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    L’Actu vue par Remaides : « Congrès de la Fédération Addiction : Dépasser les bornes ! »

    • Actualité
    • 17.06.2026


    La salle du congrès de la Fédération Addiction, qui s’est tenu en juin à Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes). Photo : AIDES. DR.

    Par Maëlle Liut, Marie Fischmeister, Raphaël Abitbol et Stéphanie Baux

    Congrès 2026 de la Fédération Addictions : dépasser les bornes ! Première partie

    Le 15e congrès de la Fédération Addiction s’est déroulé les 4 et 5 juin 2026 à Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes). Il avait pour thème : « (Dé) passer les frontières. Drogues, pratiques et sociétés en mouvement. » Des militants-es de AIDES ont participé à ce grand rendez-vous national sur les drogues et les addictions. Quatre d’entre eux-elles reviennent sur quelques temps forts de cette édition et proposent des synthèses des ateliers et plénières auxquels ils-elles ont assisté. Première partie.

    Des « frontières » à bousculer

    Début juin, à Mandelieu-la-Napoule (Provence-Alpes-Côte d'Azur), plusieurs centaines de participants-es (professionnels-les des secteurs médico-social, sanitaire, social, éducatif, scientifique, institutionnel ou associatif) se sont retrouvés-es pour interroger leurs pratiques, partager leurs savoirs et penser ensemble les évolutions à l’œuvre. Le thème choisi a permis de réfléchir au « dépassement » des frontières qu’elles soient « géographiques, professionnelles, disciplinaires, sociales ou symboliques », des frontières « qui traversent les drogues, les pratiques et les sociétés contemporaines ». Dans un texte qui posait les enjeux, la Fédération Addiction a rappelé que les « frontières sont au cœur des enjeux contemporains, au cœur des discours politiques ». « Pour certains, elles sont à effacer. Pour d’autres, elles sont à redessiner, par la force si nécessaire comme en Ukraine ou au Proche-Orient. Pour d’autres encore, semble-t-il de plus en plus nombreux, elles sont à renforcer, à défendre, voire à militariser. Ceux-là les considèrent comme des remparts vis-à-vis de l’extérieur, elles sont là pour empêcher les passages, y compris des hommes et des femmes qui quittent leur pays devenu hostile, dangereux », explique le texte.

    Mais, rappelle-t-il, les frontières ne se cantonnent pas de délimiter les territoires, elles « délimitent aussi les identités : ce qui est "nous" et ce qui est "eux" (…) Les frontières constituent un enjeu à la fois global et local. C’est vrai lorsque l’on parle géographie mais également si l’on parle de nos territoires mentaux (…) En addictologie, la frontière peut être une donnée extérieure tout comme un objet de travail. Mais mêmes extérieures, elle nous concerne. Les frontières géopolitiques déterminent la circulation des substances, leur production, leur disponibilité, leur variété. Autant de données qu’il nous faut observer, anticiper, analyser pour adapter nos pratiques de prévention, de réduction des risques et de soins. Nos frontières internes sont mentales, faites de croyances, de constructions intellectuelles, de représentations sociales : elles créent les catégories de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas. Elles peuvent être les garantes de l’éthique et de la responsabilité. Mais elles peuvent aussi masquer, empêcher de comprendre, créer des récits plutôt que de s’intéresser aux histoires particulières. ».

    Comme on le voit, cette thématique des frontières est d’une grande richesse, puisque la notion de frontières imprègne aussi la prévention et le soin. « Et quand nous travaillons dans le soin, nous sommes aussi confrontés-es aux frontières disciplinaires. Elles sont nécessaires : elles permettent la construction de savoirs toujours plus précis, plus experts, plus spécialisés. Mais elles n’ont de valeur qu’à condition d’être franchies, croisées, hybridées avec d’autres disciplines et d’autres acteurs-rices. Faute de quoi elles risquent de devenir des barrières qui enferment, créent des angles morts, des biais épistémiques, des approches qui finissent par exclure celles et ceux qu’elles prétendent aider. Ici, l’utilité de la frontière apparait avec son décloisonnement, de la circulation d’un territoire à l’autre : c’est la transdisciplinarité. »  Alors lors des échanges à Mandelieu-la-Napoule autour des frontières « celles qui nous contiennent et nous délimitent mais aussi des espaces permettant le mouvement, la rencontre, la transformation », que s’est-il passé ?

