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    L’Actu vue par Remaides : « Jeunes et VIH : des "idées reçues" qui entretiennent la sérophobie »

    • Actualité
    • 15.04.2026

     

     

    Crédit image : DR

    Par Jean-François Laforgerie

    Jeunes et VIH : des idées reçues qui entretiennent la sérophobie


    À l’occasion du Sidaction, qui s’est tenu du 27 au 29 mars, l’association éponyme a publié les résultats d’une enquête réalisée par OpinionWay auprès de 1 516 jeunes âgés-es de 15 à 24 ans. C’est une tradition pour l’association (c’est la 16ème édition) qui, en amont de son grand événement annuel, souhaite mettre l’accent sur le niveau de connaissance de cette classe d’âge concernant le VIH et ses enjeux individuels et collectifs, sociaux et dans le champ de la prévention. Ces nouvelles données montrent la persistance de certaines idées reçues qui participent à la montée de la sérophobie. Retour sur des chiffres alarmants.


    Les « idées reçues » ont la vie dure
    En amont de chaque édition du Sidaction, l’association du même nom qui organise l’événement publie un sondage OpinionWay sur les idées reçues des jeunes de 15 à 24 ans sur le VIH et le sida. D’année en année, les chiffres semblent plus alarmants, montrant la permanence d’un certain nombre d’idées reçues, qui, pour certaines participent à la montée de la sérophobie et traduisent surtout une nette méconnaissance des enjeux, notamment en matière de prévention. Le sondage explique ainsi que 60 % des répondants-es indiquent avoir eu au moins un partenaire au cours des douze derniers mois ; dans ce cas : 62 % des jeunes reconnaissent ne pas avoir utilisé systématiquement de préservatif. Donc d’avoir eu des relations sexuelles non protégées par préservatif avec un-e partenaire sans connaître son statut sérologique.
    « Ces chiffres traduisent un relâchement préoccupant des comportements de prévention chez les jeunes. Le VIH n’a pas disparu, les IST sont en hausse et l’absence de protection ou de dépistage régulier constitue un véritable risque tant en termes de santé individuelle que de santé publique », a commenté Florence Thune, directrice générale de Sidaction, dans une communiqué de l’association (voir ici).

    Parmi celles et ceux ayant un-e ou des partenaires sexuels en dehors du couple, 27 % n’utilisent pas de préservatif, augmentant ainsi le risque d’exposition aux risques d’infection par une IST, dont le VIH. Seuls-es 38 % des jeunes sexuellement actifs-ves déclarent avoir réalisé un dépistage du VIH au cours de l’année écoulée. « La confiance, évoquée par une très large majorité des jeunes (68 %), reste la première raison pour ne pas réaliser de dépistage avec un nouveau partenaire. La perception du risque est encore largement mal évaluée, renforçant un sentiment de fausse sécurité », a d’ailleurs alerté Florence Thune.

    Quels résultats concernant les « idées reçues » sur le VIH dans le dernier sondage Opinion Way ?
    Si près des trois quarts (74 %) estiment disposer d’un niveau d’information suffisant sur le VIH, les connaissances demeurent très approximatives et les fausses idées restent nombreuses et structurantes. Ainsi :
    – Quatre jeunes sur dix pensent qu’un vaccin existe contre le VIH et qu’on en guérit (39 %). Mais à ce jour, il n’existe aucun vaccin contre le virus du sida. Aujourd’hui, aucun traitement ne permet d’éliminer complètement le virus de l’organisme. Les traitements antirétroviraux permettent aux personnes séropositives de bloquer la multiplication du VIH et de conserver un système immunitaire fonctionnel ;
    – 77 % des jeunes pensent que le VIH peut être transmis lors d’un rapport sexuel non protégé avec une personne séropositive sous traitement. Ce qui est faux. Avec une charge virale indétectable, ce qui est le cas de la très grande majorité des personnes en traitement, on ne transmet pas le virus ;
    – 39 % des jeunes pensent que le VIH peut se transmettre par un baiser. C’est faux. Le virus du sida ne se transmet pas par la salive, ni par la sueur, les larmes ou l’urine, d’ailleurs ;
    – 33 % estiment que s’asseoir sur des toilettes publiques est une source de transmission du VIH ce qui est faux. Sur le même principe, on ne peut pas être infecté-e en mangeant dans la même assiette qu’une personne séropositive, contrairement à ce que croient 27 % des jeunes interrogés-es, ni en lui serrant la main, ce que pensent pourtant 20 % d’entre eux-elles.

    Des idées qui font le lit de la sérophobie
    Si les jeunes apprenaient leur propre séropositivité, plus d’un sur deux déclarent qu’ils ressentiraient de la honte (56 %), un sentiment en hausse (+ 5 points par rapport à 2025). « La séropositivité demeure chargée d’un poids social et symbolique qui alimente la honte et l’auto-stigmatisation. Tant que les préjugés persistent, la prévention ne pourra pas être pleinement efficace. Lutter contre le VIH, c’est aussi lutter contre la sérophobie », avance Florence Thune.

