L’Actu vue par Remaides : « Lutte contre le sida : la proposition de résolution européenne d’Arthur Delaporte adoptée »
- Actualité
- 17.02.2026

Les enjeux de financement de la lutte contre le sida en Europe, dans le monde, au plan national sont toujours largement débattus lors des grandes conférences internationales sur le VIH.
Crédit : Gencon/IAS 2023
Par Jean-François Laforgerie
Lutte contre le sida : la proposition de résolution européenne du député Arthur Delaporte adoptée
Début février, une proposition de résolution européenne portée par le député (PS) Arthur Delaporte, « visant à sauvegarder et renforcer le financement en faveur de la lutte contre le VIH », a été examinée en séance plénière à l’Assemblée nationale. La résolution appelle la France et l’Union européenne à renforcer leur engagement financier dans la lutte contre le sida, notamment par une contribution accrue au Fonds mondial. Remaides revient sur les débats et le vote.
Un texte pour limiter les dégâts des décisions américaines dans la lutte contre le sida sur le plan mondial
Alors que l’objectif de stopper l’épidémie de sida d’ici 2030 était encore envisageable il y a un an, l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, et des baisses massives de l’aide publique au développement et l’interruption de nombreux programmes d’accès aux services et produits de santé dans les pays de mise en œuvre, remettent sérieusement en cause l’atteinte de cet objectif mondial.
En mars 2025, alerté par la situation d’alors ― le désengagement américain avec la fin de l’USaid et les attaques sur le Pepfar, le plan présidentiel américain de lutte contre le sida ― , le député français (PS) Arthur Delaporte avait déposé (13 mars 2025) une proposition de résolution demandant à la France et l’Union européenne de pallier le désengagement américain en accroissant « leur engagement, notamment via une contribution renforcée au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (The Global Fund). » Cette proposition n’avait pas été débattue alors.
La proposition de résolution européenne « visant à sauvegarder et renforcer le financement en faveur de la lutte contre le VIH » a finalement été examinée, onze mois plus tard, en séance plénière à l’Assemblée nationale, le 2 février 2026. En amont des débats dans l’hémicycle, plusieurs organisations engagées dans la lutte contre le VIH/sida (Action Santé Mondiale / Global Health Advocates ; Friends of the Global Fund Europe - Amis du Fonds Mondial Europe ; AIDES, Coalition PLUS ; La Croix Rouge française, Equipop ; The ONE Campaign ; Sidaction ; Solidarité Sida et Solthis) avaient appelé les parlementaires à se mobiliser aux côtés du député Delaporte et des députés-es cosignataires de la résolution, « afin de préserver les acquis obtenus au cours des dernières décennies et de poursuivre la trajectoire vers l’élimination du sida d’ici 2030.
Un quasi-consensus au cours de la discussion générale
À l’Assemblée nationale, le 2 février, la « discussion générale » a ouvert les échanges.
Plusieurs orateurs-rices se sont succédé.
« Nous vivons un moment que beaucoup n’auraient jamais imaginé connaître : l’éradication du VIH n’est plus un rêve lointain mais un objectif à portée de main (…) Pour celles et ceux qui ont traversé les années noires, qui ont vu des proches partir trop tôt, cet horizon a longtemps semblé irréel. Pourtant, la perspective de tourner la page d’une épidémie qui a marqué l’histoire contemporaine n’a jamais été aussi proche », a expliqué la députée (Les Démocrates) Maud Petit. Dans son intervention, elle a pointé que « depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les financements américains consacrés à la santé mondiale ont été drastiquement réduits. Les États-Unis, qui sont pourtant le premier contributeur historique du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ont mis fin au financement de l’Onusida, supprimé la quasi-totalité du Plan d’urgence présidentiel de lutte contre le sida (le Pepfar) et réduit de 83 % les contrats de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USaid) destinés aux programmes internationaux. » Maud Petit a indiqué que les « conséquences » de ces décisions étaient « concrètes » : « Des cliniques ferment, des campagnes de prévention s’interrompent, des traitements n’arrivent plus à destination et des flambées d’infection réapparaissent en Amérique latine, au Moyen-Orient ou encore en Afrique du Nord. » Et d’expliquer : « Dans ce contexte, l’Europe n’a pas le droit de rester spectatrice. La France, deuxième contributrice mondiale, et l’Union européenne ont une responsabilité historique : protéger les acquis, maintenir l’effort et assumer un leadership clair dans la lutte contre le VIH. C’est tout le sens de cette proposition de résolution européenne, qui appelle à renforcer la contribution européenne au Fonds mondial, à maintenir et amplifier le soutien à la recherche scientifique et à faire de la lutte contre le VIH une priorité stratégique de l’Union.