    Femmes et consommatrices, parcours pluriels

    Cet atelier a réuni trois expertes : Janaina Morali, éducatrice spécialisée au Csapa Pierre-Nicole - Croix rouge française ; Daniele Bader, directrice de projets à la Coordination nationale des réseaux de microstructures médicales (CNRMS), mobilisée sur l’étude Calliope (infos en anglais) et Sarah Perrin, responsable scientifique au fonds de recherche et de prévention Savoir+Risquer- (Le fonds de dotation Savoir + Risquer -, constitué en 2018, est un organisme à but non lucratif qui fonctionne sur le modèle des fondations).

    Le constat des intervenantes est sans appel : les femmes consommatrices présentent davantage de vulnérabilités sociales et sanitaires que leurs homologues masculins. Pourtant, elles ne sont que peu présentes sur les dispositifs d’accompagnement. Il apparait donc nécessaire de repenser les accompagnements pour être en mesure de répondre à leurs besoins. 
    L’étude Calliope s’attache à mieux connaitre les profils des femmes consommatrices reçues en Csapa (Centres de soin, d'accompagnement et de prévention en addictologie et en microstructures médicales ; voir glossaire en fin d’article). Les premiers résultats nous apprennent que 74 % de ces femmes ont connu une grossesse accidentelle ou non-prévue contre 13 % dans la population générale. Elles ont également plus souvent été victimes de violences sexistes et sexuelles (VSS) : 66 % des femmes interrogées déclaraient avoir subi au moins un rapport sexuel forcé au cours de leur vie contre 30 % en population générale. L’étude conclue donc à l’importance d’associer un accompagnement autour de la santé sexuelle dans les parcours d’addictologie.

    Les échanges avec la salle concluent à la nécessité de proposer des temps et des espaces non-mixtes à des femmes davantage exposées aux VSS. Ces « espaces de répit » représentent une condition de la libération de la parole, même si le temps de « fidélisation » de la file active peut être long (environ un an). 
    Les professionnels-les dans la salle mettent aussi en lumière la nécessité d’être formés-es aux psycho traumas pour mieux accompagner les femmes consommatrices. 

    La restitution de l’étude Calliope aura lieu le 10 décembre 2026, à Paris.

    Addiction, troubles mentaux et consommation de drogues : comprendre les liens

    La question de savoir  différencier ce qui est « normal » ou « pathologique » est souvent complexe. En psychologie et en psychiatrie, il n'est pas toujours facile de définir précisément ces notions, car elles dépendent de nombreux facteurs : la santé, la culture, l'environnement social et les expériences de vie. En général, une personne est considérée comme en bonne santé psychologique lorsqu'elle parvient à s'adapter à son environnement, à entretenir des relations satisfaisantes et à faire face aux difficultés du quotidien. À l'inverse, on parle de trouble ou de situation pathologique lorsqu'une personne souffre de manière importante ou rencontre des difficultés qui perturbent sa vie personnelle, sociale ou professionnelle. Face à une souffrance psychique, certaines personnes cherchent des moyens de soulager leurs émotions ou leurs difficultés. Parmi ces moyens, certaines utilisent des drogues comme le cannabis, la cocaïne, l'héroïne ou les amphétamines. Ces substances agissent sur le cerveau et peuvent temporairement procurer du plaisir, réduire l'anxiété, diminuer la tristesse ou aider à oublier des pensées douloureuses.

