L’Actu vue par Remaides : « Femmes trans et VIH, une santé menacée par les vulnérabilités »
- Actualité
- 11.06.2026
Crédit image : ANRS MIE.
Par Jean-François Laforgerie
Femmes trans et VIH, une santé menacée par les vulnérabilités
Fin novembre 2025, les résultats d’une vaste enquête inédite ― ANRS - Trans & VIH ― sur les femmes trans vivant avec le VIH en France ont fait l’objet d’un article scientifique publié dans le BEH (Bulletin épidémiologique hebdomadaire). Retour sur les points clefs ― vulnérabilités sociales, obstacles administratifs, accès aux soins ― avec Liam Balhan, premier auteur de cet article. Interview.
Quels étaient les objectifs de l’enquête « Trans & VIH » ?
Liam Balhan : L'objectif principal était d'identifier les situations individuelles et sociales de vulnérabilité des femmes trans qui vivent avec le VIH en France, les obstacles à leur accès et à leur maintien dans les soins médicaux, ainsi que leurs besoins de santé. Il y avait également des objectifs secondaires dont celui de caractériser les parcours biographiques, donc la trajectoire des personnes. C’est-à-dire où sont-elles arrivées en France et dans quelles circonstances. Il s’agissait aussi de documenter les discriminations vécues et les stigmatisations ressenties, de comprendre les facteurs associés à l'accès au maintien dans le soin, de documenter aussi leur santé sexuelle et d’identifier leurs besoins dans ce domaine. Et enfin de caractériser l'offre de soins et leur prise en charge médicale.
Comment l’enquête s’est-elle déroulée ?
Cette enquête s’est faite à l'échelle nationale, dans tous les centres hospitaliers qui accueillaient des femmes trans dans le cadre de leur suivi VIH. Pour chacun de ces centres, nous avons contacté l’ensemble de la file active [L’ensemble des personnes qui y sont suivies, ndlr] des femmes trans vivant avec le VIH. Un questionnaire en face à face leur a été proposé. Il était complété d’une grille biographique qui permettait de retracer leur parcours. Le questionnaire et la grille pouvaient être appariés à leur dossier médical pour que soient ajoutées les informations relatives à l’état de santé.
D’où est venue l’idée de faire cette enquête ?
Dans les études sur les personnes qui vivent avec le VIH, les femmes trans sont très peu nombreuses. Les effectifs sont très faibles. Cette minorité numérique ne permet pas d’atteindre le nombre suffisant pour décrire finement leurs caractéristiques. On ne peut pas atteindre cet objectif avec les données d’une dizaine, d’une quinzaine, voire d’une vingtaine de personnes. Même si les enquêtes sont représentatives de la population qui vit avec le VIH, il y a trop peu de personnes trans pour qu'on puisse chercher la précision. L’idée part de ce constat.
Cela veut-il dire que tous les points que vous avez présentés comme objectifs n'avaient quasiment pas été investigués dans des enquêtes précédentes, ou s'ils l'avaient été, c'était de façon extrêmement marginale dans le cadre d'études beaucoup plus importantes ?
C'est une population qu'on connaissait mal en France. On sait, du fait de la littérature scientifique internationale et l'expérience des personnes de terrain qui reçoivent ce public, que celui-ci est largement concerné par le VIH et par d'autres vulnérabilités. Mais nous n’avions pas en France les données pour décrire précisément leurs caractéristiques. D'où l'idée de faire une enquête uniquement sur les femmes trans, toutes celles que l’on pouvait contacter, c'est-à-dire toutes celles qui sont suivies à l'hôpital en France. Cette enquête avait un objectif d'exhaustivité. Toutes n'ont pas répondu. Certaines ont refusé. Dans ce cas, il y avait un questionnaire de refus, pour que l’on sache quel était leur profil.
