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    L’Actu vue par Remaides : « Croi 2026 : quels seront les traitements VIH de demain ? »

    • Actualité
    • 26.02.2026

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    Le Colorado Convention Center, à Denver, où s’est tenue la 33ème édition de la Croi. Photo : Fred Lebreton

    Par Fred Lebreton et Bruno Spire

    Croi 2026 : quels seront les traitements VIH de demain ?

    Lors de la dernière journée de la Croi 2026 à Denver, les chercheurs-es ont dévoilé un panorama dense des traitements VIH en cours de développement. Bithérapies orales simplifiées, traitements injectables trimestriels ou semestriels, anticorps à action prolongée… Des stratégies innovantes se dessinent pour alléger la charge thérapeutique, espacer les prises et faciliter le quotidien des personnes vivant avec le VIH.

    Une science de pointe, et des seniors-es au vestiaire

    Mercredi 25 février 2026. Dernier jour de la Croi. En arrivant au Colorado Convention Center, nous croisons déjà des chercheurs-ses tirant leurs valises à roulettes entre deux sessions, badge encore accroché au cou, avion en ligne de mire. L’ambiance a changé : un mélange d’empressement et de fatigue, comme un lendemain de fête scientifique. Comme chaque matin, nous faisons halte au vestiaire pour déposer notre veste et comme chaque matin, la même pensée nous traverse. Les personnes qui gèrent les portants, distribuent les tickets et orientent les congressistes ont souvent largement dépassé les 65 ans. Sourires patients et politesse sans faille. Ici, la retraite n’est pas une évidence. Le système américain laisse sur le bord du chemin celles et ceux qui n’ont pas pu cotiser suffisamment. Alors certains continuent à travailler jusqu’à 70, voire 75 ans. Entre deux présentations sur les dernières avancées contre le VIH, cette réalité sociale s’impose à nous. C’est aussi cela, l’Amérique : une science de pointe, et des seniors-es au vestiaire.

    Vaccin contre le VIH : un défi scientifique hors norme

    Immunologiste à la Duke University (Durham, Caroline du Nord), Kevin O. Saunders est un spécialiste des anticorps neutralisants largement impliqué dans la recherche vaccinale contre le VIH et d’autres virus émergents. Le titre de sa présentation en plénière donnait le ton : « Accélérer la mise au point de l’un des vaccins les plus difficiles jamais développés. » On ne va pas vous mentir, cette présentation était très (trop ?) technique et difficile d’accès. Un regard rapide autour de nous confirme qu’au bout de quinze minutes, beaucoup de congressistes ont décroché et consultent leurs mails sur leurs téléphones. Voici ce que nous avons retenu :

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    Immunologiste à la Duke University (Durham, Caroline du Nord), Kevin O. Saunders est un spécialiste des anticorps neutralisants largement impliqué dans la recherche vaccinale contre le VIH et d’autres virus émergents. Il est intervenu sur le vaccin contre le VIH. Photo : Fred Lebreton

    Pourquoi continuer la recherche vaccinale alors que la Prep à longue durée d’action fait sa mini révolution ? Parce que, dans l’histoire des grandes épidémies, ce sont les vaccins qui ont permis de contrôler durablement la circulation des virus. La Prep est très efficace, mais elle suppose de se percevoir comme « une personne à risque », d’y avoir accès, de continuer à la prendre dans le temps et d’affronter le regard de la société. Un vaccin, lui, pourrait offrir une protection plus simple et plus large. Deux pistes coexistent : les vaccins thérapeutiques, qui visent à aider les personnes vivant avec le VIH à contrôler le virus, voire à s’en débarrasser un jour, et les vaccins préventifs, destinés à empêcher l’infection chez les personnes séronégatives. C’est sur ces derniers que se concentre l’équipe de Kevin Saunders.