    Autre donnée alarmante : la méfiance à l’égard des personnes vivant avec le VIH progresse. Ainsi, 39 % des 15-24 ans estiment qu’une personne séropositive sous traitement peut représenter un danger pour les autres. Un chiffre en hausse de 11 points en deux ans. La crainte est légèrement plus élevée si cette personne exerce dans les métiers de la santé (44 %, en hausse de deux points), mais est également présente si elle travaille dans les professions d’aide à la personne (39 %, en hausse de cinq points), dans le secteur de la petite enfance (39 %, en hausse de cinq points) ou encore de la restauration (36 %, en hausse de deux points). 
    Dans la sphère intime, ces perceptions pèsent aussi sur les relations : deux jeunes sur trois considèrent que connaître le statut sérologique d’une personne est un critère important pour envisager une relation sentimentale (66 %). Le sentiment à l’égard des personnes séropositives dans son cercle proche est encore aujourd’hui synonyme d’inconfort pour les 15-24 ans : près de six jeunes sur dix se disent mal à l’aise si une personne de leur entourage était séropositive (58 %), un score particulièrement élevé chez les jeunes hommes (63 %, contre 54 % parmi les femmes). Dans le détail, 35 % seraient mal à l’aise si la personne gardant leurs enfants était séropositive, et 30 % si l’enseignant l’était. Les jeunes évoquent également une gêne à partir en vacances avec une personne séropositive (32 %), à travailler avec un-e collègue concerné-e (29 %) ou à apprendre que leur meilleur ami l’est (29 %). Le corps médical n’est pas épargné : 31 % se déclarent mal à l’aise à l’idée que leur médecin traitant-e soit séropositif-ve et 27 % de devoir fréquenter le même cabinet qu’une personne séropositive.

    Par ailleurs, 21 % des jeunes interrogés-es croient que le sida est une maladie qui ne touche que les homosexuels et les personnes usagères de drogues (le terme « toxicomanes » a été utilisé dans le sondage). Pourtant, selon les chiffres de Santé publique France, les modes de transmission les plus fréquents chez les personnes diagnostiquées en 2024 étaient les rapports hétérosexuels (53 %) suivis des rapports sexuels entre hommes (42 %). Une autre donnée interroge :  20 % pensent que si « on regarde vraiment une personne », on peut savoir si elle a le sida ! Pour 19 % d’entre eux-elles, le VIH  ne circule vraiment qu’en Afrique.

    Intensifier la prévention
    « Aujourd’hui, une personne vivant avec le VIH sous traitement ne transmet pas le virus. Que cette réalité scientifique soit encore largement méconnue montre combien il est urgent de multiplier les campagnes d’information auprès du grand public », préconise Florence Thune. Sidaction appelle à une intensification de la prévention et à l’application des cours d’Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) tout au long de la scolarité. L’association a d’ailleurs été très active sur le sujet, aux côtés du Planning Familial et de SOS homophobie, puisque ces structures avaient saisi le tribunal administratif de Paris au motif que l’État n’avait pas respecté pendant 24 ans son obligation pourtant inscrite dans le Code de l’éducation de « garantir au moins trois séances annuelles d’éducation à la sexualité, de l’école au lycée ». Le tribunal administratif de Paris leur avait donné raison, condamnant l’État pour son inaction jusqu’en février 2025 (voir ici).

    Le sondage Opinion Way pour Sidaction, constate qu’en dépit d’un niveau d’information inégal, et pour certains aspects en baisse, les 15-24 ans se déclarent concernés-es par le VIH. « Dans un contexte de baisse des financements touchant le secteur associatif, en France comme à l’international, y compris les associations engagées dans la prévention et la lutte contre le VIH/sida, 74 % estiment qu’une progression de l’épidémie dans les prochaines années nécessiterait des actions réelles et immédiates dès aujourd’hui. 64 % se disent inquiets face à cette perspective, et dans les mêmes proportions jugent cette évolution probable (61 %) et difficile à contenir (60 %). Les jeunes Français-es se sentent directement concernés-es : seuls 32 % considèrent que l’Hexagone serait épargné et 46 % estiment qu’une telle situation aurait un impact sur leur quotidien.


    Qui a répondu ?
    Les idées reçues des jeunes sur le sida (16ème vague) a été publiée en mars 2026. Échantillon de 1 516 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 à 24 ans. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de région de résidence. L’échantillon était composé d’hommes à 51 % et de femmes à 49 %. Concernant l’activité, 30 % exerçaient un emploi, 55 % étaient étudiants-es ou élèves.

    Le Sidaction 2026 a récolté 3,6 millions d'euros de promesses de dons
    Le Sidaction 2026 a récolté 3,6 millions d'euros de promesses de dons
    L'association Sidaction a reçu 3,6 millions d'euros de promesses de dons pour la lutte contre le sida lors de la 32e édition de son week-end de collecte annuel qui s’est tenu fin mars. « Dans une période où la menace d'une crise économique internationale pèse sur chacun, nous tenons à saluer la fidélité et l'engagement des donateurs. Cette mobilisation, bien qu'en retrait, reste essentielle pour nous donner les moyens de poursuivre notre combat », a commenté Florence Thune, directrice générale de Sidaction, dans un communiqué, cité par l’AFP. L'association, fondée en 1994 notamment par Pierre Bergé et Line Renaud, a exactement recueilli 3,614 millions d'euros de promesses, contre 3,909 millions d'euros en 2025. Les dons au Sidaction servent à financer des recherches, des soins, des programmes d'aide aux personnes vivant avec le VIH, en France et à l'étranger, comme en Afrique. « Nous faisons face à une de nos plus graves crises : les financements se fragilisent alors même que les besoins restent considérables. Il est impératif de maintenir notre mobilisation collective pour éviter tout recul dans la lutte contre le VIH/sida », a souligné Florence Thune.