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    L'Actu vue par Remaides : Christophe Paco : « Ce sont les sérophobes qui devraient avoir honte »

    • Actualité
    • 29.06.2026


    Crédit image : Hylich ANGOULOU/STUDIO LE KUBE

    Par Fred Lebreton

    Christophe Paco : "Ce sont les sérophobes qui devraient avoir honte"


    Alors que sa séropositivité a été révélée contre son gré par un voisin, Christophe Paco a choisi de transformer cette épreuve en combat public. Dans un entretien accordé à Remaides, le Rémois raconte son engagement pour faire reconnaître juridiquement la sérophobie. Le militant a lancé une pétition appelant à une campagne nationale d’information et à une évolution de la loi. Entretien.

     


    Remaides : Dans quel contexte avez-vous découvert votre séropositivité ?

    Christophe Paco : J’ai été diagnostiqué séropositif fin 2011. À cette époque, j’étais devenu allergique au latex, mais vraiment très allergique : je faisais des œdèmes de Quincke. En fait, les préservatifs sans latex n’étaient pas très fiables à l’époque. Ils étaient moins extensibles que ceux en latex. Moi, ça m’arrivait d’avoir des préservatifs qui craquaient, et derrière, il fallait accéder au traitement post-exposition et c’était la croix et la bannière pour l’obtenir. J’ai tenu trois ans sans contracter le VIH. À cette époque, l’essai Ipergay sur la Prep était en préparation. On m’avait dit : « Écoute, on va te faire un dépistage et si c’est bon, on pourra te faire entrer dans l’essai, parce que ça pourrait être très intéressant pour toi. » Mais mon test VIH est revenu positif. Cela a été rude. Il y a tout un deuil à faire, et toute une acceptation. Je suis passé par plusieurs étapes : la colère, la honte, la tristesse… mais surtout la colère. À l’époque, j’avais même écrit à Manix [un des principaux fabricants de préservatifs, ndlr]. Ils avaient été très gentils et m’avaient renvoyé une boîte de dix préservatifs en me disant qu’aucun préservatif n’était fiable à 100 %. J’avais trouvé ça assez ironique comme dédommagement. Aujourd’hui, j’en ris un peu. J’ai pris du recul sur tout ça, mais à l’époque ce n’était pas du tout le cas. Puis, avec le temps, j’ai eu la chance d’avancer dans l’acceptation.

    Comment avez-vous vécu la divulgation de votre statut VIH par des proches ?

    Je suis très engagé dans le milieu associatif à Reims, notamment dans des associations de rue. Je suis quelqu’un d’assez sociable ; en général, je n’ai jamais eu de problème avec mes voisins. Au contraire, je suis même très serviable. Comme je m’entendais bien avec une de mes voisines, je lui ai parlé de ma séropositivité. Ce qu’elle a ensuite répété à son conjoint. Un jour, ce dernier a envoyé un SMS à une amie commune. Il lui écrivait : « Tu as remarqué, depuis que Christophe a su pour sa maladie, il est bizarre. » Mon amie lui a répondu : « Je ne sais pas de quelle maladie tu parles. » Et lui a répondu : « Il a le sida. » Cette amie était choquée qu’il divulgue mon statut sérologique alors elle m’a envoyé une capture d’écran du message. J’étais effondré et furieux. J’ai décidé de déposer plainte. Mais l’affaire a été classée sans suite. J’ai ensuite fait un recours auprès du tribunal de Reims, parce que je n’étais pas d’accord avec cette décision. Et malgré cela, l’affaire a de nouveau été classée sans suite. Depuis, il y a chez moi une vraie colère. Une colère contre la justice, mais aussi contre les pouvoirs publics qui, selon moi, ne parlent plus du VIH. Je fais partie de la génération capote. Quand j’étais jeune, il y avait énormément de prévention. On parlait du VIH partout. Aujourd’hui, en revanche, il n’y a plus grand-chose et je n’ai jamais vu de campagne d’affichage des pouvoirs publics sur la sérophobie.

    À quel moment avez-vous décidé de transformer cette épreuve en combat contre la sérophobie ?

