L'Actu vue par Remaides : Chemsex : des associations appellent à dépénaliser l’usage de drogues pour éviter de nouveaux décès
- Actualité
- 20.03.2026

Visuel d'une campagne de AIDES sur le chemsex/Crédit Photo : AIDES
Par Fred Lebreton
Chemsex : des associations appellent à dépénaliser l'usage de drogues pour éviter de nouveaux décès
Dans une tribune publiée par Têtu (https://tetu.com/2026/03/02/tribune-chemsex-depenalisation-drogue-sexe-sante-publique-addiction-repression/) le 2 mars dernier, plusieurs associations engagées dans la réduction des risques alertent sur les conséquences sanitaires de la pénalisation de l’usage de drogues. Selon elles, la crainte d’une intervention policière retarde l’appel aux secours lors d’urgences médicales liées au chemsex ou aux surdoses, et contribue ainsi à des décès pourtant évitables.
La peur de la répression retarde l’appel aux secours
Bordeaux, Lyon, Tourcoing ou encore Paris : ces derniers mois, plusieurs décès d’hommes survenus dans un contexte de chemsex ont été relatés par la presse locale. Mais, pour les associations signataires d’une tribune publiée dans Têtu, le 2 mars, ces drames sont trop souvent traités comme de simples faits divers, sans que soit posée la question centrale : « combien de ces morts auraient pu être évitées si les personnes présentes avaient appelé les secours à temps ? ».
Pour les organisations engagées dans la réduction des risques, ces décès ne sont ni isolés ni inéluctables. Ils seraient plutôt le symptôme d’un problème de santé publique aggravé par la législation actuelle. En France, l’usage de drogues reste pénalisé et peut entraîner amendes ou peines de prison. Or, dans les situations d’urgence liées à une surdose ou à une détresse vitale, « la police se rend souvent sur place avec les pompiers et le Samu », rappellent les signataires. Cette réalité produit un effet bien identifié par les associations de terrain : la peur. « Peur, pour la victime comme pour la personne souhaitant venir en aide, d’être interpellée, verbalisée ou poursuivie », écrivent-elles. Résultat : face à une urgence médicale, les témoins hésitent parfois à appeler les secours et tentent de gérer la situation seuls. « Parfois trop longtemps », soulignent-ils, ce qui peut conduire à des décès pourtant évitables.
Pour une approche centrée sur la santé publique
Si ces situations sont particulièrement visibles dans le cadre du chemsex, les associations rappellent que le phénomène dépasse largement ce contexte. Surdoses d’opioïdes, mélanges de substances, consommations festives ou solitaires : « Partout, la pénalisation de l’usage constitue un frein majeur à l’appel aux secours », affirment-elles. Une analyse partagée depuis plusieurs années par de nombreux-ses professionnels-es de santé et acteurs-rices de la réduction des risques. Pour les signataires, persister dans une politique punitive relève aujourd’hui d’un « aveuglement mortifère ». Les statistiques récentes montrent que la répression ne réduit ni l’usage de drogues, ni les pratiques à risque, ni les trafics. En revanche, elle renforce la stigmatisation des personnes concernées et les éloigne des dispositifs de prévention et de soin. « La loi pénale devient littéralement mortelle », dénoncent-elles.
Les associations insistent toutefois : dépénaliser l’usage ne revient pas à banaliser les drogues. Au contraire, il s’agirait de mieux prévenir les risques et d’envoyer un message clair : « Face à une urgence médicale, la priorité absolue est la vie humaine, pas la répression ». Plusieurs pays ont déjà adopté ce type d’approche, avec à la clé « une baisse des décès et une amélioration de l’accès aux soins ». Pour les signataires, une réforme est désormais urgente : « Dépénaliser la simple consommation de drogues n’est pas une option idéologique : c’est une nécessité sanitaire et humaine. »
Cette tribune est signée par la Fédération Addiction, AIDES, Actions Traitements, Act Up-Paris, Chems Pause, l’ENIPSE et l’Inter-LGBT.
Chemsex : une proposition de loi pour sauver des vies
La sénatrice écologiste de Paris, Anne Souyris, a déposé, le 10 février 2026, une proposition de loi au Sénat visant à renforcer la prévention des risques et des dommages liés à la pratique du chemsex. Le texte poursuit deux objectifs principaux. D’abord, instaurer en France le principe du « bon samaritain », déjà appliqué au Canada, afin d’encourager les personnes présentes lors d’une surdose à appeler les secours sans crainte de poursuites pour usage ou détention de stupéfiants. Concrètement, une personne sollicitant l’intervention des services d’urgence pour elle-même ou pour quelqu’un d’autre ne pourrait plus être pénalement poursuivie pour ces infractions. La proposition de loi prévoit également d’imposer aux applications de rencontre la diffusion de messages de prévention en santé sexuelle, sous le contrôle de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). Aujourd’hui, cette information dépend essentiellement du bon vouloir des plateformes, ce qui limite sa portée. Selon les associations impliquées, dont AIDES, renforcer la prévention sur ces outils numériques permettrait pourtant de toucher des usagers-ères parfois très isolés-es. Issue d’un travail collectif associant associations communautaires, professionnels-es de santé et acteurs-rices de la réduction des risques, cette proposition de loi défend une approche centrée sur la santé publique plutôt que sur la seule réponse pénale. « Elle porte une vision qui privilégie la protection de tous-tes, en priorisant la santé sur la répression pour sauver des vies. », souligne AIDES dans un post publié sur Linkedin le 3 mars dernier. Et l’association de conclure : « Nous restons mobilisés-es pour qu’elle soit inscrite à l’ordre du jour du Sénat et adoptée par les parlementaires ! »
Pour aller plus loin :
Lire le plaidoyer commun de AIDES et la Fédération Addiction « Répondre au défi du chemsex – Propositions pour une stratégie nationale »