En général, il s’agissait de femmes d’une catégorie socio-professionnelle un peu plus élevée, avec un niveau d'études plus élevé ; de femmes qui étaient occupées professionnellement et qui ne pouvaient pas passer du temps à répondre à un questionnaire long (en moyenne, une heure) du fait d’autres engagements [l’équipe de recherche avait choisi de réaliser l’entretien de face à face et le remplissage du questionnaire et de la grille biographique à la suite d’une consultation médicale lorsque la personne venait dans le service. Il fallait donc être disponible sur un long moment, ndlr]. Nous avons tout de même obtenu un taux de réponse intéressant : 506 femmes trans vivant avec le VIH ont participé.
Considérez-vous que cette enquête constitue, du moins en France, un tournant ?
Complètement. C'est une enquête qui est complètement novatrice en France, du fait de son ampleur. D’une part car c’est la première fois que l’on dispose de données exhaustives sur l'ensemble des femmes trans prises en charge à l'hôpital pour le VIH. Pour la première fois, on peut décrire finement et de façon représentative leurs caractéristiques. C'est aussi la première enquête de cette ampleur sur les femmes trans qui vivent avec le VIH.
Enfin, c'est un tournant parce qu’il s’agit d’une recherche communautaire qui a été menée conjointement par les associations ACCEPTESS-T [Actions Concrètes Conciliants : Education, Prévention, Travail, Equité, Santé et Sport pour les personnes Trans] et AIDES, le laboratoire du Sesstim [Sciences économiques et sociales de la santé & traitement de l’information médicale, Inserm/IRD/Aix Marseille université] et les centres hospitaliers. C'est une recherche dans laquelle les structures associatives ont été impliquées dès le début.
Pourquoi cette enquête concerne-t-elle uniquement les femmes trans ?
Les hommes trans vivant avec le VIH sont difficiles à capter. Il y en a très peu qui sont recensés par les services hospitaliers. Lorsqu’on demande aux centres hospitaliers qui suivent des personnes vivant avec le VIH, quelle est leur file active de femmes trans, ils sont à peu près tous capables de répondre. Pour les hommes trans, c'est plus compliqué, car très peu sont identifiés. Certains d’entre eux sont sans doute considérés comme HSH [hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes], a fortiori s’ils ont été infectés dans le cadre de rapports HSH et ne seront pas reconnus comme hommes trans. On peut même penser qu’il y a probablement des personnes dont les soignants ne savent pas que ce sont des hommes trans. Numériquement, les hommes trans semblent être moins nombreux à vivre avec le VIH. Sur le nombre dans la population, nous n’en savons rien. Pour autant, l’enquête « Trans & VIH » avait prévu cette situation. Il n’y avait aucune volonté d’exclure, mais les problématiques étant assez différentes, il avait été prévu un dispositif plutôt qualitatif que quantitatif ; un seul entretien a pu être mené avec un homme trans.
Quels sont les principaux enseignements de cette étude concernant la vie avec le VIH ?
Sur la découverte du statut sérologique, l’enquête montre que la moitié des participantes ont découvert leur séropositivité lors de leur premier test de dépistage. C'est-à-dire que lorsqu’elles ont découvert leur séroconversion, elles n'avaient jamais eu de test de dépistage avec un résultat négatif avant. Deuxième chose, les femmes trans ont été diagnostiquées plus jeunes que le reste de la population des personnes vivant avec le VIH en France. En médiane [la moitié des personnes est au-dessus, l’autre moitié est en dessous, ndlr], elles sont diagnostiquées à 29 ans, alors qu'au niveau de la population générale, c'est à 36 ans en médiane. Les femmes trans ont donc une découverte de leur statut un petit peu plus précoce. Une fois qu'elles savent qu'elles sont séropositives, on n'observe pas de différence entre les femmes trans françaises et les femmes trans étrangères concernant la prise en charge hospitalière. Elles ont plutôt une bonne prise en charge hospitalière, quelle que soit leur nationalité. Presque toutes les personnes enquêtées sont sous traitement. Une grande majorité, 88 %, a une charge virale indétectable. C’est un bon résultat, mais qui reste inférieur aux objectifs « 95-95-95 » de l’Onusida [À l’horizon 2030, 95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique ; 95 % de toutes les personnes vivant avec le VIH dépistées reçoivent un traitement antirétroviral durable ; 95 % des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée, ndlr]. Et surtout, c'est moins bien que l'ensemble de la population vivant avec le VIH en France, dont on estime que la suppression virale s’établissait à 93 % en 2021.
