L’Actu vue par Remaides : « Hépatites virales : des progrès et des obstacles, y compris en France »
- Actualité
- 03.09.2026

Photo : AIDES. DR.
Par Jean-François Laforgerie
Hépatites virales : des progrès et des obstacles,
y compris en France
Chaque année, le 28 juillet, la Journée mondiale contre les hépatites est l'occasion de sensibiliser aux hépatites virales et de promouvoir les mesures visant à éliminer les hépatites en tant que menace pour la santé publique à l’horizon 2030. Des progrès sont enregistrés dans certains pays ; dans d’autres l’objectif de fin des épidémies n’est pas encore atteint. L’Actu vue par Remaides fait le point.
Faire tomber les barrières !
Cette année, le thème de la Journée mondiale contre l'hépatite 2026 est « Hépatite : faisons tomber les barrières ! ». Ce slogan, retenu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), appelle à « lever les obstacles qui empêchent les personnes d'accéder à des services de lutte contre l'hépatite susceptibles de leur sauver la vie ». Et cela dans un contexte où des vaccins efficaces (contre le VHB), des diagnostics fiables et des traitements contre les hépatites B et C permettent de prévenir les infections et de sauver des vies. Avec cette campagne 2026, l’OMS entend « renforcer l'engagement politique » et vise à « assurer des investissements durables afin d'élargir l'accès aux services de prévention, de dépistage, de traitement et de prise en charge, et d'accélérer les progrès vers l'élimination des hépatites virales en tant que menace pour la santé publique à l’horizon 2030. » Mais nous n’en sommes pas encore là.
Plus d’efforts à fournir pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030
En avril dernier, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a publié un rapport, à l’occasion du Sommet mondial sur l’hépatite. Le rapport expliquait que, selon les dernières données, les hépatites virales B et C ― responsables de 95 % des décès liés aux hépatites dans le monde ― ont fait 1,34 million de morts en 2024. Parallèlement, l’épidémie s’est poursuivie, avec plus de 4 900 nouvelles infections par jour, soit 1,8 million par an. Depuis 2025, les progrès ont été manifestes. Le nombre annuel de nouvelles infections par le virus de l’hépatite B (VHB) a diminué de 32 % et le nombre de décès liés à l’hépatite C (VHC) a baissé de 12 % à l’échelle mondiale. La prévalence de l’hépatite B chez les enfants de moins de cinq ans est tombée à 0,6 % et 85 pays parviennent à abaisser la prévalence à 0,1 %, conformément à l’objectif fixé à l’horizon 2030, ou font encore mieux. Pour autant, le rapport souligne que le rythme de progression actuel est « insuffisant pour atteindre tous les objectifs fixés à l’horizon 2030 en matière d’élimination ». De fait, il est urgent d’aller plus vite dans les domaines de la prévention, du dépistage et du traitement au plan mondial.
« Partout le monde, les pays montrent que l’élimination de l’hépatite n’est pas un rêve irréalisable, mais qu’elle est possible moyennant un engagement politique durable s’appuyant un financement intérieur fiable », avait d’ailleurs commenté en avril dernier le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS. « Ce rapport montre aussi que les progrès sont trop lents et inégaux. Beaucoup de personnes ne bénéficient ni d’un diagnostic ni d’un traitement à cause de la stigmatisation, de la fragilité des systèmes de santé et de l’accès inégal aux soins. Bien que nous disposions des outils pour éliminer l’hépatite en tant que menace pour la santé publique, il faut renforcer la prévention, le diagnostic et le traitement si l’on veut atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030 à l’échelle mondiale », avait-il ajouté.
Charge mondiale et lacunes de la riposte
Les estimations actualisées de l’OMS indiquent que 287 millions de personnes étaient atteintes d’une hépatite B ou C chronique en 2024. Cette année-là, 0,9 million de personnes ont contracté l’hépatite B ; dont 68 % des nouveaux cas sont survenus dans la région africaine de l’OMS, mais 17 % seulement des nouveau-nés de la région ont reçu une dose de vaccin anti-hépatite B à la naissance. De plus, 0,9 million de cas d’hépatite C ont été enregistrés en 2024. Les personnes consommatrices de drogues injectables représentaient 44 % des nouvelles infections. Moins de 5 % des 240 millions de personnes vivant avec une hépatite B chronique en 2024 bénéficiaient d’un traitement. Depuis 2015, année où un nouveau traitement de douze semaines permettant d’obtenir un taux de guérison d’environ 95 % est devenu disponible, 20 % seulement des personnes atteintes d’hépatite C dans le monde ont été traitées.
« En raison d’un accès limité à la prévention et aux soins, on estime qu’en 2024 1,1 million de personnes sont mortes de l’hépatite B et 240 000 de l’hépatite C, principalement des suites d’une cirrhose ou d’un carcinome hépatocellulaire [cancer du foie]. Une grande part des décès liés à l’hépatite B est survenue dans les régions africaine et du Pacifique occidental », soulignait le rapport d’avril dernier.
