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    L’Actu vue par Remaides : François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits : « Stop au naufrage démocratique ! »

    • Actualité
    • 21.07.2026


    Mardi 21 juillet 2026, une trentaine de militants-es de AIDES, Act Up-Paris, Accès au Droit, Comede, du Collectif Le Revers de la Médaille, de SOS Racisme, Sidaction et Utopia 56 dans le bassin du Jardin du Luxembourg pour s’opposer à la nomination de François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits. Crédit photo : Fred Lebreton

    Par Fred Lebreton

    François-Noel Buffet au poste de Défenseur des droits : "Stop au naufrage démocratique:"

    Le Sénat et l'Assemblée Nationale ont validé, mardi 21 juillet, la nomination de François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits. Quelques heures avant son audition, une trentaine de militants-es avaient investi le bassin du Jardin du Luxembourg pour appeler les parlementaires à s’y opposer. Une action symbolique portée par huit associations et soutenue par les 150 000 signatures d’une pétition citoyenne. AIDES et ses partenaires promettent désormais de surveiller chacun de ses actes : « S’il faut monter au front, nous monterons au front. »

     

    « Buffet, Buffet, on veut pas de toi ! »

    Mardi 21 juillet, il est à peine huit heures du matin lorsque les premiers slogans résonnent dans le Jardin du Luxembourg. Face au Sénat, plusieurs militants-es ont les pieds dans l’eau. D’autres se tiennent autour du grand bassin. Au centre du dispositif, une immense banderole vient d’être déployée : « Défenseur des droits : stop au naufrage démocratique ». Quelques minutes plus tôt, une trentaine de militants-es de AIDES, Act Up-Paris, Accès au Droit, Comede, du Collectif Le Revers de la Médaille, de SOS Racisme, Sidaction et Utopia 56 se sont retrouvés-es dans un square voisin pour un dernier briefing. Les règles de sécurité sont rappelées et les rôles distribués. L’action doit être rapide, visible et non violente. Les participants-es rejoignent ensuite le Jardin du Luxembourg par petits groupes afin de ne pas attirer trop tôt l’attention de la police. Une fois le signal donné, tout s’accélère. Quatre personnes descendent dans le bassin et déploient la banderole, dos au palais du Luxembourg. Les porteurs-es de ballons se placent derrière elles, également dans l’eau. Le reste du groupe se répartit dans le bassin et sur ses abords. Le mégaphone s’allume. L’action peut commencer.

    « Stop au naufrage démocratique ! Sauvons nos droits, pas nos politiques ! », scandent les militants-es. Puis vient une série de questions-réponses :

    « Qui défend les étrangers ?

    — Pas Buffet !

    Qui défend les LGBT ?

    — Pas Buffet !

    Qui défend les personnes handicapées ?

    — Pas Buffet !

    Qui défend les prisonniers ?

    — Pas Buffet ! »

    Le slogan final est repris par tout le groupe : « Buffet, Buffet, on veut pas de toi ! »

    Au même moment, les policiers se rapprochent du bassin. La tension reste contenue. Il n’y aura ni affrontement ni violence policière. L’action se termine dans le calme, mais le Jardin du Luxembourg est fermé au public juste après, par mesure de sécurité.

    Cette mobilisation a été organisée le jour de l’audition de François-Noël Buffet devant la commission des lois du Sénat. Le sénateur Les Républicains, ancien ministre auprès du ministre de l’Intérieur, a été proposé le 7 juillet par Emmanuel Macron pour succéder à Claire Hédon, dont le mandat de six ans n’était pas renouvelable. Très respecté au Sénat, notamment à droite et au centre, François-Noël Buffet bénéficiait également du soutien du président de la chambre haute, Gérard Larcher.

    Face à ce rapport de force politique peu favorable, les associations voulaient rendre visible l’ampleur de la contestation citoyenne. Une pétition intitulée « Défenseur des droits : une nomination déterminante pour les droits et libertés » a recueilli plus de 150 000 signatures. En parallèle, une plateforme permettant d’interpeller directement les parlementaires a généré plus de 12 000 messages.

