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    L’Actu vue par Remaides : « Le Fonds mondial : "Si ce n’est pas nous, c’est qui ? Si ce n’est pas maintenant, c’est quand ?" »

    • Actualité
    • 07.01.2026

     

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    Des militants-es de AIDES lors d'une manifestation à Paris en 2025 pour rappeler les enjeux
    de la huitième reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte
    contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Crédit : Fred Lebreton

    Par Camille Spire, présidente de AIDES

    Le Fonds mondial : "Si ce n'est pas nous, c'est qui ? Si ce n'est pas maintenant, c'est quand ?"

    À titre personnel, je n’ai jamais été une personne nostalgique, ni idolâtre d’un hypothétique âge d’or, pas plus qu’adepte du : « C’était mieux avant ».  Reste que si ce n’était pas mieux avant, ce n’est pas pour autant bien, maintenant. La période que nous vivons est particulièrement difficile et les sujets de colère et d’inquiétude ne manquent pas : inégalités économiques et sociales criantes et indécentes, attaques sur le climat, contre les associations et les libertés associatives, crimes de guerre, etc. La liste n’est pas exhaustive.

    Dans quelques semaines, l’année 2025 prendra fin. À cette occasion qui va vite venir, je souhaitais mettre en avant l’importance du Fonds mondial de lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose, dont les enjeux sont cruciaux pour le monde. Dans le concert souvent assourdissant des crises internationales, le combat contre le VIH/sida risque de passer à l’arrière-plan, encore plus qu’il ne l’est déjà. Pourtant, en cette fin d’année 2025, un rendez-vous crucial s’invite à notre calendrier collectif : la huitième conférence pour la reconstitution des ressources financières du Fonds mondial. L’enjeu ? Ni plus ni moins que la santé mondiale et donc la vie de millions de personnes à travers la planète. À l’aube de cet événement (prévu fin novembre), la France et la communauté internationale doivent faire face à leurs responsabilités.

    Depuis sa création en 2002, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme incarne un espoir concret, un instrument de solidarité internationale aux résultats tangibles. Grâce à ses financements, plus de 59 millions de vies ont été sauvées depuis sa création ; des traitements antirétroviraux sont aujourd’hui accessibles à des dizaines de millions de personnes vivant avec le VIH, des médicaments contre la tuberculose et des moyens préventifs contre le paludisme sont financés, et la prévention s’est intensifiée notamment dans les régions les plus exposées à ces trois pandémies.

    Pour autant, la bataille est loin d’être gagnée. L’épidémie de VIH continue de frapper, surtout parmi les populations marginalisées et dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Sans un engagement financier renouvelé et renforcé, les avancées des deux dernières décennies pourraient être réduites à néant. Le Fonds mondial forme, aujourd’hui, le dernier rempart contre le sida, dans un contexte mondial encore sous le choc de la réduction des aides américaines. Dans la lutte contre le VIH, les États-Unis ont longtemps porté le flambeau du soutien international, via le Pepfar (President’s Emergency Plan For AIDS Relief, un financement bilatéral), et leurs contributions au Fonds mondial (des financements multilatéraux). Jusqu’ici, les États-Unis doublaient la somme promise par les autres États lors de chaque conférence de reconstitution du Fonds mondial. La tendance s’inverse dangereusement. Au cours des dernières années, les coupes budgétaires américaines et les incertitudes politiques ont fragilisé la dynamique collective. Le signal envoyé est déplorable et alarmant, car il pourrait entraîner d’autres pays donateurs à revoir, eux aussi, leurs engagements à la baisse.

    Dans ce contexte tendu, la France se voit désormais investie d’une responsabilité historique. Déjà cheffe de file dans le combat contre le VIH par son soutien constant et son plaidoyer en faveur de la santé mondiale, la France doit aujourd’hui redoubler d’ambition et d’exemplarité. Non seulement, il est important d’augmenter la contribution française, qui était de 1,6 milliards en 2022, mais il faut aussi s’assurer que cette contribution soit effective. Autrement dit que les dons promis soient versés au Fonds mondial. Or seuls, 72% du montant promis en 2022 ont été versés actuellement. Si les contributions américaines s’étiolent, la France et l’Union Européenne ont l’opportunité ― et le devoir ― de prendre le relais, d’impulser une dynamique nouvelle et d’ancrer la solidarité comme valeur cardinale de la diplomatie hexagonale et même européenne. La France met régulièrement en avant le fait d’être la patrie des droits humains. Aujourd’hui, elle est attendue comme locomotive de la solidarité internationale.

    Un engagement financier fort, voire augmenté jusqu’à deux milliards d’euros, serait un signal puissant envoyé au reste du monde : l’abandon n’est pas une option. Il s’agit d’un investissement dans la santé, bien sûr ; mais aussi en faveur de la stabilité, de l’économie et de la justice sociale. C’est un investissement pour les communautés les plus exposées et les plus touchées et aussi une protection pour la population française et européenne, car les épidémies ne s’arrêtent pas aux frontières !

    Le sommet pour la reconstitution du Fonds mondial, fin 2025, s’annonce comme un moment crucial. On peut même dire que c’est le sommet de la dernière chance. Fructueux, il permettra de sauver des millions de vies, de prévenir de nouvelles infections, et de garantir que la lutte contre le VIH/sida demeure une priorité mondiale. Un échec, au contraire, précipiterait le retour en force de la maladie, annihilant des années d’efforts et de progrès, générant des millions de morts. Le monde traverse une période d’incertitude, mais c’est précisément dans ces moments que se mesurent la grandeur et la solidarité. La France, et l’ensemble des nations donatrices, sont à la croisée des chemins. Le sommet pour la reconstitution du Fonds mondial doit se traduire par des engagements financiers à la hauteur de l’urgence : donner, c’est sauver.

    « La vie est trop courte pour être petite », expliquait, en son temps, le Premier ministre britannique Disraeli (1804-1881), alors osons collectivement refuser le statu quo. Osons l’intelligence collective, défendons une vision qui ne soit pas de court-terme, mettons en œuvre une vraie volonté politique. Car derrière chaque euro, chaque dollar investi, il y a des vies en jeu, et la possibilité d’un monde débarrassé du VIH/sida.
    « If not us, who ? If not now, when ? » (« Si ce n’est pas nous, c’est qui ? Si ce n’est pas maintenant, c’est quand ? »).