimicrobiens encore trop souvent utilisés comme facteur de croissance dans des pratiques d'élevage. » « Dans le même esprit, nous lançons un méta-réseau international sur la résistance aux antimicrobiens qui permettra de coordonner les efforts et mieux comprendre la menace à laquelle nous devons faire face », a-t-il souligné.
    Autre annonce, la France a indiqué qu’elle s’engageait « aux côtés de six autres États (…) à soutenir et [à s’appuyer] sur le groupe d'experts de haut niveau pour l'approche Une seule santé et inscrire durablement les enjeux de santé dans les négociations climatiques, les contributions nationales et les plans d'adaptation des États. » Une troisième annonce a porté sur une contribution française « à un cadre volontaire pour mettre en commun et analyser les données de santé humaine, animale et environnementale de tous les partenaires. C'est ainsi que le One Health Data Convergence permettra de mieux comprendre à utiliser ces données pour éclairer la décision politique et développer des écosystèmes virtuels sur lesquels les scientifiques pourront tester leurs hypothèses. » Une autre annonce a concerné un élargissement de « la coalition internationale de l'initiative PREZODE (PREventing ZOonotic Disease Emergence) (…) lancée lors du One Planet Summit de janvier 2021, pour prévenir l'émergence de futures pandémies. Ces nouveaux partenariats permettront de déployer des projets concrets sur le terrain et de développer des réseaux de hub d'épidémiologie pour l'observation, la caractérisation et le suivi de l'évolution des maladies. » Au total, le président français aura fait pas moins de sept annonces et un plaidoyer sur les vertus du « multilatéralisme en matière de santé. »

    Pas de financements et pas de calendrier
    Comme l’a souligné un article de Sascha Garcia pour Libé (7 avril) : « Emmanuel Macron n’a évoqué aucun calendrier, encore moins de budget alloué. Une absence qui en dit long, d’autant plus que la France a organisé ce grand raout au moment même où elle réduit fortement ses financements consacrés à la santé mondiale, comme de multiples pays développés, à commencer par les États-Unis de Donald Trump. Dans un communiqué, Médecins sans frontières (MSF) a pointé « l'écart flagrant entre le discours politique de la France, en faveur du multilatéralisme et jouant un rôle moteur pour la santé mondiale, et la réalité des décisions budgétaires avec des coupes sans précédent qui fragilisent les progrès réalisés jusque-là. » « La France accueille un nouveau sommet sur la santé mondiale, et fait en coulisses l’exact contraire de ce qu’elle promeut en fragilisant les partenariats multilatéraux qu’elle a contribué à fonder dans ce domaine et en procédant à des coupes drastiques sans précédent dans les moyens qu’elle y alloue », a ainsi développé Claire Magone, directrice générale de Médecins sans frontières France. Un article de Stéphanie Tchiombiano, maitre de conférence associée dans le département de science politique, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre du think tank Santé mondiale 2030, publié en février dernier sur The Conversation explique clairement le « fossé grandissant » entre les déclarations officielles françaises en faveur du multilatéralisme sanitaire et la réalité de ses engagements financiers.

    Santé mondiale : les assos lèvent la voix
    MSF n’est pas la seule à avoir dénoncé le discours trompeur de l’exécutif français. Plusieurs organisations (AIDES, ONE, Sidaction, Action Santé Mondiale et Coalition PLUS) ont manifesté à Lyon en marge du sommet officiel avec pour slogan : « Santé mondiale : Macron fait la sourde oreille, les assos lèvent la voix ». Dans un communiqué commun, les organisations ont dénoncé, elles aussi, une « contradiction flagrante entre les discours et les actes du président de la République française en matière de santé mondiale ». « Alors que la France accueille ce sommet consacré à la coopération sanitaire internationale, elle réduit de 60 % sa contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme — une coupe inédite parmi les principaux donateurs », ont taclé les signataires du communiqué.
    Pour dénoncer cette situation, les militants-es de ces différentes organisations se sont rassemblés-es pour « exiger un rétablissement immédiat des financements » et « alerter sur les conséquences dramatiques de ce désengagement pour les populations les plus vulnérables ».