    Pour cette raison, certaines personnes souffrant de troubles mentaux utilisent les drogues comme une forme d'automédication, c'est-à-dire qu'elles tentent de soulager seules leur souffrance. Les personnes ayant vécu des traumatismes peuvent également consommer des substances pour essayer d'atténuer leurs souvenirs difficiles ou leur état de stress permanent. Les recherches montrent que les troubles mentaux et les addictions sont souvent liés. Une personne souffrant d'un trouble psychique a davantage de risques de développer une dépendance. À l'inverse, les personnes dépendantes à certaines substances présentent plus fréquemment des problèmes de santé mentale que le reste de la population. L'environnement social joue également un rôle important. La précarité, l'exclusion, les violences ou les traumatismes augmentent le risque de développer à la fois des troubles psychiques et des addictions. Dans certaines situations, la consommation de drogues peut apparaître comme une solution temporaire pour faire face à une réalité difficile. Aujourd'hui, les professionnels-les de santé considèrent qu'il est préférable de prendre en charge en même temps les troubles mentaux et les addictions. Cette approche globale permet d'éviter qu'un problème ne freine l'amélioration de l'autre. Les psychothérapies, le soutien social, les médicaments, lorsque cela est nécessaire, et les programmes de réduction des risques font partie des outils utilisés pour accompagner les personnes concernées.

    En résumé, les addictions, les troubles mentaux et la consommation de drogues sont souvent étroitement liés. Comprendre ces relations permet de mieux accompagner les personnes en difficulté et de proposer des solutions adaptées à leur situation.

    Détail du stand de AIDES au congrès de la Fédération Addiction, qui s’est tenu en juin à Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes). Photo : AIDES. DR.

    La pair-aidance : quand l'expérience devient une aide pour les autres

    La pair-aidance repose sur une idée simple : des personnes ayant vécu elles-mêmes des difficultés psychiques, des addictions ou d'autres situations de vulnérabilité utilisent leur expérience pour aider d'autres personnes confrontées aux mêmes problèmes.
    Cette approche valorise ce que l'on appelle le savoir expérientiel, c'est-à-dire les connaissances acquises grâce à l'expérience personnelle. Une personne qui a traversé une période difficile et qui s'en est progressivement sortie possède une compréhension concrète de certaines situations que les professionnels-les ne peuvent pas toujours acquérir uniquement par leurs études.
    L'expression « Quand il y a du savoir, il y a du pouvoir » résume bien cette philosophie. Pendant longtemps, les personnes souffrant de troubles psychiques ou d'addictions étaient surtout considérées comme des patients-es recevant des soins. Leur avis était rarement pris en compte. La pair-aidance reconnaît, au contraire, que leur vécu constitue une véritable expertise.
    Cependant, être pair-aidant ou pair-aidante ne consiste pas simplement à raconter son histoire. Il faut être capable de prendre du recul sur son expérience afin de l'utiliser de manière utile pour accompagner d'autres personnes.

    Les pairs-es-aidants-es travaillent souvent aux côtés de professionnels-les comme les médecins, psychologues, infirmiers-ères ou éducateurs-rices. Chacun apporte des compétences différentes : les professionnels-les possèdent des connaissances théoriques et techniques, tandis que les pairs-es-aidants-es apportent leurs expériences vécues. Cette complémentarité permet d'offrir un accompagnement plus complet.
    Malgré ses nombreux avantages, la pair-aidance peut parfois être difficile à intégrer dans les institutions de santé ou du secteur social. Ces structures fonctionnent souvent selon des règles, des habitudes et des hiérarchies bien établies. L'arrivée d'un nouveau métier fondé sur l'expérience personnelle peut donc susciter des interrogations ou des résistances.
    Certains-es professionnels-les peuvent avoir du mal à reconnaître la valeur du savoir expérientiel, estimant que seule la formation académique constitue une véritable expertise. Les pairs-es-aidants-es doivent alors trouver leur place dans des organisations qui n'ont pas toujours été conçues pour accueillir ce type de rôle.
    Pour faciliter leur intégration, il est important de préparer les équipes. Les professionnels-les doivent être informés-es du rôle des pairs-es-aidants-es, de leurs missions et de la manière dont ils-elles peuvent collaborer avec eux. Cette préparation permet d'éviter les malentendus et de favoriser une coopération efficace.
    La formation des équipes est donc essentielle. Elle aide à mieux comprendre la valeur du savoir expérientiel et à clarifier le rôle de chacun. Lorsque les missions sont bien définies, la collaboration devient plus simple et plus bénéfique pour les personnes accompagnées.