On observe qu'un quart des personnes enquêtées sont toujours immunodéprimées, malgré le fait qu'elles sont sous traitement ; on constate que l'observance du traitement n'est pas optimale pour toutes.
L'enquête permet-elle d'expliquer ces décalages ?
L’article qui a été rédigé pour le BEH [Bulletin épidémiologique hebdomadaire, N° 19-20, , 25 novembre 2025, Santé publique France, ndlr] ne permet pas de répondre puisqu’il ne propose pas d’analyses approfondies ; il permet de présenter les résultats descriptifs saillants. Des analyses approfondies sont en cours. Un article scientifique concernant la suppression virale a déjà été publié (voir ici)
Que dit l'enquête concernant le parcours de transition et notamment en lien avec la vie avec le VIH ?
Premièrement, l'enquête montre la diversité des parcours de transition [on peut, sur ce sujet, se reporter à cet article : « Marginalisation socio-économique, exclusion sociale et recours au sexe transactionnel chez les femmes transgenres vivant avec le VIH : le rôle de l’affirmation de genre multidimensionnelle » ; voir ici, ndlr]. Toutes les femmes trans qui vivent avec le VIH n'ont pas recours aux mêmes éléments d'affirmation de genre. C'est important à souligner. Les parcours de transition ne sont pas que des parcours médicaux, ils ont aussi une dimension sociale et une dimension administrative.
Chez les femmes trans vivant avec le VIH nées à l’étranger, la transidentité est visibilisée de façon assez précoce, en médiane à 13 ans. C'est l'âge auquel elles ont exprimé qu'elles étaient trans. Autre élément, elles ont un recours relativement élevé à des éléments de transition médicale. Elles ont accès, par exemple, à l'hormonothérapie, aux injections (huile, silicone, etc.) souvent hors encadrement médical, aux chirurgies, pour celles qui le souhaitent. Pour celles qui ont la nationalité étrangère, elles ont moins souvent un document d'identité qui correspond à leur genre actuel. La transition médicale est relativement élevée. Elle s’appuie sur une transidentité qui est connue et manifestée depuis longtemps, mais qui se concrétise très peu par une reconnaissance administrative de leur identité de genre.
Est-ce que cela a un impact négatif concernant le suivi pour le VIH ?
L’article que j’ai rédigé pour le BEH a systématiquement comparé les femmes trans françaises et les femmes trans étrangères. Un des traits saillants de nos résultats est qu’il y a parmi les participantes une très grande majorité qui sont d'origine étrangère, notamment d'Amérique du Sud : plus de 80 %. Nous avons choisi dans tous les éléments étudiés de comparer les situations des femmes trans françaises qui vivent avec le VIH à celles des femmes trans étrangères dans la même situation. Du point de vue de la prise en charge du VIH, une fois qu’elles ont appris qu'elles étaient séropositives, on ne voit pas de différences si on prend en compte les indicateurs médicaux. Autrement dit, une fois le diagnostic posé, on ne voit pas de différence sur le taux de mise sous traitement, ni dans le fait d’avoir une charge virale indétectable. En revanche, il y a des différences sur d'autres aspects. Par exemple, cette précarité administrative qui rend vulnérable sur d'autres points (ressources, travail, statut administratif, etc.).
