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    L’Actu vue par Remaides : « Enquête Coalition PLUS : les coupes budgétaires dans la lutte contre le sida bousculent la prestation de services »

    • Actualité
    • 28.01.2026

     

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    Crédit : Coalition PLUS
    Les graphiques de cet article ont été réalisés par Chloé Rioual.

     

    Par Jean-François Laforgerie

    Enquête Coalition PLUS :
    les coupes budgétaires dans
    la lutte contre le sida bousculent
    la prestation de services

     

    « Un an après le gel des financements américains, la riposte au VIH décroche » dans le monde, dénoncent Coalition PLUS et ses partenaires : Sidaction, Frontline AIDS, Aidsfonds, dans une enquête inédite réalisée auprès d’un collectif de 79 organisations dans 47 pays. Cette incroyable somme donne le vertige. Elle constitue un bilan imparable des conséquences de la politique de l’administration Trump. Sur la base de cette enquête qui sonne l’alarme à toutes les pages, Remaides propose une série de cinq articles qui vont détailler les résultats champ par champ : la prestation de services ; les ruptures de stocks, les pénuries et le coût des traitements, les conséquences sur le contexte politique et social, la santé organisationnelle, l’impact sur certaines populations, groupes et acteurs-rices de la lutte contre le sida. Dans cet article, l’impact sur la prestation de services dans la réponse au VIH.

    Quelles conséquences sur la prestation de services ?
    L’enquête démontre que les services les plus touchés sont l’accès à la Prep : 81 % des organisations interrogées (voir encart N°2) indiquent que ce service fonctionne à moins de 50 % de sa capacité de janvier 2025. Du côté des services d’accompagnement pour les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) ,69 % des organisations signalent une capacité réduite de plus de la moitié (voir graphique 1 ci-dessous). Par ailleurs, bien que les services de traitement (dans certains pays des ONG délivrent directement des traitements ARV à leurs files actives) et les mesures de charge virale aient été moins affectés que d’autres secteurs, les coupes budgétaires ont tout de même entraîné une réduction de 50 % de leur niveau par rapport à janvier 2025.

     

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    « Le travail des consultants chargés du suivi des patients ayant manqué leurs rendez-vous pour la poursuite du traitement antirétroviral a été interrompu », explique un-e répondant-e d’Europe de l’Est pour illustrer l’impact sur les services. De son côté, un-e répondant-e d’Afrique de l’Ouest explique qu’en matière de soutien psychosocial et de santé mentale « de nombreuses organisations n’ont plus les ressources pour proposer des séances de conseil régulières, un accompagnement individuel ou des groupes de parole. Cela touche particulièrement les personnes nouvellement diagnostiquées et les populations clés exposées à la stigmatisation. »

    Les conséquences sur les activités de soutien
    Les services proposés par les organisations communautaires se concentrent souvent sur l’accompagnement, les soins globaux et les formes non médicales de soutien (administratif, par exemple, juridique, etc.), essentiels pour maintenir les personnes vivant avec le VIH et les populations clés et vulnérables dans le système de soins. Selon les résultats de cette enquête, 38 % des organisations interrogées ont dû interrompre totalement au moins une forme de service de soutien (voir graphique N°2 ci-dessous).
    Parmi les services les plus touchés, on trouve le soutien juridique ― seulement 26 % des organisations le maintiennent normalement. On trouve également les services de lutte contre les violences fondées sur le genre ― seulement 28 % des organisations le maintiennent normalement.

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    La réduction des programmes communautaires et des services de soutien a été décrite dans le cadre de cette enquête comme un « facteur aggravant la violence, la stigmatisation et la discrimination envers les personnes vivant avec le VIH et les populations clefs et vulnérables affaiblissant la résilience même des communautés. » Dans son dossier de présentation, Coalition PLUS souligne que « bien que certaines organisations ne disposent pas de données précises sur l’évolution de la violence — et que d’autres soulignent des taux déjà élevés dans leurs pays — plusieurs répondants attribuent directement l’augmentation des violences à la baisse des financements. »

    « Les coupes budgétaires ont affaibli les mécanismes de protection et de résilience communautaire »
    Un répondant d’Afrique de l’Ouest explique d’ailleurs : « Après la réduction des financements internationaux, nous avons constaté une hausse significative des violences basées sur le genre et des violences en général au sein des communautés déjà vulnérables, en particulier parmi les PVVIH, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et les personnes transgenres. La baisse des fonds a entraîné une diminution des activités des organisations communautaires, limitant l’accès à la prévention, au soutien psychosocial et aux services juridiques. En conséquence, de nombreux survivants de violences se retrouvent sans soutien ni recours. Les témoignages recueillis sur le terrain font état d’une recrudescence des violences psychologiques et des atteintes à la dignité, notamment envers les HSH et les personnes trans. Par ailleurs, le déclin des actions de sensibilisation communautaire a favorisé la résurgence de discours stigmatisants et discriminatoires, parfois relayés par des leaders d’opinion locaux, renforçant un climat d’exclusion et de violence (…) Les coupes budgétaires ont affaibli non seulement les mécanismes de prévention et de soutien, mais aussi les mécanismes de protection et de résilience communautaire, entraînant une flambée des violences et un sentiment d’abandon chez les bénéficiaires. »

