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    L’Actu vue par Remaides : « Municipales 2026 à Paris : des menaces et des promesses »

    • Actualité
    • 11.03.2026

     


    Des militants-es lors d'une manifestation de lutte contre le sida à Paris en 2025.
    Photo : Fred Lebreton

    Par Jean-François Laforgerie 

    Municipales 2026 à Paris : des menaces et des promesses


    Différents programmes pour les élections municipales de mars 2026, notamment ceux de certains-es candidats-es à paris, abordent la question des relations avec les associations (contrôle, financement, soutien) et les enjeux de santé, notamment en matière de RDR, Remaides a lu quelques programmes et recensé les mesures préconisées. Panorama non exhaustif.

    Texte :
    Les associations entre contrôle, censure et soutien
    Récemment, l’Observatoire des libertés associatives a publié un rapport sur la multiplication des pressions visant à exiger des associations ― tous champs confondus ― qu’elles renoncent à tout engagement politique. Et cela, alors même que d’un point de vue légal, les associations n’ont pas de devoir de neutralité ― sauf dans le cas où elles assurent une mission de service public. En fait, comme le souligne un article de Médiapart, le cadre qui prévaut ― et donc les limites qui vont avec ― est celui de la liberté d’expression.
    À l’occasion de la campagne de municipales en cours, on voit, çà et là, dans certains programmes une volonté de contrôle du milieu associatif, notamment au moyen de l’attribution (ou non) de subventions municipales. La privation (temporaire ou définitive) de subsides est l’arme d’une politique de censure aux contour variés. À Marseille, par exemple, la candidate de la droite et du centre (celle qui reprend à son compte la formule du Maréchal Pétain : « Travail, Famille, Patrie », à laquelle elle adjoint le mot : respect), Martine Vassal, envisage en cas d’élection de créer une cellule municipale chargée de combattre celles et ceux qui « fracturent et font monter les haines ». Cette cellule de lutte contre les stigmatisations envisage comme le rapporte Le Figaro Marseille (10 février), de sanctionner les personnes et mouvements qui iraient à « l’encontre des valeurs républicaines ». La candidate voit large puisque cette structure ratisserait des mouvements islamistes aux groupes antifascistes et de l’ultra-droite aux groupuscules issus de l’extrême gauche. La cellule recenserait les signes forts et les signaux faibles de possibles dérives et appliquerait un train de sanctions dont la coupe de subventions aux associations qui useraient de l’aide municipale à des fins de prosélytisme.

    À Paris, Rachida Dati, la candidate de la droite, entend, elle aussi, mener la guerre « aux associations clientélistes ». La notion n’est pas précise. De quoi parle-t-on ? La lecture d’un article du Figaro (9 février) explicite un peu plus l’objectif. Il y a quelques temps, la candidate a dénoncé les « deux milliards d’euros » qui auraient été versés par l’actuelle municipalité à des « associations clientélistes ». Un des critères qui serait appliqué par la candidate (LR) serait d’arrêter les subventions aux associations « dont l’utilité serait trop éloignée des Parisiens ». Dans le viseur, les associations œuvrant à l’international. Quand sera-t-il des financements attribués aux actions de santé, ceux pour le VIH, par exemple ? Dans son article, Le Figaro souligne que l’effort de la Ville en faveur des associations a été « croissant ». Selon un rapport de la Cour régionale des comptes, le montant total est en hausse de 41,3 millions d’euros entre 2021 et 2024. D’ailleurs, Rachida Dati explique dans son programme Changer Paris (page 9), chapitre « Cette ville, je la gérerai avec le plus grand sérieux budgétaire » : « Je lancerai un contrôle de toutes les subventions, avec pour objet d’en réduire le volume en les recentrant sur les priorités locales et en supprimant les subventions militantes [sans plus de précisions, ndlr] ou sans lien avec les Parisiens. » Parmi les structures visées, selon Le Figaro, figurerait SOS Méditerranée qui aurait reçu 100 000 euros en décembre 2025 pour ses opérations de sauvetage en mer de personnes migrantes. 
    De son côté, Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons, soutenu par les anciens Premiers ministres Edouard Philippe et Gabriel Attal, entend réduire les aides aux associations de 50 millions d’euros la première année. Il a d’ailleurs annoncé un audit des cent plus importantes subventions accordées par la Ville et même sa volonté d’imposer des « contrats d’objectifs et de performances aux structures concernées », indique Le Figaro.

