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    L'Actu vue par Remaides : Municipales 2026 : un plaidoyer associatif pour mesurer les engagements des candidats-es sur le VIH à Paris

    • Actualité
    • 12.03.2026



    Crédit image : vers paris sans sida

    Par Fred Lebreton

    Municipales 2026 : un plaidoyer associatif pour mesurer les engagements des candidats-es sur le VIH à Paris

    À l’approche des élections municipales de 2026, Vers Paris sans sida (VPSS) a interrogé les équipes des principaux-le candidats-es à la mairie de Paris (à l’exception des candidats-es d’extrême droite) afin de mesurer leurs engagements en matière de lutte contre le VIH. Si plusieurs candidats-es se disent favorables aux vingt propositions issues du livre blanc co-construit avec les acteurs-rices du secteur, les réponses révèlent des approches contrastées : soutien sans réserve pour certains, adhésion de principe mais peu détaillée pour d’autres, voire désaccords sur des sujets clés comme l’Aide médicale de l’État, la réduction des risques ou les politiques migratoires. Décryptage.


    Pierre-Yves Bournazel (Horizons) : un soutien global aux engagements, mais des réponses peu détaillées

    Candidat aux municipales de 2026 à Paris et figure du parti Horizons, Pierre-Yves Bournazel se montre globalement favorable aux propositions portées par les acteurs-rices de la lutte contre le VIH. Dans le questionnaire adressé aux candidats-es, il répond : « Oui, je m’engage » à l’ensemble des vingt mesures proposées, qu’il s’agisse de défendre l’Aide médicale de l’État, de lutter contre la sérophobie, de renforcer le dépistage « en aller-vers » ou encore de soutenir les associations et les dispositifs de médiation en santé. Cette adhésion quasi systématique reste toutefois peu détaillée : hormis deux commentaires, le candidat ne précise ni calendrier ni moyens concrets pour mettre en œuvre ces engagements. Sur la prévention, Pierre-Yves Bournazel met notamment en avant la création de structures municipales de santé ― expliquant vouloir « développer un centre de santé municipal dans chaque arrondissement ―, qui auraient pour mission de « faciliter l’accès aux soins pour toutes et tous » et de constituer « des lieux identifiés où l’on pourra accéder facilement à la Prep, avec un accompagnement adapté ». Il insiste également sur le rôle des associations, estimant nécessaire de « sécuriser financièrement les associations, par des engagements pluriannuels de soutien, afin de leur garantir une visibilité et des capacités d’accompagnement durables ». Des positions qui témoignent d’un soutien de principe aux politiques locales de lutte contre le VIH, mais dont les modalités concrètes restent, à ce stade, peu voire pas du tout précisées.

    Rachida Dati (Les Républicains) : des engagements partiels et plusieurs lignes rouges
    Candidate à la mairie de Paris et figure de la droite (Les Républicains), Rachida Dati apporte un soutien plus nuancé aux propositions des acteurs-rices de la lutte contre le VIH. Dans le questionnaire, elle refuse notamment de s’engager à défendre l’Aide médicale de l’État (AME) et à s’opposer aux mesures d’éloignement du territoire visant des personnes vivant avec le VIH, estimant que ces sujets relèvent avant tout du Parlement et de l’État. Elle reconnaît que l’AME est « un dispositif bénéfique pour la santé publique », mais souligne que le rapport Stéfanini-Evin de 2023 préconise de la « transformer en profondeur », et conclut qu’« il n’est pas du rôle de la municipalité de se substituer aux parlementaires ». Sur d’autres points, la candidate de droite (LR et Modem) répond favorablement ou « sous conditions » à plusieurs engagements, notamment en matière de prévention, de dépistage ou d’accès aux soins. Elle met en avant la création de « Bus des femmes » dédiés à la prévention, aux dépistages et aux soins primaires, ainsi qu’un plan pour développer des structures de santé de proximité et lutter contre les déserts médicaux. Rachida Dati affirme également vouloir renforcer la prévention et la communication en santé sexuelle, tout en défendant une approche de la réduction des risques centrée sur l’abstinence concernant le chemsex, expliquant qu’elle mettra en place « un système qui conduit les consommateurs vers l’abstinence » et qu’elle « refusera tout projet qui propose à l’inverse d’accompagner dans la consommation ». Ces positions s’inscrivent dans une trajectoire politique déjà visible au Conseil de Paris, où Rachida Dati et son groupe n’ont pas soutenu les salles de consommations à moindre risques (aujourd’hui nommées HSA pour Halte Soins Addiction) et ont voté contre certaines subventions à des associations LGBT+. Des prises de positions qui s’inscrivent aussi dans l’histoire de son parti, Les Républicains, héritier de la droite parlementaire qui s’est opposée aux HSA, aux grandes avancées législatives pour les droits des personnes LGBT+ (comme le PACS ou le mariage pour tous) et qui plaide régulièrement pour un durcissement des politiques migratoires, notamment sur l’AME ou le droit au séjour pour soins.

