L’Actu vue par Remaides : « Enquête Coalition PLUS : des effets délétères sur le contexte social et politique »
- Actualité
- 11.02.2026

Crédit : Coalition PLUS
Par Jean-François Laforgerie
Enquête Coalition PLUS :
des effets délétères sur
le contexte social et politique
« Un an après le gel des financements américains, la riposte au VIH décroche » dans le monde, dénoncent Coalition PLUS et ses partenaires : Sidaction, Frontline AIDS, Aidsfonds, dans une enquête inédite réalisée auprès d’un collectif de 79 organisations dans 47 pays. Cette incroyable somme donne le vertige. Elle dresse un constat imparable des conséquences de la politique de l’administration Trump. Sur la base de cette enquête qui sonne l’alarme à toutes les pages, Remaides propose une série d’articles qui vont rappeler des éléments du contexte actuel et vont détailler les résultats champ par champ. Dans cet article, retour sur les effets délétères sur le contexte social et politique.
Des gouvernements face à la gestion de crise
Face aux coupes budgétaires, 30 % des répondants-es ont observé des actions gouvernementales pour limiter les dommages et combler les lacunes de financement. Les mesures les plus fréquentes incluent l’élaboration de plans de contingence et de gestion des risques, bien que leur contenu et leur mise en œuvre restent souvent opaques, souligne l’enquête. Dans certains pays, des ressources nationales supplémentaires ont été allouées à la lutte contre le VIH, tandis que d’autres ministères de la Santé ont lancé des programmes de micro-subventions pour soutenir les organisations communautaires. « Le [Comité national de lutte contre le sida] a lancé un appel à projets pour des petites subventions destinées aux ONG afin d’assurer la continuité des services. Un plaidoyer a été mené auprès du gouvernement pour l’allocation de fonds spéciaux dédiés à la lutte contre le VIH », explique ainsi un-e répondant-e d’Afrique de l’Ouest.
Cependant, malgré les efforts des donateurs-rices et des défenseurs-ses des droits pour renforcer la mobilisation des ressources nationales et intégrer les programmes financés par l’international dans les systèmes de santé nationaux et locaux, les répondants-es soulignent des obstacles majeurs dans les pays où les gouvernements criminalisent les populations clés. Ce qu’illustre parfaitement cet exemple donné par un-e répondant-e d’Amérique centrale : « Le gouvernement a interdit les services spécialisés et la reconnaissance des personnes LGBTQI+ dans les services de santé et d’éducation différenciés ».

Au-delà des institutions, la société civile a réagi de manière contrastée, pointe l’enquête.
Dans la plupart des contextes, les leaders religieux sont restés silencieux face aux coupes budgétaires, tandis que d’autres se sont fermement opposés à ces réductions et ont joué un rôle d’alliés pour les communautés. Reste que certains de ces leaders semblent avoir profité de cette situation pour imposer leur discours, voire leur « morale ». « La communauté se retrouve dos au mur. Les populations ont été abandonnées et réduites au silence. Les auteurs de violences fondées sur le genre ont profité de la situation pour présenter ces coupes comme une “punition divine” », explique, par exemple, un-e répondant-e d’Afrique de l’Ouest.
Certains-es répondants-es décrivent une rupture des alliances (parfois construites de longue date) entre les leaders religieux et les organisations communautaires, entraînant une résurgence de la stigmatisation et une banalisation de la violence. « La diminution des programmes de sensibilisation et de dialogue intercommunautaire a poussé certains leaders religieux ou traditionnels à adopter des positions plus conservatrices, parfois teintées de jugements moraux envers les personnes vivant avec le VIH ou issues des populations clés. L’absence d’activités régulières de plaidoyer ou de formation a réduit les espaces de concertation, limitant ainsi les initiatives inclusives portées par les OSC (Organisations de la société civile). Globalement, les coupes budgétaires ont affaibli les alliances entre les OSC et les leaders communautaires, réduisant les opportunités d’actions communes contre la stigmatisation et la violence », analyse un-e répondant-e d’Afrique de l’Ouest, tandis qu’un-e autre explique : « Certains leaders religieux, estimant que les pratiques LGBTQI+ contredisent les enseignements de leur foi, perçoivent les réductions de financement comme un “retour à l’ordre moral” ou refusent de défendre de tels financements. »
Enfin, plusieurs-es répondants-es soulignent la fragilité du contexte des droits humains dans leurs pays, où les perturbations liées aux coupes budgétaires sapent des progrès ardemment acquis. « Notre société reste très conservatrice, profondément influencée par des normes culturelles et religieuses, ainsi que par une propagande panafricaniste rejetant toute aide extérieure, sans en mesurer les conséquences. Le contexte socio-politique et juridique pour la promotion et la protection des droits communautaires reste complexe et précaire dans [mon pays] », avance un-e répondant-e d’Afrique de l’Ouest.
À suivre.

