L’Actu vue par Remaides : « Enquête Coalition PLUS : la lutte contre le VIH en mode ruptures et pénuries »
- Actualité
- 04.02.2026

Crédit : Coalition PLUS
Les graphiques de cet article ont été réalisés par Chloé Rioual.
Par Jean-François Laforgerie
Enquête Coalition PLUS :
la lutte contre le VIH/sida
en mode ruptures et pénuries
« Un an après le gel des financements américains, la riposte au VIH décroche » dans le monde, dénoncent Coalition PLUS et ses partenaires : Sidaction, Frontline AIDS, Aidsfonds, dans une enquête inédite réalisée auprès d’un collectif de 79 organisations dans 47 pays. Cette incroyable somme donne le vertige. Elle dresse un constat imparable des conséquences de la politique de l’administration Trump. Sur la base de cette enquête qui sonne l’alarme à toutes les pages, Remaides propose une série d’articles qui vont rappeler des éléments du contexte actuel et vont détailler les résultats champ par champ : la prestation de services ; les ruptures de stocks, les pénuries et le coût des traitements, les conséquences sur le contexte politique et social, la santé organisationnelle, l’impact sur certaines populations, groupes et acteurs-rices de la lutte contre le VIH/sida. Dans cet article, retour sur le contexte actuel.
Outre leur effet direct sur la prestation des services de santé (voir notre article précédent, mettre lien), 56 % des organisations interrogées ont signalé que les réductions de financement ont affecté la ‘disponibilité des approvisionnements, y compris les produits essentiels de prévention, de traitement du VIH et de réduction des risques, indique l’enquête (voir encart N°1, ci-dessous).
En octobre et novembre 2025 :
- 41 % des organisations déclarent qu’au moins un produit est actuellement indisponible ;
- 46 % indiquent qu’au moins un produit est moins disponible qu’en janvier 2025 (voir graphique N°4 ci-dessous).

Le Rapport trimestriel sur le marché du VIH d’Unitaid et de la Clinton Health Access Initiative propose une analyse détaillée des effets globaux sur la logistique et les chaînes d’approvisionnement. Historiquement, le financement américain a soutenu toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement, de la fabrication à la distribution des médicaments. Un-e répondant-e d’Afrique du Nord souligne que « L’impact [sur la prestation des services] est lié à un problème d’approvisionnement, plutôt qu’à un problème de financement. »
« Nous subissons des pénuries fréquentes de kits de dépistage et de cartouches pour les tests de charge virale », explique, pour sa part, un-e répondant-e d’Afrique de l’Ouest.
Quels sont les produits les plus touchés (indisponibles ou moins disponibles) ?
Premier constat, ils sont nombreux à être concernés. On constate à propos des traitements hormonaux de substitution (THS) que 95 % des organisations sont concernées ; pour les produits pour le traitement des infections sexuellement transmissibles (IST) : 95 % des structures sont concernées ; pour le matériel de réduction des risques, ce sont 93 % des organisations ; pour les traitements de substitution aux opioïdes, ce sont 92 % des structures ; le taux est de 87 % pour les lubrifiants et de 86 % pour les préservatifs.
L’enquête rappelle « qu’étant donné que les financements des donateurs servaient souvent à subventionner le coût des produits médicaux ou à faciliter l’accès à des circuits d’approvisionnement à moindre coût, certains produits sont désormais plus chers qu’en janvier 2025 », ce qui joue évidemment sur leur disponibilité.
L’enquête s’est intéressée à la « répartition des responsabilités de financement pour les examens de charge virale et du nombre de CD4 » ; deux examens clefs dans le suivi de l’efficacité du traitement ARV.

D’après les répondants-es, 56 % des organisations n’ont observé aucun changement dans la prise en charge des coûts des tests de charge virale (CV), tandis que 30 % indiquent que ces coûts sont désormais entièrement assumés par le gouvernement (voir graphique N°5 ci-dessus). Cependant, 8 % rapportent une augmentation des coûts supportée par les patients-es depuis janvier 2025, 4 % ont totalement interrompu ces tests, et 2 % ont transféré la totalité des coûts aux patients-es. Concernant les tests CD4, 6 % des organisations ont augmenté la participation financière des patients-es, 4 % ont transféré l’intégralité des coûts à leur charge, et 10 % ont cessé complètement de les proposer.
À suivre.
Les chiffres clés de l'enquête
- 79 organisations communautaires répondantes dans 47 pays ;
- 77 % d’entre elles déclarent que les réductions de financements internationaux ont affecté la délivrance de services ;
- Prep : dans 81 % des organisations, l’accès à ce traitement préventif fonctionne à moins de 50 % du niveau de janvier 2025 ;
- Intrants (matériel de tests, etc.) : 56 % signalent un impact sur la disponibilité des consommables ;
- 95 % des organisations rapportent que les produits destinés au traitement des IST sont indisponibles ou moins disponibles ;
- Soutien aux personnes vivant avec le VIH : 69 % des organisations sont à moins de 50 % de capacité ;
- Populations clés : arrêt complet des services à destination des personnes trans et des usagers-ères de drogues pour 10 % des organisations ; réduction ou arrêt des services à destination des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes pour 85 % et 82 % envers les travailleurs-ses du sexe ;
- Équipes : 2 275 postes de pairs éducateurs-rices/agents-es de santé communautaire ont vu leurs rémunérations suspendues ou coupées (en moyenne, 45 postes impactés par organisation).

La méthodologie de l'enquête
Cette enquête exploratoire est le fruit d’un partenariat entre Coalition PLUS, Sidaction etFrontline AIDS. Son objectif était de « recueillir des données empiriques sur l’impact des changements de priorités de financement sur les communautés, la société civile et les systèmes de santé. Pour ce faire, un questionnaire a été élaboré pour évaluer les conséquences des coupes budgétaires sur la prestation de services et sur la santé organisationnelle des bénéficiaires de subventions et des acteurs-rices de mise en œuvre. L’organisation Aidsfonds s’est jointe à ce partenariat pour participer à l’analyse des données. Les données ont été collectées électroniquement via l’outil Voxco, entre le 29 octobre et le 18 novembre 2025. Le questionnaire a été traduit et diffusé en anglais, français, portugais et espagnol. Les répondants-es ont été recrutés-es par les organisations partenaires au sein de leurs réseaux respectifs. Une seule réponse par organisation a été acceptée, et les participants-es ont reçu une information écrite sur les objectifs de l’étude, la confidentialité et l’utilisation des données. Les données quantitatives ont été analysées avec le logiciel R, tandis que les données qualitatives ont été traduites en anglais à l’aide de DeepL et analysées de manière thématique.
Les réponses ont été recueillies auprès de 79 organisations issues de 47 pays (1 à 6 réponses par pays).
Tous-tes les répondants-es représentaient des organisations communautaires :
- 29 organisations, représentant 36,7 % du total des répondants-es, sont originaires d’Afrique de l’Ouest ;
- 23 (29,1 %) sont d’Afrique de l’Est et centrale ;
- 8 (10,1 %) sont d’Europe ;
- 7 (8,9 %) sont des Amériques ;
- 5 (6,3 %) sont d’Afrique du Nord ;
- 3 (3,8 %) sont d’Asie du Sud-Est ;
- 1 (1,3 %) est du Pacifique occidental ;
- 1 (1,3 %) est un représentant régional.