L’Actu vue par Remaides : « Enquête Coalition PLUS : le constat sans appel des coupes budgétaires »
- Actualité
- 10.03.2026

Crédit : Coalition PLUS
Par Jean-François Laforgerie
Enquête Coalition PLUS : le constat sans appel des effets des coupes budgétaires
« Un an après le gel des financements américains, la riposte au VIH décroche » dans le monde, dénoncent Coalition PLUS et ses partenaires : Sidaction, Frontline AIDS, Aidsfonds, dans une enquête inédite réalisée auprès d’un collectif de 79 organisations dans 47 pays. Cette incroyable somme donne le vertige. Elle dresse un constat imparable des conséquences de la politique de l’administration Trump, depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump, le 20 janvier 2025, dans le champ de la riposte au sida. Un an après le retour du milliardaire, quel est l’impact sur le terrain ? Sur la base de cette enquête qui sonne l’alarme à toutes les pages, Remaides propose une série d’articles qui vont rappeler des éléments du contexte actuel et vont détailler les résultats champ par champ : la prestation de services ; les ruptures de stocks, les pénuries et le coût des traitements, les conséquences sur le contexte politique et social, la santé organisationnelle, l’impact sur certaines populations, groupes et acteurs-rices de la lutte contre le VIH/sida. Dans le dernier article de cette série, retour sur un constat sans appel et perspectives.
Comme on peut le voir à la suite de cette série d’articles, les réductions de l’aide étrangère ont causé des préjudices graves et généralisés aux organisations communautaires, aux infrastructures de prestation de soins et au contexte social et politique plus large dans de nombreux pays.
Les coupes budgétaires ont entraîné une perturbation majeure de la prestation des services, en particulier pour les programmes de prévention, les services adaptés aux populations clés et vulnérables et le soutien social aux personnes vivant avec le VIH. Les activités les plus profondément affectées par ces réductions correspondent aux types de soins spécifiquement ciblés par le gouvernement américain, notamment les services d’affirmation de genre, les services de lutte contre les violences basées sur le genre, le soutien aux droits humains et juridique, ainsi que les soins non médicaux pour les communautés marginalisées.
Les produits les plus touchés par les ruptures et les pénuries liées aux coupes budgétaires concernent notamment les traitements hormonaux de substitution (THS) et les traitements des IST (tous deux rapportés comme indisponibles ou moins disponibles par 95% des organisations), mais aussi la réduction des risques (93 %), les traitements de substitution aux opioïdes (92 %), les préservatifs et le lubrifiant (86 %) et les vaccins (86 %). L’enquête met également en évidence un « effet domino sur les coûts » : lorsque l’aide internationale ne subventionne plus certains achats ou n’ouvre plus l’accès à des mécanismes d’achats groupés, certains produits et actes peuvent devenir plus chers, voire être interrompus dans certains contextes (mesure de charge virale, CD4). En bout de chaîne, c’est donc le reste à charge des personnes affectées qui augmente.
Comme l’ont souligné de nombreux rapports de l’Onusida et d’autres acteurs-rices clés, les effets des coupes budgétaires dépassent le cadre des soins médicaux. Les résultats de cette analyse mettent en évidence une dégradation et un affaiblissement de la société civile elle-même, affectant la pérennité et la santé financière des organisations axées sur la santé, une résurgence de la stigmatisation des populations touchées par le VIH et une rupture des relations entre les différents secteurs.
Les effets des coupes dépassent le champ de la santé : dégradation et affaiblissement de la société civile, résurgence de la stigmatisation visant les personnes vivant avec le VIH et les populations clés, fragilisation des alliances entre acteurs. Plusieurs répondants-es associent la réduction des programmes communautaires (prévention, dialogue, accompagnement, aide juridique) à une hausse de la violence, de la stigmatisation et de la discrimination, avec un sentiment d’abandon des bénéficiaires en particulier les femmes, les jeunes et les personnes LGBTQI+. Par ailleurs, si 30 % des répondants-es décrivent des actions des pouvoirs publics (plans de contingence, ressources domestiques), la majorité indique ne pas avoir de visibilité sur une réponse gouvernementale structurée.

