L’Actu vue par Remaides : « Enquête Coalition PLUS : le contexte de la lutte contre le sida, aujourd’hui »
- Actualité
- 21.01.2026

Crédit : Coalition PLUS
Par Jean-François Laforgerie
Enquête Coalition PLUS :
le contexte de la lutte
contre le sida aujourd'hui
« Un an après le gel des financements américains, la riposte au VIH décroche » dans le monde, dénoncent Coalition PLUS et ses partenaires : Sidaction, Frontline AIDS, Aidsfonds, dans une enquête inédite réalisée auprès d’un collectif de 79 organisations dans 47 pays. Cette incroyable somme donne le vertige. Elle dresse un constat imparable des conséquences de la politique de l’administration Trump, depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump, le 20 janvier 2025, dans le champ de la riposte au sida. Un an après le retour du milliardaire, quel est l’impact sur le terrain ? Sur la base de cette enquête qui sonne l’alarme à toutes les pages, Remaides propose une série d’articles qui vont rappeler des éléments du contexte actuel et vont détailler les résultats champ par champ : la prestation de services ; les ruptures de stocks, les pénuries et le coût des traitements, les conséquences sur le contexte politique et social, la santé organisationnelle, l’impact sur certaines populations, groupes et acteurs-rices de la lutte contre le VIH/sida.
Dans cet article, retour sur le contexte actuel.
Que c’est long ! Un an déjà que Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche après un premier mandat (20 janvier 2017- 20 janvier 2021), a signé un décret présidentiel gelant toutes les nouvelles distributions d’aide étrangère et les nouveaux accords pour une période initiale de 90 jours. Cette décision faisait partie d’une série de mesures prises dès son premier jour en tant que président des États-Unis. Tout un symbole.
Comme le rappelle l’enquête de Coalition PLUS et de ses partenaires, un ordre d’arrêt des travaux a suivi le 24 janvier, exigeant la suspension de toutes les activités liées aux programmes d’assistance étrangère existants pendant cette période de gel. Par la suite, une « dérogation limitée » a été annoncée, permettant la poursuite de certaines « activités urgentes et vitales liées au VIH ». Pour autant, des milliers d’employés-es de l’Agence américaine pour le développement international (USaid) ont été placés-es en congé voire licenciés-es.
Les conclusions du bilan à 90 jours n’ont jamais été rendues publiques. Les résultats d’une revue intermédiaire de six semaines, publiés en mars 2025, ont révélé que 83 % des programmes de l’USaid avaient été interrompus. Finalement, après plus de 60 ans d’existence, l’Usaid a été fermée, et le reste du programme Pepfar (President's Emergency Plan for AIDS Relief, un plan d'aide d'urgence à la lutte contre le sida à l'étranger créé en 2003) a été intégré au département d’État (l’équivalent du ministère des Affaires étrangères). Comme le souligne l’enquête de Coalition PLUS, il n’existe actuellement aucun bilan officiel et complet des parties du programme Pepfar encore en activité.
Conformément à la « dérogation » limitée — qui ne protégeait que les activités centrées sur le diagnostic du VIH, le traitement, la prévention de la transmission mère-enfant (PTME) et les infrastructures de soutien — les programmes ciblant les populations clés et vulnérables, les adolescentes et jeunes femmes, la prévention hors PTME, ainsi que les autres services d’accompagnement et de soins, sont ceux qui ont le plus probablement été supprimés. En parallèle des États-Unis, plusieurs donateurs publics traditionnels ont également réduit leurs engagements en matière d’aide étrangère et de lutte contre le VIH. La France a diminué de 39 % (soit environ 2,3 milliards d’euros) son budget d’aide publique au développement (APD) en 2025 et n’a formulé aucun engagement lors du sommet de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme (huitième reconstitution) qui s’est tenue en Afrique du Sud en novembre 2025. D’autres pays bailleurs, comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon, la Suède et le Canada, ont également réduit leurs budgets d’aide étrangère et leurs contributions au Fonds mondial.
Anticipant une reconstitution faible et affectée par les retards des États-Unis dans le transfert des contributions promises, le Fonds mondial a procédé à un retrait accéléré des financements des accords de subvention signés en 2025 pour éviter une crise de liquidité. « Les prochains mois seront déterminants pour la riposte au VIH, avec une série de décisions financières cruciales. Tout d’abord, le gouvernement américain négocie actuellement des mémorandums d’entente bilatéraux (MoU) avec des gouvernements africains, qui définiront les investissements du Pepfar pour les cinq prochaines années », analyse l’enquête de Coalition PLUS. Parallèlement, le Fonds mondial lance son cycle de subventions 8 (GC8) début 2026, invitant les pays à soumettre des propositions de financement pour trois ans pour la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme. Enfin, les gouvernements du monde entier intensifient leurs efforts de mobilisation de ressources nationales pour combler les lacunes laissées par les financeurs bilatéraux et multilatéraux.