    Le principal obstacle ? Le VIH mute énormément et échappe facilement au système immunitaire. Les chercheurs-es cherchent à stimuler des anticorps capables de neutraliser un grand nombre de souches différentes. Pour cela, ils-elles ciblent plusieurs zones clés situées à la surface du virus, afin d’éviter qu’une simple mutation ne suffise à contourner la réponse immunitaire. Près de 15 000 anticorps ont été passés au crible pour identifier les plus prometteurs. Certains parviennent à neutraliser le virus en se fixant sur plusieurs sites stratégiques. Des essais très précoces testent désormais, chez l’humain et chez le singe, des stratégies dites « séquentielles » : plusieurs injections successives, chacune conçue pour guider progressivement le système immunitaire vers la production d’anticorps de plus en plus puissants.

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    Une diapositive de la présentation de Kevin O. Saunders sur les deux pistes vaccinales : le vaccin préventif et le vaccin thérapeutique. Photo : Fred Lebreton

    Les résultats sont encourageants chez les primates : des anticorps capables de neutraliser de nombreuses variantes du virus ont été obtenus. Reste à transformer ces succès expérimentaux en vaccins utilisables à grande échelle.
    Autre piste prometteuse : la technologie à ARN messager (ARNm), déjà utilisée contre le Covid-19. Selon les données présentées, ces vaccins semblent parfois déclencher une réponse immunitaire plus forte que les vaccins basés uniquement sur des protéines. Chez le macaque, un « cocktail » d’ARNm ciblant un point d’entrée essentiel du virus a permis de neutraliser de multiples souches. Enfin, l’intelligence artificielle joue un rôle croissant. Des programmes de « machine learning » analysent d’immenses quantités de données pour identifier les mutations nécessaires à la maturation des anticorps et concevoir, sur ordinateur, des versions optimales des protéines virales à utiliser dans les vaccins. La route reste longue. Les chercheurs-ses essaient désormais de simplifier les schémas vaccinaux : moins d’injections, moins de composants, des formulations permettant de libérer les antigènes au bon rythme. Objectif affiché : rendre enfin possible, après des décennies d’efforts, un vaccin préventif efficace contre le VIH.

    Tuberculose chez les enfants : l’angle mort de la lutte mondiale

    Anneke C. Hesseling est pédiatre et chercheuse au Desmond Tutu TB Centre de l’Université de Stellenbosch (Le Cap, Afrique du Sud), où elle dirige des travaux de référence sur la tuberculose (TB) chez l’enfant et les interactions TB/VIH. À la tribune, la pédiatre pose un constat sans détour : la tuberculose chez les enfants reste largement ignorée. En 2022, 1,25 million d’enfants ont développé la maladie et 214 000 en sont morts. Cela représente 16 % des décès liés à la tuberculose dans le monde. Et la situation pourrait empirer avec les récentes coupes budgétaires américaines dans l’aide internationale. Autre problème majeur : la maladie est très mal diagnostiquée chez les plus jeunes. Entre 30 et 70 % des cas échapperaient aux radars, surtout chez les moins de quatre ans. La tuberculose est avant tout une maladie de la pauvreté. En Europe, elle a commencé à reculer dès la révolution industrielle, grâce à l’amélioration des logements et de l’hygiène, bien avant l’arrivée du vaccin BCG.

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    Anneke C. Hesseling, pédiatre et chercheuse au Desmond Tutu TB Centre de l’Université de Stellenbosch (Le Cap, Afrique du Sud), est une spécialiste de la tuberculose. Elle dirige des travaux de référence sur la tuberculose chez l’enfant et les interactions TB/VIH. Photo : Fred Lebreton

    Les enfants de moins de cinq ans sont particulièrement vulnérables : leur système immunitaire encore immature les expose à des formes graves. Chez les enfants vivant avec le VIH, commencer un traitement antirétroviral dès la première année de vie divise par trois le risque de développer une tuberculose.