En 2024, 69 % des décès liés à l’hépatite B sont survenus dans dix pays ― l’Afrique du Sud, le Bangladesh, la Chine, l’Éthiopie, le Ghana, l’Inde, l’Indonésie, le Nigéria, les Philippines et le Vietnam. En 2024, 58 % des décès imputables aux conséquences de l’hépatite C chronique sont survenus dans les dix pays suivants : l’Afrique du Sud, la Chine, les États-Unis, la Russie, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, le Nigéria, le Pakistan et le Vietnam.
Des progrès dans certains pays
Malgré les difficultés documentées dans le rapport d’avril, les progrès réalisés en Égypte, en Géorgie, au Royaume-Uni ou encore au Rwanda montrent qu’il est possible d’éliminer l’hépatite en tant que problème de santé publique moyennant un engagement et des investissements durables. D’autant que les outils actuels sont très efficaces. Ainsi, le vaccin anti-VHB protège plus de 95 % des personnes vaccinées contre les infections aiguës et chroniques ; un traitement antiviral au long cours contre l’hépatite B peut contribuer à la prise en charge efficace des infections chroniques et à la prévention des maladies hépatiques sévères ; et la « thérapie curative brève » de l’hépatite C, d’une durée de huit à douze semaines, permet de guérir plus de 95 % des infections. Le rapport signale les mesures à prendre en priorité pour éliminer plus vite les hépatites en tant que menace pour la santé publique, dont la généralisation du traitement de l’hépatite B chronique, en particulier dans les régions africaine et pacifique occidental de l’OMS, ainsi que l’élargissement de l’accès au traitement de l’hépatite C dans la région de la Méditerranée orientale.
Le message de la fédération SOS hépatites & maladies du foie
« Hépatites virales, il est urgent de prendre des décisions politiques avant une nouvelle vague épidémique », insiste la fédération SOS hépatites & maladies du foie, dans un communiqué publié à l’occasion de la journée mondiale du 28 juillet. « On estime à 70 000 le nombre de personnes vivant encore aujourd’hui avec une hépatite C en France », souligne le communiqué qui pointe le fait qu’en 2018, le Premier ministre de l’époque, Edouard Philippe, et sa ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avaient pourtant présenté l’objectif national d’élimination du virus de l’hépatite C (VHC) pour 2025 en conformité avec les objectifs de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui avaient été fixés au niveau mondial pour 2030. Comme on le voit, cet objectif de 2025 n’est pas atteint et il n’est pas certain que celui de 2030 le soit davantage. Dans son communiqué, SOS hépatites & maladies du foie explique avoir « toujours demandé l’éradication du VHC. Car oui, il existe des traitements puissants et efficaces qui permettent de guérir en quelques mois, mais l’enjeu reste un dépistage en panne ». La fédération explique que « plus d’une personne sur 1 000 est atteinte d’hépatite C et ne le sait pas. »
Dans son communiqué, la fédération dit refuser « cet échec annoncé lié principalement à l’abandon du programme national de lutte contre l’hépatite C, à la baisse des crédits pour les pôles et les réseaux régionaux, ou les associations comme SOS hépatites & maladies du foie. Nous demandons à être reçus par la ministre de la Santé Stéphanie Rist pour proposer des solutions. »
« Dépistage, traitement, vaccin : le tiercé gagnant »
« Ne nous arrêtons pas au milieu du gué. Le feu de l’épidémie de l’hépatite C ne demande qu’à reprendre, c’est ce que nous apprend l’Islande qui est le premier pays à avoir réussi l’élimination de l’hépatite C en 2019 (…) et qui publie en 2026 son inquiétude face à une reprise possible de l’épidémie », explique le communiqué de la fédération. Et cette dernière d’expliquer : « Accès aux traitements, priorité de santé publique, politique de réduction des risques ne sont pas suffisants pour contrôler l’épidémie d’hépatite C. Il faut relancer la recherche sur le vaccin contre le VHC qui sera la seule arme pour permettre l’éradication pour 2030. Les maladies infectieuses qui ont été contrôlées au XXe siècle l’ont été grâce à des vaccins. L’hépatite B en est un bon exemple, il ne suffit pas de rendre obligatoire le vaccin de l’hépatite B chez le nourrisson pour contrôler l’infection : il faut renforcer le dépistage des adultes et les faire accéder à des vaccins de rattrapage. »
Pour la fédération SOS hépatites & maladies du foie, le « tiercé gagnant Dépistage, traitement, vaccin » doit être « porté politiquement » et « c’est aujourd’hui que SOS hépatites & maladies du foie attend la relance et l’adaptation d’un plan national de lutte contre les hépatites virales. »
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L'Europe va manquer les objectifs d'élimination 2030
Selon l’ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies), il est probable que l’Europe n’atteigne pas les objectifs d'élimination des hépatites virales B et C de 2030. Certes des progrès ont été réalisés, mais ils ne sont pas suffisants pour en finir avec ces épidémies. À cela, deux raisons principales : une prévention insuffisante et des lacunes en matière de vaccination (VHB). C’est ce qu’indique une récente alerte de cette agence sanitaire portant principalement sur le VHB. « Personne ne devrait mourir d'une maladie qui peut être prévenue, diagnostiquée et traitée, et pourtant des millions d'Européens vivent avec une hépatite B ou C chronique, souvent sans le savoir, ce qui peut avoir de graves conséquences à long terme, comme une insuffisance hépatique ou un cancer du foie », a déclaré Bruno Ciancio, responsable de l'unité Maladies à transmission directe et maladies évitables par la vaccination à l'ECDC, cité par le média Euronews. Selon les estimations officielles, environ cinq millions de personnes en Europe vivent avec une hépatite B ou C chronique et environ 60 000 personnes décèdent, chaque année, de maladies du foie liées à ces infections. Chez les moins de 25 ans, la part des cas d'hépatite B aiguë est passée de 11 % en 2015 à 8 % en 2024, ce qui reflète l'impact des programmes de vaccination infantile et d'autres mesures de prévention, avance l’ECDC.