    Quand il a su que j’avais déposé plainte contre lui, le conjoint de cette voisine est entré dans une colère noire. Il s’est mis à hurler dans toute la copropriété : « Il a le sida ; il a le sida ! » sur l’esplanade de la résidence. Voilà un peu l’ambiance dans laquelle je vivais. Les premiers jours, j’étais très mal. Mais malgré tout, mes autres voisins ont été formidables. Certains ont même accepté de faire des témoignages écrits pour appuyer ma plainte. Au début, j’avais honte. Puis, une fois que mon statut VIH a été divulgué, je me suis dit qu’il fallait relever la tête et en faire une force. J’ai aussi eu la chance d’aller à la Maison de Vie, à Carpentras et j’ai rencontré les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence. C’était mon premier séjour là-bas ; des amis me l’avaient conseillé. À la Maison de Vie, j’ai rencontré des personnes séropositives qui m’ont raconté qu’elles se cachaient encore pour prendre leur traitement VIH. C’est à ce moment-là qu’est née l’idée de lancer une pétition contre la sérophobie. Je pense qu’il faut désormais que cela passe par un projet de loi, comme pour l’homophobie ou le racisme. Aujourd’hui, la loi protège de manière générale contre les discriminations liées à l’état de santé [et à la situation de handicap, ndlr], mais il n’existe pas de disposition spécifique ou de circonstance aggravante liée aux propos ou actes sérophobes. Pourtant, certaines personnes utilisent encore le VIH comme une arme pour nuire aux autres. 

    Pourquoi cette pétition vous semble-t-elle importante aujourd’hui ?

    La sérophobie, c’est comme le racisme ou l'homophobie, il faut la combattre avec la justice. En 2026, on devrait pouvoir dire qu’on est séropositif sans baisser la tête. Les personnes diabétiques ne se cachent pas pour parler de leur maladie. Si demain, il existe une loi qui protège réellement les personnes vivant avec le VIH, et si on décide collectivement d’en parler plus ouvertement, je suis persuadé que cela va libérer beaucoup de personnes qui vivent encore dans la honte et le secret. J’ai adressé un courrier au procureur de la République, ainsi qu’au ministère de la Justice, en expliquant toute mon histoire. Cette pétition ne m’appartient déjà plus. C’est désormais celle des 180 000 personnes vivant avec le VIH en France. Il faut maintenant que les associations et les responsables politiques s’en emparent aussi.

    Au-delà de votre situation personnelle, quel message souhaitez-vous adresser aujourd’hui aux personnes vivant avec le VIH qui n’osent pas parler des discriminations qu’elles subissent ?

    Gardez la tête haute. N’ayez pas honte. Pendant des années, j’ai vécu avec ce sentiment. J’ai longtemps baissé la tête à cause du VIH. Aujourd’hui, il ne faut plus avoir honte parce qu’on a des gens formidables autour de nous. Moi, par exemple, je mets mon logement en location sur une plateforme en ligne et j’ai décidé de ne plus me cacher. Dans ma chambre, il y a des exemplaires de Remaides, une boîte pour les dons au Sidaction et un QR code pour signer ma pétition. Il y a quelques années, je n’aurais jamais été capable de faire ça. Il faut aussi s’appuyer sur des structures et des personnes extraordinaires, comme la Maison de Vie ou les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence. Beaucoup de gens ne connaissent pas encore ces lieux et ces espaces de ressourcement, alors qu’ils sont essentiels. Ils permettent aussi de réaliser un travail de deuil et d’acceptation. Je me souviens, quand je suis parti avec le Couvent des Chênaies, les Sœurs ont organisé la cérémonie des Lumières. À ce moment-là, je me suis effondré émotionnellement. Mais avec le recul, je pense que c’était un effondrement d’acceptation. Alors vraiment : n’ayez pas honte. Aujourd’hui, ce sont les sérophobes qui devraient avoir honte. Ce sont eux qui devraient avoir honte d’utiliser le VIH comme une arme. La honte doit changer de camp. 

    Pour signer la pétition.

     

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