    L’arrêt de financement des associations dites « politisées »
    Dans une interview au Figaro (28 janvier 2026), la candidate Reconquête (extrême droite), Sarah Knafo a expliqué qu’elle entendait réaliser plusieurs milliards d’euros d’économie. Cela passerait par une réduction de moitié des effectifs des agents-es municipaux en dix ans que compléteraient d’autres mesures. La candidate d’extrême droite avance ainsi : « J’économiserai entre un milliard en dix ans en cessant de subventionner des associations politisées, à savoir des associations qui favorisent l’illégalité, par exemple en créant un appel d’air pour les clandestins, qui font des recours réguliers contre les pouvoirs publics, ou qui prennent position lors des élections, par exemple, par des appels au front républicain. S’ils excluent ainsi certains Français, ils ne méritent pas d’être financés par eux. »
    Sur son site Internet de campagne, Sarah Knafo développe d’ailleurs cette annonce. Elle figure dans la section « Dépenser moins ». En 2024, la Ville de Paris a versé 310 millions d’euros de subventions à diverses associations sportives, culturelles, humanitaires, etc. Évidemment, nous maintiendrons intégralement les subventions aux associations comme Les Restos du cœur, la Croix-Rouge, les associations d’aide aux personnes handicapées, celles d’activités artistiques ou sportives pour les enfants, les subventions aux crèches associatives. Mais nous supprimerons les subventions aux associations qui n’ont plus lieu d’être », explique-t-elle. Et d’indiquer : « Nous ne verserons plus de subventions aux associations :
    - politisées et militantes ;
    - qui ne relèvent pas d’une action d’intérêt municipal (aide au développement, etc.). Selon la méthode du faisceau d’indices [L’Intérêt d’une telle technique est de permettre de statuer sur une situation qu’aucune preuve ne permet seule d’apprécier, ndlr] du Conseil d’État, nous considérons comme politisées les associations qui :
    - favorisent la clandestinité ;
    - entravent l’action publique en attaquant la puissance publique et en déposant des recours réguliers contre les administrations (État, municipalités, etc.) ;
    - prennent position lors des scrutins, appellent à voter pour certains candidats ou à faire barrage contre d’autres. Nous avons examiné les 2 830 lignes du tableau de subventions votées en Conseil de Paris en 2025 afin de les passer au crible. Il en ressort une réduction de plus de 100 millions d’euros par an des subventions aux associations », souligne Sarah Knafo.
    Autre vision du monde associatif dans le programme d’Emmanuel Grégoire, le candidat socialiste entend, lui, « sécuriser les subventions par des conventions de financement pluriannuelles et créer un fonds d’urgence pour les associations en difficulté. » Il propose aussi de « faciliter l’accès aux bâtiments municipaux et la mutualisation des locaux pour l’organisation d’événements et de réunions. » Le programme envisage aussi de « structurer un parcours de formation gratuit pour les dirigeantes et dirigeants associatifs. »

    Des propositions sur la santé et la RDR
    Dans le Nouveau Paris Populaire, le programme de LFI et ses alliés-es pour les municipales de mars prochain, il est question de santé. C’est l’objet du chapitre 14 : « Pour un service public communal de la santé ». Plusieurs mesures y sont déclinées comme, entre autres, le fait de « développer une politique ambitieuse de prévention et d’éducation à la santé », de « garantir l’égalité d’accès à des soins de haut niveau à Paris » ou encore de « prévenir et soigner plutôt que réprimer : une politique de santé face aux addictions. » « Les addictions constituent un enjeu majeur de santé publique. Les nier ou y répondre uniquement par la répression ne fait qu’aggraver les situations de dépendance, exposer davantage les personnes concernées et déplacer les problèmes sans jamais les résoudre », explique le programme. Et la feuille de route de LFI de développer : « Les politiques locales et nationales fondées sur l’éloignement et la stigmatisation ont montré leurs limites et leurs dangers, tant sur le plan sanitaire que social. À l’inverse, les évaluations de l’expérimentation française des haltes soins addictions ont démontré des bénéfices clairs en matière de réduction des risques, d’accès aux soins et de diminution des consommations dans l’espace public (…) il est donc urgent de déployer à Paris une véritable politique de santé publique, articulée autour de la prévention, du dépistage, de la réduction des risques et de la prise en charge globale des personnes dépendantes. » Sur ce point, la mesure-clé de la candidate Sophia Chikirou est de « développer un réseau Haltes Soins addictions sur la base de structures de petite taille pour la prévention, l’accompagnement et la prise en charge dans les quartiers où les besoins e font sentir, accueillant un nombre de personnes limité afin de garantir aux usagers et aux structures une insertion harmonieuse dans le tissu urbain, sans nuisance, ce que la seule structure actuelle de l’hôpital Lariboisière, surchargée, est incapable d’assurer. »

    La candidate LFI propose aussi de « favoriser l’accompagnement des consommateurs de substances addictives via un parcours de santé combinant une approche médicale et une approche de réinsertion sociale par la création d’espaces de repos et de mise à l’abri afin d’éviter les remises à la rue » ; de « développer des campagnes municipales de prévention et de sensibilisation aux risques liés aux addictions (tabac, alcool, drogues, jeux d’argent, malbouffe) » et de « sensibiliser les consommateurs aux impacts des consommations sur la tranquillité publique, dans une logique de responsabilisation et de non-stigmatisation. »

    La consommation de produits est aussi abordée dans le programme de la droite parisienne. « Je lutterai contre le trafic et la consommation de crack par la création de centres de soins en dehors des zones densément peuplées et tournés vers la sortie de l’addiction » peut-on lire dans le programme de Rachida Dati (page 7). Cette proposition en figure pas dans un chapitre Santé, mais dans un chapitre consacré à la sécurité (« Cette ville je la rendrai sûre ») ce qui en dit long sur la façon dont la candidate à la Mairie de Paris envisage la réduction des risques.

