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    L’Actu vue par Remaides : « Fonds mondial : les promesses passent à côté de l’objectif »

    • Actualité
    • 30.03.2026

     

    Photo : IAS 2018

    Par Jean-François Laforgerie 


    Fonds mondial : les promesses 
    passent à côté de l'objectif


    Faire bonne figure, malgré tout. Le Conseil d’administration du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a expliqué, dans un communiqué de presse (18 février), « applaudir le recueil de 12,64 milliards de dollars à la huitième reconstitution des ressources ». Une réaction qui pourrait surprendre tant le résultat est éloigné de l’objectif, pourtant raisonnable, que s’était fixé l’institution : aux alentours de 18 milliards de dollars.


    Le résultat de la huitième reconstitution des ressources du Fonds mondial pour la période 2026-2028 s’ élève donc à 12,64 milliards de dollars. Dans un communiqué, mi méthode Coué, mi langue de bois. Le Fonds mondial parle d’un « résultat remarquable, obtenu dans un contexte difficile », qui « témoigne des forts appuis dont bénéficient la mission vitale » et le « modèle de partenariat unique du Fonds mondial ». C’est notamment ce qu’a déclaré Peter Sands, directeur exécutif du Fonds mondial. « Nous remercions chaleureusement l’Afrique du Sud et le Royaume-Uni, qui ont assumé le leadership conjoint, nos donateurs et l’ensemble du partenariat pour leur soutien indéfectible », a-t-il expliqué.

    Une grimace derrière les applaudissements de circonstance
    Reste que derrière le satisfecit affiché, l’instance fait la grimace. Ainsi, le Conseil d’administration du Fonds mondial a rappelé que « les déficits de financement entravent le progrès vers l’élimination des trois maladies, notant que les efforts pour la mobilisation de ressources supplémentaires se poursuivront ». Car déficit, il y a. En 2025, le Fonds mondial avait publié un argumentaire d’investissement en amont de la 8ème reconstitution des fonds. « Pour franchir toutes les étapes de la stratégie du Fonds mondial jusqu’en 2028 et nous assurer que la cible de l’objectif de développement durable 3 reste à notre portée, nous devons mobiliser 18 milliards de dollars pour notre prochain cycle triennal de subvention, expliquait le document [page 96]. Avec ce financement, nous pourrions tirer pleinement parti des nombreuses innovations biomédicales qui peuvent accélérer le progrès contre les trois maladies. Nous pourrions investir dans les infrastructures et les capacités essentielles à la prestation de services vitaux. Nous pourrions catalyser une augmentation du financement national en faveur de la lutte contre les trois maladies et de la santé et aider les pays à investir davantage et de façon plus efficace dans des interventions spécifiques essentielles au progrès contre les trois maladies. Et surtout, avec 18 milliards de dollars, nous pourrions sauver 23 millions de vies supplémentaires et prévenir 400 millions d’infections ou de cas. Nous pourrions abaisser le nombre de décès annuel combiné des trois maladies à 920 000 en 2029, contre 2,3 millions en 2023, dans les pays que nous soutenons. »
    Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre qu’avec beaucoup moins que 18 milliards (moins de 13 milliards en l’occurrence), ces objectifs ne seront pas atteints. Ce qui est un drame.

    S’appuyant sur des promesses de dons totalisant 12,64 milliards de dollars, le Conseil d’administration a approuvé des allocations aux pays chiffrées à 10,78 milliards de dollars pour la période de mise en œuvre 2027-2029, en plus de 260 millions de dollars en investissements catalytiques. Les investissements catalytiques du Fonds mondial permettent de stimuler la collaboration régionale et transfrontalière qui n'est ni encouragée ni même envisagée dans les enveloppes nationales. Autrement dit, les investissements catalytiques du Fonds mondial viennent soutenir un ensemble de programmes prioritaires jugés indispensables pour atteindre les objectifs stratégiques du Fonds mondial, mais qui ne peuvent être mis en œuvre via l'attribution d'enveloppes nationales. Il peut s’agir, par exemple, d’élargir l’accès aux produits de santé innovants par l’orientation des marchés ou de renforcer les capacités de fabrications régionales. Les efforts de mobilisation des ressources auprès du secteur privé, qui se poursuivent, aboutiront vraisemblablement à une augmentation des financements disponibles pour les investissements catalytiques.

