L'Actu vue par Remaides : Hépatite B : un nouveau traitement relance l’espoir d’une guérison fonctionnelle
- Actualité
- 30.01.2026
Par Fred Lebreton
Hépatite B : un nouveau traitement relance l'espoir d'une guérison fonctionnelle
Annoncé par le géant pharmaceutique GSK, le bepirovirsen ouvre une piste inédite dans le traitement de l’hépatite B chronique, longtemps considérée comme incurable. Si les premiers résultats d’essais cliniques de phase 3 suggèrent qu’une « guérison fonctionnelle » est possible chez une partie des patients-es, l’absence de données chiffrées appelle encore à la prudence. Explications.
Un objectif longtemps jugé hors de portée
Selon les estimations les plus récentes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 254 millions de personnes dans le monde vivaient avec une infection chronique par le virus de l’hépatite B (VHB) en 2022. Une infection souvent silencieuse, mais qui peut, au fil des années, conduire à une cirrhose, voire à un cancer du foie. Contrairement à l’hépatite C, aujourd’hui guérissable, l’hépatite B résiste aux traitements actuels ; mais il existe une vaccination efficace. La raison ? Le virus s’installe durablement dans les cellules du foie : il intègre une partie de son matériel génétique dans l’ADN humain et conserve une forme très stable que les traitements actuels parviennent à contrôler, mais sans l’éliminer ; comme dans le cas du VIH.
Face à cette réalité biologique et clinique, les chercheurs-ses ont progressivement revu leurs ambitions. Plutôt qu’une disparition totale du virus, ils-elles visent actuellement une « guérison fonctionnelle ». La guérison fonctionnelle ou rémission correspond à un état de contrôle stable et durable de l'infection qui permettrait de vivre sans traitement et sans symptôme de la maladie malgré la persistance d'infimes traces de virus. Il ne s'agit pas d'une éradication ou d'une guérison virologique.
L’idée : réduire la charge virale de VHB (le virus responsable de l’hépatite B) et les protéines produites par le virus à un niveau si bas que le système immunitaire puisse garder le contrôle, sans traitement à vie. Aujourd’hui, les traitements disponibles, pris quotidiennement parfois pendant des décennies, n’atteignent cet objectif que chez moins de 1 % des personnes qui vivent avec une hépatite B chronique.
Bepirovirsen : un mécanisme inédit
Dans un communiqué publié le 7 janvier dernier, GSK, un des plus grands groupes pharmaceutiques mondiaux basé au Royaume-Uni, a présenté les premiers résultats de son nouveau traitement contre l’hépatite B. Le bepirovirsen (surnommé « bepi ») appartient à une nouvelle classe de médicaments : les oligonucléotides antisens. Ce sont des médicaments qui agissent directement au niveau du message génétique d’un virus ou d’une cellule. Pour faire plus simple, dans nos cellules, l’ADN sert de mode d’emploi, et l’ARN messager est la photocopie de cet emploi, envoyée à l’usine cellulaire pour fabriquer des protéines. Les oligonucléotides antisens sont de courtes chaînes synthétiques conçues pour se coller précisément sur cet ARN messager. Une fois fixés, ils bloquent le message : la protéine ne peut plus être produite. Dans le cas de l’hépatite B, l’idée est donc de saboter la chaîne de production du virus. En empêchant la fabrication de ses protéines, on freine sa multiplication et on le rend plus visible et plus vulnérable pour que le système immunitaire prenne le dessus. C’est une approche très ciblée, différente des traitements classiques qui agissent plutôt comme un frein général à la réplication virale. Injecté une fois par semaine, ce traitement agit donc comme un leurre moléculaire : il se fixe sur les messages génétiques du virus et empêche la fabrication de ses protéines, indispensables à sa survie.
Des résultats encore flous
Dans un essai de phase 2 publié en 2022, environ 10 % des participants-es traités-es par « bepi », en plus des médicaments standards, ont pu interrompre tout traitement pendant au moins six mois, sans reprise détectable du virus. Un résultat modeste en apparence, mais inédit dans ce champ. Les deux essais de phase 3 annoncés par GSK en janvier 2026 ont inclus 1 800 personnes dans 29 pays. Tous-tes les participants-es recevaient déjà un traitement classique ; certains-es ont reçu en plus le bepirovirsen pendant six à douze mois, avant l’arrêt complet des médicaments.
Problème : le communiqué de GSK ne contient aucune donnée chiffrée. La firme évoque simplement un « taux de guérison fonctionnelle statistiquement significatif et cliniquement pertinent ». Pour l’épidémiologiste Nick Walsh, spécialiste des maladies hépatiques, c’est malgré tout « un signe clair qu’une guérison fonctionnelle est réaliste » rapporte le site Science. Mais sans données précises, difficile d’évaluer l’ampleur réelle du bénéfice.
Entre prudence et stratégie combinée
Pour de nombreux-ses experts-es, l’annonce est encourageante, mais appelle à la retenue. « Nous avons besoin de davantage de données pour déterminer si c’est cliniquement significatif », insiste Robert Gish, directeur médical de la Hepatitis B Foundation. Durée de la réponse, rapidité de suppression du virus, effets indésirables : autant de questions encore sans réponse. Les chercheurs-ses aimeraient aussi savoir quels profils de patients-es bénéficient le plus du traitement. Des travaux antérieurs montrent que les chances de succès sont plus élevées chez les personnes ayant déjà des niveaux faibles de protéines virales, au départ. Autre enjeu : l’impact réel à l’échelle mondiale. Même si 10 % des personnes vivant avec une hépatite B pourraient (en cas de succès) arrêter leur traitement, cela représenterait une avancée, mais insuffisante pour endiguer ce virus au niveau mondial. Comme pour le VIH, beaucoup parient sur des associations de médicaments ciblant différentes étapes du cycle viral. D’autres traitements expérimentaux visent à bloquer l’entrée du virus dans les cellules, à saboter son enveloppe protectrice ou à « faire taire » son ARN. GSK promet désormais une publication scientifique et une présentation lors d’un prochain congrès (peut-être la conférence Croi sur le VIH et les rétrovirus, qui aura lieu fin février à Denver ?), mais tant que les données complètes ne seront pas communiquées, la prudence reste de mise. À suivre.