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    L’Actu vue par Remaides : « Pétition, grève de la faim : Christophe Paco hausse le ton contre la sérophobie »

    • Actualité
    • 21.08.2026


    Après une pétition contre la sérophobie et pour dénoncer l'inaction de la justice dans une affaire de harcèlement sérophobe dont il a été victime, Christophe Paco a décidé d'entamer une grève de la faim, lundi 24 août, devant le tribunal de Reims. Photo : Studio Le Kube. Hylich photographie.

    Par Fred Lebreton et Jean-François Laforgerie

    Pétition, grève de la faim : Christophe Paco hausse le ton contre la sérophobie

    Victime d’un harcèlement sérophobe de la part d’un voisin, Christophe Paco a porté plainte. Il a choisi, il y a plusieurs semaines, de transformer cette épreuve en combat public. Il l’a fait en lançant une pétition appelant à une campagne nationale d’information et à une évolution de la loi contre la sérophobie. Insatisfait de la réponse judiciaire et publique (sa plainte a été classée sans suite par la justice), il hausse le ton en annonçant entamer une grève de la faim, qui devrait être lancée lundi 24 août devant le tribunal de Reims ; ville où il habite. Il est aujourd’hui rejoint dans son combat par le créateur de contenus Superséro (Nicolas Aragona) ; d’autres militants-es de la lutte contre le sida ont réagi et appellent à son soutien.

    « Qui est complice de la sérophobie ? »

    Colère noire. Elle retentit dans les mots de Christophe Paco dans un post publié le 20 août sur sa page Facebook. « Hier, j’apprends encore un classement sans suite [de sa plainte concernant un voisin pour sérophobie, ndlr]. Qui est complice de la sérophobie ? L’État ? Le procureur ? La justice ? Nous est-il encore possible de croire que la France peut nous protéger ? Est-il encore possible de croire que nos politiques peuvent nous protéger ? », tacle le militant rémois. Dans son message, il annonce, après le lancement d’une pétition, il y a quelques semaines, entamer une « grève de la faim dès lundi prochain [24 août]. Pour lutter contre la sérophobie. Mais aussi pour dénoncer l’inaction de la justice, de l’État. Le silence du Président de la République, du Premier ministre, qui semblent indifférents face à la sérophobie. Nous sommes plusieurs en France à subir de la sérophobie, explique Christophe Paco. Je pense à Licornepositive ou à à Supersero [qui rejoint d’ailleurs Christophe Paco dans sa grève de la faim, ndlr] qui pourtant alertent, dénoncent. » « Faudra-t-il un mort ou une agression violente avant que l’État en prenne pleinement conscience ? », interroge le militant dans son post avant d’appeler le plus grand nombre à le rejoindre et à soutenir sa pétition (voir en fin d’interview, ci-dessous). « Ensemble, partageons, signons la pétition contre la sérophobie. Demandons une loi. Pour protéger la vie des personnes séropositives », conclut d’ailleurs Christophe Paco.

    « La sérophobie tue »

    Dans un long message de soutien, publié sur Facebook (19 août), Florence Thune, directrice générale de Sidaction, est revenue sur l’annonce du militant qui vit avec le VIH depuis 2011. « La sérophobie, c’est ce que subissent encore au quotidien les personnes vivant avec le VIH partout dans le monde. Elle peut prendre de multiples formes, des plus banales aux plus graves. La sérophobie, la stigmatisation et les discriminations qu’elle engendre, ont un impact considérable sur la santé mentale des personnes quel que soit leur état de santé physique. La sérophobie tue, affirme-t-elle. Dès lors que l’on parle de sa séropositivité, nous prenons le risque de faire face, au mieux, à des remarques ou questions blessantes ou déplacées, au pire à du rejet, de la violence verbale et physique, à des agressions. Et ce phénomène peut être décuplé pour les personnes qui parlent de leur séropositivité sur les réseaux sociaux, avec toutes les dérives que l’on connait en matière de harcèlement en ligne, quelle qu’en soit la raison. Cette sérophobie s’ajoute ou se mêle à l’homophobie, au racisme, au sexisme, à la transphobie, etc. »

