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    L'Actu vue par Remaides : Mémoires vives : Minitel : 36 15, tapez MEDIK

    • Actualité
    • 09.01.2026

     

    memoires vives

     

    Crédit : Studio Capuche

    Par Morgane Vanehuin

    Mémoires vives : Minitel : 3615, tapez MEDIK

     

    Archiviste de l’association AIDES, Morgane Vanehuin propose, dans la rubrique « Mémoires vives », d’explorer les fonds d’archives de l’association. Dans ce numéro, retour vers le futur avec une technologie made in France qui a marqué plusieurs générations : le Minitel.

    Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, Grindr en ce temps-là n’existait pas, mais il y avait le Minitel ! « Ancêtre » et concurrent français d’internet, l’utilisation du Minitel se répand dans les années 80. Cette boîte de forme cubique, composée d’un écran avec images très pixellisées et d’un clavier, fait d’abord l’objet d’expérimentations en Bretagne, en Île-de-France et en Alsace. Initialement utilisé comme un outil censé remplacer l’annuaire papier, ce service de télécommunication interactive s’appuie sur le réseau téléphonique pour permettre l’accès à diverses sources d’informations. Bien avant les applications et les sites de rencontres en ligne, il propose même des systèmes de messageries instantanées de rencontres populairement désignés comme « Minitel rose ». Le Minitel connait son âge d’or en France au milieu des années 90, avec environ 6,5 millions de terminaux en circulation en 1993 (sources : INA). Progressivement rendu obsolète par internet et les ordinateurs personnels, il disparaît officiellement… le 30 juin 2012 !

    Le 11 décembre 1985, soit un an après la création officielle de AIDES, l’association de lutte contre le VIH/sida débarque sur le Minitel, via le centre serveur « TV INFO » du groupe TF1. Elle y diffuse les actualités médicales de l’épidémie, des données chiffrées mises à jour par le « Groupe Médecins » de AIDES, un glossaire médical, une présentation des différents groupes de volontaires et leurs actions, ainsi que des informations quant aux outils et stratégies de prévention. Pour celles et ceux qui ne trouvent pas de réponse à leurs interrogations, AIDES met à disposition une messagerie électronique. Cette messagerie permet d’interagir directement avec des membres de l’association. L’anonymat du public est garanti, comme dans toutes les actions de AIDES dans lesquelles la confidentialité constitue une valeur essentielle. Ce sont les volontaires de la Permanence téléphonique (la « PTL ») qui s’occupent de répondre aux messages reçus.

    Un document interne de bilan annuel réalisé par le « Groupe Minitel-Télématique de AIDES » estime le nombre de connexions en 1987 à 17 515, d’une durée moyenne de 3 minutes par consultation. TV INFO arrêtant son activité en avril 87, AIDES signe un nouveau contrat avec la société « MAGISTEL ». Cette société propose son « service MEDIK », géré par « un groupe de médecins hospitalo-universitaires » (selon un communiqué de presse de MAGISTEL). Le « 36 15 + MEDIK » est pensé comme une interface de mise en relation entre le milieu médical et le grand public. Les espaces dédiés au VIH/sida sont exclusivement gérés par AIDES. 

    Le document, ici reproduit, est le communiqué de presse de AIDES annonçant l’arrivée de l’association sur le service télématique de MAGISTEL. Vous pouvez y retrouver une brève présentation des « 400 écrans-minitels » consultables. Ce communiqué fait partie d’un dossier plus conséquent, regroupant plusieurs documents d’archives produits par le Groupe Minitel-Télématique de AIDES : un exemplaire du contrat avec MAGISTEL, deux questionnaires ludiques quant à la sexualité, quelques notes manuscrites, ainsi qu’un exemplaire tapuscrit [un texte original tapé à la machine, ndlr] et annoté des pages accessibles sur le Minitel. Un brouillon d’arborescence informatique complète le dossier. Les actions Minitel de AIDES se poursuivent bien plus tard, jusque dans les années 2000.

    Le communiqué de presse fait partie d’un fonds d’archives historiques récemment collectées par mes soins, en compagnie d’un autre militant. Un ancien permanent de AIDES a souhaité nous confier ces documents. Je tiens d’ailleurs à remercier chaleureusement toutes les personnes qui ont permis la préservation et la transmission de ces archives. Le fonds est composé de six boîtes en excellent état de conservation. Ces archives ont été produites entre 1985 et 1988. Elles représentent de précieux témoignages des toutes premières années de l’histoire de l’association. Après classement et description selon les normes attendues, elles devraient rejoindre les Archives nationales (voir le numéro précédent de Remaides, N°132, été 2025). Le fonds est d’ores et déjà accessible aux Archives de AIDES. Il n’est pas nécessaire de taper « 36 15 + ARCHIVES » pour les consulter : un simple mail suffira.