Cette différence s'explique par des législations différentes, notamment dans leur pays d'origine. En France, il y a une législation qui permet de changer le genre à l'état civil. Malheureusement, cette procédure est toujours judiciarisée en France. Il faut toujours passer devant un tribunal pour le faire, contrairement à ce qui se fait dans beaucoup d'autres pays d'Europe. Pour celles qui ont la nationalité étrangère, s'il n'y a pas de législation dans leur pays d'origine, elles ne peuvent pas faire la démarche et ne peuvent pas obtenir un document d'identité qui soit conforme à leur genre. [Acceptess-T a réussi à obtenir une jurisprudence pour le changement d’état civil, avec le guide rédigé par le Gisti, ndlr]. Une part notable de personnes arrive sans titre de séjour et n'a donc pas un statut régulier en France. Lors de l’enquête, il a été demandé si elles avaient au moins un document administratif qui correspondait à leur identité de genre ; pour la majorité : c'est non. Nous avons aussi demandé si elles avaient commencé des démarches dans ce sens-là, notamment auprès des autorités de leur pays ; pour la majorité : c'est non également. Cette faible reconnaissance administrative de leur identité de genre est un facteur de vulnérabilité psychique, sociale et aussi de santé.
Qu'en est-il des éléments de transition ?
Les injections d'huile et de silicone sont très courantes, notamment pour les femmes trans qui viennent d'Amérique du Sud. C'est une démarche d'affirmation de genre. Ces injections permettent de changer la forme du corps [seins, fesses, etc.]. La contrepartie, c’est que cela les expose à des complications sanitaires, particulièrement quand elles ont été réalisées en dehors du cadre médical. Certaines injections sont réalisées par des professionnels de santé, d'autres non. Et dans les années qui suivent les injections, il peut y avoir des complications assez graves. Un article dédié à cette question est prévu dans le cadre de l’exploitation des données de Trans & VIH. Les femmes trans étrangères prennent moins souvent des traitements hormonaux de substitution féminisants que les femmes trans françaises et ont davantage recours à la chirurgie de féminisation [hors génitale].
Que démontre l'enquête sur le plan des vulnérabilités ?
L'enquête montre que les femmes trans qui vivent avec le VIH sont plutôt bien prises en charge. Leur état de santé est globalement bon. En revanche, chez celles qui ont la nationalité étrangère, la très grande majorité vit une précarité administrative et économique importante qui est à l'intersection de leur parcours de transition et de migration. La plupart sont arrivées en France dans des conditions de grande précarité, sans titre de séjour pour la majorité d'entre elles, et sans avoir de logement personnel à l'arrivée. C'est-à-dire qu'elles ont été hébergées par des membres de la famille, ou une connaissance, qu’elles ont été en squat ; voire qu’elles ont vécu dans la rue. Au moment de l'enquête, une majorité de ces femmes avaient un titre de séjour. Mais, elles étaient le plus souvent dans une situation précaire du point de vue du logement. Autre constat : elles ont plus souvent un faible revenu que celles qui ont la nationalité française. Et elles ont moins souvent une couverture par la Sécurité sociale.
Dans l'enquête, 65 % des personnes interrogées expliquent qu'elles ont recours pendant une période au travail du sexe. L’enquête donne-t-elle des éléments sur les conséquences en termes de santé ?
L'enquête nous permet de dater les différents événements de chaque parcours, de voir leur articulation les uns par rapport aux autres et de dégager des tendances. Comme je l’expliquais plus tôt les femmes trans d’origine étrangère visibilisent très tôt leur transidentité pour une grande partie d'entre elles. Cela peut impliquer un rejet familial, un départ anticipé du foyer, une rupture scolaire. De ce fait, ce sont des personnes qui se retrouvent avec un niveau d'études faible, avec des papiers qui ne correspondent pas à leur genre, avec peu de ressources familiales, d’où, souvent, le recours au travail du sexe qui peut être privilégié comme solution. L'enquête montre que ce recours au travail du sexe a commencé tôt dans la vie, autour de 19 ans.
Donc il est souvent antérieur au parcours migratoire ?
Souvent, il précède à la fois le diagnostic VIH et la migration. On constate d’abord une grande variété de parcours de laquelle se dégagent de grandes tendances : visibilisation de la transidentité, recours au travail du sexe, parcours migratoire et diagnostic VIH.