    « En tant que personne vivant avec le VIH depuis 30 ans, en tant que directrice de Sidaction, je répète à chaque occasion qui m’est donnée, notamment en interview, que la science a énormément progressé, mais pas les mentalités, souligne Florence Thune. Mais je me sens impuissante. On m’écoute poliment et on passe à un autre sujet. »

    « Jusqu’où les personnes concernées et les associations doivent elles aller pour se faire entendre ? »

    « Tous les sondages montrent à quel point un nombre encore trop important de personnes pensent que l’on peut être contaminé en embrassant une personne séropositive », pointe la directrice générale de Sidaction. « Nous avons appris avant l’été que, pour le 1er décembre prochain, journée mondiale de lutte contre le sida, il n’y aurait pas de campagne publique sur le VIH de la part de Santé publique France et du ministère de la Santé. C’est peu dire que le sujet n’est plus une priorité pour l’État ; pas plus que la santé mentale des personnes qui subissent la sérophobie au quotidien. Les personnes concernées et les associations, elles, n’abandonneront pas le combat mais jusqu’où doivent elles aller pour se faire entendre ? » interroge-t-elle, avant d’appeler à la signature de sa pétition, « en le suivant et en le soutenant sur son compte Facebook notamment (…) Et en agissant à un niveau plus institutionnel et politique pour lutter contre ces discriminations du quotidien, contre ces peurs persistantes et destructrices envers les personnes vivant avec le VIH. »

    Soutenir le combat de Christophe Paco

    Par suite d’un harcèlement sérophobe et à un mépris de la justice, Christophe Paco a décidé d’entamer une grève de la faim lundi 24 août pour exiger une meilleure prise en compte de la sérophobie par les pouvoirs publics.

    Voici les différentes manières de le soutenir :

    ➡️ Signez sa pétition

    ➡️ Lisez et partagez son histoire

    ➡️ Suivez-le et soutenez-le sur son compte Facebook

    ➡️ Informez-vous et informez les autres :
    - Une personne sous traitement ne transmet pas le VIH.
    - La sérophobie a des impacts graves sur la santé et la vie des personnes concernées.

    Grève de la faim, une action symbolique forte : de rares exemples dans le cas du VIH

    La grève de la faim est un mode de protestation non violent consistant à refuser de s'alimenter volontairement pour faire aboutir des revendications politiques, sociales ou judiciaires. Elle peut aussi prendre la forme d’une grève des soins. Cette forme d’action symboliquement très forte comporte une part de risque pour la personne qui la mène, surtout lorsqu’elle se prolonge et bien évidemment lorsqu’on vit avec le VIH, même avec un virus bien contrôlé. En de rares occasions, la grève de la faim a été utilisée par des personnes vivant avec le VIH pour défendre une cause individuelle ou pour incarner un combat plus large. 

    En 2000, un article publié sur le site d’Act Up-Paris fait état du cas d’une personne vivant avec le VIH et le VHC, assignée à résidence, qui a entamé une grève de la faim. Depuis plus de trente mois, la personne vit dans une situation inextricable du fait de décisions contradictoires des pouvoirs publics. Elle est coinfectée (VIH/VHB), assignée à résidence à Paris depuis des mois, par suite d’une peine de dix ans et six mois de prison. La personne est inexpulsable du fait de ses pathologies [nous sommes en 2000, ndlr], mais pourtant sous le coup d’une interdiction du territoire Français liée à sa condamnation (ce que l’on appelle alors la double peine). Depuis l’été 97, la personne est enfermée dans les limites de sa ville, et surtout privée de tout titre de séjour par la Préfecture de Police de Paris, alors même que le ministère de l’Intérieur s’est prononcé à quatre reprises pour l’attribution d’une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail. Cet incroyable imbroglio l’a poussé à conduire une grève de la faim.

    En janvier 2008, Bruno-Pascal Chevalier, militant associatif et travailleur social, vivant avec le VIH, entame une « grève des soins » pour protester contre l'instauration des franchises médicales mises en place par le gouvernement Fillon. Son objectif est de dénoncer un « impôt sur les malades » touchant les personnes en affection longue durée (ALD) comme le VIH. Son action sera très relayée dans les médias.

