L’Actu vue par Remaides : « Dermatophilose : transmission sexuelle suspectée, les autorités sanitaires appellent à la vigilance »
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- 25.06.2026
Crédit image : Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC)
Par Fred Lebreton
Dermatophilose : transmission sexuelle suspectée,
les autorités sanitaires appellent à la vigilance
Longtemps considérée comme une infection touchant presque exclusivement les animaux d'élevage, la dermatophilose pourrait désormais se transmettre lors de rapports sexuels. Après l'identification des premiers cas de transmission interhumaine chez des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) appelle à renforcer la vigilance. Si la maladie se traite facilement par antibiotiques, les spécialistes insistent sur l'importance d'un diagnostic précoce afin de limiter sa diffusion.
« Nous formons l'hypothèse que cette bactérie se transmet sexuellement »
Jamais tranquilles ? Après la récente alerte sur une montée des cas de shigella, les autorités sanitaires européennes alertent sur ce qui pourrait devenir une nouvelle IST. La dermatophilose, une infection bactérienne, était jusqu'à présent presque exclusivement observée chez les animaux d'élevage, notamment les bovins, chevaux ou moutons. Chez l'être humain, seuls quelques cas exceptionnels avaient été décrits dans la littérature scientifique depuis les années 1970, essentiellement chez des personnes exposées professionnellement à des animaux infectés, comme des agriculteurs-rices, des vétérinaires ou des cavaliers-ères. Mais une étude publiée début juin dans la revue Emerging Infectious Diseases par une équipe des Hospices civils de Lyon change la donne. Les chercheurs-ses ont identifié les premiers cas documentés de transmission interhumaine, vraisemblablement lors de rapports sexuels. Selon les informations rapportées par l'AFP, reprises notamment par Le Parisien, une quarantaine de cas avaient été recensés en France au 1er juin dernier, dont une trentaine dans la région lyonnaise. Les neuf premiers patients étudiés étaient tous des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH). Aucun n'avait été en contact avec des animaux, mais sept avaient fréquenté des saunas gays dans les jours précédant l'apparition des symptômes. Des cas similaires ont également été signalés à Barcelone (Espagne). « Nous formons l'hypothèse que cette bactérie se transmet sexuellement », explique le Dr Maxime Bonjour, médecin de santé publique aux Hospices civils de Lyon, cité par l'AFP. Les chercheurs-ses évoquent une transmission favorisée par des contacts prolongés de peau à peau dans un environnement chaud et humide, des conditions susceptibles de faciliter la diffusion de cette bactérie.
L'ECDC rassure sur le risque, mais appelle à renforcer la vigilance
Face à ces observations, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a publié une première évaluation du risque couvrant cinq pays européens. L'agence souligne que le risque global pour la population générale demeure faible, mais estime important d'informer rapidement les professionnels-es de santé et la communauté gay afin de faciliter un diagnostic précoce. Cette communication intervient alors que débute la saison estivale, marquée par de nombreux rassemblements, festivals et Marches des fiertés LGBT+, susceptibles de multiplier les contacts rapprochés. L'ECDC précise que la majorité des cas signalés concernent des HSH et que cette affection reste encore largement méconnue des cliniciens-nes. Les analyses génétiques montrent une forte proximité entre les souches identifiées chez les différents patients, renforçant l'hypothèse d'une chaîne de transmission entre humains. La chaleur et l'humidité pourraient également jouer un rôle en favorisant la libération des formes infectieuses de la bactérie, appelées zoospores, capables de pénétrer l'épiderme. Pour les spécialistes, cette émergence illustre également le concept de « One Health », qui rappelle les liens étroits entre santé humaine, santé animale et environnement. À ce stade, aucun signal ne laisse penser à une propagation importante en dehors des réseaux sexuels concernés, mais les autorités sanitaires souhaitent éviter que cette nouvelle infection passe inaperçue faute de connaissance.
Des lésions cutanées évocatrices et un traitement simple par antibiotiques
Ne pas céder à la panique générale. Contrairement à d'autres infections émergentes, la dermatophilose observée chez des patients français apparaît facilement traitable. Les malades présentaient principalement des pustules, des croûtes et des lésions superficielles localisées sur les organes génitaux, mais aussi dans la barbe, sur le torse, autour de la bouche ou sur les membres. Aucun des patients décrits dans l'étude n'a nécessité d'hospitalisation. Tous ont reçu un traitement antibiotique, essentiellement à base d'amoxicilline, parfois associé à des soins antiseptiques locaux, avec une amélioration rapide de leur état clinique. Les chercheurs-es n'ont pas observé de rechute, même si un cas de réinfection a été rapporté après une nouvelle fréquentation d'un sauna. Pour cette raison, les infectiologues recommandent de consulter rapidement un Cegidd (Centre gratuit d'information de dépistage et de diagnostic des infections) ou un-e médecin en cas d'apparition de lésions cutanées inhabituelles après un rapport sexuel ou un contact intime prolongé. Le message des autorités sanitaires n'est pas de susciter l'inquiétude, mais d'améliorer la reconnaissance de cette infection encore inconnue du grand public comme de nombreux professionnels-les de santé. À l'approche des événements estivaux, la vigilance repose avant tout sur l'information, le repérage précoce des symptômes et un accès rapide au diagnostic et au traitement. Dans ce contexte, l'ECDC rappelle que le risque reste faible, tout en estimant qu'une meilleure connaissance de cette infection émergente permettra d'éviter des diagnostics tardifs et de limiter sa diffusion.