Le Tchad entend éliminer les hépatites virales à l'horizon 2030
Le 27 juillet, le gouvernement du Tchad a réaffirmé son engagement à éliminer les hépatites virales comme menace de santé publique à l'horizon 2030, indique une source officielle, citée par l’agence de presse chinoise Xinhua. Le ministre de la Santé publique et de la Prévention du Tchad, Abdelmadjid Abderahim, a indiqué que la prévalence s'élevait à 19 % pour l'hépatite B et à 2,5 % pour l'hépatite C, selon des données de 2019 et 2020. Le taux d'infection atteint 11 % chez les enfants de moins de cinq ans. Pour atteindre l'objectif 2030, les efforts du gouvernement s'articuleront autour de quatre axes : le renforcement de la vaccination contre l'hépatite B, particulièrement chez les nouveau-nés ; l'amélioration de l'accès au dépistage et l'extension de la prise en charge dans toutes les provinces du pays, le renforcement de la sécurité transfusionnelle et l'intensification de la communication pour le « changement de comportement ».
Sénégal : 85 % de la population ont été en contact avec le VHB
Les hépatites virales constituent aujourd’hui l’un des défis sanitaires les plus préoccupants au Sénégal, indiquent les médias locaux. Selon le coordonnateur du Programme national de lutte contre les hépatites (PNLH), le professeur Bamba Kane, elles représentent désormais « le premier problème de santé publique » du pays en raison de leur forte prévalence et de leurs conséquences souvent dramatiques lorsqu’elles ne sont pas prises en charge à temps. Dans un entretien accordé à l’APS (agence de presse sénégalaise), le spécialiste « a livré des chiffres particulièrement préoccupants ». D’après les données du PNLH, 85 % des Sénégalais-es présentent des marqueurs témoignant d’un contact antérieur avec le VHB. Parmi eux, entre 5,7 % et 10 % vivent avec une infection chronique, tandis que 2 % de la population vivent avec une hépatite C chronique. Pour le coordonnateur du PNLH, les données actuelles témoignent de l’ampleur de la circulation des virus du VHB et du VHC dans le pays et montrent l’urgence d’accorder davantage d’attention à ces maladies encore insuffisamment prises en compte dans les politiques de santé publique. Il plaide ainsi pour un renforcement des campagnes de sensibilisation, de la vaccination, du dépistage précoce et de l’accès aux traitements afin de réduire le nombre de complications graves.
Hépatites virales : focus sur la région de la Méditerranée orientale de l’OMS
Hépatite B (VHB) (données 2024)
Nombre estimé de nouvelles infections par le VHB : 110 000
Nombre de personnes vivant avec une infection chronique par le VHB : 16 millions
Nombre estimé de décès liés au VHB : 48 000
Hépatite C (VHC) (données 2024)
Nombre estimé de nouvelles infections par le VHC : 160 000
Nombre de personnes vivant avec une infection chronique par le VHC : 12 millions
Nombre estimé de décès liés au VHC : 49 000
Progrès réalisés dans la région :
- Le nombre d'infections par le VHC a diminué de 34 % entre 2015 et 2024, principalement grâce aux efforts nationaux d'élimination, notamment à une vaste campagne menée en Égypte ;
- La couverture des services de lutte contre l'hépatite C dans la région s'est améliorée, 44 % des cas estimés ayant été diagnostiqués et 31 % ayant bénéficié d'un traitement ;
- Parmi les personnes qui s'injectent des drogues, l'incidence de l'hépatite C a diminué de 33 % entre 2015 et 2021.
Défis à relever dans la région :
- La Région de la Méditerranée orientale représente encore environ 25 % des infections par le virus de l'hépatite C dans le monde ;
- Malgré les progrès accomplis, 3,1 millions de personnes chez lesquelles une hépatite C a été diagnostiquée ne sont toujours pas traitées ;
- L'accès aux services de réduction des risques destinés aux personnes qui s'injectent des drogues demeure limité ;
Les injections médicales à risque représentent encore environ 14 % des nouvelles infections par le VHC, révélant des lacunes persistantes en matière de prévention ;
- L'incidence de l'hépatite B n'a diminué que de 17 % depuis 2015, les augmentations observées depuis 2022 ayant annulé une partie des progrès réalisés auparavant.