    « Un héritage bafoué : la France, de leader à fossoyeur de la santé mondiale »
    « La réunion de haut niveau du One Health Summit aurait pu être la dernière étape d’une histoire particulièrement riche entre la France et la santé mondiale. Cet héritage a été notamment marqué par un rôle de premier plan dans la lutte contre les maladies transmissibles, du vaccin contre la rage à la découverte du VIH en passant par la création des principaux fonds multilatéraux en santé, le Fonds mondial ou Unitaid. Mais alors que la fin du VIH, de la tuberculose et du paludisme était en ligne de mire, la France vient de baisser les bras. À l’heure où les États-Unis abandonnent leur rôle de leader mondial de la solidarité internationale, la France n’a pas su être à la hauteur de l’urgence », déplorent les organisations. Elles rappellent qu’ « Emmanuel Macron a inscrit la santé mondiale dans les grandes victoires de ses mandats, auréolé du succès de la reconstitution du Fonds mondial à Lyon en 2019 ou de l’inauguration de l’Académie de l’OMS en 2024. Pourtant, il vient d’acter, par son silence complice, une baisse drastique de l’investissement en santé mondiale en coupant de près de 60 % la contribution française au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. C’est la pire coupe de tous les pays donateurs, loin devant les États- Unis, le Royaume-Uni ou l’Allemagne. »
    Les organisations critiquent le fait que le président français fasse « la sourde oreille à [leurs] demandes répétées, à celles des parlementaires de tous bords et sape des années de progrès, en totale contradiction avec l’ambition affichée au One Health Summit. Face à ce refus du dialogue et l’amputation d’un milliard d’euros de la contribution française au Fonds mondial, le collectif d’organisations de la société civile que nous représentons ne lui laisse plus le choix d’ignorer nos revendications (…) Au nom des communautés les plus affectées par les maladies, de la sécurité sanitaire internationale et des principes fondamentaux de solidarité internationale, nous demandons l’attention du Président : la contribution française au Fonds mondial doit être rehaussée et les niveaux financiers de l’aide publique au développement en matière de santé doivent être assurés à la hauteur des ambitions affichées. Ce qui n’est pas fait aujourd’hui devra être payé au double demain. Aujourd’hui, la France a rendez-vous avec l’histoire, ne la laissons pas rester sur le banc. »


    Aide au développement : l'OCDE fait état d'une "baisse historique" de 23,1 % en 2025
    L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a fait état jeudi 9 avril d’une « baisse historique » de 23,1 % de l’aide publique au développement (APD) dans le monde en 2025, principalement en raison d’un désengagement massif des États-Unis. Les montants consacrés à l’aide publique au développement par les pays membres du comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE ont atteint 174,3 milliards de dollars l’an dernier, en recul pour la deuxième année consécutive, selon des chiffres préliminaires de l’OCDE. « La baisse constante de l’APD en 2025 (...) représente un choc important pour le système de coopération pour le développement et soulève des questions quant à la marge de manœuvre budgétaire et la capacité de mobilisation des ressources dont disposent les pays en développement pour inscrire leur développement sur le long terme », a souligné l’OCDE dans un rapport. Pour rappel, une partie de l’aide publique au développement finance des projets liés à la santé, dont la lutte contre le VIH. L’OCDE s’attend à une nouvelle baisse de l’APD en 2026, de 5,8 %. Sur fond de multiplication des crises internationales et de finances publiques exsangues, de nombreux pays développés, dont la France, ont réalisé des coupes dans leur aide au développement. Si 26 des 34 pays membres du CAD ont réduit leur aide au développement l’an dernier, cinq d’entre eux ont représenté 95,7 % du recul total : Allemagne, États-Unis, France, Japon et Royaume-Uni, détaille l’AFP. À eux seuls, les États-Unis ont entraîné trois quarts (75,1 %) de la chute, l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche s’étant accompagnée d’une réduction drastique de l’aide humanitaire avec le démantèlement de l’agence USAID, par exemple.