    En conclusion, la pair-aidance représente une avancée importante dans le domaine de la santé mentale et de l'accompagnement social. En associant les connaissances des professionnels-les et l'expérience des personnes concernées, elle contribue à construire un accompagnement plus humain, plus inclusif et souvent plus efficace. Toutefois, son développement nécessite une véritable reconnaissance du savoir expérientiel et une adaptation des institutions qui l'accueillent.

    Usage rituel, médical, récréatif : quand les contextes font frontières

    Lors de cette conférence consacrée aux usages des substances psychoactives, les intervenants-es ont rappelé qu'un même produit peut changer totalement de sens selon le contexte culturel, social, médical ou historique dans lequel il est consommé.
    L'ethnobotaniste et anthropologue de la santé Marc-Alexandre Tareau a ouvert la discussion en invitant à replacer les pratiques dans leur histoire. En Guyane, certaines femmes enceintes pratiquent par exemple la géophagie, c'est-à-dire la consommation de terre. Héritée de traditions d'Afrique de l'Ouest transmises au fil des générations, cette pratique est associée à des croyances autour de la fertilité et du développement de l'enfant à naître. Même lorsqu'elle présente des risques sanitaires, simplement demander son arrêt ne suffit pas : comprendre sa signification culturelle permet d'envisager un accompagnement plus adapté.

    L'intervenant a également évoqué les usages traditionnels du tabac dans les sociétés amazoniennes. Bien loin de la cigarette industrielle contemporaine, le tabac y est souvent associé à des pratiques chamaniques et à la communication avec le monde des esprits. Les modes de consommation sont variés : fumé, prisé sous forme de poudres nasales ou associé à d'autres plantes. Les effets recherchés peuvent inclure des états modifiés de conscience, des vertiges ou des phénomènes de dissociation. Autre exemple : les « amers » ou « bitas », des macérats de plantes dans l'alcool largement utilisés dans les Caraïbes. Chaque plante possède une indication thérapeutique particulière. Ces préparations relèvent avant tout d'un usage médicinal hérité de traditions européennes, même si elles utilisent l'alcool comme support.

    Le médecin addictologue Grégoire Cleirec s'est ensuite intéressé au cannabis, qu'il qualifie d'« hyperpharmakon », un terme issu de la philosophie grecque désignant à la fois le remède et le poison. Connu depuis plusieurs millénaires, le cannabis a connu des interprétations très différentes selon les époques. Il a notamment évoqué « l'aliénaliste » Jacques-Joseph Moreau de Tours qui, après un voyage en Orient, créa au XIXe siècle le « Club des Hashischins ». Son objectif était d'étudier les effets du haschich et d'explorer les liens entre les états induits par la substance et certaines expériences proches de la folie. L'expérience ne reposait pas seulement sur le produit lui-même, mais aussi sur tout un rituel : les attentes des participants-es, le cadre, l'ambiance et les représentations associées à la substance.
    Enfin, le médecin addictologue Nabil Yajjou a présenté le cas particulier de la prégabaline (Lyrica), qualifiée d'« objet social non identifié ». Initialement développée pour des indications médicales précises, cette molécule est aujourd'hui utilisée dans certains contextes de rue, notamment par de jeunes exilés-es. Les usages observés dépassent largement la seule recherche d'effets euphorisants. La prégabaline peut permettre de soulager des douleurs physiques, d'atténuer l'angoisse ou les traumatismes liés à l'exil, de créer du lien social ou encore de soutenir une projection dans l'avenir. L'intervenant a proposé de parler d'« usages pirates » plutôt que de mésusages, afin de mieux rendre compte de cette réappropriation sociale du médicament. Selon lui, ces consommations doivent être comprises comme des stratégies de survie avant d'être réduites à une simple question de produit.

    Les échanges avec le public ont souligné l'importance du rituel, de l'intention et du sens donnés aux consommations. Plusieurs participants-es ont évoqué l'idée qu'une partie des usages traditionnels ou sacrés des plantes aurait été transformée par la société de consommation, conduisant parfois à une forme de désacralisation des substances et de leurs usages. 