    La santé fait l’objet de plusieurs propositions dans le programme du candidat socialiste Emmanuel Grégoire (« Paris est à vous ! »). Elles figurent dans le chapitre « Paris populaire : une ville qui protège et émancipe ». Elles sont d’ordre divers, allant de la « création d’une mutuelle parisienne abordable et de qualité », à la mise en place de « 100 nouveaux lieux de soin de proximité de secteur 1 », en passant par la mise en place d’un « plan ambitieux pour la santé sexuelle » comprenant « dépistage, prévention et contraception » dont l’objectif est : « Zéro nouvelle infection au VIH en 2030 et la liberté de disposer de son corps sans discriminations. » Emmanuel Grégoire mentionne aussi la RDR puisque son programme propose : « des équipes pluridisciplinaires et des lieux dédiés à la réduction des risques, pour prendre en charge les personnes en errance, notamment les usagers de drogues et les personnes souffrant de troubles psychiques. »

    Du côté de l’extrême droite, le programme du RN porté par le député européen Thierry Mariani aborde, lui aussi, la question des drogues. L’extrême droite propose de « supprimer les salles de shoot à Paris [il n’en existe qu’une, ndlr] et d’ouvrir un centre de soin unique pour traiter la toxicomanie. » Il propose aussi de créer (sans plus de précisions) un « Plan de lutte contre la consommation de stupéfiants et d’accompagnement vers la réinsertion sociale. »

    Le programme de Pierre-Yves Bournazel, candidat du groupe Horizons (droite), soutenu par une partie de la République en marche, revient aussi sur les enjeux de santé. Le candidat y explique qu’il maintiendra « la halte soins addictions », mais qu’il l’adossera « à un centre mobile et à une prise en charge psycho-médicosociale ». Il entend, par ailleurs, « attirer plus de médecins à Paris pour réduire les délais d’attente pour un rendez-vous » dans la capitale. « En matière de santé, Paris reste un désert médical, explique-t-il dans son programme. Malgré une densité de médecins généralistes deux fois supérieure à la moyenne nationale, les délais d’attente pour obtenir un rendez-vous, mais aussi le niveau de dépassements d’honoraire pratiqués par les spécialistes continuent de freiner l’accès des Parisiens à la santé » explique son programme.

    Lutter contre les discriminations et œuvrer à l’inclusion
    Le programme du candidat Horizons défend le fait que Paris soit une « ville plus inclusive pour les LGBTQIA+ » « Paris est la ville où l’on vient conquérir sa liberté, la liberté de vivre sa vie. C’est l’âme et la force de notre capitale d’accueillir toutes les identités et toutes les différences. Elle incarne l’esprit de progrès, d’ouverture et de tolérance. Chacun peut y venir exprimer ce qu’il est et affirmer sa liberté d’aimer. C’est pourquoi j’y développerai des services publics municipaux inclusifs, en généralisant la formation des agents à la lutte contre les discriminations, en actualisant des formulaires administratifs, en généralisant la présence de référents LGBTQIA+ dans les services d’accueil du public pour un meilleur accompagnement et un service public exemplaire. Je faciliterai les parcours de changement d’état civil en mairie, avec une meilleure information et un accompagnement respectueux et digne, en lien avec les associations. Je développerai également des actions dédiées aux seniors LGBTQIA+, notamment via la démarche Grey Pride et la formation des personnels des Ehpad et des services d’aide à domicile », explique le programme de Pierre-Yves Bournazel. « Les professionnels de santé municipaux dans les nouveaux Paris Santé Prévention seront également formés spécifiquement aux enjeux de santé LGBTQIA+ », indique-t-il.
    Dans son programme, Emmanuel Grégoire, candidat socialiste, explique qu’il entend « créer une mission municipale en charge de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine LGBTQIA+, dotée de référents dans chaque arrondissement pouvant être saisis par les usagers et chargée de superviser la formation des agents municipaux pour assurer les standards les plus élevés en la matière. » Il préconise aussi de « réaliser de grandes campagnes de testing pour lutter contre les discriminations dans tous les domaines (logement, emploi, accès aux établissements publics et privés, etc.) et démultiplier l’offre de permanences juridiques pour soutenir les victimes de discriminations. » Enfin, il souhaite « mettre en place une expérimentation sur le récépissé de contrôle d’identité pour lutter contre les discriminations, en lien avec la Préfecture de Police. »


    Pour aller plus loin :
    Municipales 2026 : France Assos Santé (FAS) présente ses propositions pour la santé
    Les 15 et 22 mars prochains, se dérouleront les élections municipales. À l’occasion de cette échéance électorale importante, France Assos Santé (FAS) explique se mobiliser pour « porter les attentes des Français-es ». C’est tout l’enjeu de son manifeste, « La santé : une priorité pour les habitants, un levier d’action pour les maires » que vient de publier le collectif. Articulé autour de l’accès aux soins et la promotion d’environnements sains, il se décline en dix-sept propositions. FAS invite les candidats-es comme les électeurs-rices, à « s’en saisir. »