     


    Mardi 21 juillet 2026, une trentaine de militants-es de AIDES, Act Up-Paris, Accès au Droit, Comede, du Collectif Le Revers de la Médaille, de SOS Racisme, Sidaction et Utopia 56 dans un square voisin du jardin du Luxembourg pour un dernier briefing avant l’action. Crédit photo : Fred Lebreton

     

    « Nous refusons que la protection de nos droits fasse l’objet de compromis »

    Au mégaphone, Adrien Cornec, chargé de mission Plaidoyer et Accompagnement juridique à AIDES, détaille les raisons de cette mobilisation. Il rappelle que François-Noël Buffet s’est opposé à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe et à l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes. Il souligne également son abstention lors du vote sur la constitutionnalisation de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), ses positions contre l’aide médicale de l’État (AME) et son soutien au durcissement des politiques migratoires. « Le choix d’Emmanuel Macron est incompréhensible : le profil de M. Buffet est incompatible avec les valeurs du Défenseur des droits », souligne le militant. « Face aux rumeurs d’arrangements politiques qui ont abouti à ce choix, nous refusons que la protection de nos droits fasse l’objet de compromis. »

    Adrien Cornec revient aussi sur la première audition du candidat, organisée le 15 juillet devant la commission des lois de l’Assemblée nationale. Les réponses apportées ce jour-là n’ont pas dissipé les inquiétudes des associations, bien au contraire. « Les réponses de M. Buffet aux députés-es ont suscité de sérieuses inquiétudes quant à sa capacité à incarner pleinement cette institution », explique le militant. « Il fait des réponses convenues : “Les discriminations doivent être combattues.” Il dit vouloir veiller à l’application de la loi, mais il oublie que le Défenseur des droits a également pour mission de faire évoluer le droit et la société par ses recommandations et ses propositions. » À ses yeux, la promesse du candidat de faire ses preuves dans la durée ne répond pas à l’urgence de la situation. « Il se contente de rappeler que la confiance se construit dans la durée. Mais les personnes les plus exposées aux discriminations ont besoin d’une institution forte, indépendante et immédiatement digne de confiance », insiste-t-il, avant de lancer un ultime appel : « Mesdames les sénatrices, messieurs les sénateurs, s’il vous plaît, opposez-vous à la nomination de M. Buffet comme Défenseur des droits. » L’appel n’aura finalement pas été entendu. Quelques heures après l’action, la nomination de François-Noël Buffet a été validée par les parlementaires.

    Une personnalité jugée incompatible avec la fonction

    Pour les huit associations mobilisées, le problème dépasse les désaccords politiques ordinaires. Le Défenseur des droits est une autorité administrative indépendante chargée de défendre les personnes dont les droits ne sont pas respectés, de lutter contre les discriminations, de veiller au respect de la déontologie des professionnels-les de la sécurité et de protéger notamment les droits de l’enfant, des usagers-ères des services publics et des lanceurs-ses d’alerte. Son indépendance et sa capacité à inspirer confiance sont donc essentielles, en particulier pour les personnes les plus exposées aux discriminations. Or, dans leur communiqué commun les associations estiment que le parcours politique de François-Noël Buffet et les positions qu’il a défendues suscitent une « défiance profonde ».

    « Dans un contexte de recul des libertés, de banalisation des discours d’exclusion et de multiplication des discriminations, la nomination du Défenseur des droits constitue un choix démocratique majeur », rappellent-elles. Une telle fonction exige, selon elles, « une personnalité dont l’engagement en faveur de l’égalité, des libertés et des droits fondamentaux soit incontestable ». Les organisations refusent que cette institution soit « affaiblie par une nomination » qui inquiète déjà les associations de défense des droits et les personnes qu’elles accompagnent. Elles avaient donc formulé deux demandes : que les parlementaires votent contre la candidature et que François-Noël Buffet la retire lui-même « afin de préserver la crédibilité et l’autorité morale du Défenseur des droits ».

    « Parce que les droits fondamentaux ne sont ni négociables ni relatifs, nous appelons les parlementaires à faire le choix de l’indépendance, de l’État de droit et de l’égalité », concluaient-elles avant le vote.