    Raphaël Abitbol (SPOT Marshall, AIDES NICE) au stand de AIDES au congrès de la Fédération Addiction, Mandelieu-la-Napoule (Alpes-Maritimes). Photo : AIDES. DR

    Penser et agir pour la santé des personnes exilées

    Cet atelier était centré sur les mineurs-es et jeunes consommant du Lyrica (prégabaline). Le Lyrica est un médicament détourné de son usage depuis 2017 (Plus d’infos, ici). C’est un antiépileptique chimiquement apparenté à une substance présente dans le cerveau, l'acide gamma-amino-butyrique (GABA). À Paris, ce sont principalement des jeunes originaires d’Afrique du Nord qui en consomment. Un projet baptisé Sawiyan, a été développé pour proposer un mix comprenant une consultation mobile jeunes consommateurs-rices et une proposition de médiation psy et culturelle. Une des difficultés dans la mise en œuvre a été de faire financer des postes spécifiquement arabophones : les institutions étant réticentes à financer des postes arabophones. Le Lyrica est prescrit dans la prise en charge des douleurs neuropathiques, de l’épilepsie, des troubles anxieux généralisés. Il peut être détourné comme de l’auto-substitution aux opiacés. Le Lyrica consommé n’est pas issu des pharmacies ou de prescriptions officielles, mais plutôt de trafics en provenance de Grèce et de Turquie. Associé avec des opiacés, le médicament expose à des risques de surdoses. Depuis 2022, la prescription est plus sécurisée en France car la molécule (prégabaline) a été classée comme stupéfiant. Lors de l’atelier, une possibilité de prescription compassionnelle a été évoquée ; elle aurait comme objectif d’éviter le recours à des médicaments issus du trafic. Les mineurs-es et jeunes qui consomment ont le plus souvent démarré dans leur pays d’origine, sur le chemin de l’exil, voire à leur arrivée en France. Une fois en France, la consommation se poursuit ; elle devient alors un moyen de conserver le lien avec leur communauté. Au cours de l’usage de Lyrica, il n’est pas rare que les personnes basculent vers d’autres produits : cocaïne, crack, car il existe plus de dispositifs dédiés pour la prise en charge du crack. La consommation devient alors un moyen d’accéder à des services, des dispositifs d’accueil, une offre de santé.
    Plusieurs études portent aujourd’hui sur ce produit et son usage, par exemple : une étude (Hôpital Fernand-Vidal, AP-HP, Paris) sur les profils des personnes consommant du Lyrica dans les Csapa parisiens.

    Lors de l’atelier, une présentation a été faite concernant une intervention à la maison d’arrêt de Nanterre (Hauts-de-Seine, Île-de-France). Le milieu carcéral implique un sevrage forcé. Le public concerné se compose de jeunes d’Afrique du Nord particulièrement isolés : en milieu ouvert, peu de contact en France et à l’intérieur de la maison d’arrêt, peu de contacts avec les autres personnes détenues. L’intervention propose un accompagnement avec un psy arabophone. L’objectif de mettre de côté le produit pour travailler la santé mentale. L’approche de groupe au motif que les personnes seraient toutes les mêmes est écartée au profit d’un accompagnement individuel qui reconnait davantage la diversité des parcours. C’est d’autant plus important que la consommation de Lyrica est une forme d’automédication pour « traiter » les traumas de l’exil. Les limites de l’intervention apparaissent à la sortie de la maison d’arrêt, elles sont liées au fait que ces personnages n’ont pas d’ancrage à l’extérieur, que nombre d’entre elles n’ont pas de titres de séjours valides, connaissent des difficultés d’hébergement notamment d’hébergement permettant des soins. Plus globalement, le défi est l’accès à la santé dans les centres de rétention administratives (CRA) où certains se trouvent placés et le fait que l’errance des personnes est bien antérieure à leur arrivée en Europe.

    Un atelier sur les haltes soins addiction (HSA)

    Lors de cet atelier, il a évidemment été question de Marseille, tant la ville est emblématique de la complexité des débats et des étapes pour créer une troisième salle de consommation à moindre risque en France. L’expérience marseillaise est aussi intéressante car les acteurs-rices de la réduction des risques et de l’addictologie se sont associés-es pour proposer un plan de réponse territoriale holistique et intégrée incluant les halte soins addictions. Des collectifs citoyens et de riverains-nes sont aussi partie prenante dans le plaidoyer en faveur du projet d’Halte Soins Addiction dans la cité phocéenne. Mais la mobilisation des acteurs-rices est ancienne puisque, à Marseille, la réflexion sur un projet de salle de consommation à moindre risque date des années 90, même si, , en l’absence de cadre juridique, les conditions ne sont pas considérées comme favorables à l’ouverture. 