    La maladie ne se manifeste pas de la même façon selon l’âge. Chez les plus jeunes, elle touche souvent les ganglions situés dans la poitrine. Après quatre ans, les formes deviennent plus disséminées, donc plus graves. À l’adolescence, la tuberculose ressemble davantage à celle des adultes. Certaines formes atteignent les poumons, d’autres le cerveau (méningite tuberculeuse), ce qui impose des traitements différents.

    Bonne nouvelle toutefois : quatre mois de traitement antibiotique suffisent désormais dans certaines formes, au lieu de six auparavant, sans perte d’efficacité. Trois nouveaux médicaments ont récemment été autorisés, au même coût que les anciens. Mais ils ont été développés pour les adultes : il faut donc adapter les doses et les formulations pour les enfants. Plutôt que de multiplier les essais longs et complexes, les chercheurs-ses plaident pour s’appuyer davantage sur la compréhension de la façon dont le médicament est absorbé par l’organisme, sur sa sécurité et sur son acceptabilité par les enfants. Cette stratégie a déjà permis d’élargir l’accès à la bédaquiline dans les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé. Autre enjeu : mieux ajuster les doses des traitements classiques selon l’âge. Côté VIH, le dolutégravir en prise unique quotidienne est compatible avec les traitements antituberculeux, ce qui simplifie la prise en charge. La lévofloxacine peut aussi être utilisée en prévention chez les enfants exposés à des formes résistantes dans leur entourage. Des formes pédiatriques adaptées (comprimés dispersibles, goûts acceptables) doivent être développées pour favoriser l’adhésion au traitement. Enfin, des innovations diagnostiques sont en cours, notamment grâce à l’intelligence artificielle pour mieux interpréter les radiographies.

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    Une diapositive de la présentation d’Anneke C. Hesseling, pédiatre et chercheuse au Desmond Tutu TB Centre de l’Université de Stellenbosch. Photo : Fred Lebreton

    Le message est clair : les progrès scientifiques existent, mais ils profitent encore trop peu aux enfants, en particulier à ceux de moins de cinq ans et à ceux vivant avec le VIH. Sans investissements supplémentaires, mobilisation communautaire et prise en compte des réalités familiales, la tuberculose pédiatrique continuera de tuer en silence.

    Les traitements VIH de demain

    Très attendue en clôture de cette Croi 2026, la session consacrée aux traitements de demain a dressé un panorama des nouvelles pistes thérapeutiques contre le VIH. L’occasion de faire le point sur sept nouveaux traitements actuellement en développement : deux sont déjà en phase 3, c’est-à-dire à l’étape finale des essais cliniques avant une éventuelle autorisation de mise sur le marché (AMM), et cinq en phase 1, première étape d’évaluation chez l’humain, destinée surtout à vérifier la tolérance et la sécurité du produit étudié.

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    Bictégravir/lénacapavir : une nouvelle bithérapie en comprimé unique quotidien

    L’étude internationale ARTISTRY-1 apporte des données solides sur un nouveau traitement antirétroviral en comprimé unique associant bictégravir et lénacapavir (BIC/LEN). L’essai a évalué la possibilité pour les personnes sous traitement complexe soit plusieurs comprimés, voire deux prises par jour, mais en succès virologique, de basculer vers une prise quotidienne unique combinant deux molécules puissantes. Dans cet essai de phase 3, 557 personnes avec une suppression virale (charge virale indétectable) stable ont été incluses, majoritairement âgées (60 ans d’âge médian), sous traitement depuis près de trois décennies en moyenne, et souvent concernées par des comorbidités (80 % présentaient au moins une pathologie chronique comme l’hypertension, le diabète, la dyslipidémie ou l’insuffisance rénale). Beaucoup prenaient plusieurs médicaments par jour, parfois jusqu’à onze. Les participants-es ont été répartis-es en deux groupes : ceux passant au comprimé unique BIC/LEN et ceux poursuivant leur traitement habituel. À 48 semaines de suivi, le nouveau schéma a démontré qu’il était aussi efficace que les traitements complexes : moins de 1 % des participants-es dans chaque groupe présentaient une charge virale redevenue détectable, et plus de 95 % des personnes passées au comprimé unique conservaient une charge virale indétectable. Aucun cas d’apparition de résistance au nouveau traitement n’a été observé. Sur le plan de la tolérance, les effets indésirables liés au médicament ont été plus fréquents avec BIC/LEN (14 % contre 1,6 %), mais ils étaient le plus souvent bénins. Au-delà des données biologiques, un élément ressort nettement : la satisfaction des participants-es. Les personnes passées au comprimé unique ont rapporté une amélioration significative de leur perception du traitement, contrairement à celles restées sous schéma complexe.