    Sophia Chikirou (LFI, Nouveau Paris Populaire) : un soutien sans réserve aux engagements contre le VIH
    Candidate LFI aux municipales de 2026 à Paris, la députée Sophia Chikirou porte les couleurs du Nouveau Paris Populaire, une coalition de gauche qui s’inscrit dans la continuité de la dynamique du Nouveau Front populaire et rassemble notamment des forces issues de La France insoumise et d’autres composantes de la gauche parisienne (sans le PS, le PCF et EELV). Dans le questionnaire adressé aux candidats-es sur la lutte contre le VIH, elle apporte un soutien sans réserve aux propositions formulées par les acteurs-rices du secteur, répondant : « Oui, je m’engage » aux vingt mesures proposées. La candidate soutient ainsi la défense de l’Aide médicale de l’État, l’opposition aux mesures d’éloignement visant des personnes vivant avec le VIH, le renforcement de la prévention combinée ou encore la sécurisation des financements associatifs. Sophia Chikirou insiste particulièrement sur la nécessité de lutter contre les discriminations, qu’elle considère comme un obstacle majeur à l’accès aux soins : « La lutte contre les discriminations est un enjeu essentiel et fondamental car elle doit permettre de lever tous les freins à l'accès au soin et à l'inclusion ». Elle plaide aussi pour des politiques publiques construites avec les usagers-ères et propose la création d’une carte de résidence parisienne, destinée « à toutes les personnes résidant à Paris, quelle que soit leur nationalité ou leur situation administrative », afin de faciliter l’accès aux services municipaux. Sur la prévention, la candidate LFI affirme que « la prévention est au cœur de [son] programme », évoquant notamment la mise en place de bus itinérants de santé dans les zones prioritaires pour renforcer dépistage et accompagnement des publics les plus vulnérables. Plus largement, Sophia Chikirou défend le déploiement d’ « une véritable politique de santé publique, articulée autour de la prévention, du dépistage, de la réduction des risques et de la prise en charge globale ».

    Emmanuel Grégoire (Union de la gauche et des écologistes) : dans la continuité des politiques parisiennes de lutte contre le VIH

    Ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo et candidat à la mairie de Paris à la tête de l’Union de la gauche et des écologistes (PS, EELV, PCF, Place publique, L’Après), Emmanuel Grégoire se positionne dans la continuité des politiques municipales menées ces dernières années en matière de lutte contre le VIH. Dans le questionnaire adressé aux candidats-es, il répond : « Oui, je m’engage » aux vingt propositions formulées par les acteurs de la lutte contre le sida, qu’il s’agisse de défendre l’Aide médicale de l’État, de renforcer la prévention combinée, de soutenir les associations ou d’améliorer l’accès aux droits et aux soins pour les personnes les plus exposées. Le candidat souligne l’importance de renforcer les politiques d’« aller-vers » et le rôle du tissu associatif. Dans ses commentaires, il met en avant l’expertise des structures de terrain, estimant que « l’action de terrain et l’expertise des associations d’"aller-vers", des médiateurs et médiatrices en santé […] est primordiale ». Emmanuel Grégoire défend également la poursuite des expérimentations et des initiatives locales, notamment pour améliorer le dépistage et l’accès à la prévention, en direction des « populations-cibles (primo-arrivants, communautés afro-caribéennes, TDS, personnes trans, HSH, etc.) ». Sur les questions sociales, il souligne le rôle déterminant du logement et de l’accompagnement des publics précaires, en particulier pour les personnes LGBT+ en situation d’exil. Enfin, il affirme vouloir poursuivre et renforcer certaines politiques parisiennes déjà engagées, notamment sur le chemsex : « Paris est la première ville à s’être dotée d’un plan Chemsex », rappelle-t-il, en plaidant pour soutenir les associations et développer les actions de réduction des risques et de lutte contre la stigmatisation.


    Un plaidoyer fruit d’un long travail 
    Le plaidoyer de Vers Paris sans sida (VPSS) s’appuie sur un travail de concertation engagé en 2025. Un livre blanc a d’abord été élaboré, rassemblant 22 propositions pour renforcer la réponse au VIH à Paris et en Seine-Saint-Denis. Ces mesures ont ensuite été synthétisées sous la forme d’un questionnaire de 20 questions, adaptées aux compétences de la Ville (à la fois commune et département, concernant Paris) sur plusieurs thèmes : prévention et dépistage, accès aux soins, soutien aux associations, réduction des risques, lutte contre les inégalités sociales de santé et protection des publics les plus exposés. Dans un souci d’équité, ce questionnaire a été transmis le 2 février dernier à l’ensemble des équipes candidates, à l’exception de l’extrême droite, jugée incompatible avec les principes défendus par la démarche (défense des populations clés du VIH, réduction des risques et respect des droits humains). L’équipe de VPSS a également rencontré plusieurs équipes de campagne pour présenter leur travail. L’objectif affiché : offrir aux électeurs et électrices une lecture politique et comparative des positions des différentes listes sur la lutte contre le VIH.