Les chiffres clefs de l'enquête
- 79 organisations communautaires répondantes dans 47 pays ;
- 77 % d’entre elles déclarent que les réductions de financements internationaux ont affecté la délivrance de services ;
- Prep : dans 81 % des organisations, l’accès à ce traitement préventif fonctionne à moins de 50 % du niveau de janvier 2025 ;
- Intrants (matériel de tests, etc.) : 56 % signalent un impact sur la disponibilité des consommables ;
- 95 % des organisations rapportent que les produits destinés au traitement des IST sont indisponibles ou moins disponibles ;
- Soutien aux personnes vivant avec le VIH : 69 % des organisations sont à moins de 50 % de capacité ;
- Populations clés : arrêt complet des services à destination des personnes trans et des usagers-ères de drogues pour 10 % des organisations ; réduction ou arrêt des services à destination des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes pour 85 % et 82 % envers les travailleurs-ses du sexe ;
- Équipes : 2 275 postes de pairs éducateurs-rices/agents-es de santé communautaire ont vu leurs rémunérations suspendues ou coupées (en moyenne, 45 postes impactés par organisation).
La méthodologie de l'enquête
Cette enquête exploratoire est le fruit d’un partenariat entre Coalition PLUS, Sidaction et Frontline AIDS. Son objectif était de « recueillir des données empiriques sur l’impact des changements de priorités de financement sur les communautés, la société civile et les systèmes de santé. Pour ce faire, un questionnaire a été élaboré pour évaluer les conséquences des coupes budgétaires sur la prestation de services et sur la santé organisationnelle des bénéficiaires de subventions et des acteurs-rices de mise en œuvre. L’organisation Aidsfonds s’est jointe à ce partenariat pour participer à l’analyse des données. Les données ont été collectées électroniquement via l’outil Voxco, entre le 29 octobre et le 18 novembre 2025. Le questionnaire a été traduit et diffusé en anglais, français, portugais et espagnol. Les répondants-es ont été recrutés-es par les organisations partenaires au sein de leurs réseaux respectifs. Une seule réponse par organisation a été acceptée, et les participants-es ont reçu une information écrite sur les objectifs de l’étude, la confidentialité et l’utilisation des données. Les données quantitatives ont été analysées avec le logiciel R, tandis que les données qualitatives ont été traduites en anglais à l’aide de DeepL et analysées de manière thématique.
Les réponses ont été recueillies auprès de 79 organisations issues de 47 pays (1 à 6 réponses par pays).
Tous-tes les répondants-es représentaient des organisations communautaires :
- 29 organisations, représentant 36,7 % du total des répondants-es, sont originaires d’Afrique de l’Ouest ;
- 23 (29,1 %) sont d’Afrique de l’Est et centrale ;
- 8 (10,1 %) sont d’Europe ;
- 7 (8,9 %) sont des Amériques ;
- 5 (6,3 %) sont d’Afrique du Nord ;
- 3 (3,8 %) sont d’Asie du Sud-Est ;
- 1 (1,3 %) est du Pacifique occidental ;
- 1 (1,3 %) est un représentant régional.