L'Actu vue par Remaides : « Santé, VIH, immigration, drogues, droits LGBT+ : l’offensive politique du RN à l’Assemblée »
- Actualité
- 17.03.2026

Visuel réalisé par l'agence TBWA pour AIDES en 2017
Par Jean-François Laforgerie et Fred Lebreton
Santé, VIH, immigration, drogues, droits LGBT + : l'offensive politique du RN à l'Assemblée
Questions écrites, amendements, propositions de loi, prises de parole : le Rassemblement national multiplie les initiatives sur la santé, l’accès aux soins des personnes étrangères, le VIH, les droits LGBT+, les drogues, la prison ou encore les libertés associatives. Derrière une stratégie de « normalisation » du parti d’extrême droite se dessine une logique politique : opposer les « Français » aux « autres », nourrir la suspicion, durcir le contrôle et imposer une vision réactionnaire de la société, à l’approche des municipales de 2026 et en vue de 2027. Décryptage.
Accès aux soins des personnes étrangères : l’AME dans le viseur du RN
Depuis les élections législatives de juin 2024, plusieurs responsables du Rassemblement national (RN) ont réaffirmé leur volonté de restreindre l’accès aux soins des personnes étrangères sans titres de séjour valides. Lors des débats budgétaires à l’Assemblée nationale, la cheffe de file du groupe RN, Marine Le Pen, a ainsi attaqué frontalement le principe de la gratuité des soins. « Il n’y a pas un seul pays au monde qui met en place la gratuité totale des médicaments pour ceux qui sont en situation illégale », a-t-elle déclaré le 8 novembre 2025, lors d’un débat sur le budget de la Sécurité sociale à l’Assemblée nationale (débat parlementaire rapporté par le HuffPost). Dans la même ligne, le président du RN, Jordan Bardella, expliquait lors d’une interview sur BFMTV/RMC qu’il souhaitait remplacer l’Aide médicale d’État (AME) par une aide limitée : « Je remplacerai l’Aide médicale d’État par une aide d’urgence, mais il n’y aura plus la gratuité des soins pour les gens présents de manière illégale » (émission Face à Face, 2024). Cette orientation se retrouve aussi dans les travaux parlementaires : le 28 octobre 2024, le député RN Anthony Boulogne a défendu un amendement au projet de loi de finances visant à remplacer l’AME par une « aide médicale d’urgence », estimant que le dispositif actuel favoriserait un prétendu « tourisme médical » (Assemblée nationale, amendement n°2156 au Projet de loi de finances 2025).
Elle se traduit aussi en questions orales (avec ou sans débat) en séance publique ou en questions écrites adressées au gouvernement. Dans sa question écrite N°6271, la députée RN du Vaucluse, Marie-France Lorho, critique le « caractère inédit dans le monde du titre de séjour pour soins » et demande au gouvernement s’il trouve « légitime » le « maintien d’un tel dispositif », supposément unique au monde. En octobre 2025, autre angle d’attaque, cette fois contre l’AME, avec la question écrite N°10365 de la députée Joëlle Mélin (RN, Bouches-du-Rhône) qui dénonce la « fraude » à l’AME. La députée cible localement puisque sa question au gouvernement ne porte que sur son département et la mise en place d’un contrôle biométrique, assorti d’un audit trimestriel des demandes, des dépenses et des refus pour fraude. Plus directe est l’attaque conduite par le député Lionel Tivoli (RN, Alpes-Maritimes, par ailleurs vice-président du groupe d'études : VIH et sida de l’Assemblée nationale) avec sa question écrite (N°6068) qui demande la « suppression de l’aide médicale d’État. » L’argumentaire oppose frontalement les personnes étrangères éligibles au dispositif aux « Français ».
Évidemment, les attaques contre les personnes étrangères visent plus large que la remise en cause de l’AME ou du droit au séjour pour raison de santé. En juin 2025, Frédéric Boccaletti (député RN du Var) cible (question écrite N°7369) les « problèmes de gestion des centres de rétention administrative » et notamment « l’augmentation significative du coût de l’assistance juridique, qui y est assurée. En fait, pas de soucis à ce que les personnes soient enfermées, surtout si on limite leurs droits aux recours administratifs. Rebelotte en novembre 2025 avec la question écrite d’Anthony Boulogne (député RN de Meurthe-et-Moselle) sur le « coût de l’aide juridictionnelle aux clandestins », à la suite d’une décision du Conseil constitutionnel favorable aux droits des personnes étrangères. En avril 2025, Sébastien Chenu, député RN du Nord et vice-président de l’Assemblée nationale, membre du groupe d'études : VIH et sida) s’en prend (question N°6015) au droit d’asile, « un système hors de contrôle. »
Lorsque l’on passe en revue la multitude des questions posées par le groupe d’extrême droite ― des centaines sur un vaste panorama de sujets ― on constate une évidente obsession contre l’immigration. Elle se traduit par des interpellations tous azimuts. Le gouvernement est ainsi questionné sur les titres de séjour délivrés aux Syriens-nes, la « statistique du nombre de personnes en attente d’expulsion logés en hôtels », le nombre de délits routiers commis par des personnes étrangères, la nature des OQTF (obligations de quitter le territoire français) prononcées depuis 2018 dans le département de la Drôme, le montant de l’aide juridictionnelle aux étrangers-ères, le nombre d’ OQTF prononcées et exécutées en Meurthe-et-Moselle, etc.
Remise en cause du droit au séjour pour soins au Sénat
La même logique xénophobe s’observe au Sénat autour du droit au séjour pour raisons médicales un dispositif permettant à des personnes étrangères gravement malades de rester en France lorsqu’elles ne peuvent pas être soignées dans leur pays d’origine. Dans un amendement déposé le 14 novembre 2025 lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), les sénateurs RN Christopher Szczurek, Alexandre Durox et Joshua Hochart ont proposé d’abroger ce dispositif. Dans leur argumentaire, ils prétendent que ce droit aurait « dérivé au fil du temps vers un système d’immigration médicale de fait » et évoquent même l’existence de « filières organisées » (Sénat, amendement n°332 au PLFSS 2026). Cette remise en cause du séjour pour soins s’inscrit dans la continuité des positions du RN sur l’AME et la limitation de l’accès aux soins pour les personnes étrangères en situation irrégulière.