    À l’Assemblée nationale, une candidature qualifiée de « provocation »

    Les inquiétudes exprimées dans le bassin du Jardin du Luxembourg faisaient directement écho à l’audition organisée le 15 juillet devant la commission des lois de l’Assemblée nationale. Durant cet exercice, plusieurs députés-es de gauche avaient longuement interrogé François-Noël Buffet sur son parcours, ses votes et sa capacité à défendre des droits auxquels il s’était lui-même opposé. « Notre responsabilité est de faire que l’homme ne puisse défaire la fonction », avait averti le député socialiste Hervé Saulignac. Elsa Faucillon, députée du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, avait décrit une nomination vécue comme « une provocation », estimant que les actes politiques du sénateur « portent plus que [ses] éléments de langage préparés ». L’écologiste Marie-Charlotte Garin avait, quant à elle, pointé son « absence de légitimité » et « la terrible symbolique » de sa candidature pour les personnes directement concernées par les discriminations. Sandra Regol, députée Les Écologistes, s’était montrée plus sévère encore en dénonçant « le vide intersidéral » de ses réponses : « C’est un uppercut face aux inquiétudes légitimes des associations. »

    La députée LFI Gabrielle Cathala avait également jugé sa nomination « inacceptable ». Elle avait rappelé son opposition au mariage pour tous en 2013, son vote contre l’extension de la PMA en 2021, son soutien au durcissement de la loi immigration en 2023 et son abstention lors du vote sur la constitutionnalisation de l’IVG en 2024.  « Comment pouvez-vous prétendre vouloir devenir défenseur des droits et veiller aux droits et libertés que la Constitution garantit alors que vous vous êtes assis sur ces droits et libertés en tant que sénateur ? », lui avait-elle lancé.

    Face aux critiques, François-Noël Buffet avait assuré avoir « évolué » sur « un certain nombre de sujets ». Il avait même qualifié son opposition au mariage pour tous d’« ânerie ». Ses réponses étaient toutefois restées plus floues sur l’islamophobie, les contrôles au faciès ou encore la présomption de légitime défense des forces de l’ordre. Dénonçant un « procès d’intention », il avait promis une « indépendance totale ».

    Une phrase, en particulier, avait marqué les esprits. Interrogé sur les doutes entourant sa candidature, François-Noël Buffet avait concédé que le président de la République « aurait pu choisir mieux, mais peut-être pire aussi… ». Une formule pour le moins surprenante lorsqu’il s’agit de convaincre de sa légitimité à prendre la tête d’une institution aussi essentielle à la protection des droits et libertés.

    « S’il faut monter au front, nous monterons au front »

    La nomination de François-Noël Buffet est désormais actée. Pour autant, AIDES et ses partenaires ne considèrent pas la mobilisation comme terminée. L’enjeu est désormais de maintenir la pression et d’évaluer les décisions du nouveau Défenseur des droits à l’épreuve des faits. Interrogée par Remaides au terme de l’action, Camille Spire, présidente de AIDES, insiste sur l’unité affichée par le monde associatif : « C’est important de montrer que la société civile a une voix, qu’elle a une position, qu’elle est unie et qu’on ne laissera pas faire. Nous serons vigilants. » Cette vigilance portera notamment sur la manière dont François-Noël Buffet accueillera les demandes et les propositions des associations. « Nous allons voir comment il les prend, comment il les accepte et s’il va effectivement porter nos combats », prévient Camille Spire. « Puisqu’il a dit qu’il avait évolué, qu’il avait changé, nous allons voir. » Pour la présidente de AIDES, il ne s’agit pas de condamner à l’avance chacune de ses décisions, mais de suivre très précisément son action : « Nous allons regarder tout ce qu’il fera, cas par cas. S’il faut monter au front, nous monterons au front. Et s’il y a des choses positives, au contraire, nous en profiterons et nous nous appuierons dessus. »

    La nomination de François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits est donc actée mais les 150 000 signatures recueillies contre ce choix d’Emmanuel Macron ne disparaissent pas avec le vote des parlementaires. Pas plus que les inquiétudes des associations et des personnes qu’elles accompagnent. Mardi matin, devant le Sénat, les militants-es avaient les pieds dans l’eau. Pour la suite du mandat, ils et elles promettent de ne rien laisser passer.

     


    Mardi 21 juillet 2026, une trentaine de militants-es de AIDES, Act Up-Paris, Accès au Droit, Comede, du Collectif Le Revers de la Médaille, de SOS Racisme, Sidaction et Utopia 56 dans le bassin du Jardin du Luxembourg pour s’opposer à la nomination de François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits. Crédit photo : Bastien André