    Nouvelle bithérapie islatravir/doravirine aussi efficace que le Biktarvy

    Une nouvelle association antirétrovirale combinant doravirine et islatravir pourrait élargir l’arsenal thérapeutique en première intention contre le VIH. Les résultats à 48 semaines d’un essai international de phase III montrent que cette bithérapie expérimentale (100 mg de doravirine et 0,25 mg d’islatravir en une prise orale quotidienne) n’est pas inférieure au traitement de référence à base de bictégravir, emtricitabine et ténofovir alafénamide (Biktarvy), une association aujourd’hui largement prescrite. L’étude a inclus 536 adultes jamais traités-es auparavant, avec une charge virale d’au moins 500 copies/mL au départ. Les participants-es, d’un âge moyen de 34 ans, comprenaient 25 % de femmes cis et près d’un tiers de personnes noires. Certaines personnes présentaient des situations cliniques plus complexes : 17 % avaient un taux de CD4 inférieur à 200 cellules/mm³ et plus d’un tiers une charge virale dépassant 100 000 copies/mL, dont 12 % au-delà de 500 000 copies. Après 48 semaines de traitement, 91,8 % des personnes sous doravirine/islatravir avaient une charge virale indétectable (moins de 50 copies/mL), contre 90,6 % dans le groupe recevant le traitement standard. L’écart observé reste dans la marge fixée pour conclure à une efficacité comparable.

    Fait notable : chez les personnes ayant une charge virale initiale très élevée (au-dessus de 100 000, voire 500 000 copies/mL) la nouvelle combinaison doravirine/islatravir obtient des taux de succès similaires, voire numériquement supérieurs au Biktarvy, même si l’étude n’était pas conçue pour démontrer une supériorité. Les échecs virologiques sont restés rares. Six cas ont été observés dans le groupe prenant l’association doravirine/islatravir ; parmi eux, deux personnes ayant une charge virale initiale extrêmement élevée (au-delà d’un million de copies) ont développé des mutations conférant une résistance à la doravirine, mais sans perte d’efficacité de l’islatravir. Dans le groupe Biktarvy, neuf personnes présentaient une charge virale détectable à 48 semaines, sans apparition de résistances nouvelles. Sur le plan immunologique, la remontée des CD4 a été similaire dans les deux groupes. Côté tolérance, les effets indésirables liés au traitement ont concerné 14 % des participants-es sous la nouvelle combinaison et 18 % sous traitement standard. Les arrêts pour effets indésirables sont restés peu fréquents (autour de 1 à 2 %). La prise de poids moyenne, sujet de vigilance avec certains antirétroviraux récents, est comparable entre les deux stratégies, autour de trois à quatre kilos en un an. En résumé, cette association intégrant l’islatravir confirme son potentiel en initiation de traitement.