Le groupe Les Démocrates, qui partage pleinement ces objectifs, votera pour cette résolution, tout d’abord parce que l’Europe doit être un pilier de la solidarité internationale, ensuite parce que nous avons la capacité – et le devoir – de préserver les progrès scientifiques et de sauver des vies et enfin parce qu’en adoptant ce texte, nous affirmons que l’éradication du VIH d’ici à 2030 n’est pas un mirage mais une réalité possible à condition de rester unis, constants et déterminés. »
Le député (Horizons & Indépendants) Bertrand Bouyx a mis la focale sur l’Europe.
« Aujourd’hui, dans l’Union européenne, 765 000 personnes vivent avec le VIH. Près de 10 % d’entre elles ignorent encore leur séropositivité et, chaque année, 23 000 nouveaux diagnostics viennent rappeler que cette épidémie n’appartient pas au passé. Elle est bien là, tenace, insidieuse, et frappe d’abord les plus vulnérables – ceux que nos sociétés oublient trop souvent, ceux dont les voix portent moins que les nôtres », a souligné le député du Calvados. Le député a expliqué que cette « proposition de résolution », n’était pas un texte parmi d’autres, mais bien un « acte de résistance et de lucidité car, si nous baissions la garde, si nous considérions que la lutte contre le VIH est une bataille d’hier, nous commettrions une erreur historique que paieraient d’abord des femmes et des hommes déjà souvent oubliés dans nos sociétés et à travers le monde. »
« Il faut, premièrement, maintenir et amplifier les financements. L’Union européenne, dont la contribution au Fonds mondial pèse autant que celle des États-Unis, doit prendre le relais. Ce n’est pas de la charité mais un investissement : chaque euro dépensé pour la lutte contre le VIH, ce sont quatre euros économisés en coût de santé future », a notamment avancé le député, expliquant que son groupe comptait voter cette proposition de résolution.
Analyse voisine pour Constance de Pélichy, députée (LIOT) du Loiret, qui a expliqué que les décisions américaines ont déclenché une « crise mondiale du financement des programmes de lutte contre [le sida], avec un impact direct sur l’accès aux soins, la prévention et les chaînes d’approvisionnement. In fine, ce sont les presque 40 millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde qui en subissent les conséquences. » Et la députée de souligner : « Une telle situation met en péril des décennies d’efforts, de progrès médicaux et de coopération internationale. Elle révèle surtout la fragilité de notre système qui, trop dépendant d’un nombre restreint de financeurs, est exposé à ce type de décisions politiques unilatérales (…) Derrière les chiffres, devons-nous vraiment rappeler qu’il y a des vies humaines ? Face au désengagement américain, il est essentiel de faire en sorte que les décisions en matière de santé mondiale ne puissent plus être à la main d’un seul État. » Le groupe LIOT a indiqué qu’il comptait voter le texte.
On cite Hervé Guibert
C’est par une citation d’Hervé Guibert, célèbre écrivain décédé des suites du sida, qu’a démarré le député (Gauche Démocrate et République) Jean-Paul Lecoq, avant de cibler l’extrême droite dans son approche de l’épidémie. Il a ainsi expliqué : « L’extrême droite, en France comme ailleurs, s’est engouffrée dans cette peur [collective du sida, ndlr] pour proposer l’exclusion, la mise à l’écart, parfois même l’enfermement. Cette violence symbolique et politique a fait des ravages et entrave encore l’accès au dépistage, à la prévention et aux soins. » « Aujourd’hui, grâce aux traitements, il est possible de vivre avec le VIH. Il est même possible d’envisager la fin de la létalité du sida. Mais rien n’est garanti car la solidarité internationale – qui figure dans notre devise française sous le nom de fraternité – est remise en cause par l’extrême droite. Dans cet hémicycle même, l’extrême droite organise des débats contre cette solidarité en la stigmatisant et cherche sans cesse à vider les enveloppes budgétaires de l’aide publique au développement (APD). Cette aide n’est pas de la charité mais une action de santé publique et de sécurité collective ! J’ai souvenir d’avoir évoqué dans cet hémicycle (…) le danger que représenterait la suspension de l’activité de l’Agence des États-Unis pour le développement international (…) Alors je demande à ceux qui veulent appliquer une logique d’austérité à l’aide publique au développement : que direz-vous lorsque la maladie l’emportera ? Qu’allez-vous dire aux familles des victimes ? Aux malades ? Qu’on a préféré financer la bombe atomique ? » Le député a ensuite indiqué que son groupe allait voter la résolution.