Santé et droits sociaux : des partis pris ciblés
Parmi la vingtaine de questions écrites abordant les questions de santé et de droits sociaux liés à l’état de santé que nous avons retenues (pas de panique, on ne va pas, ici, toutes les présenter) se dessinent plusieurs approches. Certaines interpellations entendent montrer que le RN serait proche des personnes les plus en difficultés. On trouve ainsi des questions écrites sur le « cumul des pensions d'invalidité des personnes en situation de handicap » (question écrite N°3836 du député RN de Moselle Pascal Jenft en février 2025) ou celle (N° 8608) sur les « retards persistants à la MDMPH de Lyon – application du délai légal de 4 mois », de la députée du Rhône, Tiffany Joncour ; ou encore celle de Katiana Levavasseur (RN, Eure) sur « l’extension de l'AAH aux personnes de plus de 62 ans » (question écrite n° 8093). On pourrait aussi citer celle sur les conséquences de la « taxe sur les rendez-vous non honorés » ou celle (N° 3095) sur « l’accès aux professions pour les personnes atteintes de diabète de type 1 », etc.
D’autres sont plus coercitives comme celle concernant les « fraudes à la carte vitale » (question écrite N°3638). D’autres encore dénoncent plus qu’elles ne proposent comme la question (N°12644, février 2026) sur la « sécurisation de l'approvisionnement en médicaments ». Et puis, il y a ces questions de niche, celle (N°8514) qui demande la fin de « l’obligation vaccinale contre la Covid-19 dans les armées » ou encore celle qui s’interroge sur la pertinence de l’obligation vaccinale contre la méningite.
Plus globalement, l’extrême droite a ses marottes sur les sujets de santé qui servent à interpeller le gouvernement. Il y a les déserts médicaux, la réduction du plafond des remises commerciales sur les médicaments génériques (de très nombreuses questions ont été posées) ou la baisse du nombre d’officines en France, le financement des hôpitaux et parfois la compensation de la prime Ségur ou encore les réductions de budgets alloués aux dépenses des laboratoires de biologie ou l’accompagnement des maladies chroniques. Et puis, il y a des interpellations sur des sujets qui sont censés rapprocher du peuple ou de certains groupes : des questions sur l’endométriose, la fibromyalgie, deux questions écrites sur la reconnaissance du glaucome parmi les ALD, etc. Ou des sujets qui seraient plus porteurs : il y a, par exemple, plus de questions relatives au Covid-long (conséquences, suivi, épidémiologie) que sur le VIH. Bon, c’est aussi le cas pour les questions sur la maladie X des pintades (deux), l’avenir de la filière tomates-cerises (six questions) ou la crise entre la coiffure traditionnelle versus les barbers shop (onze questions tout de même) ; sans parler de l’avenir des sapeurs-pompiers professionnels ou volontaires (plus d’une vingtaine de questions).
Le VIH/sida est à la portion congrue
L’activité parlementaire du RN concernant la lutte contre le VIH en France est restée modeste ces derniers mois ; non pas que celle des autres formations politiques (en dehors de l’initiative du PS avec la résolution européenne, voir ci-dessus), soit très active. Mais le sujet, mobilise peu au RN alors même que plusieurs élus-es d’extrême droite (six au total) font partie du groupe d'études : VIH et sida de l’Assemblée nationale.
On note pour 2025 deux initiatives. La première a eu lieu en février 2025, il s’agit du dépôt d’une proposition de loi (N°882) dont le premier signataire est Julien Odoul (RN, Yonne), visant « à imposer un test de dépistage des infections sexuellement transmissibles à l’auteur présumé d’un viol ». L’exposé des motifs explique : « Dans le cadre des violences sexuelles, la législation actuelle impose à la victime de se soumettre à un test de dépistage sérologique des infections sexuellement transmissibles (IST) que sont le VIHsida, l’hépatite B et la syphilis tout en n’exigeant pas systématiquement cette même obligation à l’auteur présumé d’un viol. Cette démarche, lourde et intrusive, s’ajoute à l’humiliation de l’agression subie, en y superposant l’angoisse d’un verdict médical. Cette iniquité exacerbe la détresse de la victime, déjà fragilisée par des violences d’une gravité incommensurable, et alimente un sentiment profond d’injustice. ». La proposition entend « inverser la logique actuelle », expliquant que le « dépistage des IST de l’auteur présumé d’un viol constitue une mesure essentielle pour protéger la santé de la victime. En cas de résultat positif, cette information permettrait à cette dernière d’accéder sans délai aux traitements prophylactiques nécessaires, et ainsi de mieux anticiper les répercussions éventuelles sur sa santé. Un tel ajustement législatif ne relève pas seulement du bon sens, mais également d’une véritable reconnaissance de la souffrance des victimes, et d’un engagement à alléger leur parcours vers une reconstruction, certes difficile, mais indispensable. »
La deuxième prend la forme d’une question écrite (N° 11609) en décembre 2025. Elle porte sur le « renforcement des politiques de prévention et de dépistage du VIH » C’est le député Thierry Frappé (RN, Pas-de-Calais) qui l’a portée. S’appuyant sur un appel à la remobilisation urgente des pouvoirs publics dans le champ de la lutte contre le sida lancé par le Conseil national du sida et des hépatites virales, le député pointe le fait que « les acteurs de terrain alertent sur les difficultés d'accès au dépistage pour certaines populations, sur la persistance d'inégalités territoriales et sociales et sur les tensions pesant sur les financements de la prévention et de l'accompagnement, dans un contexte où plusieurs organismes internationaux signalent également des risques de sous-financement durable. » Il demande quelles actions sont envisagées « pour renforcer la prévention, améliorer l'accès au dépistage et aux traitements sur tout le territoire, soutenir les structures associatives qui jouent un rôle essentiel dans la lutte contre le VIH et répondre à l'appel du Conseil national du sida qui demande une relance ambitieuse et coordonnée des politiques publiques afin de maintenir la France sur la trajectoire de l'objectif 2030. » La réponse ministérielle est en cours.
