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    L’Actu vue par Remaides : « France : un plan contre la désinformation en santé »

    • Actualité
    • 29.01.2026

     

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    Crédit : Anthony Leprince pour Studio Capuche pour Remaides

    Par Jean-François Laforgerie

    France : un plan contre la désinformation en santé

     

    Consultations citoyennes, infovigilance, etc. Le gouvernement a dévoilé lundi 12 janvier les grandes lignes de sa stratégie de riposte face à une désinformation en santé devenue « massive » au point de mettre parfois « en péril » la santé publique. Remaides vous en dit plus. En complément, d’autres infos concernant la santé et la lutte contre le VIH.
     

    Un plan contre la désinformation en santé
    « La désinformation en santé est aujourd’hui l’un des principaux risques pour notre santé publique. Quand les fausses informations circulent plus vite que la science, ce sont les plus fragiles qui en paient le prix fort. Et face à cela, l’État ne peut ni se taire ni se contenter de réagir coup après coup. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous changeons de méthode », a déclaré la ministre de la Santé Stéphanie Rist, citée par l’AFP. Amorcée au printemps 2025 par l’ancien ministre chargé de la Santé Yannick Neuder, la lutte contre la désinformation en santé s’impose comme une priorité stratégique pour l’État, a affirmé la ministre. « Le phénomène, loin d’être marginal, s’enracine dans notre quotidien numérique et appelle une réponse systémique, transversale et déterminée », selon Stéphanie Rist. Pour définir sa stratégie, le ministère, qui avait déjà lancé un comité de pilotage réunissant experts et personnalités qualifiées (agences et opérateurs d’État, institutions nationales, agences régionales de santé), s’appuie aussi sur une mission d’expertise indépendante. Réalisé par trois scientifiques engagés sur ce front ― Mathieu Molimard, professeur de pharmacologie clinique, Dominique Costagliola, épidémiologiste et biostatisticienne, et Hervé Maisonneuve, médecin en santé publique ―, ce rapport, remis à la ministre, le 12 janvier, alerte sur une désinformation « massive », « jusqu’à menacer l’existence même des systèmes de santé tels que nous les connaissons ». Vaccination, cancer, alimentation, santé mentale, santé des femmes... la désinformation touche tous les domaines et est alimentée par des acteurs-rices variés-es (influenceurs-ses, groupes militants-es, scientifiques dévoyés-es) obéissant à des motivations « économiques, idéologiques ou identitaires », décrivent ses auteurs-rices. Face à eux-elles, la population « n’est pas assez armée pour résister », jugent les trois scientifiques, tandis que la détection et la réponse à la désinformation « restent inorganisées ».
    Pour sa riposte, le gouvernement a annoncé une phase « nécessaire » d’écoute et de consultation citoyenne, via des enquêtes et études d’opinion, et la création d’un « Comité citoyen » de 27 personnes, qui tiendra des assises mi-février.
    Promis en avril 2025 par le ministre Neuder, l’Observatoire de la désinformation en santé est toujours « en cours de réalisation ». Il aura pour mission principale d’être « l’acteur essentiel de l’identification et de la compréhension des phénomènes de désinformation en santé », décrit le ministère. Concrètement, il « assurera une veille continue », « publiera des baromètres » ou « animera des groupes de travail ». Le gouvernement prévoit aussi, « à partir de fin janvier », un dispositif d’infovigilance en santé. « Concrètement, lorsque des infox circuleront sur la vaccination, sur les traitements, sur la santé des femmes et des enfants par exemple, nous allons mettre en place un système de détection, d’analyse, puis de diffusion de réponses fiables et accessibles, avec l’aide des experts des domaines ciblés », a précisé Stéphanie Rist. La proposition du trio d’experts-es d’un « Info-Score Santé », une labellisation volontaire des sources d’information en santé inspirée du Nutri-Score, n’a pas été retenue. Mais elle « soulève des questions intéressantes », a assuré la ministre. Dans leur rapport, les scientifiques pointent une « vulnérabilité éducative systémique », qui se traduit par une difficulté à distinguer information et opinion, ainsi qu’une méconnaissance des niveaux de preuve et des méthodes scientifiques.
    Plus d’infos ici.