Crédit : Coalition PLUS
Comme le soulignent Coalition PLUS et ses partenaires : « Pour une allocation efficace des financements en 2026, il sera essentiel d’identifier les lacunes émergentes dans la riposte au VIH. Cela nécessitera non seulement des données précises sur l’impact des retraits des bailleurs sur les programmes, mais aussi une analyse fine des répercussions sur la société civile : comment les organisations ont vu leur santé institutionnelle affectée, comment les priorités et les réponses nationales ont évolué, et comment le paysage plus large de la préparation et de la riposte aux pandémies s’est transformé.
De ce point de vue, on dispose d’ores et déjà de retours. Il y a notamment les résultats de l’enquête de Coalition PLUS qui sont développés dans différents articles à paraître sur AIDES.ORG. Très utiles également sont les informations publiées dans les notes d’information et les « rapports sur le marché du VIH » réalisés par la Clinton Health Access Initiative (CHAI). En juillet 2025, la CHAI alertait dans une note d’information sur le fait que les « coupes budgétaires [menaçaient] des acquis durement obtenus » dans la lutte contre le sida. Cette note mettait en lumière les conséquences persistantes des coupes budgétaires dans les services de lutte contre le VIH dans les pays à revenu faible et revenu intermédiaire. S'appuyant sur des données provenant de treize pays à revenu faible ou à revenu intermédiaire, l'analyse de la CHAI alerte sur le fait que des millions de personnes pourraient être victimes de maladies et de décès évitables si des mesures urgentes ne sont pas prises. La note mentionnait une « réduction jusqu’à 68 % des mises en place de la Prep orale, des tests et du suivi du VIH, et des mises en place de traitement. » Elle estimait à 850 000 le nombre de nouvelles infections par le VIH et à 30 000 le nombre de décès supplémentaires liés au VIH au cours des cinq prochaines années si les réductions prévues de l'aide internationale se concrétisaient. Elle évoquait une « réduction de 38 % du financement bilatéral du Pepfar dans le budget proposé par le gouvernement américain. »
En novembre 2025, était publié le « Rapport sur le marché du VIH 2025 : État du marché du VIH dans les pays à revenu faible et intermédiaire », le 16ème du genre. Le document fournissait des informations sur le marché dans quatorze pays, et notamment de nouveaux détails sur l'impact des réductions de financement au cours du premier semestre 2025. Les nouvelles données révélaient que ce « sont les enfants qui en subissent les conséquences les plus graves : les services de prise en charge du VIH pédiatrique s’effondrent deux fois plus vite que les programmes pour adultes. Le diagnostic précoce chez le nourrisson – cette fenêtre thérapeutique cruciale où un traitement rapide est synonyme de survie – a diminué de 20 %. Les pays signalent des pénuries critiques de matériel de diagnostic et de traitement, la plupart disposant de moins de six mois de stock. Cette situation est alarmante, car sans diagnostic et traitement rapides, 50 % des enfants vivant avec le VIH, meurent avant l’âge de deux ans. » Le rapport 2025 soulignait le fait que la prévention « est en perte de vitesse alors qu'elle devrait se développer à grande échelle : les initiations à la Prep orale ont chuté de 37 % en raison de l'effondrement des actions de sensibilisation communautaires. » « Le nombre de diagnostics a diminué plus rapidement que le nombre total de tests : le dépistage global du VIH a baissé de 8 %, tandis que le nombre de diagnostics positifs a chuté de 22 %. Cet écart révèle que le dépistage n’atteint plus les populations les plus à risque qui en ont le plus besoin », analysait la CHAI. Dans ce contexte, les « progrès thérapeutiques sont menacés : le nombre d’initiations de traitement contre le VIH chez les adultes a diminué de 5 % tandis que le nombre de patients perdus de vue a augmenté de 10 %. Les dispositifs de prise en charge des stades avancés de l’infection par le VIH s’affaiblissent et les stocks de médicaments essentiels pour lutter contre les infections opportunistes sont extrêmement bas. » Et le rapport concluait : « Les progrès de la dernière décennie sont fragiles et s'amenuisent rapidement. Cependant, de nouveaux outils comme le lénacapavir peuvent encore transformer la prévention du VIH, à condition de reconstruire l'infrastructure de dépistage et de distribution qui disparaît aujourd'hui. Protéger les services fondamentaux – le diagnostic précoce chez le nourrisson, le soutien au traitement du VIH et la prise en charge des maladies à VIH avancées – n'est pas une option. Ces services sont essentiels à la survie. »
Dans un communiqué, la CHAI expliquait : « Les données présentées ici, de janvier à juin 2025, documentent les conséquences des perturbations initiales. Compte tenu des coupes budgétaires plus importantes prévues l'année prochaine [2026], la situation pourrait s'aggraver considérablement. »
À suivre.