L’extrême droite, obsédée par le wokisme, soutient malgré tout
« Face à cela, l’Europe ne doit pas détourner le regard et la France, forte de son engagement historique, doit assumer un rôle moteur. Cette proposition de résolution ne crée pas de nouvelles dépenses nationales – nous ne saurions à nous seuls compenser les 100 milliards de dollars que représentait le financement américain. Elle appelle à maintenir les engagements existants, à sécuriser le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, à préserver la recherche et à éviter l’effondrement d’un système qui a fait ses preuves. Soutenir cette proposition de résolution, ce n’est pas céder à une idéologie : c’est faire un choix de santé publique, de stabilité internationale et de responsabilité », a expliqué le député (Union des droites pour la République) Olivier Fayssat. Le député ciottiste a évidemment sa lecture personnelle de l’initiative de la gauche. « Connaissant l’agilité avec laquelle certains [à gauche, ndlr] savent insérer insidieusement d’éventuelles extensions imprévues dans des textes visant la défense de nobles causes. Je n’accuse personne mais il était question du financement de la lutte contre le sida et voilà que le rapport glisse sournoisement vers les discriminations de genre ! » a expliqué le député d’extrême droite, indiquant avec le plus grand sérieux : « Nous votons en faveur du financement de la lutte contre une maladie très grave et j’aimerais être certain qu’une partie de ce financement ne s’évaporera pas dans des actions d’inspiration wokiste (…) Nous ne voudrions pas être embarqués malgré nous, avec l’argent des Français, dans la défense de théories fumeuses ». Finalement, le député Olivier Fayssat a finalement indiqué que son groupe voterait la proposition.
Le RN aussi a eu son orateur : le député du Nord, Alexandre Dufosset. « Pour le Rassemblement national, la ligne est claire : la lutte contre le VIH est un impératif de santé publique. Elle l’est d’abord en France, où l’on déplore encore des milliers de découvertes de séropositivité chaque année (…) L’importance de ce combat contre l’épidémie oblige les nations à prendre leurs responsabilités, d’abord parce que l’Union européenne ne détient qu’une compétence d’appui en matière de santé. C’est aux États membres de prendre l’initiative, quitte à ce que l’Union européenne, ensuite, appuie, coordonne ou complète leur action », a expliqué le députe d’extrême droite. Développant de nombreux arguments alliant soutien (un peu) et suspicion (beaucoup), Alexandre Dufosset a résumé la position du RN : « Au fond, nos exigences sont claires : priorité aux besoins sanitaires des Français – pas d’engagement international sans garantie que notre propre système de prévention, de dépistage et de soins est consolidé ; conditionnalité et transparence – pas un euro de plus sans audits, indicateurs publics et obligations de résultat ; stratégie de souveraineté – recherche et production en Europe, sécurisation des approvisionnements, accès réel et prix maîtrisés ; stop à la bureaucratie – coordination utile, légère, évaluée et supprimée si elle n’apporte rien. » Et de conclure : « Si cette proposition de résolution est un chèque en blanc, signé au prix de notre souveraineté budgétaire et au profit d’une Europe bavarde et impuissante, alors ce sera sans nous. Mais s’il s’agit de remettre de la discipline, de la clarté et de l’efficacité dans l’effort international de lutte contre le VIH, alors nous sommes évidemment favorables. »
« La lutte contre le VIH ne peut pas dépendre de choix nationaux, parfois pris sans considération de leurs conséquences internationales, car elle a une dimension mondiale. La transmission ne s’arrête pas aux frontières – c’est un truisme. Cette proposition de résolution rappelle une chose essentielle : chaque vie compte, et chaque recul est une menace pour nous tous. Aujourd’hui, il y va de notre responsabilité – celle de la France, bien sûr, mais aussi celle de l’Europe –, car l’Europe ne peut pas se contenter d’observer. Elle doit agir et affirmer son rôle en matière de santé mondiale », avancé Brigitte Liso, députée (Ensemble pour la République) du Nord, avant d’expliquer que le groupe Ensemble pour la République soutiendra cette résolution.