    Assurance maladie : envolée des dépenses de médicaments innovants
    Une vingtaine de médicaments à plus de 100 000 euros par an et par patient-e sont actuellement pris en charge. C’est un motif d’inquiétude pour l’Assurance maladie, qui alerte sur « l’explosion des coûts des médicaments innovants », explique l’AFP. En volume, la consommation de médicaments a augmenté légèrement (+ 1,1 % par an) sur les cinq dernières années. En montant, la facture grimpe à cause de médicaments très onéreux. En 2024, les montants réellement payés par l’Assurance maladie après les remises négociées avec les laboratoires ont atteint 27,2 milliards d’euros, en hausse de 7,2 % sur un an. « Alors qu’en 2015, un seul médicament dépassait un coût de traitement annuel de 100 000 euros par patient, ils sont 21 en 2025 à franchir ce seuil, et les traitements les plus coûteux dépassent désormais 185 000 euros par patient et par an », avant remises, c’est-à-dire avant les réductions négociées entre les industriels et l’État, selon des données de l’Assurance maladie. Deux médicaments, prescrits pour un nombre très limité de malades, excèdent même le million d’euros annuel par patient : il s’agit du Bylvay, prescrit à 51 patients-es atteints-es d’une maladie rare du foie, et du Myalepta, prescrit à 39 patients-es atteints-es d’une maladie grave du tissu graisseux, sachant que dans les maladies rares les remises peuvent atteindre, selon des connaisseurs, jusqu’à 90 % du prix catalogue.
    En 2024, deux anticancéreux ont dépassé le milliard d’euros de remboursement : Keytruda (2,1 milliards d’euros) et Darzalex (1,05 milliard d’euros), souligne l’Assurance maladie rappelant que le nombre de patients-es pris-es en charge en oncologie augmente en moyenne de 3 % par an en France. « C’est un coût, mais c’est un coût par rapport à une valeur thérapeutique qui vient répondre à un vrai besoin » pour trois millions de patients-es qui luttent contre le cancer chaque année, indiquait, cet automne, la présidente de l’Agipharm (association regroupant les laboratoires américains implantés en France) Clarisse Lhoste. Une étude du Centre international de recherche sur le cancer a évalué les pertes de productivité dues à la mortalité prématurée par cancer à 566 milliards de dollars, soit l’équivalent de 0,6 % du produit intérieur brut mondial en 2022. Si les médicaments innovants ne représentent qu’une part limitée des volumes, ils concentrent une part croissante des dépenses : en 2024, leur coût annuel moyen atteint 3 801 euros par patient (hors vaccin), contre 161 euros pour les médicaments plus anciens. Cette dynamique est liée à l’essor des innovations thérapeutiques contre des maladies rares et graves désormais prises en charge, a souligné Thomas Fatôme, directeur général de la Caisse nationale de l’Assurance maladie, y voyant « un sujet de soutenabilité » pour le système de santé. « Les médicaments de plus de 1 000 euros, correspondent à 0,5 % du volume des médicaments remboursés et à un tiers de la dépense totale », a détaillé Sophie Kelley, responsable du département des produits de santé à l’Assurance maladie, citée par l’AFP. Le montant remboursé des traitements considérés comme innovants, représentent une part toujours plus importante des remboursements : de huit milliards en 2017 à un peu plus de dixmilliards en 2024. Comme le pointe l’AFP, ce bilan intervient alors que l’accord-cadre régissant la régulation des tarifs des médicaments remboursables doit être renégocié avec l’industrie pharmaceutique en 2026. Les industriels-les font régulièrement valoir que 37 % des nouveaux médicaments autorisés en Europe ne sont pas disponibles en France et que les prix des médicaments y sont parmi les plus bas du continent. « On n’est pas totalement convergent sur ce diagnostic », s’est défendu Thomas Fatôme. « Notre système permet un accès efficace à des médicaments innovants », a-t-il dit, mais « il faut se poser la question de savoir pourquoi les coûts moyens de traitements sur les ASMR IV (progrès thérapeutique mineur, ndlr) et V (pas de progrès thérapeutique) augmentent aussi rapidement », prônant « le juste soin au juste prix ».

