L’Actu vue par Remaides : « Une personne sur deux atteintes de maladie chronique est prête à recourir à la téléconsultation »
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- 02.03.2026

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Par Jean-François Laforgerie
Une personne sur deux atteintes de maladie chronique est prête à recourir à la téléconsultation
Ces dernières semaines, des résultats d’étude ont été publiés. Ils permettent de mieux comprendre qui a recours à la téléconsulation, dans quel contexte et pour quelles raisons. Le recours à la téléconsultation semble intéresser les personnes en ALD et apparait comme un moyen de pallier les conséquences des déserts médicaux. Du côté de la ministre de la santé, une annonce a été faite, fin janvier sur un « assouplissement du plafond maximal de téléconsultations », pour faciliter son recours.
Un assouplissement du plafond maximal de téléconsultations
Récemment, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé que les médecins allaient pouvoir faire un peu plus de téléconsultations. En effet, le plafond maximal de téléconsultations que doivent respecter les médecins va être assoupli pour faciliter le développement de la pratique. Le gouvernement veut faciliter le développement de la télémédecine en assouplissant, dans certains cas, le plafond de 20 % de téléconsultations maximum que doivent respecter les médecins, a indiqué, fin janvier, la ministre de la Santé Stéphanie Rist, citée par l’AFP.
« Je suis convaincue que la télémédecine doit être un outil d’inclusion en permettant d’aller vers ceux et celles qui sont les plus éloignés du système de santé », a-t-elle déclaré lors de son discours de clôture des « Assises de la télémédecine », une concertation nationale de six mois organisée par le ministère de la Santé et l’Assurance maladie. « C’est pourquoi des dérogations » au seuil de 20 % « seront mises en place de façon ciblée », a indiqué Stéphanie Rist, « notamment » pour les médecins « retraités, remplaçants, en situation de handicap » ou les médecins « traversant des moments de vie particuliers, comme les jeunes parents ». La ministre souhaite également que les téléconsultations dans lesquelles le-la patient-e est assisté-e par un-e autre professionnel-e de santé (infirmier par exemple) ne soient plus comptabilisées pour le plafond de 20 %, souligne l’AFP. « La téléconsultation assistée sera développée dans les établissements sociaux et médico-sociaux, notamment les Ehpad. Tout le monde connaît en particulier l’enjeu très fort d’éviter les passages inutiles aux Urgences », a commenté Stéphanie Rist.
En France, le recours à la téléconsultation est encore faible. Il ne représente que 3,3 % du total des consultations, contre 13 % en moyenne dans les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).
Les jeunes, les diplômés-es et les habitants-es des grandes villes recourent davantage aux téléconsultations
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) et l’Insee (l’Institut national de la statistique et des études économiques) ont publié le 12 février une étude sur le recours et les motifs de recours à la téléconsultation. En 2024, 15 % des personnes âgées de 18 ans ou plus déclarent avoir recouru au moins une fois à la téléconsultation au cours des douze derniers mois. Les jeunes, les personnes diplômées du supérieur ainsi que les personnes ayant un niveau de vie élevé et celles en bonne santé ont davantage recours à la téléconsultation. Interrogés-es sur les motifs les poussant à la téléconsultation, les personnes enquêtées évoquent des délais d’attente trop longs pour un rendez-vous en cabinet, ou bien la nécessité de consulter en urgence ou encore le besoin de renouveler une ordonnance ou un certificat médical.
En 2023, 73 % des enquêtés-es estimaient que les téléconsultations sont un moyen de lutter contre les déserts médicaux. La téléconsultation n’est pourtant pas perçue que d’un œil favorable : plus de huit personnes sur dix considèrent qu’elle déshumanise la relation entre le-la patient-e et le-la médecin et plus de six sur dix qu’elle augmente le risque de fuite de données personnelles de santé. Enfin, 42 % de la population estime que la téléconsultation devrait être autorisée uniquement avec son-sa médecin traitant-e et 31 % avec des médecins que le-la patient-e a déjà vus.
Les personnes de moins de 45 ans y recourent quatre fois plus souvent que les personnes âgées de 60 ans ou plus, et les diplômés-es du supérieur, en moyenne, deux fois plus souvent que les personnes titulaires d’un CAP ou d’un BEP, indique l’étude. Parmi les autres caractéristiques des télépatients-es figurent un niveau de vie élevé et une bonne santé. Le lieu de résidence est également un facteur important. Les personnes résidant dans des grands centres urbains y ont beaucoup plus recours que celles résidant dans les territoires moins densément peuplés : en 2024, 21 % des habitants-es de grands centres urbains ont eu recours à la téléconsultation, contre 12 % des personnes résidant dans les centres urbains intermédiaires, les petites villes ou les ceintures urbaines et environ 10 % de celles habitant dans le rural périurbain ou non périurbain.
Source : Valentin Guilloton (Insee), Nicolas Paliod, Claudine Pirus (Drees). Plus d’infos ici.
Une personne sur deux atteintes de maladie chronique est prête à recourir à la téléconsultation
C’est ce qu’indique des travaux conduits par des équipes de médecine interne de l'AP-HP, de l’Université Paris Cité, de l’université Sorbonne Paris-Nord, de l’Inserm, et d'Inrae (CRESS) dans le cadre de l’étude REACTIVE, une étude visant à explorer les nouvelles modalités d’interaction entre les patients et leurs médecins, qu’il s’agisse de consultations par vidéo, par téléphone ou d’échanges via des messageries électroniques. Elles ont évalué le recours à la télémédecine dans le suivi de maladies chroniques. Une large proportion de patients-es se déclare favorable aux soins à distance, souligne un communiqué de l’AP-HP. Les chercheurs-ses rappellent que « dans le contexte de l'augmentation de la prévalence des maladies chroniques et le manque de professionnels de santé, le développement et l’optimisation du soin à distance pourraient contribuer à améliorer la continuité du suivi des patients et à gagner ainsi du temps pour les professionnels de santé, sur les consultations en présentiel ».
L’enquête, effectuée auprès de 2 000 adultes, a révélé que 47 % des patients-es ne disposent actuellement d’aucune possibilité de soin à distance avec leur médecin habituel. Les préférences des patients-es varient fortement selon la situation clinique. Le présentiel reste à privilégier en cas de symptômes nouveaux ou d’aggravation de l’état de santé, soulignent les résultats. En revanche, un-e patient-e sur deux se dit prêt-e à consulter à distance un autre médecin que le sien lorsque les délais pour obtenir un rendez-vous avec son médecin habituel sont trop longs, notamment pour un renouvellement d’ordonnance ou l’analyse de résultats d’examens. Les résultats de l'étude soulignent également que le soin à distance demeure insuffisamment proposé et intégré dans l’organisation actuelle des soins. Les auteurs-rices préconisent le développement de modèles de prise en charge « hybrides », combinant consultations en présentiel et à distance, adaptés aux besoins cliniques et aux préférences des patients-es.
Source : L’étude REACTIVE a fait l’objet d’une publication parue le 10 février 2026 dans la revue JAMA Network Open.
Auteurs-rices des travaux : Tiphaine Lenfat, Elodie Perrodeau, Philippe Ravaud, Viet-Thi Tran.