Pour le dire autrement, ce recours au travail du sexe semble être le résultat de faibles opportunités sur le marché du travail, qui sont en lien avec les discriminations, avec la transidentité ou la nationalité, l'absence de régularisation de leur présence sur le territoire, etc. Certaines études ont montré qu'en Amérique latine, il y a une association forte entre travail du sexe et risque d'acquisition du VIH. En France métropolitaine, le fait du recours au travail du sexe n'est pas forcément un facteur de risque en soi pour l'acquisition du VIH. En revanche, de nombreuses associations dénoncent les conséquences de la répression du travail du sexe en France, notamment à travers la loi d’avril 2016 qui a instauré la pénalisation des clients. Cette loi a créé des conditions d'exercice du travail du sexe qui sont plus précaires, plus compliquées notamment sur la mise en place de la prévention, et qui exposent davantage les personnes à un risque d'infection à VIH.

Les résultats de l’enquête « Trans & VIH » permettent-ils d’affirmer que les femmes trans sont une population clef de l’épidémie de VIH en France ?
L'enquête Trans&VIH porte exclusivement sur des personnes qui vivent avec le VIH. Elle ne peut pas nous permettre d'estimer la prévalence du VIH sur l'ensemble des femmes trans en France, parce que c'est une population pour laquelle nous n’avons pas de base de sondage qui permettrait la représentativité. On ne peut pas dire il y a tant de femmes trans en France, et parmi ces femmes trans, il y en a tant qui vivent avec le VIH. Donc, l’enquête ne nous indique rien sur ce plan-là. En revanche, on sait que les personnes trans représentent 2 % des personnes ayant découvert leur séropositivité en 2024 [Santé publique France / Bulletin / Surveillance du VIH et des IST bactériennes en France en 2024 /Édition nationale / 23 octobre 2025 / p. 7]Par ailleurs, la littérature scientifique nous indique que les femmes trans sont nombreuses parmi les personnes qui vivent avec le VIH, par rapport à la taille de la population concernée. Autrement dit le pourcentage 2 % peut sembler être un taux faible, mais c’est 2 % qui viennent d’une population qui, même si on ne peut pas en estimer exactement la taille, ne représente pas une part énorme de la population générale. La littérature scientifique montre qu’il s’agit bien d’une population clé, mais ce n’est pas l'objectif de l’enquête « Trans et VIH » de montrer que les femmes trans sont une population clé. En revanche, l'enquête montre que les femmes trans qui ont acquis le VIH sont à l'intersection de plusieurs facteurs de vulnérabilité. Elles sont très majoritairement d'origine étrangère et ont des vulnérabilités qui sont liées à leur parcours migratoire. De ce fait, ces femmes trans correspondent pour AIDES à une des populations clés de l'épidémie. L’étude met en avant une migration d'Amérique du Sud et d'Amérique centrale, mais il y a aussi des femmes trans d’origine asiatique ou africaines. Toutes se retrouvent au croisement de cette vulnérabilité liée à leur parcours migratoire et à une précarité administrative qui expose davantage au VIH, et au recours au travail du sexe dans un contexte répressif.
Que préconisez-vous (mesures, recommandations) pour une meilleure prise en compte des besoins de ces femmes trans vivant avec le VIH ou qui y sont exposées ?
Une première mesure serait de faciliter l'accès au dépistage du VIH des femmes trans, notamment celles qui sont étrangères et celles qui exercent le travail du sexe, puisque la moitié d’entre elles découvrent leur séropositivité lors de leur premier dépistage. Cela veut dire qu'il faudrait qu’elles soient davantage dépistées et plus tôt. On sait que le recours à la Prep peut aider aussi pour protéger celles qui sont séronégatives. Deuxièmement, l'enquête montre que parmi les femmes trans qui vivent avec le VIH, le recours à l'AME est important. Une grande partie de cette population y a recours. Cela montre l'importance de ce dispositif pour la santé publique et pour la prise en charge de ces personnes et leur maintien dans le soin. Enfin, on sait que la reconnaissance administrative d'une identité de genre est difficile pour les femmes trans étrangères. Une plus grande facilité de la procédure, tout en reconnaissant la diversité des parcours d'affirmation, pourrait permettre une moindre précarité de ces populations et donner plus d'options, à la fois sur la question de la précarité, et sur le travail du sexe.