    OMS : crainte des conséquences du retrait américain
    L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a affirmé mardi 13 janvier que la décision de l’administration Trump de se retirer de l’agence onusienne était dangereuse pour les États-Unis comme pour le reste du monde. Quelques heures après son retour à la Maison Blanche le 20 janvier 2025, le président américain Donald Trump avait signé un décret ordonnant le retrait des États-Unis de l’OMS. La procédure de retrait, d’une durée d’un an, doit se terminer avant la fin janvier. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré aux journalistes regretter profondément cette décision. « Le retrait de l’OMS est une perte pour les États-Unis, et c’est aussi une perte pour le reste du monde. » Ce retrait a-t-il averti « met en danger la sécurité des États-Unis (...) et celle du reste du monde ; ce n’est donc pas la bonne décision ». Tedros a notamment souligné que « de nombreuses actions menées par l’OMS profitent aux États-Unis (...) notamment en matière de sécurité sanitaire ». « C’est pourquoi j’ai dit que les États-Unis ne peuvent pas être en sécurité sans collaborer avec l’OMS », a-t-il insisté. À l’heure où les coupes budgétaires drastiques dans l’aide internationale frappent durement les systèmes de santé du monde entier, Tedros Adhanom Ghebreyesus a rappelé que « le financement est essentiel (...) pour que l’OMS puisse pleinement remplir sa mission ».
    Plus d’infos sur l’OMS ici.

    Une pétition pour rendre obligatoire l'affichage du Nutri-Score en France
    En décembre dernier, l’Assemblée nationale a rejeté, en deuxième lecture, des amendements visant à rendre obligatoire l'affichage du Nutri-Score sur tous les aliments en France. Les défenseurs-ses du Nutri-Score contestent le fait que les députés-es auraient voté sur la base d’« arguments niant la science et la santé publique ». Le Pr Serge Hercberg, concepteur du Nutri-Score, et plusieurs de ses collègues chercheurs-ses et scientifiques, ont pris l’initiative de lancer une pétition citoyenne récemment lancée sur le site de l'Assemblée nationale « Pour rendre obligatoire l'affichage du Nutri-Score sur les emballages des aliments en France ». Ils et elles invitent à la signer.
    La pétition est accessible pour signature sur le site.

    Zéro cas d’accident d’exposition au sang (AES) depuis dix ans
    Dans les années 1990, l’Institut de veille sanitaire (Invs) – devenu depuis Santé publique France – a mis en place une surveillance nationale permettant de recenser les cas d’infections virales, notamment VIH, dans le cadre professionnel. Le site d’informations Infirmiers.com y a récemment consacré un article. Selon les données officielles portant sur la période 1983-2021, quatorze cas ont été recensés ; aucun cas depuis 2004. « Une non-transmissibilité obtenue grâce à : l’utilisation de matériel sécurisé, la mise en place de traitements post-exposition (TPE) efficaces, et aux progrès thérapeutiques », avance le site d’infos. Pour rappel, un TPE est recommandé en cas de piqûre profonde avec aiguille creuse intravasculaire ; de coupure avec bistouri, piqûre avec IM [intra-musculaire, ndlr] ou SC [sous-cutané, ndlr], piqûre avec aiguille pleine, exposition cutanéo-muqueuse [peau contre muqueuse, ndlr] avec temps de contact de 15 minutes, lorsque la personne source présente une charge virale (VIH) 50 copies/mL. Ces critères concernent principalement le cadre professionnel. Le TPE doit être mis en place au plus tard 48 heures suivant l’exposition ; mais le plus tôt est évidemment le mieux. Généralement, il s’agit d’une prescription en deux phases : starter kit de 3-5 jours et réévaluation dans les 3-5 jours avec arrêt ou poursuite 30 jours au total. Infirmiers.com rappelle que « compte tenu du faible nombre de séroconversions déclarées depuis dix ans et des connaissances acquises sur les moyens de les prévenir, la surveillance nationale a été arrêtée. »