    Les populations cibles affectées par la réduction des financements
    « La distribution de seringues est devenue bien moins accessible, au point que nous observons une explosion des comportements à haut risque parmi les usagers de drogues injectables dans [la capitale] », indique un-e répondant-e d’Afrique de l’Ouest. Un exemple parmi d’autres. Sur le plan général, dans 77 % des organisations, la baisse des financements a affecté la capacité à fournir des soins aux communautés qu’elles desservent habituellement (voir graphique N°3 ci-dessous). « Si toutes les populations sont touchées, certaines le sont de manière particulièrement sévère :
    - 10 % des organisations ont totalement interrompu leurs services pour les personnes transgenres et les usagers-ères de drogues ;
    - 85 % ont réduit ou arrêté leurs services pour les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) ;
    - 82 % ont réduit ou arrêté leurs services pour les travailleuses et travailleurs du sexe. »
    À suivre.

     

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    Les chiffres de l'enquête
    - 79 organisations communautaires répondantes dans 47 pays ;
    - 77 % d’entre elles déclarent que les réductions de financements internationaux ont affecté la délivrance de services ;
    - Prep : dans 81 % des organisations, l’accès à ce traitement préventif fonctionne à moins de 50 % du niveau de janvier 2025 ;
    - Intrants (matériel de tests, etc.) : 56 % signalent un impact sur la disponibilité des consommables ;
    - 95 % des organisations rapportent que les produits destinés au traitement des IST sont indisponibles ou moins disponibles ;
    -  Soutien aux personnes vivant avec le VIH : 69 % des organisations sont à moins de 50 % de capacité ;
    - Populations clés : arrêt complet des services à destination des personnes trans et des usagers-ères de drogues pour 10 % des organisations ; réduction ou arrêt des services à destination des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes pour 85 % et 82 % envers les travailleurs-ses du sexe ;
    - Équipes : 2 275 postes de pairs éducateurs-rices/agents-es de santé communautaire ont vu leurs rémunérations suspendues ou coupées (en moyenne, 45 postes impactés par organisation).

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    La méthodologie de l'enquête
    Cette enquête exploratoire est le fruit d’un partenariat entre Coalition PLUS, Sidaction et Frontline AIDS. Son objectif était de « recueillir des données empiriques sur l’impact des changements de priorités de financement sur les communautés, la société civile et les systèmes de santé. Pour ce faire, un questionnaire a été élaboré pour évaluer les conséquences des coupes budgétaires sur la prestation de services et sur la santé organisationnelle des bénéficiaires de subventions et des acteurs-rices de mise en œuvre. L’organisation Aidsfonds s’est jointe à ce partenariat pour participer à l’analyse des données. Les données ont été collectées électroniquement via l’outil Voxco, entre le 29 octobre et le 18 novembre 2025. Le questionnaire a été traduit et diffusé en anglais, français, portugais et espagnol. Les répondants-es ont été recrutés-es par les organisations partenaires au sein de leurs réseaux respectifs. Une seule réponse par organisation a été acceptée, et les participants-es ont reçu une information écrite sur les objectifs de l’étude, la confidentialité et l’utilisation des données. Les données quantitatives ont été analysées avec le logiciel R, tandis que les données qualitatives ont été traduites en anglais à l’aide de DeepL et analysées de manière thématique.
    Les réponses ont été recueillies auprès de 79 organisations issues de 47 pays (1 à 6 réponses par pays).
    Tous-tes les répondants-es représentaient des organisations communautaires :
    - 29 organisations, représentant 36,7 % du total des répondants-es, sont originaires d’Afrique de l’Ouest ;
    - 23 (29,1 %) sont d’Afrique de l’Est et centrale ;
    - 8 (10,1 %) sont d’Europe ;
    - 7 (8,9 %) sont des Amériques ;
    - 5 (6,3 %) sont d’Afrique du Nord ;
    - 3 (3,8 %) sont d’Asie du Sud-Est ;
    - 1 (1,3 %) est du Pacifique occidental ;
    -  1 (1,3 %) est un représentant régional.