Droits LGBT+ : offensive contre l’éducation à la sexualité et « l’identité de genre »
Parallèlement aux questions migratoires et de santé, plusieurs élus-es RN ont également ciblé les politiques publiques liées aux droits LGBT+ et à l’éducation à la sexualité. Le 18 février 2025, la députée RN de Dordogne Florence Joubert a déposé une question écrite à la ministre de l’Éducation nationale sur le programme d’éducation à la vie affective et relationnelle et à la sexualité (EVARS). Elle y demande explicitement la suppression des références à « l’identité de genre », dénonçant ce qu’elle présente comme des « dérives » et la diffusion d’une supposée « théorie du genre » dans les écoles (Assemblée nationale, question écrite n°4168, publiée au Journal officiel le 18 février 2025). Dans la même veine, le député RN Jérôme Buisson a repris ces arguments dans une question écrite (N°5065) publiée au Journal officiel en mars 2025, mettant en garde contre un enseignement qui, selon lui, conduirait des jeunes à « transitionner » et critiquant la présence de la « théorie du genre » dans les programmes scolaires.
Ces cas sont loin d’être isolés. En fait, une bonne partie du groupe d’extrême droite est à la manœuvre, façon pilonnage. Roger Chudeau, député RN du Loir-et-Cher, pose ainsi une question orale sur le sujet en janvier 2025. Il y conteste « qu’il soit de la responsabilité de l’État d’assurer l’éducation sexuelle des enfants. » Nouvelle interpellation sur le même sujet en février 2025 avec la question écrite N°4171 de René Lioret (député RN de Côte-d’Or), puis nouvelle question écrite (N°4167) le 17 février de la part de Lisette Pollet (RN, Drôme) sur les « dérives du programme d’éducation sexuelle ». Rebelotte en septembre 2025 (question écrite N°9693 de la députée RN des Bouches-du-Rhône, Gisèle Louis). Le 23 septembre, c’est au tour de la députée RN du Val-d’Oise, Anne Sicard, de dégainer sa question écrite (N°9731). Cette fois, le sujet est plus complexe puisque ladite question porte sur la « suspension d’un référent EVARS pour détention d’images pédopornographiques ». Pour la députée, la solution est simple, puisqu’il y a un « mouton noir », il convient de suspendre le programme nationalement.
Au fil du passage en revue des questions, on note une volonté de contrôle de l’éducation à la vie affective et sexuelle, voire de la sexualité. Ainsi en février 2025, Caroline Parmentier (RN, Charente) attaque bille en tête le ministère de la Culture qu’elle juge « défaillant » dans le « contrôle des sites pornographiques. » En 2024, Laure Lavalette (RN, Var et candidate à la mairie de Toulon) avait posé une question écrite (N°867) mettant en cause le site d’éducation à la vie sexuelle et affective et de prévention « Onsexprime.fr », notamment le fait qu’il « soit ouvert dès 11 ans » et que le « site [mette] en avant une hypersexualisation des jeunes avec des corps nus dont seule la tête est floutée. »
Ces prises de position illustrent la persistance d’une offensive idéologique contre les politiques d’éducation à la sexualité et les droits des personnes LGBT+, qui sont des leviers essentiels de prévention du VIH et des infections sexuellement transmissibles.
Mais rien ne semble simple à l’extrême droite, on note ainsi au moins trois questions récentes de parlementaires RN concernant les discriminations LGBTQphobes (oui, ça surprend !). En mai 2025, le député d’extrême droite Bruno Clavet (RN, Pas-de-Calais et candidat perdant à la mairie de Lens) interroge le gouvernement sur « l’homophobie dans le football » et particulièrement sur des incidents lors de matchs à l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie. Il y est question de « lourdes sanctions » contre des joueurs se revendiquant ouvertement homophobes ou ayant refusé de porter un maillot ou un brassard avec le rainbow flag. Le député cite d’ailleurs nommément en séance trois joueurs visés : Nemanja Matci, Mohamed Camara et Mostafa Mohamed. Lors de l’échange avec la ministre des Sports, Bruno Clavet conclut : « Je l’affirme clairement : le meilleur bouclier des Juifs, des femmes et des homosexuels, ce sont Marine Le Pen et Jordan Bardella. » Défense de rire.
En décembre 2025, une question écrite (N°11456) de Matthieu Marchio (RN, Nord, membre du groupe d'études VIH et sida à l’Assemblée nationale) réaborde la question des « agressions homophobes ». Le député demande au gouvernement ce qu’il compte « mobiliser pour assurer une protection effective et permanente des personnes LGBT+, tant dans l’espace public que dans les transports et aux abords des lieux de sociabilité. » Le député est évidemment intéressé dans le fait d’avoir des « données récentes, détaillées et transparentes sur le profil sociologique et la nationalité des auteurs de violences LGBTphobes. » Sur ce sujet comme sur d’autres (protection des femmes, protection des personnes âgées, etc.), on note que derrière la façade consensuelle de protection des personnes (minorités comprises) se dessine en creux l’obsession de l’extrême droite pour l’opposition entre les Français et « les autres ». Une question du même genre avait d’ailleurs été posée en juin 2025 (N°7328) par Bryan Masson (RN, Alpes-Maritimes et candidat, nouvellement élu au premier tour, à la mairie de Cagnes-sur-Mer). Mais cette fois de façon plus abrupte et xénophobe. Le député « alertait » le ministre de l’Intérieur d’alors « sur la représentation des étrangers chez les auteurs d’agressions anti-LGBTQ+. » Il demandait « d’approfondir la connaissance que nous avons des auteurs de ces agressions. » Le ministère ayant eu le temps de répondre au député, on apprend, chiffres officiels à l’appui (SSMI, mai 2025) que « 83 % des mis en cause pour crimes et délits anti-LGBT+ sont de nationalité française en 2024. » Alors quoi maintenant ?