Crédit : Coalition PLUS
Enfin, bien que cette analyse se soit concentrée sur l’impact des réductions de financement sur les organisations de la société civile, une constatation secondaire importante concerne l’impact subi par le système de santé dans son ensemble. Avec le retrait de l’aide étrangère, les systèmes de santé nationaux de nombreux pays ont perdu l’accès à des produits médicaux et des intrants soit subventionnés, soit acquis par le biais d’achats groupés, entraînant une hausse des coûts et des ruptures de stock. Bien que certains gouvernements aient apparemment commencé à élaborer des plans de contingence et à augmenter les ressources nationales, la majorité des répondants-es ne sont pas au courant d’une quelconque réponse gouvernementale.
« Ces résultats fournissent une feuille de route essentielle pour la mobilisation des ressources, en mettant en lumière les catégories de soins en déclin en raison des coupes budgétaires, avancent Coalition PLUS et ses partenaires. Les données soulignent l’urgence de la situation, alors que des partenaires communautaires expérimentés et dignes de confiance commencent à fermer des bureaux, à licencier du personnel et, en définitive, à cesser entièrement leurs activités. »
Alors que l’Onusida envisage 3,3 millions de nouvelles infections supplémentaires par le VIH entre 2025 et 2030, Coalition PLUS appelle les gouvernements et les bailleurs à prioriser la continuité des services de soin et de prévention ― en particulier la Prep, les services destinés aux populations clés et la garantie de leur sécurité, la disponibilité des intrants essentiels, et le soutien à la capacité institutionnelle des organisations communautaires et de leurs équipes de première ligne.
Les chiffres clés de l'enquête
- 79 organisations communautaires répondantes dans 47 pays ;
- 77 % d’entre elles déclarent que les réductions de financements internationaux ont affecté la délivrance de services ;
- Prep : dans 81 % des organisations, l’accès à ce traitement préventif fonctionne à moins de 50 % du niveau de janvier 2025 ;
- Intrants (matériel de tests, etc.) : 56 % signalent un impact sur la disponibilité des consommables ;
- 95 % des organisations rapportent que les produits destinés au traitement des IST sont indisponibles ou moins disponibles ;
- Soutien aux personnes vivant avec le VIH : 69 % des organisations sont à moins de 50 % de capacité ;
- Populations clés : arrêt complet des services à destination des personnes trans et des usagers-ères de drogues pour 10 % des organisations ; réduction ou arrêt des services à destination des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes pour 85 % et 82 % envers les travailleurs-ses du sexe ;
- Équipes : 2 275 postes de pairs éducateurs-rices/agents-es de santé communautaire ont vu leurs rémunérations suspendues ou coupées (en moyenne, 45 postes impactés par organisation).

La méthodologie de l'enquête
Cette enquête exploratoire est le fruit d’un partenariat entre Coalition PLUS, Sidaction et Frontline AIDS. Son objectif était de « recueillir des données empiriques sur l’impact des changements de priorités de financement sur les communautés, la société civile et les systèmes de santé. Pour ce faire, un questionnaire a été élaboré pour évaluer les conséquences des coupes budgétaires sur la prestation de services et sur la santé organisationnelle des bénéficiaires de subventions et des acteurs-rices de mise en œuvre. L’organisation Aidsfonds s’est jointe à ce partenariat pour participer à l’analyse des données. Les données ont été collectées électroniquement via l’outil Voxco, entre le 29 octobre et le 18 novembre 2025. Le questionnaire a été traduit et diffusé en anglais, français, portugais et espagnol. Les répondants-es ont été recrutés-es par les organisations partenaires au sein de leurs réseaux respectifs. Une seule réponse par organisation a été acceptée, et les participants-es ont reçu une information écrite sur les objectifs de l’étude, la confidentialité et l’utilisation des données. Les données quantitatives ont été analysées avec le logiciel R, tandis que les données qualitatives ont été traduites en anglais à l’aide de DeepL et analysées de manière thématique.
Les réponses ont été recueillies auprès de 79 organisations issues de 47 pays (1 à 6 réponses par pays).
Tous-tes les répondants-es représentaient des organisations communautaires :
- 29 organisations, représentant 36,7 % du total des répondants-es, sont originaires d’Afrique de l’Ouest ;
- 23 (29,1 %) sont d’Afrique de l’Est et centrale ;
- 8 (10,1 %) sont d’Europe ;
- 7 (8,9 %) sont des Amériques ;
- 5 (6,3 %) sont d’Afrique du Nord ;
- 3 (3,8 %) sont d’Asie du Sud-Est ;
- 1 (1,3 %) est du Pacifique occidental ;
- 1 (1,3 %) est un représentant régional.