    Du temps passe, beaucoup. Voici quelques étapes :

    • 2016 : avancée législative avec les lois de modernisation : expérimentation concernant les salles (SCMR) à Paris et à Strasbourg. L’installation d’une salle à Marseille ne peut être réalisée alors que la société civile y pousse, du fait du blocage politique local et national (ministre de l’Intérieur, par exemple.) ;
    • 2019 : première version d’un projet avec la Direction générale de la Santé ; des fuites dans la presse sur le projet en cours débouchent sur une polémique ; le projet capote ;
    • 2020-2022 : des enquêtes et rapports officiels confirment le bilan positif (santé des personnes concernées, accès aux soins, sécurité, etc.) des deux salles françaises en activité : celle de Paris et celle de Strasbourg ;
    • 2022 : Prolongation de l’expérimentation des deux SCMR qui changent de nom et deviennent Haltes Soins Addictions (HAS) ;
    • 2023 : Création du GPS (Groupe de pilotage stratégique) du projet de HAS à Marseille. Y participent : Médecins du Monde, AIDES, l’association Nouvelle Aube ;
    • Octobre 2023 : un copil (comité de pilotage) est créé avec le GPS et les institutions locales pour valider un futur lieu d’implantation. Nouvelles fuites dans la presse et nouvelle levée de boucliers. Parallèlement, un travail de communication est mené avec création d’un site web, numéro vert, réunions dans plusieurs écoles pour accompagner la future installation de la HAS.
    • 17 janvier 2024 : le jour où le ministre est supposé signer la décision d’implantation de la salle, il démissionne en lien avec la loi Immigration. Au copil, le préfet et le procureur de Marseille expriment leur désaccord sur le lieu retenu pour l’implantation de la HAS.

    Aujourd’hui, les acteurs-rices de terrain constatent une forte précarité parmi les personnes consommatrices, une augmentation des consommations de crack, un contexte plus répressif et une nette hausse des besoins de mises à l’abri.
    Aujourd’hui, le préfet, le procureur et la ministre de la Santé semblent favorables à l’ouverture d’une HAS ; ce qui laisse entrevoir une possibilité réelle d’une future ouverture. De plus, il existe aujourd’hui un collectif « Je dis oui ». Il s’agit d’un collectif de riverains-es favorables à la salle. Le collectif participe à des rencontres de riverains-es, avec la presse, avec des politiques pour démystifier la salle et plus largement la RDR menée dans ce nouveau dispositif de RDR. De son côté, l’Inspection générale des Affaires sociales a évalué le projet et démontre sur la base de l’activité des deux salles existantes aujourd’hui qu’il n’y a pas d’effet « pot de miel », pas plus de consommations, pas plus de trafic qui seraient liés à l’activité des HAS. Le rapport recommande cependant de créer plusieurs petites HSA sur des formats variés plutôt qu’une seule grosse structure. D’autres grandes villes réfléchissent également à de tels projets dont Besançon, Montpellier, Lille.

    Maëlle Liut est chargée de mission évaluation, capitalisation et qualité - Direction Démarche Qualité au siège de AIDES.
    Marie Fischmeister est coordinatrice du Lieu de Mobilisation de AIDES Nancy (Territoire Lorraine, caarud Vallée de la Fensch et Nancy).
    Raphaël Abitbol est chargé de projet du Spot Marshall ; AIDES Nice.
    Stéphanie Baux, responsable de région AIDES Provence Alpes Côte d’Azur.

    Remerciements à Sébastien Chailleux, chargé de mission à la direction Innovations et Programmes, en charge de la RDR consommation de produits psychoactifs au siège de AIDES.