En matière de reconnaissance des personnes LGBT+, il faut rappeler que l’extrême droite française n’est pas en reste de ce qui se passe aux États-Unis notamment sur une forme de haine à l’encontre des personnes trans. On peut en juger par la question écrite (N° 6039) sur la prétendue « concurrence déloyale des athlètes transgenres ». On la doit au député RN de l’Yonne, Julien Odoul. Dans le registre nuancé qu’on lui connaît, le député d’extrême droite mentionne une « dérive idéologique grave, qui menace les fondements mêmes du sport : la concurrence déloyale des athlètes transgenres. » Il cite d’ailleurs un exemple (pourtant édifiant de transphobie) concernant les États-Unis. « Ce fait n'est pas isolé. Il est le symptôme d'une idéologie militante qui cherche à nier les différences biologiques, imposer la confusion et finalement effacer le sport féminin au nom d'une prétendue "inclusion" qui exclut en premier les femmes elles-mêmes. » Et le député d’expliquer : « Le sport ne peut pas devenir le terrain d'expérimentation de théories minoritaires. Laisser des hommes concourir contre des femmes, c'est tricher (…) La France ne peut pas suivre cette pente dangereuse. » À la clef, le député demande d’ailleurs au gouvernement de s’engager à inscrire « à l'ordre du jour un texte pour protéger l'intégrité et la pérennité du sport féminin en France. » Sans doute pense-t-il à sa propre proposition de loi, déposée en juillet 2023 visant à « Faire concourir les sportifs dans la catégorie correspondant à leur sexe figurant sur leur acte de naissance. » ; un texte transphobe. Le gouvernement a répondu au député en février dernier. Le ministère des Sports y rappelle qu’un groupe d'experts-es a été mis en place le 29 novembre 2023 afin de mener une étude sur la transidentité et le sport de haut niveau. Le rapport a été rendu le 20 décembre 2024. Il propose une « analyse scientifique, juridique et sociologique visant à définir un cadre permettant d'inclure les athlètes transgenres dans les compétitions de haut niveau, tout en garantissant le principe d'équité ». « Aucun consensus scientifique permettant d'attester ou non d'un avantage physique dont pourraient bénéficier les femmes transgenres sur les femmes cisgenres n'existe à ce jour, affirme le ministère. Certaines études démontrent la conservation d'avantages physiologiques acquis avant la transition et d'autres font état d'une suppression complète ou partielle de la testostérone et de ses effets. L'analyse juridique réalisée dans le rapport rappelle le principe d'inclusion qui demeure et ne pourrait comporter de limites excessives (…) Conformément à la position exprimée par le groupe d'experts, le ministère préconise donc la mise en place d'un principe d'inclusion assortis de dérogations étayées sur le plan scientifique. Il revient à chaque fédération, en lien avec sa fédération internationale, de mettre en place des règlements visant à assurer l'équité des compétitions et l'inclusion des athlètes. ».
Désarmer la lutte contre le sida à l’international
En matière de lutte contre le sida sur le plan international, les initiatives parlementaires de l’extrême droite à l’Assemblée nationale donnent peu de clefs de compréhension de la stratégie envisagée, mais elles ne disent pas rien. Prenons deux exemples. En mars 2025, Guillaume Florquin (RN, Nord) dépose une question écrite (N° 5338). Elle porte sur le « financement de l'AFD [Agence française de développement, ndlr] et de l'APD [aide publique au développement, ndlr] face aux économies budgétaires nationales. » L’argument est simple (simpliste ?) : pourquoi donner de l’argent à des pays ou projets de développement réalisés à l’étranger alors que la France est contrainte à des efforts budgétaires importants ? Là encore, c’est une logique d’opposition qui est mise en avant : les montants alloués à certains pays : 541 millions d'euros pour la Côte d'Ivoire ou encore 505 millions d'euros pour le Maroc versus les économies « frappant de plein fouet les collectivités territoriales, les services publics et les ménages français. » Le député demande donc au gouvernement d’expliquer quelles mesures sont envisagées « pour réorienter les priorités budgétaires, afin que les financements publics bénéficient en priorité aux Français. » Évidemment, le député fait mine de ne pas savoir que l'AFD n'est pas considérée comme une administration publique au sens de la comptabilité nationale, mais comme une banque. De ce fait, son financement n'est donc pas supporté par les citoyens-nes français-es, mais obtenu par l'AFD sur les marchés à un taux d'emprunt très proche du taux d'emprunt français. Le député d’extrême droite semble également ignorer que, comme l’explique le gouvernement, « l'AFD a un effet démultiplicateur exceptionnel de la dépense publique : pour chaque euro d'argent public versé, l'Agence a généré en 2023 plus de 6,8 euros d'activité (11 Md€ d'activité pour 1,6 Md€) dans les États étrangers ou les Outre-Mer. ». Reste qu’est véhiculée l’image, fausse, d’une aide qui bénéficierait aux autres aux dépens des Français-es.
Il en va de même pour l’aide publique au développement (APD). Ce secteur a connu une diminution importante de crédits de paiement (de l'ordre de 30 %) dans les lois de finances 2024 et 2025. (En 2026, le budget de l’aide financière française est de 3,6 milliards d’euros, le montant le plus bas depuis 20 ans). Le député oublie délibérément que les moyens déployés par la politique de partenariats internationaux ont ainsi un triple objectif, à la fois de solidarité, notamment face aux crises, d'investissement, face aux grands défis de notre planète (la lutte contre les grandes pandémies, par exemple), et d'alliances, conjuguant les intérêts diplomatiques et économiques de la France de ses partenaires.
Second exemple. En juillet 2025, une question écrite (N° 9169) est adressée au gouvernement. La députée RN des Pyrénées-Orientales, Anaïs Sabatini (membre du groupe d'études : VIH et sida), l’interroge sur les « effets de la taxation sur l'aérien sur les prix et la compétitivité ». Elle évoque des « conséquences particulièrement néfastes de l'explosion de la taxe sur le transport aérien » ; critiquant une « hausse exorbitante de 260 %, votée en mars 2025, est imposée aux passagers français » qui rendrait le « secteur aérien français non compétitif par rapport à ses concurrents européens. » La députée développe l’argument que les « premières victimes » en seraient « les passagers français ordinaires, qui voient le prix des billets d'avion exploser ainsi que les aéroports régionaux (…) directement menacés dans leur équilibre. » Anaïs Sabatini demande une pause, voire « la suppression, de cette taxe aérienne nuisible à la compétitivité de la France, au dynamisme économique des territoires fragiles et au pouvoir d'achat des Français. » Un mot manque dans l’argumentaire de la députée d’extrême droite : solidarité. Car cette taxe sur les billets d’avion (appliquée par plusieurs pays) est bel et bien une taxe de solidarité pour lutter notamment contre le sida à l’international et, par ailleurs, contribuer au redressement des comptes publics, les recettes supplémentaires étant attribuées au budget général de l'État.
Comme on le voit, au nom de la défense des « intérêts » des Français-ses, sont attaqués plusieurs leviers qui permettent pourtant de financer une partie de la réponse à l’épidémie dans le monde. Un peu comme si le parti d’extrême droite ne comprenait pas que la victoire contre l’épidémie sera possible en France si elle réussit partout ailleurs. Les virus n’ont pas de frontières dit-on souvent en santé publique. Un concept qui semble étranger à celles et ceux qui sont justement obsédés-es par le contrôle des frontières.