    GS-3242 : nouvelle molécule à longue durée d’action testée en injection trimestrielle

    Le GS-3242 appartient à la famille des anti-intégrases. Son ambition : proposer une molécule suffisamment puissante et durable pour permettre des injections tous les trois mois, voire au-delà. Dans une première étude de phase 1 menée chez des personnes séronégatives, 26 volontaires ont reçu une injection intramusculaire unique à différentes doses. Les effets indésirables observés sont restés modérés : principalement des douleurs au point d’injection, parfois des maux de tête ou des nausées, sans anomalies biologiques préoccupantes. Autrement dit, un profil de tolérance jugé rassurant à ce stade précoce. Surtout, les analyses pharmacocinétiques montrent que le médicament se diffuse lentement dans l’organisme et s’y maintient longtemps : la concentration maximale est atteinte après plusieurs semaines et la demi-vie varie entre environ un mois et demi et presque deux mois. Ces données laissent entrevoir la possibilité d’un rythme d’administration trimestriel, ce qui constituerait une avancée notable pour les personnes confrontées à la lassitude du traitement quotidien ou à des difficultés d’observance. Une seconde étude, également de phase 1, a évalué l’activité antivirale du GS-3242 sous forme orale pendant quelques jours chez six personnes vivant avec le VIH, non traitées depuis au moins trois mois et n’ayant jamais reçu d’anti-intégrase. En seulement onze jours, la charge virale a chuté en moyenne de plus de 2 log10, soit une baisse rapide et marquée, sans effets indésirables liés au traitement ni complications biologiques notables. Même si ces résultats portent sur un très petit nombre de participants et sur une période courte, ils suggèrent une activité antivirale puissante. L’enjeu, désormais, est double : confirmer la tolérance et l’efficacité sur un plus grand nombre de personnes et tester le GS-3242 en association avec une autre molécule à action prolongée pour constituer un schéma complet injectable.

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    VH-499 : un nouvel anti-capside testé en injections tous les six mois

    Un nouvel anti-capside du VIH (même famille que le lénacapavir), baptisé VH-499, pourrait être injecté seulement tous les quatre mois, voire six mois. Ce traitement développé par le laboratoire ViiV fait l’objet d’une première étude chez l’humain évaluant une formulation injectable à longue durée d’action. Jusqu’ici testé par voie orale avec des résultats jugés rapides, puissants et bien tolérés chez des personnes vivant avec le VIH, VH-499 est désormais étudié en injection intramusculaire (dans le muscle) ou sous-cutanée (sous la peau), avec l’objectif de simplifier encore les prises en charge. Dans cet essai de phase 1, 48 volontaires séronégatifs-ves ont reçu une dose unique de 100, 200 ou 400 mg du produit, ou un placebo, selon un protocole randomisé et en double aveugle (c’est-à-dire que les participants-es sont répartis au hasard dans deux groupes sans que eux ni les chercheurs-ses sachent quel traitement leur est donné). L’âge médian des participants-es était de 36 ans, la grande majorité étaient des hommes, et quatre sur dix s’identifiaient comme non-Blancs. Premier enseignement rassurant : la tolérance apparaît globalement bonne. Les effets indésirables observés étaient le plus souvent légers, voire modérés. Sans surprise pour une formulation injectable, il s’agissait surtout de réactions au point d’injection, rapportées chez environ trois quarts des personnes ayant reçu le traitement. Ces effets ont été transitoires, durant en médiane un à trois jours. Les réactions locales étaient plus fréquentes avec l’injection sous-cutanée qu’intramusculaire, mais aucun effet indésirable grave n’a été signalé et aucun-e participant-e n’a interrompu l’étude pour des raisons de sécurité. Sur le plan pharmacologique, les données montrent une diffusion progressive du médicament dans l’organisme. Après injection intramusculaire, la concentration maximale dans le sang est atteinte en une à deux semaines environ. En revanche, avec l’injection sous-cutanée, l’absorption est beaucoup plus lente : le pic de concentration survient en moyenne près de quatre mois après l’administration. Cette absorption étalée dans le temps suggère un profil dit « plat », c’est-à-dire des concentrations relativement stables sur la durée, un élément clé pour envisager des intervalles d’injection espacés. À ce stade, les chercheurs-es ne peuvent pas encore déterminer précisément la durée totale de persistance du médicament, faute de recul suffisant, mais les premières modélisations laissent entrevoir la possibilité d’un schéma d’administration d’au moins quatre mois entre deux injections. Si ces résultats se confirment dans des essais ultérieurs menés chez des personnes vivant avec le VIH, VH-499 pourrait rejoindre la nouvelle génération d’antirétroviraux injectables à longue durée d’action. Les phases 2 seront initiées fin 2026. Dans le public, une personne a posé la question de la valeur ajoutée de ce nouveau traitement par rapport au lénacapavir (développé par Gilead) qui utilise le même mécanisme. Pas de réponse de la personne qui a présenté ces études.