Comment explique-t-on qu'une grande majorité des femmes trans vivant avec le VIH en France soient originaires d’Amérique du Sud ou latine ?
L'hypothèse principale est qu'il s'agit de zones géographiques où les femmes trans sont majoritairement séropositives, bien plus que dans d'autres zones. Et puis, ce sont des zones où le VIH circule beaucoup parmi les personnes qui exercent le travail du sexe. Par ailleurs, on sait que l’Amérique du Sud et l’Amérique latine sont parmi les régions les plus meurtrières pour les personnes trans, ce qui peut expliquer en partie la migration. Autre élément : les difficultés d’accès aux traitements jusque dans les années 2010 dans ces régions [« First and foremost, discrimination and violence against sexual minorities, in particular, transgender people, is far from over : Seventy-eight percent of transgender women reported to have been murdered from 2008 to 2015 worldwide were killed in Latin America [14]. Such levels of stigma and discrimination remain significant barriers to protection of even the most basic human rights. » (Crabtree-Ramírez et al., 2020, p. 1)]
L’enquête n’apporte aucun élément sur les raisons qui pourraient expliquer la venue en France.
Pour conclure, quels sont les trois points clefs à retenir ?
Premièrement. Cette enquête permet, pour la première fois, de décrire finement et de manière exhaustive les femmes trans qui vivent avec le VIH et qui sont suivies à l'hôpital en France. On peut objectiver qu’une grande majorité (plus de 80 %) sont d’origine étrangère. Les personnes sur le terrain recevaient beaucoup de femmes trans vivant avec le VIH originaires d’Amérique du Sud, on savait que c’était un public prioritaire ; nous en avons désormais la confirmation scientifique. Les femmes trans qui vivent avec le VIH en France sont essentiellement de nationalité étrangère et très majoritairement d'Amérique du Sud : Pérou, Équateur, Colombie, etc. Deuxième résultat : la prise en charge des femmes trans vivant avec le VIH est plutôt bonne. Elles sont prises en charge correctement et de façon non différenciée entre les Françaises et celles qui sont étrangères. Troisième point, si en matière de santé et de suivi du VIH, cela va, la précarité sociale, administrative, en particulier pour les femmes étrangères par rapport aux Françaises, a un impact négatif majeur.
Remerciements à Margot Annequin

Qui est Liam Balhan ?
Liam Balhan est socio-démographe (Ined/Université Paris 1). Il a notamment travaillé sur les violences sexuelles dans les vies des gays et des bisexuels, et la quantification de l’homosexualité et de la bisexualité. Liam est arrivé à AIDES en 2023 comme chargé de mission recherche communautaire à la direction Innovations Projets. À son arrivée, la collecte des données l’enquête « Trans & VIH » (2020-2022) s’achevait ; la phase de préparation de cette étude ayant démarré en 2017. Une de ses missions était de rédiger l’article scientifique de valorisation des résultats : « Qui sont les femmes transgenres vivant avec le VIH en France ? Caractéristiques sociodémographiques, de transition, de prise en charge. Résultats de l’enquête ANRS-Trans&VIH », publié dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH, N°19-20, 25 novembre 2025, Santé publique France), dont il est le premier signataire. « En fait, l'objectif pour moi dans un cadre de recherche communautaire, c'est de faire en sorte que les résultats arrivent à un moment aux personnes concernées et aux personnes sur le terrain qui en ont besoin pour comprendre les personnes qu'elles accompagnent. Autrement dit que les données arrivent à un moment sous un format vulgarisé et accessible pour tout le monde », explique-t-il. D’autres articles ont déjà paru. Ils portaient sur des analyses plus poussées sur certains sujets, d’autres vont suivre. « L'enjeu de cette publication au BEH, c’est de proposer un bilan relu et validé par des pairs de la communauté scientifique pour une diffusion large et en français des résultats ».