Il arrive parfois qu’il y ait un sursaut altruiste. On en a eu (un peu) la démonstration lors des débats autour de la proposition de résolution du député (PS) Arthur Delaporte, discutée en séance publique en février dernier. Il s’agissait d’une proposition de résolution européenne « visant à sauvegarder et renforcer le financement en faveur de la lutte contre le VIH ». La résolution appelait la France et l’Union européenne à renforcer leur engagement financier dans la lutte contre le sida, notamment par une contribution accrue au Fonds mondial. L’Actu vue par Remaides y a d’ailleurs consacré un article. Lors des débats, le député RN du Nord, Alexandre Dufosset, est intervenu. Dans son intervention, le député, par ailleurs membre du groupe d’études : VIH et sida de l’Assemblée, a expliqué : « Pour le Rassemblement national, la ligne est claire : la lutte contre le VIH est un impératif de santé publique. Elle l’est d’abord en France, où l’on déplore encore des milliers de découvertes de séropositivité chaque année (…) C’est aux États membres de prendre l’initiative, quitte à ce que l’Union européenne, ensuite, appuie, coordonne ou complète leur action », a expliqué le députe d’extrême droite. Développant de nombreux arguments alliant soutien (un peu) et suspicion (beaucoup), Alexandre Dufosset a résumé la position du RN : « Au fond, nos exigences sont claires : priorité aux besoins sanitaires des Français ― pas d’engagement international sans garantie que notre propre système de prévention, de dépistage et de soins est consolidé ; conditionnalité et transparence ― pas un euro de plus sans audits, indicateurs publics et obligations de résultat ; stratégie de souveraineté – recherche et production en Europe, sécurisation des approvisionnements, accès réel et prix maîtrisés ; stop à la bureaucratie – coordination utile, légère, évaluée et supprimée si elle n’apporte rien. » Et de conclure : « Si cette proposition de résolution est un chèque en blanc, signé au prix de notre souveraineté budgétaire et au profit d’une Europe bavarde et impuissante, alors ce sera sans nous. Mais s’il s’agit de remettre de la discipline, de la clarté et de l’efficacité dans l’effort international de lutte contre le VIH, alors nous sommes évidemment favorables. » Finalement, le RN a voté comme les autres groupes en faveur de la résolution.
Drogues et RDR, le RN tape dur
En matière d’usage de drogue et de produits, l’approche qui se dessine au fil des questions des parlementaires d’extrême droite est assez claire : contrôle, répression et suspicion concernant la RDR et particulièrement les haltes soins addictions (HSA). En septembre 2025, la députée Bénédicte Auzanot (RN, Vaucluse) interpelle le gouvernement (question écrite N° 9994) sur le vaste sujet de la « prévention de la drogue ». Elle veut connaître « le montant des fonds engagés chaque année par l'État, les différentes agences gouvernementales et les associations pour prévenir l'usage des drogues auprès du public depuis 2017. ». Elle pourrait consulter les rapports de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) et ceux des grands-es acteurs-rices du secteur, mais c’est sans doute plus facile de demander à la ministre. En 2024, la même députée avait posé une question quasi identique (question écrite N° 2253) sur la « prévention des addictions » De nombreuses questions concernent le narcotrafic, parfois des sujets de niche comme le « Trafic de stupéfiants et blanchiment d'argent via les commerces de proximité » (question écrite N° 12918 de la députée RN des Pyrénées-Orientales, Sophie Blanc). Dans le viseur, les « pratiques de blanchiment d'argent issues du trafic de stupéfiants au moyen de certains commerces de proximité et en particulier des établissements de restauration rapide de type "kebab" ». Pour appuyer la démonstration, une « étude » d’un institut d’extrême droite qui avance « qu'environ 42 % des établissements étudiés dans plusieurs grandes villes françaises présentent au moins deux indices sérieux de blanchiment d'argent ». Ce sont donc les établissements supposément tenus par des étrangers qui sont visés. Autre exemple : la question écrite (N°10059) de Lisette Pollet (RN, Drôme) sur la « Drogue chez les jeunes Drômois » dont la vocation semble uniquement de susciter la peur.
Certaines questions concernent l’usage de produits comme celle de la députée RN du Gard, Pascale Bordes (question écrite n° 11679) intitulée : « Cocaïne, nouvelle drogue accessible ? ». On y retrouve des données de l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives), la narration d’un fait divers et une apostrophe au gouvernement sur le mode : « Que faites-vous ? » Autre exemple plus récent (février 2026) avec la question écrite (N° 12917) du député RN de l’Aube, Jordan Guitton, sur la « lutte contre le trafic et la consommation de produits stupéfiants émergents. »
Côté bâton. Sébastien Humbert (RN, Vosges) interroge en février 2025 le gouvernement (question écrite N° 4385) sur le « taux de recouvrement des amendes forfaitaires délictuelles (AFD). Rebelotte avec la question écrite (N° 3658) de Frédéric Weber (RN, Meurthe-et-Moselle) sur les « taux actuels de recouvrement des amendes dressées pour trafic de stupéfiants ».