Même soutien au texte de la part de la députée (France insoumise, Nouveau Front Populaire) Ségolène Amiot. « Le texte dont nous débattons s’inscrit dans une actualité inquiétante, notamment sur le plan international, puisque les États-Unis ont fait en 2025 une annonce catastrophique, celle du retrait d’une énorme partie de leur contribution financière à la lutte mondiale contre le VIH (…) Le texte que nous examinons est clair : il faut augmenter les dotations françaises pour financer la lutte contre le VIH ; il faut financer le Fonds mondial de lutte contre le sida et l’organisation Unitaid, que notre pays a fondée avec le Brésil. Or à ce jour, le gouvernement français n’a toujours pas annoncé sa contribution au Fonds mondial pour 2026. Pire encore, cette contribution sera sans l’ombre d’un doute en baisse car les budgets successifs de la Macronie ont amputé l’aide publique internationale de plus de 50 % ces deux dernières années, avec trois milliards de coupes au total depuis 2023 ! » « Face à toutes ces coupes, je m’inquiète. Je m’inquiète que la reprise de l’épidémie entraîne le retour des interdictions d’entrer sur le territoire aux malades, comme ce fut le cas aux États-Unis. Je m’inquiète que certains commencent à dire, comme Jean-Marie Le Pen en son temps, que le sidaïque est une espèce de lépreux. Je m’inquiète d’une reprise de l’épidémie quand je vois que chez nos jeunes, les cas de séropositivité découverts ont bondi de 41 % depuis 2014. Je m’inquiète car les discours masculinistes meurtriers diffusent l’idée qu’utiliser un préservatif, c’est perdre en virilité. Je m’inquiète qu’à La Réunion, les cas de séropositivité aient plus que triplé depuis 2022. Je m’inquiète quand je vois que le budget de la droite et des socialistes pousse des associations comme AIDES à un plan social d’ampleur pour éviter la fermeture totale, alors qu’elles luttent au quotidien contre cette maladie », a énoncé la députée. Et de conclure : « L’éradication du VIH ne peut être que mondiale. Il est grand temps que la France et l’Union européenne réagissent politiquement et financièrement à l’impérialisme américain ; il est grand temps d’augmenter la participation française et européenne à la lutte contre le VIH pour enfin l’éradiquer. »
Des craintes pour les associations françaises de lutte contre le sida
À la suite de la discussion générale, le député Arthur Delaporte, également rapporteur de la commission des Affaires européennes, est intervenu pour proposer des amendements, dont plusieurs étaient rédactionnels : cette proposition de résolution ayant été rédigée et déposée en 2025. Il s’agissait de mettre à jour les données et chiffres. Le gouvernement a indiqué qu’il était favorable à l’ensemble des amendements du rapporteur. Lors des échanges sur les amendements, le député Jean-Paul Lecoq est, lui aussi, intervenu sur ses inquiétudes concernant le milieu associatif français. « Nous nous inquiétons du fait que dans notre pays, les associations auront désormais moins de moyens, et qu’à l’échelle internationale, la solidarité ne va plus fonctionner. » Même inquiétude sur les associations de lutte contre le sida en France chez la députée Ségolène Amiot. « Les associations vous le réclament [une hausse des financements, ndlr] car certaines d’entre elles, comme AIDES, sont sur le point de licencier la quasi-totalité de leurs salariés faute de garanties sur leurs financements. Je ne suis pas sûre que la France ait le luxe de pouvoir se passer des associations de lutte contre le VIH, qui font le boulot, trop souvent abandonné par les pouvoirs publics, de prévention, d’information et de dépistage. C’est pourquoi je vous prie de nous informer et de nous dire quel est le budget prévu par le gouvernement pour la lutte contre le VIH, à l’intérieur de nos frontières et à l’étranger. »
Après l’examen et le vote des amendements, l’article unique de la proposition de résolution a été mis aux voix.
Nombre de votants : 135
Nombre de suffrages exprimés : 135
Majorité absolue : 68
Pour l’adoption : 135
Contre : 0