    En août 2010, Franck Mességué, ancien champion d’apnée et militant humanitaire, entame une grève de la faim pour que le gouvernement instaure les dépistages généralisés du VIH. « Un combat qu'il mène depuis près de 18 ans afin d'interpeller la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, pour que soit ouverte une commission d'enquête à l'Assemblée nationale et expliquer les retards en matière de dépistage du sida », explique le site Zinfos 974.

    Enfin, comment ne pas rappeler que Daniel Defert, la fondateur de AIDES, a lui-même participé à des grèves de la faim au début des années 1970 aux côtés de Michel Foucault pour les droits des prisonniers politiques, bien avant son engagement contre le sida. C’était alors dans le cadre du GIP (le Groupe d’informations sur les prisons).


    Photo : Studio Le Kube. Hylich photographie.

    Christophe Paco s'exprime sur son combat dans une interview à Remaides

    En juillet dernier, la première interview de Christophe Paco à un média VIH parait. C’est dans Remaides et sur la partie actu de AIDES.ORG que le militant explique ce qu’il a subi et les raisons du lancement de sa pétition. L’Actu vue par Remaides la publie de nouveau. Propos recueillis par Fred Lebreton.

    Remaides : Dans quel contexte avez-vous découvert votre séropositivité ?

    Christophe Paco : J’ai été diagnostiqué séropositif fin 2011. À cette époque, j’étais devenu allergique au latex, mais vraiment très allergique : je faisais des œdèmes de Quincke. En fait, les préservatifs sans latex n’étaient pas très fiables à l’époque. Ils étaient moins extensibles que ceux en latex. Moi, ça m’arrivait d’avoir des préservatifs qui craquaient, et derrière, il fallait accéder au traitement post-exposition et c’était la croix et la bannière pour l’obtenir. J’ai tenu trois ans sans contracter le VIH. À cette époque, l’essai Ipergay sur la Prep était en préparation. On m’avait dit : « Écoute, on va te faire un dépistage et si c’est bon, on pourra te faire entrer dans l’essai, parce que ça pourrait être très intéressant pour toi. » Mais mon test VIH est revenu positif. Cela a été rude. Il y a tout un deuil à faire, et toute une acceptation. Je suis passé par plusieurs étapes : la colère, la honte, la tristesse… mais surtout la colère. À l’époque, j’avais même écrit à Manix [un des principaux fabricants de préservatifs, ndlr]. Ils avaient été très gentils et m’avaient renvoyé une boîte de dix préservatifs en me disant qu’aucun préservatif n’était fiable à 100 %. J’avais trouvé ça assez ironique comme dédommagement. Aujourd’hui, j’en ris un peu. J’ai pris du recul sur tout ça, mais à l’époque ce n’était pas du tout le cas. Puis, avec le temps, j’ai eu la chance d’avancer dans l’acceptation.

    Comment avez-vous vécu la divulgation de votre statut VIH par des proches ?

    Je suis très engagé dans le milieu associatif à Reims, notamment dans des associations de rue. Je suis quelqu’un d’assez sociable ; en général, je n’ai jamais eu de problème avec mes voisins. Au contraire, je suis même très serviable. Comme je m’entendais bien avec une de mes voisines, je lui ai parlé de ma séropositivité. Ce qu’elle a ensuite répété à son conjoint. Un jour, ce dernier a envoyé un SMS à une amie commune. Il lui écrivait : « Tu as remarqué, depuis que Christophe a su pour sa maladie, il est bizarre. » Mon amie lui a répondu : « Je ne sais pas de quelle maladie tu parles. » Et lui a répondu : « Il a le sida. » Cette amie était choquée qu’il divulgue mon statut sérologique alors elle m’a envoyé une capture d’écran du message. J’étais effondré et furieux. J’ai décidé de déposer plainte. Mais l’affaire a été classée sans suite. J’ai ensuite fait un recours auprès du tribunal de Reims, parce que je n’étais pas d’accord avec cette décision. Et malgré cela, l’affaire a de nouveau été classée sans suite. Depuis, il y a chez moi une vraie colère. Une colère contre la justice, mais aussi contre les pouvoirs publics qui, selon moi, ne parlent plus du VIH. Je fais partie de la génération capote. Quand j’étais jeune, il y avait énormément de prévention. On parlait du VIH partout. Aujourd’hui, en revanche, il n’y a plus grand-chose et je n’ai jamais vu de campagne d’affichage des pouvoirs publics sur la sérophobie.