    VH-184 : un nouvel injectable testé pour des injections semestrielles

    VH-184, appartient à la famille des anti-intégrases, ces molécules bloquent une étape clé de la réplication du VIH en empêchant le virus d’intégrer son matériel génétique dans les cellules. Développé comme un anti-intégrase de troisième génération par le laboratoire pharmaceutique ViiV, VH-184 afficherait en laboratoire une meilleure barrière à la résistance face aux mutations du virus que les traitements injectables actuels. Après des résultats prometteurs en formulation orale chez des personnes vivant avec le VIH, les chercheurs-ses ont, cette fois, évalué, pour la première fois chez l’humain, des versions injectables à longue durée d’action chez des volontaires séronégatifs-es. L’objectif : vérifier la tolérance et mesurer la durée de présence du médicament dans l’organisme afin d’envisager des injections espacées chez des PVVIH. Dans cet essai de phase 1, randomisé et contre placebo, 39 adultes ont reçu une injection unique, soit sous la peau, soit dans le muscle, selon deux formulations différentes. Les effets indésirables observés ont surtout concerné le point d’injection : rougeurs, douleurs ou petits nodules, le plus souvent légers. Côté pharmacologie, la première formulation a atteint son pic sanguin en trois jours environ et présente une demi-vie médiane de sept semaines, ce qui signifie que la concentration diminue lentement sur plus d’un mois et demi. La seconde formulation, absorbée plus progressivement, maintient des concentrations stables jusqu’à sept mois après l’injection, sans que sa demi-vie complète puisse encore être calculée. En s’appuyant sur des modélisations mathématiques, les chercheurs-es ont simulé différents rythmes de prise du médicament. Leurs projections suggèrent que la première version pourrait permettre des injections mensuelles ou bimestrielles, tandis que la seconde ouvrirait la voie à un schéma semestriel. Autrement dit, deux injections par an pourraient suffire pour maintenir des niveaux jugés efficaces. La phase 2 commencera en avril 2026.

    La combinaison VH3810109 (N6LS) + cabotégravir injectable à action prolongée

    L’étude EMBRACE évalue une stratégie dite « ultra-longue durée d’action » combinant un anticorps neutralisant expérimental, le VH3810109 (N6LS), et le cabotégravir injectable à action prolongée. Concrètement, des adultes vivant avec le VIH déjà en charge virale indétectable (inférieure à 50 copies/mL) et dont le virus était sensible à cet anticorps ont été répartis en trois groupes : N6LS par perfusion intraveineuse tous les quatre mois, associé à du cabotégravir mensuel ; N6LS en injection sous-cutanée tous les quatre mois avec le même cabotégravir ; ou poursuite de leur traitement antirétroviral habituel. Après douze mois de suivi, la grande majorité des participants est restée avec une charge virale indétectable. Seuls, 6 % des personnes dans le groupe intraveineux et 10 % dans le groupe sous-cutané présentaient une charge virale repassée au-dessus de 50 copies/mL à un an, des proportions proches de celles observées chez les personnes restées sous traitement standard (4 %). Les échecs virologiques confirmés (c’est-à-dire une reprise durable du virus) sont restés rares dans les trois groupes. Sur le plan de la sécurité, aucune complication grave liée à l’anticorps n’a été signalée. En revanche, des réactions importantes au point d’injection ont été observées avec la voie sous-cutanée (16 %), alors qu’aucune réaction sévère n’a été rapportée avec la perfusion intraveineuse. Quelques arrêts de traitement ont été enregistrés, surtout dans le groupe sous-cutané. Malgré ces différences de tolérance, les personnes traitées par N6LS ont globalement jugé le schéma acceptable. Pour les chercheurs-ses, ces résultats intermédiaires suggèrent qu’une administration intraveineuse tous les quatre mois de cet anticorps, en association avec le cabotégravir mensuel, pourrait constituer à terme une alternative crédible aux traitements quotidiens, à condition que le virus soit initialement sensible à cet anticorps neutralisant.