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    Glossaire et lexique

    • Caarud (Centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues)

    Les centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers-ères de drogues ont été mis en place en 2006. Ce sont les établissements médico-sociaux de première ligne en matière de réduction des risques. Les missions des Caarud sont importantes. Elles comprennent : l’accueil collectif et individuel, l’information et le conseil personnalisé pour les personnes usagères de drogues ; Le soutien aux usagers-ères dans l’accès aux soins qui comprend : l’aide à l’hygiène et l’accès aux soins de première nécessité, proposés de préférence sur place ; L’orientation vers le système de soins spécialisés ou de droit commun ; L’incitation au dépistage des infections transmissibles.
    Les Caarud font du soutien aux usagers-ères dans l’accès aux droits, l’accès au logement et à l’insertion ou la réinsertion professionnelle ; ils mettent à disposition du matériel de prévention des infections. Par ailleurs, l’intervention de proximité à l’extérieur du centre est préconisée, en vue d’établir un contact avec les usagers-ères. Enfin, les Caarud doivent « développer des actions de médiation sociale en vue de s’assurer une bonne intégration dans le quartier et de prévenir les nuisances liées à l’usage de drogues. »
    Plus d’infos ici.

    • Csapa (Centres de soin, d'accompagnement et de prévention en addictologie et en microstructures médicales)

    Le Csapa est une structure d'accueil assurant des activités de diagnostic, d'orientation, de prévention et de prise en charge thérapeutique pour toute personne présentant une consommation à risque ou excessive d'alcool, de tabac ou autres substances psychoactives. Les Csapa ont été créés en janvier 2002. Ils ont pour mission « d'assurer les actions de prévention, de réduction des risques, d'accompagnement et de soins aux personnes ayant des problèmes de consommation de substance psycho actives. » Ce sont des établissements médico-sociaux. Depuis 2007, ils viennent en remplacement des centres de cure ambulatoire en alcoologie (CCAA) et des centres de soins spécialisés pour toxicomanes (CSST). L’objectif poursuivi étant d’améliorer le service rendu aux usagers avec une meilleure adéquation entre les moyens et les besoins du territoire. Les équipes sont nécessairement pluriprofessionnelles : elles associent des médecins, des infirmiers-ères, des psychologues et de travailleurs-ses sociaux-les. 
    Plus d’infos, ici.

    • Microstructures médicales

    Les microstructures médicales sont des lieux d’accueil de patients-es par une équipe pluri-professionnelle associant une prise en charge médicale, sociale et psychologique, ces  trois composantes étant nécessaires pour la prise en charge des personnes souffrant d’addictions, explique la Mildeca dans un document publié en 2023. Cette équipe intervient directement au sein d’un cabinet médical généraliste ou en maison de santé pluridisciplinaire. Réparties sur le territoire des soins de premiers recours, elles s’organisent en réseaux.Les microstructures sont nées en 2000 à partir d’une proposition de médecins généralistes souhaitant adapter leurs pratiques pour répondre au mieux aux besoins de certains de leurs patients et à la complexité de leur situation clinique. « Cette approche a permis de rompre l’isolement de certains médecins généralistes et leur relative impuissance devant des patients présentant des situations qu’ils ne pouvaient gérer seuls », souligne la Mildeca.
    Plus d’infos ici.

    • Mildeca

    Créée en 1982 et placée sous l’autorité du Premier ministre depuis 2008, la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives) anime et coordonne l’action du Gouvernement en matière de lutte contre les drogues et les conduites addictives. Elle conduit l’élaboration de la SIMCA (Stratégie interministérielle de mobilisation contre les conduites addictives) pour 2023-2027 et veille à sa mise en œuvre. Son président actuel est le DR Nicolas Prisse.
    Plus d’infos ici.

    • Pair-aidance

    Elle repose sur une entraide entre personnes vivant ou ayant vécu une même maladie somatique ou psychique, ou atteintes d’une même situation de handicap. De son côté, la Haute autorité de santé (HSA) explique que « la pair-aidance permet de proposer à toute personne le souhaitant, au cours de sa prise en charge ou de son accompagnement habituel, une possibilité de soutien global d’un tiers ayant connu ou connaissant la même situation et ayant acquis un savoir expérientiel. Elle peut représenter un espoir pour la personne dans une perspective de rétablissement. »