    À quel moment avez-vous décidé de transformer cette épreuve en combat contre la sérophobie ?

    Quand il a su que j’avais déposé plainte contre lui, le conjoint de cette voisine est entré dans une colère noire. Il s’est mis à hurler dans toute la copropriété : « Il a le sida ; il a le sida ! » sur l’esplanade de la résidence. Voilà un peu l’ambiance dans laquelle je vivais. Les premiers jours, j’étais très mal. Mais malgré tout, mes autres voisins ont été formidables. Certains ont même accepté de faire des témoignages écrits pour appuyer ma plainte. Au début, j’avais honte. Puis, une fois que mon statut VIH a été divulgué, je me suis dit qu’il fallait relever la tête et en faire une force. J’ai aussi eu la chance d’aller à la Maison de Vie, à Carpentras et j’ai rencontré les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence. C’était mon premier séjour là-bas ; des amis me l’avaient conseillé. À la Maison de Vie, j’ai rencontré des personnes séropositives qui m’ont raconté qu’elles se cachaient encore pour prendre leur traitement VIH. C’est à ce moment-là qu’est née l’idée de lancer une pétition contre la sérophobie. Je pense qu’il faut désormais que cela passe par un projet de loi, comme pour l’homophobie ou le racisme. Aujourd’hui, la loi protège de manière générale contre les discriminations liées à l’état de santé [et à la situation de handicap, ndlr], mais il n’existe pas de disposition spécifique ou de circonstance aggravante liée aux propos ou actes sérophobes. Pourtant, certaines personnes utilisent encore le VIH comme une arme pour nuire aux autres.

    Pourquoi cette pétition vous semble-t-elle importante aujourd’hui ?

    La sérophobie, c’est comme le racisme ou l'homophobie, il faut la combattre avec la justice. En 2026, on devrait pouvoir dire qu’on est séropositif sans baisser la tête. Les personnes diabétiques ne se cachent pas pour parler de leur maladie. Si demain, il existe une loi qui protège réellement les personnes vivant avec le VIH, et si on décide collectivement d’en parler plus ouvertement, je suis persuadé que cela va libérer beaucoup de personnes qui vivent encore dans la honte et le secret. J’ai adressé un courrier au procureur de la République, ainsi qu’au ministère de la Justice, en expliquant toute mon histoire. Cette pétition ne m’appartient déjà plus. C’est désormais celle des 180 000 personnes vivant avec le VIH en France. Il faut maintenant que les associations et les responsables politiques s’en emparent aussi.


    Photo : Studio Le Kube. Hylich photographie.

    Au-delà de votre situation personnelle, quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui aux personnes vivant avec le VIH qui n’osent pas parler des discriminations qu’elles subissent ?

    Gardez la tête haute. N’ayez pas honte. Pendant des années, j’ai vécu avec ce sentiment. J’ai longtemps baissé la tête à cause du VIH. Aujourd’hui, il ne faut plus avoir honte parce qu’on a des gens formidables autour de nous. Moi, par exemple, je mets mon logement en location sur une plateforme en ligne et j’ai décidé de ne plus me cacher. Dans ma chambre, il y a des exemplaires de Remaides, une boîte pour les dons au Sidaction et un QR code pour signer ma pétition. Il y a quelques années, je n’aurais jamais été capable de faire ça. Il faut aussi s’appuyer sur des structures et des personnes extraordinaires, comme la Maison de Vie ou les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence. Beaucoup de gens ne connaissent pas encore ces lieux et ces espaces de ressourcement, alors qu’ils sont essentiels. Ils permettent aussi de réaliser un travail de deuil et d’acceptation. Je me souviens, quand je suis parti avec le Couvent des Chênaies, les Sœurs ont organisé la cérémonie des Lumières. À ce moment-là, je me suis effondré émotionnellement. Mais avec le recul, je pense que c’était un effondrement d’acceptation. Alors vraiment : n’ayez pas honte. Aujourd’hui, ce sont les sérophobes qui devraient avoir honte. Ce sont eux qui devraient avoir honte d’utiliser le VIH comme une arme. La honte doit changer de camp. 

    Pour signer la pétition

    Pour aller plus loin :