Une unique question écrite (N° 12262) aborde les salles de consommation à moindre risque (aujourd’hui HSA pour haltes soins addiction). Elle a été déposée en janvier dernier. On la doit à la députée RN des Bouches-du-Rhône, Monique Griseti. Elle porte sur la « relance des "salles de shoot" à Marseille ». Elle vise à connaître la « position et avis du gouvernement » au sujet d’une « éventuelle relance d'un projet de salle de consommation à moindres risques à Marseille, évoquée publiquement par le nouveau préfet de région Provence-Alpes-Côte d'Azur. » « Cette perspective suscite de l'inquiétude dans un contexte particulièrement dégradé sur le plan sécuritaire. Marseille est aujourd'hui confrontée à une emprise croissante du narcotrafic, à une explosion des violences liées aux stupéfiants et à des drames récents qui ont profondément marqué les habitants, parmi lesquels le meurtre de Mehdi Kessaci. Dans ce climat qui vaut à la deuxième ville de France d'être qualifiée de "narcoville", nombre de Marseillais expriment un sentiment d'abandon », avance la parlementaire, qui ne semble pas à un amalgame près. Elle va même jusqu’à contester l’évaluation, pourtant positive, des deux salles existantes. Elle affirme ainsi : « Par ailleurs, plusieurs travaux et évaluations conduits sur les salles de consommation à moindres risques expérimentées en France, notamment à Paris et à Strasbourg, ont montré des résultats très décevants [ce qui est faux, ndlr] et, surtout, n'ont pas permis de démontrer une diminution des trafics et de la consommation de drogue [ce qui n’est pas vraiment l’objectif de ce dispositif de santé et de RDR, ndlr]. Ces salles de consommation conduisent à de fortes oppositions, en raison des nuisances subies par les riverains (attroupements, consommation de produits stupéfiants aux abords, sentiment d'insécurité). Dans une ville comme Marseille, où la priorité affichée par l'État est la lutte contre les réseaux criminels et la reconquête de certains quartiers, la mise en place d'une "salle de shoot" apparaît, par de nombreux élus locaux (…) comme contradictoire avec les impératifs de sécurité attendus par les Marseillais. » Elle demande donc au gouvernement d’expliquer « sur quelles données scientifiques et sanitaires objectives, [il] fonderait une telle décision de relance du projet de "salle de shoot" à Marseille, au regard des résultats des expérimentations menées ailleurs en France. »
Détention : personnels pénitentiaires versus personnes en détention
Du côté du RN, on aborde globalement la question des prisons au seul prisme de la protection des personnels pénitentiaires. Il est question de leur statut, de leurs retraites, et même de l’utilisation des installations sportives des établissements à leur bénéfice. Il est parfois question de soins en détention. Trois exemples donnent le ton. En février 2025, Théo Bernhardt (RN, Bas-Rhin, secrétaire du groupe d'études VIH et sida de l’Assemblée) questionne le gouvernement (question écrite N° 3952) sur les « disparités entre l'accès aux soins en milieu pénitentiaire et en zones rurales ». Là encore, c’est la logique de confrontation qui prévaut. L’argument du parlementaire étant qu’il existe des « disparités flagrantes entre l'accès aux soins en milieu pénitentiaire et celui dont bénéficient les populations rurales en France. » Pour appuyer ses dires, il cite le travail d’un think tank d’extrême droite qui indique « que les détenus bénéficient en moyenne de 7,39 consultations de médecine générale par an, contre 3,99 dans les zones environnantes. ». Plus grave encore aux yeux du député : « Les établissements pénitentiaires [disposeraient] de ratios de personnel soignant largement supérieurs à ceux constatés dans les zones rurales. » Et Théo Bernhardt d’expliquer : « Ces chiffres interpellent d'autant plus que les établissements pénitentiaires, souvent situés en zones rurales, bénéficient d'une organisation de soins et d'un financement qui contrastent fortement avec les carences subies par les populations environnantes. Par ailleurs, le rapport souligne que les détenus étrangers en situation irrégulière bénéficient d'une affiliation automatique à la sécurité sociale et d'une prise en charge intégrale de leurs frais de santé [C’est une obligation légale, ndlr]. Cette différence de traitement alimente un sentiment d'injustice parmi les populations rurales, particulièrement exposées aux difficultés d'accès aux soins. » Est également critiqué le coût des soins en prison. Le député explique qu’il souhaiterait « savoir si une révision des priorités dans l'allocation des ressources médicales pourrait être envisagée pour répondre de manière plus équitable aux besoins de l'ensemble des citoyens, en particulier dans les territoires les plus touchés par la désertification médicale » Enfin, il interroge le gouvernement sur les « critères précis qui justifient une prise en charge largement supérieure des soins en milieu pénitentiaire, notamment pour les détenus étrangers en situation irrégulière et demande si une réforme de ces dispositifs est envisagée pour aligner les conditions d'accès aux soins sur celles des autres citoyens. » comme on le voit, opposer les personnes détenues aux personnes qui ne le sont pas ne suffit pas. Il faut aussi opposer les besoins des personnes détenues étrangères aux intérêts des Français-es ruraux-les. Le ministère de la Justice qui a répondu au député ne s’y trompe pas, rappelant que les « personnes détenues doivent avoir accès à une qualité de soins équivalente à celle de la population générale. »
La question des effectifs travaille le RN puisqu’en février 2025, le sujet donne lieu à une nouvelle question écrite (N° 3706) de la part de Caroline Colombier (RN, Charente). La demande est précise puisqu’il s’agit d’indiquer « par région ainsi que pour chacun des établissements pénitentiaires français, le nombre précis de médecins, d'infirmiers, de psychologues et d'addictologues affectés à ces établissements », puis de « rapporter les chiffres donnés sur un rapport numérique pour 1 000 détenus. » L’idée est de souligner un supposé décalage sans rien proposer comme renforcement de l’offre de soins en milieu ouvert dans l’hypothèse où elle serait nécessaire. Bien évidemment, il n’est pas question ici de la surpopulation endémique dans les prisons qui crée des tensions dans l’accès aux soins.
Dernier exemple avec une question écrite (N° 8925) sur les « soins en prison ». Elle a été posée en juillet 2025 par la députée RN de l’Essonne, Nathalie Da Conceicao Carvalho. Le point de départ est le constat d’une « augmentation préoccupante du nombre de personnes détenues souffrant de troubles psychiatriques » d’une part et d’autre part « la dégradation des conditions de travail des soignants en milieu carcéral », notamment du fait de la surpopulation carcérale. Le constat se veut sévère : « Les professionnels [de santé dans le milieu fermé, ndlr] ont dénoncé une aggravation des conditions d'accès aux soins, allant jusqu'à des situations de privation de soins, notamment du fait d'un recours inapproprié à la télémédecine, de la raréfaction des escortes pénitentiaires nécessaires aux transferts hospitaliers et d'un déficit chronique de lits ainsi que de médecins, en particulier de psychiatres, dans les unités sanitaires en milieu pénitentiaire (USMP) et les services médico-psychologiques régionaux (SMPR). » La députée interroge le gouvernement sur les mesures que ce dernier entend mettre en œuvre pour « garantir un accès effectif aux soins pour les personnes détenues et assurer des conditions de travail dignes pour les soignants intervenant en milieu pénitentiaire ». Si dans cette question, il est bien question de la qualité de travail des personnels, il est aussi question de l’enjeu de la qualité de vie (et de santé) des personnes détenues. Tous-tes les élus-es RN sont loin d’être alignés-èes sur la question. On peut en juger avec la proposition de loi (N°1876) dont le député de Moselle Laurent Jacobelli est l’auteur, visant à interdire les activités collectives à caractère ludique ou récréatif en milieu carcéral. « Depuis plusieurs années, les activités organisées dans les établissements pénitentiaires ont progressivement dépassé le cadre strict de la réinsertion pour entrer dans celui du loisir, du divertissement, voire du bien-être. Cette évolution a contribué à éclipser la dimension rétributive de la sanction pénale, supplantée par le dogme exclusif de la réinsertion. Il en résulte une rupture croissante entre la justice rendue au nom du peuple français et le sentiment de justice perçu par nos concitoyens », indique l’exposé des motifs. « Comment expliquer, à des millions de Français qui peinent à offrir des loisirs ou des vacances à leurs enfants, que des criminels condamnés puissent bénéficier en prison de privilèges de divertissement ? », s’interroge d’ailleurs le député et ses collègues signataires.