    Des réorientations stratégiques
    Reconnaissant que le financement de la santé mondiale subit de profonds changements dans un contexte de diminution des ressources, le Conseil d’administration a convenu que les subventions seront allouées selon un plan de « réorientation stratégique », une décision stratégique lancée en 2025. Pour faire simple, l’objectif est de diriger les ressources vers les pays les moins nantis et les plus touchés par les maladies, et d’aider les États à atteindre plus rapidement l’autosuffisance alors qu’ils s’attachent à éliminer les trois maladies. « Nous accompagnerons les pays dans un cheminement accéléré vers la pérennisation et l’autosuffisance – nous les appuierons, nous leur offrirons des incitations et, à terme, nous leur laisserons la voie libre. Ce travail passe par des transitions adaptées à chaque pays, appuyées par des systèmes nationaux plus solides, de nouvelles sources de financement et un accès soutenu à des produits de santé abordables et de qualité garantie. Pour composer avec cette nouvelle réalité, nous avons élaboré des réorientations stratégiques garantissant des transitions responsables et ancrées dans le contexte et les priorités de chaque pays », avance Peter Sands. Et tout cela avec de moins en moins d’argent.

    De façon plus globale, Peter Sands a insisté, en lien avec le conseil d’administration du Fonds mondial, sur « l’impératif de maximiser l’impact de chaque dollar investi en accélérant l’accès équitable à des innovations biomédicales qui changent la donne ». Il a souligné notamment la « priorité absolue du déploiement à grande échelle d’un nouvel outil de prévention du VIH, le lénacapavir [Prep injectable à longue durée d’action tous les six mois] », ainsi que la mise en œuvre de « diagnostics moléculaires de la tuberculose près du lieu des soins » et « l’accès plus rapide à de nouveaux traitements de première intention et outils de lutte antivectorielle contre le paludisme ».
    Plus d’infos ici.


    L'OMS demande un milliard de dollars pour faire face aux crises sanitaires en 2026
    L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a lancé, début février, un appel aux contributions d’un milliard de dollars pour soutenir les services de santé essentiels dans les pays qui subissent les situations d’urgence les plus graves en 2026. « Ces fonds soutiendront une réponse sanitaire dans 36 zones d’urgence, notamment à Gaza et au Moyen-Orient, au Soudan, en Ukraine, en République démocratique du Congo, en Haïti et en Birmanie », a déclaré lors d’une conférence de presse Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du programme de gestion des urgences sanitaires de l’OMS. « Nous sommes profondément inquiets face à l’ampleur des besoins et à la manière dont nous pourrons y répondre », a-t-il ajouté. En 2025, l’OMS avait demandé 1,5 milliard de dollars, mais n’avait finalement reçu que 900 millions de dollars. « C’est l’une des raisons pour lesquelles, cette année, nous avons légèrement révisé notre demande à la baisse afin de la caler davantage sur les moyens réellement disponibles, compte tenu de la situation mondiale et des contraintes auxquelles sont confrontés de nombreux pays », a expliqué Chikwe Ihekweazu. L’an passé, l’OMS a répondu à 50 urgences sanitaires dans 82 pays, ce qui a permis d’aider plus de 30 millions de personnes avec des services essentiels. Selon l’OMS, quelque 250 millions de personnes vivent dans des situations de crises humanitaires qui les privent notamment d’accès aux soins. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a reconnu (1er février) que l’année écoulée « a été indéniablement l’une des plus difficiles de l’histoire de l’organisation », suite à l’annonce du retrait des États-Unis et aux coupes drastiques dans l’aide extérieure américaine. Plusieurs autres pays ont aussi réduit leur soutien à l’aide internationale. Le Conseil exécutif de l’OMS devait examiner, courant février, la notification de retrait des États-Unis, qui, selon l’OMS, « soulève des questions ». Les États-Unis sont en effet censés être à jour de leurs versements à l’organisation s’ils veulent la quitter. Or les États-Unis lui doivent environ 260 millions de dollars (220 millions d’euros) que Trump ne semble pas disposé à verser.