L’Actu vue par Remaides : « Lénacapavir : un accord commercial pour l’Amérique latine et dans les Caraïbes »
- Actualité
- 24.09.2026
Des activistes, notamment brésiliens-nes ou mexicains-nes, ont manifesté lors de la conférence AIDS de Rio,
en juillet dernier pour dénoncer les problèmes d’accès au lénacapavir. La signature d’un nouvel accord entre Gilead
et l’OPS devrait permettre d’y pallier pour plusieurs pays de ces régions. Image : Andrea Testoni. IAS 2026.
Par Jean-François Laforgerie
Lénacapavir : un accord commercial
pour l'Amérique latine et les Caraïbes
La firme pharmaceutique américaine Gilead a annoncé, mi-septembre, avoir conclu un accord avec l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS) afin d'élargir l'accès au lénacapavir (nom commercial américain Yeztugo), un traitement injectable de prévention du VIH, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Ces régions cherchent à freiner les nouvelles infections au VIH. Environ 140 000 nouvelles infections par le VIH surviennent chaque année dans ces régions. Explications.
Dans un communiqué qui fait écho à celui de la firme pharmaceutique, l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) a annoncé, le 15 septembre, une « nouvelle voie d’accès au lénacépavir pour la prévention du VIH en Amérique latine et dans les Caraïbes, grâce à ses fonds de roulement régionaux, en vertu d’un accord avec Gilead Sciences ».
Les fonds de roulement régionaux (ou FRR) de l’OPS sont des mécanismes de coopération technique qui permettent aux pays concernés d’accéder à des vaccins de qualité, à des médicaments essentiels et à des fournitures de santé publique à des prix abordables, de manière rapide et transparente.
Selon le communiqué de l’OPS, « cette initiative permettra à quatorze pays [l'Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l'Équateur, le Salvador, le Guatemala, le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Pérou, l'Uruguay et le Venezuela, ndlr] d’accéder à ce médicament préventif du VIH (Prep) à longue durée d’action. Ces pays ne sont pas couverts par ses accords de licence volontaires pour les versions génériques. Le nouveau dispositif vient donc compléter les mécanismes d’accès existants [les accords de licences volontaires, par exemple] et soutenir les « efforts visant à élargir les options de prévention du VIH dans toute la région. »
Le lénacapavir est un traitement prophylactique pré-exposition (Prep) injectable à longue durée d’action, administré deux fois par an. En 2025, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) l’a recommandé comme option supplémentaire de prévention du VIH par suite d’essais cliniques ayant démontré une efficacité de près de 100 % dans la prévention de l'infection par le VIH, rappelle l’OPS. En vertu de ce nouvel accord, les quatorze pays concernés pourront se procurer du lénacapavir via des fonds de roulement régionaux de l'OPS. Comme l’explique l’organisme, cette « nouvelle voie d'accès complète les accords de licences volontaires qui couvrent déjà 24 pays d'Amérique latine et des Caraïbes dans le cadre d'un dispositif d'accès mondial plus vaste, qui englobe 120 pays à travers le monde.
« Aujourd’hui, les Amériques disposent d’outils de plus en plus efficaces pour prévenir le VIH, mais ces innovations n’auront d’impact que si elles parviennent aux personnes qui en ont besoin », a commenté le Dr Jarbas Barbosa, directeur de l’OPS. « Cette initiative constitue une étape importante pour réduire les inégalités d’accès au lénacapavir, élargir les options de prévention offertes aux pays et faire progresser les efforts visant à mettre fin au VIH en tant que problème de santé publique », a-t-il ajouté.
Les problèmes d’accès au traitement ont été largement soulignés lors de la dernière conférence AIDS 2026 qui s’est tenue en juillet dernier à Rio. Les militants-es ont largement dénoncé le fait que ce traitement était alors largement inaccessible, y compris dans des pays qui avaient participé aux recherches cliniques concernant ce traitement. C’était le cas du Brésil, par exemple.

Des activistes, notamment brésiliens-nes ou mexicains-nes, ont manifesté lors de la conférence AIDS de Rio, en juillet dernier, pour dénoncer les problèmes d’accès au lénacapavir. La signature d’un nouvel accord entre Gilead et l’OPS devrait permettre d’y pallier, dasn plusiuers pays d'Amérique latine et des Caraïbes. Image : Andrea Testoni. IAS 2026.
Dans le cadre de cette initiative, la firme pharmaceutique Gilead s'est engagée à développer un processus de transfert de technologie au Brésil afin de faciliter la production locale de lénacapavir. « Ce processus est encore en cours d'élaboration et les échéanciers et mécanismes précis restent à définir. À plus long terme, l'augmentation des capacités de production régionales pourrait contribuer à une meilleure disponibilité du lénacapavir et à des conditions d'approvisionnement plus durables », pointe le communiqué de l’OPS. « L’accord conclu entre Gilead et l’OPS témoigne de notre engagement commun à aider les pays à passer le plus rapidement possible de l’innovation scientifique à un accès concret aux traitements de prévention du VIH et à un impact significatif sur la santé publique », a déclaré, de son côté, Johanna Mercier, directrice commerciale et des affaires institutionnelles de Gilead Sciences. Dans son communiqué, le labo rappelle que les nouvelles infections au VIH en Amérique latine et dans les Caraïbes ont augmenté de 13 % entre 2010 et 2024. C’est sûr qu’il était temps de faire un geste.
Derrière l’enthousiasme affiché, on sent néanmoins poindre la petite touche de prudence. Ainsi l’OPS explique que « l’introduction du lénacapavir dans les programmes nationaux de lutte contre le VIH se fera progressivement et dépendra des processus réglementaires nationaux, des protocoles cliniques, de la formation du personnel de santé et de la planification des programmes. » On comprend que tout ne va pas être simple. De son côté, l’Organisation panaméricaine de la santé a pour mission d’apporter une « coopération technique aux pays pour les aider à évaluer et quantifier leurs besoins, à élaborer des lignes directrices, à assurer le suivi et à préparer leurs systèmes de santé, contribuant ainsi à garantir que son introduction [celle du lénacapavir] soit fondée sur des données probantes et adaptée aux contextes nationaux. »
Et l’OPS de conclure : « L’élargissement de l’accès à des outils efficaces de prévention, de diagnostic et de traitement, et la garantie qu’ils atteignent toutes les personnes qui en ont besoin, demeureront essentiels pour réduire les nouvelles infections par le VIH et progresser vers l’objectif d’éliminer le VIH en tant que problème de santé publique d’ici à 2030. »