Libertés associatives : le RN faux ami des libertés
Chaud et froid concernant les libertés associatives. Plutôt froid d’ailleurs. Une série de questions montre bien d’une part la suspicion qui règne et la volonté de contrôle et d’autre part l’éternelle obsession migratoire quel que soit le sujet. On en veut pour preuve une question écrite (N°4110) qui dénonce une « explosion des subventions publiques données aux associations d'aide aux migrants ». La question du député Bruno Bilde (RN, Pas-de-Calais) assène des phrases du genre : « Plus alarmant encore, les subventions versées aux associations d'aide aux migrants ont explosé de 52 %, dépassant 1,1 milliard d'euros. Parallèlement, le coût des centres d'hébergement a augmenté de 36 %, atteignant 3 000 euros par place, dans un contexte où la France traverse une crise du logement et où nombre de Français peinent à se loger dignement. » Inutile, ici, de revenir sur les oppositions entretenues par les questions de l’extrême droite, vous avez compris le système. Autre exemple, la question écrite (N° 5741) qui dénonce, en avril 2025, « l’augmentation des dotations publiques aux associations d'aide aux migrants ». On la doit à Guillaume Florquin (RN, Nord). Rebelotte en septembre 2025 avec la question écrite (N° 4107) du député RN Julien Limongi (Seine-et-Marne) qui a pour sujet : « Associations d'aide aux migrants et fonds publics ».
Chaud et froid. Du chaud en de rares occasions lorsque le RN mentionne la « simplification des contraintes des associations » (question écrite N° 3219 du député du Var Philippe Lottiaux) ; se préoccupe de la santé financière des associations (Question écrite N° 3830 du député RN de Dordogne Serge Muller) ; s’interroge sur la baisse préoccupante des « dons aux associations » (question écrite N° 11643 du député RN du Nord, Matthieu Marchio). Retour du froid, quand les députés-es d’extrême droite montent au front sur la « transparence de la rémunération des dirigeants d'associations subventionnées » (question écrite N° 3636 du député RN du Loiret, Thomas Ménagé) ; se mettent en mode audit avec, par exemple, la question écrite (N° 11644) de Caroline Parmentier (RN, Pas-de-Calais) qui demande à « la ministre de la culture de lui faire connaître la liste des fondations et associations subventionnées par ses services pour les années 2022, 2023, 2024 et 2025 » ou encore celle du député RN de l’Aube Julien Rancoule (Question écrite N° 4382) qui demande un « accès à la liste des demandes de subventions municipales des associations » qui sous-entend que ce n’est pas possible.
Or, l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales (CGCT) dispose que « tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ». Or, toute attribution de subvention doit faire l'objet d'une délibération du conseil municipal (article L. 2311-7 du CGCT). C’est curieux, cette habitude de demander des choses qui existent déjà et de laisser sous-entendre que tout est opaque. Le sujet n’a rien d’anecdotique si on en juge par le contenu de certains programmes pour les municipales sur le financement du milieu associatif et sa liberté d’expression et d’engagement.
Culture le goût immodéré du passé et le refus de l’inclusion
Ce ne sera sans doute une surprise pour personne, mais le parti d’extrême droite est contre l’écriture inclusive. Dans une question écrite (N°12190), en janvier 2026, la députée RN Sophie Blanc (Pyrénées-Orientales) s’émeut d’ailleurs d’une « validation par le Conseil d'État de l'usage de l'écriture dite "inclusive" » dans « l'espace public, notamment sur des plaques commémoratives. » « Cette décision, sous couvert de neutralité juridique, engage en réalité une rupture profonde avec la tradition linguistique, culturelle et politique de la République française », avance la parlementaire. Elle estime même qu’elle « transforme l'écriture en champ d'expérimentation idéologique. » Et d’asséner : « L'espace public et plus encore l'espace mémoriel, n'a pas vocation à devenir le support d'un combat idéologique, fût-il présenté comme progressiste. » Le motif de la critique ? Une décision du Conseil d’État qui valide juridiquement l'usage de l'écriture inclusive dans les espaces publics.
Pas davantage de surprises quant au modèle culturel défendu par l’extrême droite (c’est d’ailleurs un sujet pour les municipales 2026 comme on le voit dans des articles de Libération ou Médiapart). En mars 2025, une estocade est portée par le député RN Julien Odoul (Yonne) avec une question écrite (N°4722) qui critique la tenue de l’exposition "Nouvelles Reines" en la crypte de la basilique de Saint-Denis. Pour faire court : la « crypte de la basilique Saint-Denis, [c’est le] lieu emblématique de l'histoire de France où reposent les sépultures des rois et reines qui ont façonné la nation française ». Une exposition ("Nouvelles Reines") y est proposée. « Cette exposition, qui rend hommage à des immigrées clandestines et à des femmes voilées en les qualifiant de « nouvelles reines », suscite une profonde indignation [à l’extrême droite, ndlr]. Il est inconcevable que dans un lieu aussi chargé de symboles et d'histoire, où reposent les souverains de France, on puisse détourner le patrimoine national pour en faire un support idéologique et militant », s’étouffe le député d’extrême droite. Et ne mégotant pas sur les arguments, il explique que cette « mise en scène » s'inscrit dans une « logique de provocation et de réécriture de l'histoire ». Elle constituerait même une « atteinte au respect dû à ce haut lieu de la mémoire nationale et à ceux qui y sont inhumés. » Dans sa réponse, le ministère de la Culture rappelle le principe de liberté de la création artistique, de liberté de la diffusion de la création artistique, qui s'exerce dans le respect des principes encadrant la liberté d'expression ; et le fait que l'État et les collectivités territoriales veillent au respect de la liberté de programmation artistique. Et la ministre de rappeler que les représentants de l’Église catholique ont donné leur accord à la tenue de cette exposition. Curieusement, le RN n’a pas dénoncé les actions de censure et de recouvrement des œuvres menées à l'encontre de l'exposition « Nouvelles Reines » ; l’État si.
