L'Actu vue par Remaides : Un nouveau test pour dépister quatre IST en moins d’une heure
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Par Fred Lebreton
Un nouveau test pour dépister quatre IST en moins d'une heure
Des chercheurs-ses australiens-nes ont mis au point un test de diagnostic rapide capable d’identifier simultanément la syphilis, l’herpès, la chlamydia et la gonorrhée, tout en repérant un marqueur de résistance aux antibiotiques. Une avancée prometteuse pour améliorer la prise en charge, limiter les erreurs diagnostiques et accélérer l’accès au traitement, notamment dans les zones les plus isolées. Explications.
Un outil pour lever les doutes diagnostiques
C’est une innovation qui pourrait changer la donne dans le dépistage des infections sexuellement transmissibles. Des chercheurs et chercheuses du Peter Doherty Institute for Infection and Immunity, en Australie, ont développé un test transportable de diagnostic rapide, présenté comme une première mondiale, capable de détecter en moins d’une heure quatre IST : la syphilis, l’herpès, la chlamydia et la gonorrhée.
Décrit dans The Lancet Microbe, cet outil repose sur une technologie de nouvelle génération basée sur la technologie CRISPR (voir ci-dessous), permettant de distinguer simultanément l’ADN et l’ARN de plusieurs agents pathogènes. L’intérêt est majeur : de nombreuses IST provoquent des symptômes proches, mais nécessitent des traitements très différents. La syphilis, par exemple, peut entraîner des lésions génitales facilement confondues avec celles provoquées par le virus de l’herpès simplex. En l’absence de test multiplex rapide, les soignants-es peuvent être contraints-es de s’appuyer sur les seuls signes cliniques ou de ne rechercher qu’une seule infection, au risque d’un mauvais diagnostic et d’une prise en charge tardive. « La syphilis est connue depuis longtemps comme la grande imitatrice. Un traitement correct dépend d’un diagnostic correct », résume la Dre Shivani Pasricha, autrice principale de l’étude. Le dispositif présente aussi un autre atout stratégique : il détecte un marqueur clé de résistance aux antibiotiques dans la gonorrhée, dans un contexte mondial de progression de l’antibiorésistance.
Comment fonctionne la technologie CRISPR ?
La technologie CRISPR agit comme un outil de repérage moléculaire extrêmement précis. Les scientifiques utilisent une sorte de « ciseau biologique » capable de reconnaître une séquence génétique spécifique d’un microbe. Si cette séquence est présente dans l’échantillon prélevé chez une personne (par exemple une bactérie de la syphilis ou de la gonorrhée) le système CRISPR la détecte et déclenche un signal mesurable par l’appareil. Concrètement, cela permet d’identifier très rapidement la présence d’un agent infectieux, même en très petite quantité, sans passer par les longues analyses de laboratoire habituellement nécessaires.
Une réponse à l’urgence sanitaire autour de la syphilis
L’enjeu est d’autant plus important que la syphilis progresse nettement en Australie. Les diagnostics y ont plus que doublé en dix ans, avec environ 6 000 cas recensés en 2024. En août 2025, les autorités sanitaires australiennes ont d’ailleurs classé cette hausse comme un incident national significatif de maladie transmissible. Or, lorsque la syphilis est confondue avec une autre infection, le retard de traitement favorise la progression de la maladie et augmente le risque de complications graves, notamment l’infertilité, les fausses couches ou encore la syphilis congénitale (transmission de la mère au fœtus). Selon Matthew O’Neill, co-premier auteur de l’étude, le nouvel appareil « a été validé à partir de 900 échantillons cliniques, le plus grand ensemble d’échantillons d’IST jamais rapporté au niveau mondial pour un dispositif CRISPR de diagnostic ». Il souligne aussi que, comparé à la PCR de référence en laboratoire, le test affiche « 97 à 100 % de précision pour identifier correctement les résultats négatifs », un niveau jugé crucial pour des décisions thérapeutiques sûres.
Des travaux menés en parallèle dans l’État de Victoria (Australie) ont par ailleurs montré que certaines personnes testées uniquement pour l’herpès étaient en réalité positives à la syphilis, renforçant l’intérêt d’un outil capable de rechercher plusieurs infections en même temps. « Cette nouvelle technologie permet un diagnostic et un traitement précis immédiatement, sans attendre plusieurs jours les résultats de laboratoire ni nécessiter plusieurs consultations en clinique », insiste la Dre Shivani Pasricha. Les chercheurs-es espèrent désormais faire entrer ce test dans la pratique clinique courante d’ici cinq ans, avec un bénéfice attendu tout particulier pour les territoires ruraux, éloignés ou sous-dotés en infrastructures de santé.
Reste toutefois une question centrale : celle du coût et de la production à grande échelle de ces dispositifs fondés sur la technologie CRISPR, un enjeu qui conditionnera leur diffusion dans les systèmes de santé, en particulier dans les régions où les besoins en dépistage rapide des IST sont les plus importants.