    VIH : élimination de la transmission mère-enfant au Brésil, selon l’OMS
    L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a validé l’élimination de la transmission mère-enfant du VIH par le Brésil. Il devient ainsi le pays le plus peuplé d’Amérique du sud à franchir cette « étape historique ». « Cet accomplissement traduit l’engagement de longue date du Brésil en faveur d’un accès universel et gratuit aux services de santé grâce à son système de santé unifié, ancré dans un système de soins de santé primaires solide et le respect des droits humains », a commenté l’institution. « L’élimination de la transmission mère-enfant du VIH est une avancée majeure en santé publique pour tout pays, et en particulier pour un pays aussi vaste et complexe que le Brésil », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS. « Le Brésil a démontré qu’avec un engagement politique soutenu et un accès équitable à des services de santé de qualité, tout pays peut s’assurer que chaque enfant naît à l’abri du VIH et que chaque mère reçoit les soins qu’elle mérite. » Le Brésil a rempli tous les critères de validation de l’élimination de la transmission mère-enfant, à savoir la réduction de la transmission verticale du VIH à moins de 2 % et un taux de couverture des soins prénataux supérieur à 95 %, le dépistage systématique du VIH et le traitement des femmes enceintes vivant avec le VIH. Le Brésil est l’un des 19 pays et territoires du monde où l’OMS a validé l’élimination de la transmission mère-enfant, dont 12 se trouvent dans la région des Amériques. En 2015, Cuba est devenu le premier pays au monde où l’élimination de la transmission mère-enfant du VIH et l’élimination de la syphilis congénitale ont été validées. Parmi les autres pays de la région figurent Anguilla, Antigua-et-Barbuda, les Bermudes, les Îles Caïman, Montserrat et Saint-Kitts-et-Nevis en 2017 ; la Dominique en 2020 ; le Belize en 2023 ; et la Jamaïque et Saint-Vincent-et-les-Grenadines en 2024. En dehors des Amériques, l’élimination de la transmission mère-enfant du VIH a été validée en Arménie, au Bélarus, en Malaisie, aux Maldives, à Oman, au Sri Lanka et en Thaïlande, précise l’OMS.

    Vulnérabilité à la tuberculose des personnes vivant avec le VIH : une protéine virale incriminée
    Les données sont claires. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la tuberculose est « dans un cas sur trois la cause de décès de personnes vivant avec le VIH » dans le monde. Les personnes séropositives ont, en effet, de 15 à 30 fois plus de risques de contracter la tuberculose et ce malgré l’administration d’un traitement antirétroviral efficace. Récemment, le CNRS (centre national de la recherche scientifique) a communiqué sur la parution d’une étude publiée dans la revue PLOS Pathogens. Une étude réalisée par une équipe de recherche pilotée par un scientifique du CNRS. L’étude « met en lumière le rôle-clé que joue la protéine virale Tat (Transactivator of transcription), sécrétée par les cellules infectées par le VIH, dans ce phénomène d’hyper-vulnérabilité. » Des études menées sur des cellules humaines et sur des larves de poissons-zèbres ont révélé que cette protéine virale bloque le mécanisme de défense des cellules appelé autophagie, favorisant ainsi la survie et la multiplication de la bactérie responsable de la tuberculose – dans les cellules cibles. Nommées macrophages, ces cellules « cibles » appartiennent au groupe des globules blancs, et leur rôle principal est de détruire les débris cellulaires et agents pathogènes dans l’ensemble du corps. Comme explique le CNRS : « Ces résultats apportent un nouvel éclairage sur la synergie entre VIH et tuberculose et ouvrent la voie au développement de stratégies thérapeutiques innovantes. Si la protéine Tat demeure pour l’heure complexe à cibler, des traitements visant à restaurer le mécanisme d’autophagie pourraient être développés afin de mieux protéger » les personnes vivant avec le VIH.
    Source :
    HIV-1 Tat favors the multiplication of Mycobacterium tuberculosis and toxoplasma by inhibiting clathrin-mediated endocytosis and autophagy. A. Rivault, A. Bernut, M. Ben-Neji, M. Abrantes, M. Jansen, S. Huc-Brandt, S. Besteiro, Y. Bordat, N. Audemard, M. Mesleard-Roux, D. Perrais, O. Neyrolles, G. Lugo-Villarino, C. Vérollet, L. Espert et B. Beaumelle. PLOS Pathogens, 18 septembre 2025.