Une enquête de Mediapart révèle de nouveaux propos racistes et homophobes chez des candidats-es du RN
Chassez le naturel, il revient au galop ! Malgré les promesses répétées de filtrer les profils de ses candidats-es, le RN continue d’investir aux municipales de 2026 des têtes de liste ayant tenu des propos racistes, antisémites, sexistes, transphobes ou homophobes. C’est ce que montre une enquête de Mediapart publiée le 4 mars dernier, qui recense de nombreux-ses candidats-es controversés-es dans différentes communes. Le parti d’extrême droite avait pourtant promis de « tirer les leçons » des législatives anticipées de 2024, lorsque plusieurs candidats-es avaient été épinglés-es pour des déclarations racistes ou LGBTphobes. « Chaque personne est vérifiée, survérifiée », assurait encore en 2025 l’eurodéputé Aleksandar Nikolic, chargé de contrôler les profils et porte-parole du RN. Selon l’enquête, la réalité est bien différente : de nombreux-ses candidats-es investis-es ou soutenus par le RN ont tenu ou relayé des propos ouvertement discriminatoires. À Beaune, le député RN René Lioret écrivait ainsi sur X : « Les racailles africaines, c’est toujours à 3 ou 4 contre 1. C’est à ça qu’on les reconnaît ! » Quelques mois plus tard, il attribuait la présence de punaises de lit aux « arrivées massives de tous les pays d’Afrique » ; À Grasse, le candidat Jean‑Paul Camerano participait à une boucle WhatsApp où circulaient des messages affirmant que la ville serait « gangrenée par cette racaille arabo-musulmane », se félicitant que « la parole se libère vraiment » ; À Thonon‑les‑Bains, le candidat Patrick Rean assumait sur Facebook : « Si être raciste c’est vouloir garder sa culture, sa religion, sa langue et protéger sa nation… alors je le suis sûrement sans honte ni remords ! »
L’enquête mentionne aussi des propos homophobes ou hostiles aux droits LGBT+. À Fougères, la candidate Virginie d’Orsanne Macabet avait qualifié une campagne de prévention du VIH destinée aux homosexuels de « propagande idéologique abominable ». Investi tête de liste du RN à Saint-Médard-en-Jalles, Patrice Licata diffuse sur ses réseaux sociaux des théories complotistes et transphobes sur le genre de Brigitte Macron. D’autres candidats-es ont relayé des références complotistes, antisémites ou islamophobes. À Condat‑sur‑Vienne, Thibaut de la Tocnaye comparait, par exemple, le Coran à Mein Kampf, tandis que plusieurs candidats-es ont partagé des contenus évoquant la théorie raciste du « grand remplacement » ou attaquant des personnalités juives. Dans certains cas, le RN a retiré son soutien après les révélations de la presse, mais plusieurs candidats-es restent investis-es malgré ces déclarations, souligne Mediapart. Le parti, présidé par Jordan Bardella, affirme pourtant se montrer « intransigeant » face aux propos « contraires à ses valeurs ». L’enquête conclut que ces cas ne sont probablement qu’une partie des profils problématiques recensés par différents médias (dont Libération qui tient une rubrique spéciale à ce sujet, StreetPress ou Les Jours) à l’approche des municipales. Des épisodes qui illustrent les limites de la stratégie de « normalisation » d’un parti qui, malgré son discours de respectabilité, demeure ancré dans l’histoire et les codes politiques de l’extrême droite française.
Municipales : un scrutin clé dans la stratégie politique de l’extrême droite
Comme on le voit, pas un domaine n’est laissé dans un angle mort dans la stratégie de l’extrême droite. Elle s’intéresse à tous les sujets, y compris au VIH (même de façon limitée), privilégiant l’opposition systématique entre les groupes (les « Français » contre les « autres »), donnant libre cours à la suspicion tous azimuts, fascinée par le contrôle et l’ordre (tel qu’elle le conçoit), abusant des idées reçues et du sectarisme, procédant par amalgame. Il est important de comprendre ce qui est en jeu avec les élections municipales. Il s’agit de la première marche vers la campagne présidentielle de 2027. Les résultats de mars 2026 pourraient donner le ton de la dynamique des prochains mois. Enfin, il ne faut pas oublier que les scores des municipales ont un impact sur les grands-es électeurs-rices qui éliront dans les prochains mois une partie des futurs-es sénateurs et sénatrices. C’est sans doute pour cette raison que parmi les parlementaires d’extrême droite cités-es dans cet article, 23 d’entre eux-elles se présentent aux élections municipales.
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Méthodo
Le processus dit de « dédiabolisation » mis en œuvre ces dernières années a conduit le Rassemblement national à modérer (autant qu’il réussisse à le faire) certains propos. Cela se traduit dans les programmes (y compris aux municipales), les interventions politiques, les interviews par des attaques parfois moins frontales, des euphémisations et une balance entre les initiatives qui défendent une ligne coercitive (très présente) et une autre aux allures plus consensuelles, semblant frappée au coin du bon sens, destinée à gommer les aspérités de la première.
Un peu comme si l’extrême droite voulait réduire les irritants de ses positions extrêmes pour emporter le jeu, en tenant de s’ériger en défenseur du bien commun. Cette stratégie est particulièrement à l’œuvre dans les travaux parlementaires, notamment les questions écrites ou orales adressées au gouvernement. Cet article s’appuie principalement sur cette partie du travail parlementaire de l’extrême droite (le travail des députés-es de l’Union des droites pour la République d’Éric Ciotti n’a pas été pris en compte). Il porte sur l’année 2025 et les premiers mois de 2026. Il donne à comprendre quelle vision de la société est véhiculée par l’extrême droite et quelle stratégie est mise en œuvre pour son instauration. Un élément du débat en amont du second tour des municipales et des échéances électorales de 2027.