    10E8.4/ibalizumab : un anticorps bispécifique à l’essai en Tanzanie

    Un essai de phase Ib explore une nouvelle stratégie d’immunothérapie contre le VIH reposant sur un anticorps « bispécifique », capable de viser simultanément deux cibles du virus. Baptisé 10E8.4/ibalizumab, ce candidat combine deux mécanismes : l’un s’attaque directement à l’enveloppe du VIH, l’autre bloque le récepteur CD4 des cellules immunitaires, porte d’entrée du virus. Pour faire simple, il tente d’encercler le VIH à la fois du côté du virus et aussi de celui qu’il infecte. Menée au Mbeya Medical Research Center, en Tanzanie, entre 2023 et 2025, l’étude a inclus vingt adultes vivant avec le VIH, majoritairement des femmes jeunes, qui n’étaient pas sous traitement antirétroviral ou l’avaient interrompu depuis plusieurs mois. Leur charge virale dépassait 1 000 copies/mL et leur immunité restait relativement préservée. Les participants-es ont été répartis-es en cinq petits groupes : l’un recevait un traitement antirétroviral oral classique, les autres une injection unique de l’anticorps expérimental, à différentes doses et par voie intraveineuse ou intramusculaire, seul ou combiné à un autre anticorps neutralisant, le VRC07-523LS. L’objectif était double : évaluer la tolérance et mesurer l’évolution de la charge virale sur deux semaines avant l’introduction d’un traitement standard pour tous-es. Sur le plan antiviral, une baisse de la charge virale a été constatée dans tous les groupes, y compris celui sous traitement oral classique. Les diminutions observées avec l’anticorps, parfois marquées, restent toutefois comparables à celles obtenues avec la trithérapie standard, sans différence statistiquement significative. Les concentrations sanguines de l’anticorps culminaient rapidement après l’injection puis diminuaient en deux semaines, suggérant un effet transitoire à ce stade du développement. En résumé, cette première évaluation clinique montre que le 10E8.4/ibalizumab, administré seul ou en combinaison, semble sûr et capable de freiner temporairement la réplication virale. Mais il ne fait pas mieux, pour l’instant, que le traitement antirétroviral quotidien.

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    L’annonce, image à l’appui, que l’édition 2027 de la Croi se déroulera sous le soleil de Californie, à San Diego, du 21 au 24 mars 2027. Photo : Fred Lebreton

    Rendez-vous en Californie en mars 2027

    Quatre jours à courir d’une session à l’autre, à taper frénétiquement sur nos claviers, à débattre dans les couloirs et à refaire le monde autour d’un café trop léger, façon centre de congrès : la Croi 2026 s’achève déjà. Nous quittons Denver avec des données plein la tête et cette fatigue heureuse des marathons scientifiques. Demain, chacun remonte dans son avion, ordinateur rangé et badges glissés au fond du sac. Et comme toute bonne série qui se respecte, la prochaine saison est déjà annoncée : la Croi 2027 donne rendez-vous sous le soleil de Californie, à San Diego, du 21 au 24 mars 2027.

    Le compte rendu de la première journée de la CROI 2026 : « Après la sidération, la communauté scientifique relève la tête »

    Le compte rendu de la deuxième journée de la CROI 2026 : « La Prep à longue durée confirme ses promesses »

    Le compte rendu de la troisième journée de la CROI 2026 : « La lutte contre le VIH à l’épreuve des choix politiques »